Ces jours qui disparaissent

Une autre personnalité prend possession du corps de Lubin, un jour sur deux ; lui volant ainsi la moitié de son existence. Comment va-t-il réagir lorsqu’il va pouvoir communiquer avec son autre lui ? Parents, petite amie, famille et boulot, pas simple de ne vivre que sa vie en pointillée. Timothé Le Boucher dévoile cette sublime histoire dans Ces jours qui disparaissent. Une petite pépite enthousiasmante !

LA VIE RÊVÉE DE LUBIN

La vingtaine fringante et hyper dynamique, Lubin Maréchal travaille avec Léandre son ami dans une supérette tenue par l’oncle de ce dernier. Ce boulot alimentaire et peu passionnant lui permet de vivre son autre passion : le spectacle. Excellent acrobate, il fait partie d’une troupe avec trois autres amis. Leur numéro mélange la magie, la danse, les acrobaties et du tissu aérien.

Enfant adopté par Josiane et demi-frère de Héloïse, sa vie est plutôt agréable. De plus, il est en couple avec Gabrielle, une très jolie jeune femme brune. La famille, l’amour, l’amitié et le spectacle le comblent de bonheur.

UNE VIE EN POINTILLÉE

Un grain de sable vient enrayer cette très belle vie de jeune majeur : il ne se réveille plus un jour sur deux ! Ses absences pèsent sur son travail à la supérette d’où il est renvoyé, sur les répétitions et son couple.

Si tous les gens autour de lui commencent à comprendre, il découvre à travers une vidéo qu’une autre personnalité à pris possession de son propre corps ! Cet autre lui – il n’a pas de nom – est son exact contraire : peu sportif, spécialiste en informatique et se nourrissant très mal. Un jour, Lubin est présent, l’autre c’est son avatar. Une cohabitation qui ne débute pas sous les meilleures hospices, pire, elle se dégrade au fil des jours. Comment le jeune acrobate va-t-il réagir ?

CES JOURS QUI DISPARAISSENT : UN RÉCIT AU-DELÀ DU FANTASTIQUE

Découvert par l’excellent Les vestiaires (La Boîte à Bulles) où il mettait en scène cet endroit clos si mystérieux où se déroulait humiliations et bizutage, Timothé Le Boucher est de retour avec un formidable album ! Si sa précédente publication laissait entrevoir un véritable talent graphique et narratif, Ces jours qui disparaissent confirment voire amplifie ses grandes qualités.

Histoire singulière et d’une grande originalité, elle happe littéralement le lecteur par son contexte, le soin apporté à la qualité de la psychologie des personnages, de leurs interactions mais aussi le sens de l’ellipse de Timothé Le Boucher. La force du récit réside aussi dans les relations extrêmement tendues qu’entretient Lubin et son parasite. Courtoise et avec de l’entraide au départ, elle se dégrade au fil des pages. Sans en divulguer le contenu, on peut dire que la vie du jeune acrobate est bouleversée dans tous ces aspects.

Si la trame est de nature fantastique (on n’y bascule pas vraiment) – un homme qui ne vit qu’un jour sur deux et un avatar – Ces jours qui disparaissent est une histoire sur le temps qui passe et son accélération à la fin de la vie, sur le couple, l’amour, la famille, l’identité, la quête de son identité,mais aussi le rapport aux autres, à son propre corps et à son esprit.

DE L’ELEGANCE DU TRAIT

L’auteur de Skin party (Manolosanctis) livre une partition graphique très enlevée et d’une grande élégance. Proche du trait de Bastien Vivès et influencé par les mangas – comme dans le visage de Léandre – il réalise des planches très vivantes, avec beaucoup de mouvements. Yeux expressifs, compositions des vignettes très réussies, il accroche le lecteur par la beauté de ses pages. Les scènes de spectacles – souvent sans texte – sont magnifiques de fluidité et mettent vraiment en lumière la force des muscles dans l’effort. Les corps sont sveltes et sublimés par un un trait fin et une palette de couleurs numériques très variée.

Ces jours qui disparaissent : une formidable album porté par un dessin élégant, un scénario très fort et original. Une pépite !

Article posté le mercredi 13 septembre 2017 par Damien Canteau

Ces jours qui disparaissent de Timothé Le Boucher (Glénat) décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Ces jours qui disparaissent
  • Auteur : Timothé Le Boucher
  • Editeur : Glénat, collection 1000 feuilles
  • Prix : 22.50€
  • Parution : 13 septembre 2017
  • IBAN : 9782344013328
Résumé de l’éditeur : Une course poursuite contre le temps perdu… Que feriez-vous si d’un coup vous vous aperceviez que vous ne vivez plus qu’un jour sur deux ? C’est ce qui arrive à Lubin Maréchal, un jeune homme d’une vingtaine d’années qui, sans qu’il n’en ait le moindre souvenir, se réveille chaque matin alors qu’un jour entier vient de s’écouler. Il découvre alors que pendant ces absences, une autre personnalité prend possession de son corps. Un autre lui-même avec un caractère bien différent du sien, menant une vie qui n’a rien à voir. Pour organiser cette cohabitation corporelle et temporelle, Lubin se met en tête de communiquer avec son « autre », par caméra interposée. Mais petit à petit, l’alter ego prend le dessus et possède le corps de Lubin de plus en plus longtemps, ce dernier s’évaporant progressivement dans le temps… Qui sait combien de jours il lui reste à vivre avant de disparaître totalement ? Au-delà d’un récit fantastique totalement prenant, Ces Jours qui disparaissent, roman graphique en couleurs de 200 pages à la personnalité très marquée, pose des questions fortes sur l’identité, la dualité de l’être et le rapport entre le corps et l’esprit. Tout du long, le lecteur se demande si Lubin disparait vraiment ou s’il est atteint de schizophrénie. Évidemment, le jeune et talentueux Timothé Le Boucher, qui signe ici son troisième ouvrage, se garde bien d’y répondre… Et si ce personnage qui en chasse un autre était tout simplement l’homme adulte qui, petit à petit, chasse l’enfant qui est en lui ?

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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