Groenland vertigo

Georges, dessinateur BD, est invité sur une expédition au Groenland. Sur le navire l’emmenant vers le cercle polaire, il croise des scientifiques et des artistes dont Freuchen, le célèbre écrivain, dont il a adapté ses romans en bande dessinée. Hervé Tanquerelle dévoile ce voyage humoristique dans Groenland vertigo aux éditions Casterman.

VERS LE GROENLAND

Nantes, novembre 2010. Georges Benoît-Jean est un dessinateur qui n’a plus d’inspiration. Son ordinateur le réveille de sa torpeur : un mail de Magnus Kuller, capitaine de la goélette Aurora l’invite à rejoindre une expédition scientifique. C’est Jorn Freuchen qui lui a parlé de son travail. Quelques années auparavant, le dessinateur avait adapté Bobards arctiques, un roman de Freuchen.

Le but de l’expédition est de réunir à bord du navire des hommes de science et des artistes et voguer vers le Parc national du nord-est du Groenland. S’il accepte, Georges sera entouré de membres de l’équipage, d’un géologue, d’un ornithologue, d’un réalisateur et son équipe, de l’écrivain Freuchen et du peintre-sculpteur Ulrich Kloster.

Il réfléchir quelques minutes. Il faut dire qu’il déteste les voyages et la perspective d’être plus de 3 semaines chez lui, lui fait peur. Rapidement,  il accepte pensant au futur album qu’il pourrait écrire.

EMBARQUEMENT SUR  L’AURORA

Islande, août 2011. A l’aéroport de Reykjavik, Georges est rejoint par Jorn qu’il connait depuis qu’il a mis en image son fameux roman. Il présente le dessinateur aux scientifiques. Après avoir rallié le nord de l’île, ils récupèrent d’autres membres et s’engagent sur les routes en mini-bus.

A midi, ils embarquent sur l’Aurora. Georges est présenté aux membres de l’équipage. C’est le début de l’aventure pour le dessinateur maladroit et ne parlant pas danois.

DESSINATEUR GAFFEUR

Georges c’est un peu l’avatar dessiné de Hervé Tanquerelle. En effet, l’auteur nantais a bien été invité à bord d’un navire scientifique, comme il l’explique : « Effectivement, mon récit est fortement inspiré de l’expédition à laquelle j’ai participé en août 2011. Elle réunissait des artistes et des scientifiques qui étaient invités à découvrir et rendre compte des réalité du Groenland actuel ». Comme Georges, Hervé a bien adapté un écrit d’un auteur danois ce qui lui a valu d’être de cette aventure. Avec Gwen de Bonneval, il avait mis en image la série Racontars arctiques de Jorn Riel, aux éditions Sarbacane (Un petit détours et autres racontars).

Il va tout naturellement changer les noms des protagonistes, grossir le trait pour rendre son récit amusant et accrocheur. Ce qui frappe en premier, c’est l’humour à chaque page de Groenland Vertigo, notamment par un parallèle fort – un vrai hommage – de Tanquerelle à L’étoile mystérieuse, l’aventure de Tintin imaginée par Hergé.

Entre un artiste paranoïaque et la vie à bord du navire (cuisine, nuitées, houle), tout concourt à la rigolade. Il faut souligner que Georges – comme Georges Remi – est un dessinateur gaffeur, maladroit, peu à l’aise lorsqu’il faut enfiler sa combinaison de survie ou lorsqu’il faut tenir son crayon alors que le navire tangue.

GROENLAND VERTIGO : HYMNE A LA NATURE

Comme son héros de papier – le petit Français maladroit – Hervé Tanquerelle a donc vécu au plus près ces moments uniques qui resteront gravés dans sa mémoire. Même si au début, il ne pensait pas réellement faire un album de cette expédition – il prenait des photos et dessinait dans un petit carnet de voyage – poussé par ses amis auteurs Brüno et Gwen de Bonneval, il franchit le pas quelques années plus tard.

Si la science et la « question de l’ego dans le domaine des arts » par le personnage de Ulrich Kloster sont au cœur de Groenland vertigo, la place de la nature et de l’écologie y est aussi. Même si le sujet n’est pas abordé franchement, tout y fait penser : les vastes étendues neigeuses, la mer, les icebergs qui se décrochent mais aussi le réchauffement climatique.

L’auteur de la série Le leg de l’alchimiste (avec Hubert) ou des Voleurs de Carthage (avec Appollo) délivre des planches faussement ligne-claire « à la Hergé » et s’amuse de clins d’œil multiples comme la présentation de  l’équipage de l’Aurora comme l’a fait avant lui Georges Remi avec les scientifiques de l’Aurore. Tanquerelle le confie d’ailleurs : «J’ai appris la BD avec Hergé. Sa grammaire, sa narration sont inscrites en moi, que je le veuille ou non». Normal donc qu’il s’en inspire comme cela.

Les couleurs d’Isabelle Merlet lui permettent de rendre ses pages très animées comme si le lecteur observait un vieux dessin animé de Tintin, détachant les personnages des décors de manière magique.

Article posté le lundi 06 mars 2017 par Damien Canteau

Groenland vertigo de Hervé Tanquerelle (Casterman) décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Groenland vertigo
  • Auteur : Hervé Tanquerelle
  • Editeur : Casterman
  • Prix : 19€
  • Parution : 20 janvier 2017

Résumé de l’éditeur : Une fiction autobiographique entre aventure et humour. Invité à participer à une expédition danoise au Nord-Est du Groenland, Georges Benoît-Jean, dessinateur maladroit et angoissé, va devoir s’adapter aux situations les plus rocambolesques. Attention, le vertigo arctique n’est jamais bien loin ! Une comédie d’aventure inspirée de faits réels qui rappelle autant la fantaisie des Racontars de Jørn Riel que l’intemporalité de Hergé.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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