Gueule noire

A la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, bon nombre d’habitants du Nord et de l’Est de la France travaillaient dans les mines. Ces hommes jeunes mais aussi des plus anciens, forçats de la houille, trimaient sueur et sang pour récolter de l’argent et faire vivre leurs familles. Au fond, dans les entrailles de la Terre, quelques-uns y laissaient même la vie. Parmi ces nombreux anonymes, Marcel commence à travailler à la mine. Son histoire chaotique est contée dans Gueule noire, un beau roman graphique de Lelis, sur un scénario d’Antoine Ozanam.

DÉTERMINISME SOCIAL ?

Comment échapper à son destin, à son existence toute tracée par un contexte familial fort ? Tel pourrait être le sous-titre de Gueule Noire ; un récit âpre, empli d’optimisme mais aussi de tristesse ; entre désillusions et recherche du bonheur ; entre déterminisme social et liberté.

UN RÉCIT D’UNE GRANDE JUSTESSE

Comme à son habitude, Antoine Ozanam livre un récit d’une grande justesse, navigant entre de nombreuses émotions. Il faut souligner que le scénariste commence à se faire une vraie et belle place dans le monde du 9e art. En recherchant à mettre en scène des thématiques fortes où les personnages sont triturés jusqu’au plus profond de leur être, il se construit un univers riche et d’une belle intelligence.

DESCENDRE DANS L’ENFER DE LA MINE

Pour Gueule noire, il mise sur Marcel, un jeune homme que le lecteur suit de son adolescence à l’âge adulte ; de son entrée à la mine jusqu’aux rues escarpées de Paris. Celui qui ne souhaitait à aucun moment descendre dans l’enfer des mines (il a tellement observé son père meurtri dans sa chaire, vieillir bien avant l’âge et se tuer à la tache) se retrouve coincé et se voit dans l’obligation de suivre son paternel. Après un ultime coup de grisou, ce dernier en ressort dans une boîte de 4 planches. C’est un coup dur pour Marcel qui décide de quitter sa fiancée et son village pour travailler à la capitale.

LES GUEULES NOIRES : ANTI-HÉROS SIMPLES

Dans cette très belle chronique sociale, Antoine Ozanam montre la vie des petites gens, ces anti-héros qui fourmillaient au début du siècle, fiers de leur travail, leurs valeurs. Sans se bercer d’illusions, il mène son héros de papier dans les méandres de la vie, risquant de plonger dans une abîme sans fin.

UN DESSIN SANS ANCRAGE

Pour mettre en image ce récit, l’auteur a fait appel à Lelis, un dessinateur brésilien. Son trait en noir et blanc à la particularité de s’affirmer en couleur direct sans ancrage, ce qui lui confère de la force. Au stylo ou aux feutres, il compose des planches vives, sans artifice où la saleté s’unit parfaitement à la clarté.

Article posté le mercredi 09 septembre 2015 par Damien Canteau

  • Gueule noire
  • Scénariste : Antoine Ozanam
  • Dessinateur : Lelis
  • Editeur: Casterman
  • Prix: 18€
  • Sortie: 09 septembre 2015

Résumé de l’éditeur : Marcel a la gueule noire de ceux qui vont au charbon. Pour sortir de sa condition, il se sauve à Paris où il découvre que ce ne sont pas les boulots de forçats qui manquent. Alors, Marcel se voile du drapeau des anarchistes. Une autre façon d’avoir la gueule noire. Gueules noires, c’est une ode aux petits métiers du début du siècle. Une ode à un Paris qui a disparu. Comme a disparu l’espoir des jours meilleurs où chacun serait l’égal de l’autre. Rattrapé par le monde moderne et la désillusion qui l’accompagne.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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