La petite couronne

Deux trentenaires parisiens sans travail palabrent à qui mieux mieux sur leurs vies, leurs familles et leurs galères dans La petite couronne, un album sensible et drôle signé Gilles Rochier.

HABITER DANS LA PETITE COURONNE

Deux bons amis trentenaires habitant dans la Petite couronne parisienne (les 3 départements limitrophes de Paris : Haut-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne) aiment à se retrouver pour palabrer des heures sur leurs conditions de vie, leurs familles ou leurs enfants.

Des goûters des bambins oubliés à l’élection présidentielle de 2017, en passant par les violences policières, la petite supérette du coin, les boulots au black à la limite de la légalité, des armes pour se protéger, des dealers, des attentats contre Charlie Hebdo, tout y passe.

SITUATIONS DÉLICATES MAIS TOUJOURS DRÔLES

Nommé dans la Sélection Officielle du Festival BD d’Angoulême, La petite couronne est un album d’une grande justesse de ton et d’observation. Si les situations que décrit Gilles Rochier semblent délicates, mettent ses deux personnages dans des galères pas possibles, l’ambiance reste optimiste et drôle. Par leurs répliques et sans le vouloir, les deux trentenaires font rire et sourire le lecteur. Malgré un environnement peu joyeux et l’absence de travail, ils ne s’en font pas, ils vivent et c’est cela l’essentiel. Ils gèrent au mieux leur quotidien entre leurs enfants; les amis, les compagnes ou leurs petites combines.

Gilles Rochier est reconnu dans le monde du 9e art comme l’un de ceux qui arrive le mieux à restituer le quotidien de ces femmes et ces hommes qui vivent ou survivent dans ces lieux peu engageants et qu’ils aimeraient fuir le plus loin possible. D’ailleurs le travail de l’auteur de Tu sais ce qu’on raconte avec Daniel Casanave (Warum) autour de ses publications seront visibles dans une exposition en janvier prochain lors du Festival d’Angoulême (Gilles Rochier, faut tenir le terrain). Le visiteur pourra ainsi découvrir les planches humanistes et bienveillantes de l’auteur (TMLP-Ta Mère La Pute , La cicatrice ou Dernière étage).

UN DESSIN SEMI-REALISTE EFFICACE

Dans La petite couronne, les deux comparses subissent aussi ce qui vient de l’extérieur et qu’ils ne peuvent pas maîtriser. Ainsi, une petite bande de caïds du quartier les font réfléchir et se demander s’ils doivent s’armer pour se protéger. Quant à la campagne pour les Présidentielles de 2017, ils sont autant déboussolés que l’ensemble des Français : pour qui voter ?

L’album bénéficie d’une partie graphique semi-réaliste d’une redoutable efficacité. Gilles Rochier va à l’essentiel en faisant la part belle à ses deux personnages principaux. Il les représente d’ailleurs souvent de dos, comme si le lecteur les épiaient par dessus leurs épaules, pour les écouter sans les déranger. Leurs visages ronds tranchent avec les longues lignes droites des immeubles quasi interminables s’étirant vers le ciel. La couleur en bichromie (noire et jaune) ainsi que les hachures semblent nous rassurer quant à la qualité de la vie des deux amis.

La petite couronne : un recueil de courts récits justes, simples et drôles. Et si Gilles Rochier devenait un auteur incontournable ?

Article posté le vendredi 29 décembre 2017 par Damien Canteau

La petite couronne de Gilles Rochier (6 pieds sous terre) décrypté par Comixtrip
  • La petite couronne
  • Auteur : Gilles Rochier
  • Editeur : 6 pieds sous terre
  • Prix : 16€
  • Parution : 28 septembre 2018
  • ISBN: 9782352121329

Résumé de l’éditeur : Vie et survie dans la petite couronne. Loin des gros titres anxiogènes des médias et des banlieues qui brûlent, selon certains politiques, si on allait écouter ceux qui y vivent ; suivre les traces de ces pères de famille, entre les courses, les gamins à conduire au sport et les déménagements nocturnes. Ils ont bien grandi les gamins de TMLP (Ta mère la pute, paru en 2011), aujourd’hui ce sont les pères et les grands frères de la communauté. Et s’il y a toujours un crétin qui vend du shit dans le hall de l’immeuble, ils ont une solution pour lui pourrir le business. Ils sont plus démunis face à la BAC qui met les pinces aux jeunes chiens fous, et se contentent de serrer les poings de rage. Ils n’oublient pas qu’il y a plus important, comme payer la cantine des gosses. Les gamins sont maintenant des tontons presque assagis, ceux qui veillent que ça ne parte pas en vrille à la moindre connerie. Presque aussi surpris que nous, ils constatent que la garderie a remplacé la garde à vue dans leurs agendas. Le temps a passé sur toute une génération. À la suite de TMLP (les années d’enfances) puis de Temps mort (2008, chronique de la chute sociale), Gilles Rochier replonge dans la chair de son milieu et brosse, avec La petite couronne, le portrait de sa génération, à l’aube de la cinquantaine, de l’expérience plein les poches – y a de la place – et toujours plus d’amour dans les yeux. Une nouvelle édition de Temps mort vient accompagner la sortie de La petite couronne, son nouvel opus urbain.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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