L’adoption, tome 2 : La Garúa

Dans la chronique du premier tome de L’adoption, nous avions évoqué ce rebondissement qui allait supposer une  deuxième partie loin du confort dans lequel était installé Gabriel, le héros de cette comédie dramatique. Le moins que l’on puisse dire c’est que Zidrou et Arno Monin n’ont pas manqué leur effet de surprise. Car c’est une toute autre histoire qui est narrée dans La Garùa. Et au vu de la tournure des événements, le titre de cet album (qui évoque ce phénomène répandu à Lima où une sorte « d’inversion thermique » habille la ville de nuages bas la rendant brumeuse voire triste) résonne avec l’épais brouillard qui anime l’esprit du septuagénaire. Reste à savoir quand et comment apparaîtra l’éclaircie. 

« Quand les tomates sont farcies,  y a plus qu’à les mettre au four ». C’est sur cette pensée profonde que Gabriel prend son courage à deux mains avant de franchir la porte de la maison. Celle où vit désormais la petite Qinaya. À ce moment précis, dix-huit mois se sont écoulés depuis que les services sociaux sont venus la chercher pour la ramener auprès de sa mère biologique au Pérou, à Lima.

Avec pour prétexte de ramener son vélo, lequel symbolisait le début de complicité avec sa petite-fille adoptive, Gabriel ne pouvait s’attendre à mieux que de revoir une enfant heureuse et épanouie. En espérant intiment qu’elle reconnaisse son achachi. Qinaya finira par lui apporter la quiétude nécessaire pour qu’il laisse passer le petit nuage. Désormais, telle une Garùa, Gabriel va devoir affronter la brume épaisse qui se trouve face à lui et pour se frayer un chemin, il pourra compter sur un compagnon nommé Marco.

VERS L’ADOPTION D’UN COMPORTEMENT DIFFÉRENT

Car ce n’est pas encore le moment pour le patriarche Van Oosterbeeck de rentrer auprès des siens. Le destin et le nombre de vols limités en décident autrement. Le temps pour lui de comprendre ce qui l’a vraiment conduit jusqu’au Pérou. Quelques points communs vont rapprocher naturellement Gabriel et Marco. Ce dernier, avec sa propre quête, va aider notre protagoniste à comprendre que ce qu’il était venu chercher en Amérique du Sud, il le possédait déjà. Le boucher retraité qui clame à qui veut l’entendre « qu’il n’y a pas plus tendre comme viande que le cœur d’un papa », ne s’était pas rendu compte qu’il avait endurci le sien. Jusqu’à ce qu’une petite fille de quatre ans lui ouvre les yeux.

Mais, sans dévoiler le contenu de cette suite -et fin- de l’Adoption, on peut sans trop de risques, souligner les deux facettes de Gabriel selon le tome lu. On passe ainsi du papy bougon mais attachant, au papa égaré mais dont l’intégrité aidera à ce qu’il retrouve ce rôle si important. Ainsi, même si les auteurs surprennent avec ce deuxième épisode, quelques indices avaient tout de même été laissés dans Qinaya. Au moins sur les conséquences de l’adoption illégale pour les personnages secondaires.

UN PÂTÉ AU GOÛT DE RETROUVAILLES

Dans L’adoption, Zidrou ne laisse rien au hasard. Chaque élément est à sa place. Chaque protagoniste à un rôle déterminant (on regrettera peut-être une seule chose. Celle d’apercevoir la maman de Qinaya sans qu’elle ne se présente à Gabriel). Mais c’est bel et bien le vieil homme qui est au centre de toutes les attentions. Il nous nous fait rire, nous émeut et nous fait passer par tant d’autres émotions. Si bien que de le voir préparer son fameux sandwich au pâté chaud avec par dessus un gros cornichon coupé en deux, pourra nous envoyer vers nos propres madeleines de Proust…

Les dialogues quant à eux, offrent peut-être moins de légèreté que dans le premier opus mais ils n’en restent pas moins bien sentis. Parsemées de répliques qui font mouche, grâce encore à cette belle complémentarité avec le dessinateur Arno Monin.

UNE SUPERBE PARTIE GRAPHIQUE

En effet, il offre avec L’adoption toute l’étendue de son talent. Si l’on devait donner un exemple, ce serait celui où ne l’on voit pas toujours le regard de Gabriel à travers ses verres de lunettes teintés. Le visage de ce dernier étant tellement expressif que cela n’est aucunement gênant. Des couvertures à la profondeur de ses personnages. Des ambiances chaudes et colorées à celles plus troublantes. A. Monin donne cette agréable sensation qu’il s’est complètement approprié cette histoire.

Pour toutes ces raisons évoquées, ce serait avec grand plaisir de pouvoir retrouver ces deux auteurs dans un nouveau projet commun.

Au final, en relisant le diptyque dans son intégralité, on s’aperçoit que cette tranche de vie remplie de sensibilité et d’humanité, est d’une constante fluidité. L’adoption est une comédie dramatique qu’on découvre, qui nous séduit et qu’on adopte sans hésitation.

Article posté le samedi 22 juillet 2017 par Mikey Martin

Deuxième et dernier tome de la très belle comédie dramatique L'adoption de Zidrou et Monin aux éditions Bamboo, décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • L’adoption, tome 2/2 : La Garùa
  • Scénariste : Zidrou
  • Dessinateur : Arno Monin
  • Coloriste : Arno Monin
  • Editeur : Bamboo (Grand Angle)
  • Prix : 14.90€
  • Parution : 31 mai 2017
  • ISBN : 978-2-8189-4170-6

Résumé de l’éditeur : Qinaya est repartie. Ses parents adoptifs arrêtés pour enlèvement, la petite fille a été renvoyée par les services sociaux dans son Pérou natal. Après un an et demi de recherches, Gabriel, son « grand-père » de France, se rend à Lima pour la retrouver. Mais le vieux bourru va aller de désillusion en désenchantement. Car en 18 mois, la petite a changé, elle a grandi… et elle a oublié son séjour en France. Elle a oublié son « achachi », son grand-père…

À propos de l'auteur de cet article

Mikey Martin

Mikey Martin

Originaire de Charente-Maritime, il débarque sur Poitiers il y a 17 ans et s’installe avec sa compagne juste en face d’une librairie spécialisée en bande dessinée. Une aubaine pour s’y remettre. Sa passion sans cesse grandissante pour le Neuvième Art se doit d’être partagée par de petites chroniques.

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