Chroniques cliniques

Auteur de comics indépendant, John Porcellino se livre sans fard dans Chroniques cliniques, une autobiographie forte et poignante autour de ses années de lutte contre sa maladie stomacale.

MAUX D’ESTOMAC

Né en 1968, John Porcellino est un acteur majeur de la scène indépendante américaine. C’est à partir de 1989 qu’il commence à publier ses mini-récits dans son célèbre fanzine King-Cat Comics. C’est dans cette publication auto-éditée qu’il illustrera son petit job estudiantin d’exterminateur de moustiques dans Tueur de moustiques. Dans cette belle ode à la nature, il décrit les difficultés du travail mais surtout les ravages des pesticides dans l’environnement mais surtout sur l’homme.

Alors qu’il dessine tous les jours ses aventures autobiographiques dans son journal, en 1997, il est soudainement pris de maux d’estomac très forts. Il faut souligner que John a déjà des soucis de santé autour de son audition, il souffre d’hyperacousie : tous les bruits du quotidien sont démultipliés, entrainent des douleurs et des pressions dans ses oreilles. Après des tentatives auprès de docteurs classiques qui ne fonctionnent pas, il décide alors de se tourner vers les médecines alternatives.

EXAMENS MULTIPLES

Sous la pression de Kera, sa compagne, il part aux urgences de Denver. Là, c’est le début d’examens multiples pour tenter de comprendre les causes de ses douleurs. L’homme âgé de 28 ans est scruté sous tous les angles. Les radios sont normales, les résultats ne révèlent qu’une anémie avant l’échographie.

La nuit suivante, il délire, se tord de douleur dans son lit et trouve une position étonnante pour avoir moins mal. Les autres tests montrent un rétrécissement de l’intestin, une maladie nommée maladie de Crohn. Il peut alors rentrer chez lui mais doit changer ses habitudes alimentaires. Malgré les médicaments, les douleurs subsistent, mais plus gênant : son corps change, il maigrit et la fatigue l’envahit…

CHRONIQUES CLINIQUES : 7 ANNÉES DE GALÈRE

Chroniques cliniques est un belle autobiographie, simple, forte et poignante. Pour livrer le combat de sa vie contre la maladie, John Porcellino n’épargne rien aux lecteurs. Il parle de tout, sans filtre pour une immersion totale dans les douleurs, à l’image de Pozla qui décrit son quotidien avec la maladie de Crohn dans son album Carnets de santé foireuse (Delcourt).

Composé en trois chapitres (Chroniques cliniques, 1998 et Anxiété), l’ouvrage de 256 pages est dédié aux thérapeutes et membres du personnel médical de l’hôpital. S’il a très mal, il sait qu’il doit son rétablissement en partie aux soignants – malgré les erreurs de diagnostique – mais aussi à la méditation. L’auteur réfléchit au monde qui l’entoure afin de se détacher le plus possible de lui, sa maladie et de son enveloppe charnelle. Cette forme de spiritualité transpire dans de nombreuses pages de l’album.

En plus des douleurs insoutenables, ce qui le fait aussi souffrir c’est sa propre déchéance physique qu’il observe tous les jours (peau de lézard, son corps qui fond, plus de fesses, les cernes, les difficultés pour se déplacer…).

UN SYSTÈME MÉDICAL INÉGALITAIRE

Chroniques cliniques met aussi l’accent sur un système médical américain inégalitaire. Dans un premier temps, John et Kera se posent des questions sur les frais exorbitants des examens et de l’hospitalisation; puis rapidement trouvent des solutions financières. Dans un pays où l’Obamacare (réforme du système de santé adopté en 2008, mesure phare du deuxième mandat du président Barack Obama) a failli passer à la trappe à l’arrivée de Trump, l’auteur américain raconte ses soucis et ses doutes concernant la prise en charge des examens. Il n’y avait pas encore le droit à l’époque. Pourtant, en aucun cas, il fustige ce système si inégalitaire, il propose juste de le décrire sans donner de leçon.

Il faut aussi souligner que Porcellino souffrira aussi de troubles compulsifs obsessionnels (TOC) pendant cette période. De son envie de tout nettoyer à sa peur de serrer des main, tout le dérange.

Il découvre enfin que la tumeur bénigne de l’intestin, que les médecins lui ôtent, serait une conséquence de son travail d’exterminateur de moustiques. En effet, son corps fut trop exposé à la nocivité des pesticides qu’il manipula sans protection. Comixtrip vous conseille d’ailleurs la lecture de Tueur de moustiques édité par L’employé du moi en 2015 qui décrit ces années.

Son trait minimaliste d’une belle lisibilité lui permet de mettre magnifiquement en image son histoire si intime et douloureuse. Malgré une thématique sombre et dramatique, John Porcellino livre un album optimiste et lumineux.

Article posté le mardi 23 mai 2017 par Damien Canteau

Chroniques cliniques de John Porcellino (L'employé du moi) décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Chroniques cliniques
  • Auteur : John Porcellino
  • Éditeur : L’Employé du moi
  • Prix : 22€
  • Parution : 08 mai 2017

Résumé de l’éditeur : En 1997, John Porcellino commença à avoir de graves problèmes de santé. Se plaignant de fortes douleurs à l’estomac, on lui découvrit une tumeur bénigne à l’intestin grêle qu’il fallut tout de suite opérer. Après cette chirurgie, de nombreuses complications médicales s’ensuivirent, et ce durant sept longues années. Comme si cela n’était pas déjà assez difficile pour lui, la détérioration de son état physique et les erreurs de diagnostic répétées accentuent son anxiété maladive et ses troubles obsessionnels compulsifs. Trois histoires qui se succèdent et parfois se chevauchent font le récit de cette expérience et de son combat pour la guérison à travers la simple contemplation de son quotidien. Dans Chroniques cliniques, Porcellino relate avec candeur, intelligence et acuité le système médical américain et transforme ainsi son vécu en une représentation lumineuse de l’existence humaine. Une ardeur de vie absolument universelle. Acteur incontournable de la scène indépendante américaine avec son fanzine King-Cat, il narre son calvaire comme à son habitude au moyen d’un style épuré, poétique et sensible. La bande dessinée est son deuxième langage, l’autobiographie la matérialisation inévitable de ses maux. Il n’a jamais perdu l’envie de raconter. C’est une seconde nature pour lui, c’en est presque pathologique.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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