La fissure

Alors que les drames des migrants se multiplient en mer aux portes de l’Europe, deux photojournalistes Carlos Spottorno et Guillermo Abril tentent de montrer le quotidien de ces réfugiés parqués dans des camps. A partir des 25 000 photographies, ils publient La fissure, un album original et bouleversant aux éditions Gallimard.

TROIS ANNÉES INTENSES DE REPORTAGE

Carlos Sporttorno et Guillermo Abril, reporters reconnus et multi-récompensés pour leurs travaux photographiques, ont obtenu le prestigieux prix World Press photo en 2015 pour leur reportage Aux portes de l’Europe.

En 2013, El Pais Semenol – supplément dominical du célèbre journal espagnol – leur confie une série de reportages sur les réfugiés aux frontières de l’Europe. Après trois années intenses, 25 000 clichés et 15 carnets, ils peuvent enfin dévoiler en 2017, leur sublime album La fissure. Au carrefour de la bande dessinée, du roman-photo et du reportage, ils tentent de répondre aux multiples questions que peuvent se poser les lecteurs concernant les migrants.

DE LA NAISSANCE DE L’EUROPE A LA CONSTRUCTION DE MURS

Alors que la fin de la Seconde Guerre Mondiale fait naître une idée fabuleuse qu’est l’Europe – le traité de Rome a eu 60 ans cette année – qui permettait aux pays signataires de vivre en paix. Après des accords de libre circulation des biens et des personnes, le Vieux Continent commençait alors à être prospère. De 6 pays lors de la signature dans la capitale romaine aux 27, l’Union Européenne compte actuellement plus de 500 000 millions d’habitants. L’Euro ou les accords de Schengen se tissèrent alors au fil des décennies.

Eldorado pour de nombreuses personnes dans le monde, elle attire. Pour un avenir meilleur, pour un avenir tout court, pour fuir la misère, la guerre et les catastrophes écologiques, les migrants prennent la route pour la relier. Mais de son côté, les pays de l’UE tentent de contrer les afflux massifs en renforçants les frontières extérieures ou en construisant des murs.

DE MELILLA A LAMPEDUSA : DES DRAMES DE GRANDES AMPLEURS

Dans les premières pages, le lecteur découvre Melilla, enclave espagnole au Maroc, point de départ de nombreux africains pour l’Europe. Territoire hyper fortifiée et très gardé, il est le théâtre de tensions permanentes. Malgré les immenses clôtures, des hommes, des femmes et des enfants s’aventurent à l’intérieur. Ils n’attendent qu’une seule chose, le fameux sésame pour l’Europe : un visa !

A l’autre bout du continent – en Bulgarie – la misère, les maladies et les violences sont aussi visibles. Voulant passer par la Hongrie, la Roumanie ou la Grèce, ils s’entassent dans des camps gérés comme elles le peuvent par des ONG parfois dépassées par la détresse de ces êtres humains. Ajouter à cela, l’île de Lampedusa du côté italien, est l’on obtient une cocotte minute que n’attend qu’à exploser. Il suffit de se souvenir des milliers de migrants qui moururent en mer, entassés dans des bateaux de fortunes l’année dernière pour se rendre compte de leur détresse.

Arrivant d’Afrique (Libye, Tchad, Mauritanie, Ethiopie, Erythrée…), de Syrie ou du Kurdistan (pays non officiel), ils sont de plus en plus nombreux à vouloir tenter leur chance afin de vivre mieux.

LA FISSURE : ALBUM-OBJET ÉTONNANT

Les deux auteurs de La fissure, Carlos Spottorno et Guillermo Abril ont suivi ses milliers de réfugiés sur les routes. A travers leurs voyages, ils découvrent des situations différentes mais ayant de nombreux points commun : la misère, la survie, les histoires et le passé de ces Hommes, la violence, les morts ou les maladies. C’est aussi la paix à l’intérieure de l’Europe depuis 70 ans et la possibilité de travailler qui les attirent.

Alors que les livres de photographies ne présentent que peu de clichés, La fissure les démultiplient pour créer un vrai album de bande dessinée (750 photos en tout). Sans phylactère qui aurait rendu l’album trop lourd et n’aurait pas vraiment reflété la réalité, les deux auteurs ont pris l’option des récitatifs. Il est aussi à souligner le traitement original des photographies, avec un rendu rétro comme si elles avaient été recolorisées.

La fissure est avant tout là pour interroger les Européens sur les migrations, leurs politiques communes ou non mais aussi leur faillite de les accueillir dans la dignité. Alors que les politiques nationalistes et populistes sont de plus en plus mises en œuvre dans certains pays, il faut aussi que les Européens arrêtent de détourner leur tête et de se boucher le nez, il en va de l’Humanité !

La fissure : un album important dans cette Europe bouleversée par le repli sur soi pour réfléchir sur le sort des réfugiés. Cette bande dessinée-reportage aurait pu figurer dans notre Top 10 des bande dessinée sur l’Immigration.

Article posté le lundi 01 mai 2017 par Damien Canteau

La fissure de Carlos Spottorno et Guillermo Abril (Gallimardà décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • La fissure
  • Auteurs : Carlos Spottorno et Guillermo Abril
  • Editeur : Gallimard
  • Prix : 25€
  • Parution : 06 avril 2017

Résumé de l’éditeur : En décembre 2013, le photographe Carlos Spottorno et le journaliste Guillermo Abril partent en reportage aux frontières de l’Europe. Des 25 000 photos et des 15 carnets de notes rapportés est né « La Fissure » : une réflexion et un éclairage sur les causes et les conséquences de la crise d’identité européenne. De l’Afrique à l’Arctique, les reporters racontent… la misère sordide des camps bulgares, une rencontre avec les Sub-sahariens du Gourougou, le sauvetage d’une barque au large des côtes lybiennes, l’exode des réfugiés des Balkans ou l’arrivée d’Afghans et de Camerounais en Finlande en plein hiver… Dans une forme inédite, entre roman graphique et livre de photos, ils racontent les nationalismes qui montent en flèche, les murs qui se dressent partout. Le visage de l’Europe, aujourd’hui.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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