Capitaine Fripouille

En ville, la librairie de Fabiola et Ernesto est menacée de fermeture. Comment sauver ce lieu de culture ? Il suffit simplement de se faire aider par Capitaine Fripouille, le père de la jeune femme  ! Mais cela ne va pas se dérouler facilement, tant le personnage est fantasque. Alfred, sur un scénario de Olivier Ka, conte cette très belle aventure Jeunesse aux éditions Delcourt.

PALLADIPELLEDIPOLLO : UNE VILLE SOUS CONTRÔLE

Palladipelledipollo, petite ville fortifiée sur un promontoire. Toutes les boutiques de la ville portent le même nom : Jabot. De l’hôtel au fleuriste, en passant par les restaurants, le disquaire, le magasin de jouet ou le coiffeur, tous ont été racheté par le riche homme d’affaires Federico Jabot.

Au milieu de cette hégémonie, seule la librairie Fellini tenue par Ernesto et Fabiola résiste. Dans cette boutique de « livres de qualité en tout genre » pourtant tout ne va pas pour le mieux : les dettes s’accumulent et le couple doit rembourser une énorme dette à la banque Jabot.

CAPITAINE FRIPOUILLE A LA RESCOUSSE

En pleine journée, un carrosse déboule devant la librairie. Descend alors un homme imposant qui entre dans la boutique et fait peur à Ernesto. Ce bonhomme, c’est le Capitaine Fripouille, le beau-père du propriétaire ! Tout le monde est étonné de cette arrivée soudaine, lui qui n’a plus donné de nouvelles depuis 6 ans !

Fabiola râle fort parce qu’il débarque sans prévenir. Seule Edna, la petite fille est heureuse de le voir, lui l’aventurier qui parcourt toutes les mers du monde.

Il est surtout là parce qu’il a entendu parler des difficultés financières du couple. Il leur propose son aide parce qu’il a bien observé la mutation de la ville. Il faut résister !

Le soir venu, drapé dans sa cape, Capitaine Fripouille sort sur les toits. Sous les yeux de Edna, il disparait derrière les tuiles de la maison voisine. Mais que fait-il ?

Le lendemain, sur le marché où Fabiola tient un étal, elle croise l’infâme Federico Jabot qui la menace, lui qui tient tout la ville. La jeune femme promet de ne pas se laisser faire…

CAPITAINE FRIPOUILLE : UNE AVENTURE QUI FAIT RÉFLÉCHIR

La collection Les enfants gâtés des éditions Delcourt dirigée par Grégoire Seguin s’enrichit d’un nouvel album de très grande qualité narrative et graphique. Après La poudre d’escampette de Chloé Cruchaudet et le formidable Quand le cirque est venu de Stéphane Fert et Wilfrid Lupano, Olivier Ka et Alfred proposent une superbe aventure pour les jeunes lecteurs.

Si pour le récit de Lupano & Fert, les lecteurs découvraient une satyre sur la dictature confrontée au désordre de circassiens, celui de Ka & Alfred fustige la société de consommation et l’hégémonie des grandes enseignes sur les petites boutiques, celles qui meurent sous les coups de la grande distribution.

Avec de l’argent, l’on peut tout s’acheter et fonder un empire robuste et prospère. Etouffer la concurrence, voilà ce que veut faire Federico Jabot. Tels les récits de science-fiction où une seule société détient tout – comme dans Shangri-La de Mathieu BabletCapitaine Fripouille dénonce aussi cela, l’uniformisation et le formatage. Seule la culture peut combattre le fléau. D’ailleurs l’auteur fait rend un hommage au réalisateur italien Federico Fellini pour le nom de la librairie et le prénom de Jabot.

UNE BELLE SATYRE AMUSANTE

La librairie Fellini incarne la résistance à cette oppression à l’image du village d’Astérix qui résiste encore et toujours à l’envahisseur. Pour véhiculer les belles valeurs de liberté et d’ouverture, Olivier Ka prend le partie de la satyre, de l’amusement et de l’humour.

Pour cela, le scénariste de C’est l’homme qui dit qu’y est ! (avec Emmanuelle Richard, éditions Charette) imagine des personnages haut-en-couleur, notamment Capitaine Fripouille (clin d’oeil au Capitaine Fracasse de Théophile Gauthier pour le nom), un colosse grassouillet sorte de Tartarin de Tarascon pourr l’affabulation de ses aventures et le côté fantasque. Il y a aussi Federico Jabot qui représente la figure de l’infamie par son côté sadique et cruel. Enfin, il y a la petite Edna (un clin d’oeil à l’héroïne de Moebius, Edena pour le prénom) qui voit son grand-père comme un héros.

LE MERVEILLEUX TRAIT D’ALFRED

Pour accompagner Olivier Ka dans les aventures de Capitaine Fripouille, le lecteur retrouve Alfred, le talentueux auteur de Come Prima. Les deux compères se connaissent bien puisqu’ils ont réalisé la série Monsieur Rouge (3 volumes chez Petit à Petit), Pourquoi j’ai tué Pierre (Delcourt, Fauve d’or à Angoulême en 2006) mais aussi le Concert de dessins en 2015Olivier imaginait le récit, tenait le rôle du voleur et Alfred dessinait avec des amis auteurs pendant que Areski Belkacem & ses musiciens jouaient des morceaux.

Le dessin très rond de Alfred est idéal pour restituer l’ambiance joyeuse et aventureuse du récit. Ses personnages apportent aussi de l’humour au récit. Ainsi le couple Ernesto et Fabiola est dépareillé : lui est petit et elle est élancée, mais aussi le Capitaine Fripouille, à l’allure bonhomme et enrobée ou encore Jabot qui a un teint vert blafard de grand effet.

La scène de la librairie qui marche fera penser aux inventions de Fred dans sa magnifique série Philémon ou celles de Hayao Miyazaki (le car chat dans Totoro) dont le maître mangaka dit qu’il s’est parfois inspiré de l’auteur franco-grec. Le combat qui s’ensuit fera lui penser aux scènes de certains mangas live, dessins animés des années 80 (X-Or, Bioman) voire Godzilla où les personnages immenses combattent au-dessus de villes minuscules.

A noter qu’un spectacle Capitaine Fripouille va être crée à partir du livre dans les prochains mois.

Cet album pourrait faire amplement partie de notre Top 10 des bandes dessinées Jeunesse à mettre dans sa valise.

Article posté le jeudi 15 juin 2017 par Damien Canteau

Capitaine Fripouille de Olivier Ka et Alfred (Delcourt) décrypté par Comxitrip le site BD de référence
  • Capitaine Fripouille
  • Scénariste : Olivier Ka
  • Dessinateur : Alfred
  • Éditeur : Delcourt, collection Les enfants gâtés
  • Prix : 14.50€
  • Parution : 31 mai 2017
  • IBAN : 9782756094960

Résumé de l’éditeur :

En ville, toutes les enseignes arborent le nom de Federico Jabot. Seule la librairie d’Ernesto et Fabiola résiste. Or le couple a contracté un prêt à la banque Jabot et si la dette n’est pas remboursée, la librairie Fellini deviendra la librairie Jabot. Le père de Fabiola, le fameux capitaine Fripouille, redresseur de torts invétéré, informé de la situation, débarque sans prévenir. Malgré les protestations de sa fille, qui craint le pire, le vieil aventurier élabore un plan pour empêcher Jabot de réaliser son rêve…

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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