Jojo, intégrale 1 : 1983-1991

S’il ne fallait conseiller la lecture d’une seule série Jeunesse dans le flot des productions ce serait Jojo ! Merveilleuse, touchante, poignante et teintée de mélancolie, l’œuvre de André Geerts fut publiée à partir de 1983 dans le Journal de Spirou. Découverte !

UNE ENFANCE JOYEUSE

Débutée au début des années 80 dans la revue Spirou, Jojo tient une place de cœur dans le catalogue des éditions Dupuis. Entre 1983 et 2010, André Geerts imaginera 18 albums doux, chaleureux, touchants et teintés de mélancolie qui plairont d’emblée. Pour découvrir le parcours de ce brillant auteur, c’est Morgan Di Salvia qui signe sa biographie dans les premières pages de l’intégrale.

Né en 1955 à Bruxelles, André Geerts est le fruit de l’union de Gilberte et Paul. Deuxième enfant du couple, sa sœur Anne a 21 mois de plus que lui. Tout petits, les deux enfants sont confiés à une famille pendant une petite période parce que leur mère est souffrante. C’est un moment particulier de leur existence dont ils ne se plaindront jamais. Lorsque André imaginera le personnage de Mamy, il se souviendra de Bonne-Maman, la gentille femme qui l’a accueillie.

De retour chez eux, leur enfance est paisible, joyeuse et de totale liberté. Anne et André sont inséparables et s’amusent toujours ensemble. De leurs jeux, l’auteur y puisera des instants charmants de Jojo.

Durant cette période, il ne cessera de dessiner malgré un gros problème de vision, qui le poursuivra toute sa vie. Amoureux des séries Popeye (Segar), La famille Illico (McManus), Mandrake le magicien (Falk) mais aussi Tintin ou Lucky Luke, il apprécie surtout Obélix et sa truculence.

NAISSANCE D’UNE SÉRIE MYTHIQUE

Adolescent, il s’initie au Judo – au cœur des albums La voie de la sagesse ou Mamy se défend – et à 15 ans, il touche le graal en suivant les cours de la célèbre Ecole Saint-Luc où il croise les futures stars du 9e art : Bernard Hislaire, Frank Pé ou Darasse. C’est aussi à cette période que Paul, son père décède à 45 ans. L’épreuve est délicate pour Anne, Gilberte et lui.

Proche de l’esprit de Spirou, il aimerait plus que tout travailler pour le magazine créé en 1938. Il rêve de côtoyer ses idoles dessinateurs. Après une première publication dans le quotidien belge Le Soir, à 19 ans (1976) il touche enfin au but en dessinant des strips de Jean-Marie Brouyère dans la célèbre rubrique L’apache qui rit. Les deux années suivantes, toujours avec le même scénariste, il anime La petite chronique vénusienne.

L’ascension est stoppée avec son départ pour son service militaire. Etonnamment, là-bas, il rencontre Philippe Tome, futur scénariste de Spirou & Fantasio, Le petit Spirou ou Soda. C’est aussi à cette période qu’il rencontre Evelyne, son épouse.

En 1981, il imagine sa première série Commissaire Martin qui ne marchera pas vraiment. Deux ans plus tard, Philippe Vandooren – rédacteur en chef de Spirou – lui demande de boucher un trou dans le magazine. Il crée Jojo. Alors que ce petit personne ne devait être un one-shot, il reviendra dans les pages de la revue à partir de 1983.

JOJO : MERVEILLEUSE INTÉGRALE

Les éditions Dupuis poursuivent leur excellent travail de mémoire en publiant de nombreuses séries en intégrale (plus d’une trentaine de séries). Après, entre autre, Broussaille, Buck Danny, César, Gil Jourdan, Johan et Pirlouit, Natacha, La patrouille des Castors, Les Schtroumpfs, Spirou & Fantasio, Théodore Poussin, Tif & Tondu ou Tout Jijé, voici enfin la première intégrale de Jojo !

Disparu trop tôt en 2017, André Geerts méritait amplement ce très bel hommage. Pour ce premier ouvrage, quatre albums sont réédités :

  • Le temps des copains (1987)
  • La fugue de Jojo (1989)
  • On opère Gros-Louis (1990)
  • Le mystère Violaine (1991)

Jeux, amitié, entraide, famille aimante, optimisme, poésie, mélancolie, temps de l’enfance, nature et questions existentielles sont au cœur des sublimes albums de Jojo, un monde chaleureux et positif. André Geerts a apporté énormément de soin à la psychologie des personnages : Gros-Louis, le meilleur ami de Jojo, Léontine Semaine (Mamy), René Semaine père du petit garçon (plombier et veuf) ou encore Antoine Fronsse directeur de l’école.

André Geerts imaginera d’autres séries délicieuses pendant sa carrière : Monde Cruel (des illustrations pour Spirou avant Jojo) ainsi que Mademoiselle Louise (4 volumes sur un scénario de Sergio Salma).

Article posté le samedi 06 mai 2017 par Damien Canteau

Jojo intégrale 1 de André Geerts (Dupuis) décrypté par Comxitrip le site BD de référence
  • Jojo, intégrale 1 : 1983-1991
  • Auteur : André Geerts
  • Texte bibliographique : Morgan Di Salvia
  • Éditeur : Dupuis
  • Prix : 28€
  • Parution : 05 mai 2017

Résumé de l’éditeur : De 1977 à 2010, année de son décès, André Geerts n’a cessé d’enchanter les pages du Journal Spirou. « La petite chronique vénusienne », « Le commissaire Martin », « Monde cruel »… autant de pages dans lesquelles se révélait un talent qui trouvait naturellement sa place parmi celui de ses amis Hislaire, Frank Pé, Benn ou Le Gall. En 1983, Jojo fait de timides débuts, en quart de page ; il n’est là que pour boucher les trous. Jusque-là, le rédacteur en chef du Journal Spirou voyait en André Geerts un auteur dans la lignée de Sempé. Si ses pages relevaient effectivement d’un esprit voisin, c’est avec Jojo qu’il affirme la dimension intensément poétique de son talent. Geerts développe un univers familier où la nostalgie d’une enfance heureuse, saupoudrée d’incessantes références autobiographiques, un regard tendre sur ce qu’est un enfant. En douceur, Jojo s’inscrit ainsi dans la tradition des séries familiales et ne ressemble véritablement à aucune autre. Ce premier volume reprend les tomes 1 à 4 ainsi que 40 pages inédites.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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