Histoire dessinée de la Guerre d’Algérie

Pour la première fois deux auteurs – Benjamin Stora et Sébastien Vassant – proposent une Histoire dessinée de la guerre d’Algérie aux éditions Seuil. Riche et passionnant.

HISTOIRE DESSINÉE DE LA GUERRE D’ALGÉRIE : UN SPÉCIALISTE AUX COMMANDES

C’est Benjamin Stora qui est à l’origine de cette bande dessinée qui raconte ce conflit qui durera de novembre 1954 à l’été 1962. Né à Constantine en Algérie en 1950 – il explique son départ du pays dans la dernière partie de l’album – il est le plus grand spécialiste de cette période de l’Histoire franco-algérienne. Professeur à l’université de Paris 13 et à l’INALCO (L’Institut national des langues et civilisations orientales), président du Musée national de l’histoire de l’immigration, il a publié de nombreux ouvrages de référence, notamment La guerre d’Algérie expliquée à tous (Seuil), Dictionnaire biographique de militants nationalistes algériens, 1926-1954 (L’Harmattan), Les sources du nationalisme algérien : parcours idéologiques, origine des acteurs (L’Harmattan) ou Histoire de l’Algérie coloniale, 1830-1954 (La Découverte).

Il consacre donc ses recherches sur la Guerre d’Algérie mais ne se contente pas que du point de vue français, puisqu’il publie aussi La guerre d’Algérie vue par les Algériens avec Renaud de Rochebrune (Denoël), ainsi qu’une biographie de Messali Hadj (Hachette) ou encore les relations entre De Gaulle ou Mitterrand et ce pays.

DE LA DIFFICULTÉ DE RACONTER LA GUERRE D’ALGÉRIE

Raconter la Guerre d’Algérie n’est jamais facile tant ce conflit reste une plaie ouverte chez les Algériens ainsi que chez les Français. Entre les morts, le terrorisme, le retour des Harkis ou des Français, tout est déchirement et souffrances.

Pour mieux appréhender ce conflit, Benjamin Stora a donc décidé de le présenter chronologiquement, avec les figures du nationalisme algérien, les hommes politiques français, mais aussi des témoignages. Ce livre très didactique mais facile d’accès permet de balayer au mieux cette guerre qui s’étale sur presque 8 années. De l’origine de la guerre à aux accords d’Evian, tous les éléments sont clairement expliqués.

« La guerre est toujours une intimité : deux flots ennemis qui s’affrontent et mêlent leurs vagues…Mais dans le cas de la France et de l’Algérie, une intimité quotidienne a préexisté à la guerre, et a ensuite coexisté avec elle. La plus grande fureur, emmêlée avec la plus grande intimité, tel a été pendant sept ans le destin de tous les habitants de l’Algérie. Quelque soit leur origine ». Germaine Tillion

UNE GUERRE QUI NE DIT PAS SON NOM

Le conflit meurtrier débute avec la Toussaint rouge – le 01 novembre 1954 – qui fait 7 victimes à travers 30 attentats simultanés sur le sol algérien. L’opinion découvre alors l’existence du FLN (Front de libération nationale), les leaders nationalistes du pays et révèle aussi le fossé qui se creuse de plus en plus entre la France et l’Algérie.

En effet, dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, des Algériens musulmans manifestent leur opposition à la présence des Français sur son sol. Après le massacre de Sétif, les autorités pensent avoir rétabli l’ordre mais cela ne fait qu’accentuer le ressentiment des habitants.

A partir de novembre 1954, 26 000 soldats français sont envoyés en renfort faisant passer le contingent à plus de 80 000 hommes. Les affrontements sont rares et l’on parle «d’événements» ou «d’opérations de maintient de l’ordre» mais à aucun moment de guerre !

Le conflit se durcit au fil des années, faisant 250 000 morts selon les Français, 1 million à 1 million et demi selon les Algériens.

FLN, ALN ET MNA

Les habitants s’organisent et des sociétés – d’abord secrètes – voient le jour : le FLN, fondé par des activistes du MLTD qui est chargé de préparer la future insurrection. Le Front de libération national est créé par 9 chefs historiques dont Ahmed Ben Bella ou Mohamed Boudiaf. Dès les premiers jours du conflit, le FLN se dote d’une branche armée l’Armée de libération nationale (ALN). De son côté, Messali Hadj et ses partisans veulent conserver leur indépendance et fondent le MNA (Mouvement national algérien) en décembre de la même année.

En août, les émeutes du Constantinois feront état de 123 morts dont 71 Européens. A partir de là, les rafles se multiplient et certains sont exécutés dans le stade de la ville (1200 morts en quelques jours).

Alors que Jacques Soustelle – gouverneur général d’Algérie qui semblait être un homme de compromis et qui souhaitait des réformes – ferme l’ouverture et donne carte blanche à l’armée.

DE LA GUERRE OUVERTE AUX ACCORDS D’EVIAN

Si des milliers d’appelés partent pour la colonie, quelques-uns refusent (septembre 1955) mais le mouvement s’essouffle par manque de soutien des partis politiques. La IVe république n’aide pas à l’apaisement car les gouvernements se succèdent (24 entre 1946 et 1958).

Guy Mollet (février 56) devient président du conseil, tente des choses mais se rend compte des difficultés et «les événements» basculent dans une guerre totale. Des pouvoirs spéciaux sont édictés (zones interdites, camps d’internement…) et la politique répressive est mis en place (tribunaux militaires, exécutions par guillotine).

En 1957, le général Massu arrive sur place, il reçoit les pleins pouvoirs civils et militaires pour pacifier la ville. Le calme semble être revenu mais c’était sans compter sur les attentas qui font de centaines de victimes parmi les Européens.

En 1959, Massu rédige une directive où il autorise la torture (interrogatoires prolongés, méthodes de coercition…) mise en application par Marcel Bigeard, Paul Aussaresses ou Jean-Marie Le Pen.

Les dernières années se muent en une étrange guerre civile entre les membres de l’OAS (Organisation de l’armée secrète, partisans d’une Algérie Française) et le FLN. Les attentats se multiplient entre les deux organisations.

C’est le temps du Je vous ai compris de De Gaulle – de retour aux affaires – du référendum sur l’autodétermination du pays, du putsch ratés des Généraux (Zeller, Jouhaud, Salan et Challe) qui tentent de prendre le pouvoir pour garder le pays sous domination française.

Les accords d’Evian sont signés le 18 mars 1962, c’est la fin de la guerre. Les Européens et les Harkis quittent le pays. Ce retour ou ce déracinement sont des plus délicats.

UN DESSIN A LA HAUTEUR DE CE RÉCIT

Pour mettre en image ce récit de 190 pages, Sébastien Vassant dévoile des planches fortes grâce à un dessin semi-réaliste très moderne. Habitué des histoires engagées comme Frères d’ombre (avec Jérôme Piot, Futuropolis), Juger Pétain (Glénat) ou Politique qualité (Futuropolis), l’auteur met son talent au service d’une histoire qui divise toujours autant les Français comme les Algériens. Riche d’une grande documentation, sa partie graphique est sans fausse note.

Pour découvrir son univers, vous pouvez parcourir son blog : www.sebastienvassant.com

Article posté le vendredi 04 novembre 2016 par Damien Canteau

Histoire dessinée de la Guerre d'Algérie de sébastien Vassant et Benjamin Stora (Seuil) décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Histoire dessinée de la Guerre d’Algérie
  • Scénariste : Benjamin Stora
  • Dessinateur : Sébastien Vassant
  • Editeur : Seuil
  • Prix : 24€
  • Sortie : 06 octobre 2016

Résumé de l’éditeur : L’un des meilleurs historiens de la guerre d’Algérie et un talentueux auteur de bande dessinée unissent leur passion et leur savoir faire pour proposer la première histoire de la guerre d’Algérie en bande dessinée. Un récit vivant, à multiples points de vue, qui intègre les acquis de la recherche la plus récente et n’occulte rien des horreurs du conflit ni des déchirements qui le traversent. Et qui mobilise toutes les ressources de la narration graphique pour donner la parole à ses acteurs, restituer ses enjeux, ses atmosphères et ses paysages, d’une manière novatrice et accessible à tous. Une initiation sans équivalent à une guerre dont les blessures ne sont pas encore refermées.

D'AUTRES ALBUMS SUR LA GUERRE D'ALGERIE

Pour approfondir le sujet, voici d’autres albums sur ce thème :

  • Azrayen de Lax et Giroud
  • Là-bas, de Sibran et Tronchet
  • Carnets d’Orient, de Ferrandez
  • Soleil brûlant en Algérie, de Nocq d’après Tikhomiroff
  • Un maillot pour l’Algérie, de Kris, Galic et Rey
  • L’Algérie c’est beau comme l’Amérique de Burton et Grand
  • Petits-fils d’Algérie, de Alessandra

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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