Le piano oriental

Après Mourir, partir, revenir, le jeu des hirondelles (chez Cambourakis), Zeina Abirached propose Le piano oriental (Casterman), une nouvelle immersion dans le Liban des années 70-90. Pour cela, elle s’inspire de l’histoire de son grand-père, inventeur d’un piano singulier, capable de jouer les quarts de tons. Ce très beau récit établit un pont entre la France et le pays de naissance de l’auteur, un pont entre les deux cultures.

LA FRANCE ET LE LIBAN : DES RELATIONS FRATERNELLES

Après six années d’absence, Zeina Abirached propose un récit singulier qui met en parallèle l’histoire de son grand-père et celle d’un jeune pianiste d’aujourd’hui. Ce bel exercice narratif lui permet de parler de son aïeul, de musique, d’arts et des relations amicales entre la France et le Liban, un pays sous protectorat français après la Première Guerre Mondiale. Depuis ces années, les libanais sont profondément francophiles et beaucoup d’entre eux ont tenté de vivre en métropole et inversement.

UN PIANO QUI JOUE DES QUARTS DE TONS

Alors que dans son précédent ouvrage, Mourir, partir, revenir, le jeu des hirondelles (chez Cambourakis), l’auteur franco-libanaise nous racontait son enfance à Beyrouth, dans la même veine que Persépolis de Marjane Satrapi ; Le piano oriental nous fait voyager dans son pays quelques décennies auparavant. Pour cela, elle dépeint Abdallah Kamanja, un personnage fantasque, employé par la Compagnie des Chemins de Fer Libanais, féru de musique, virtuose du piano. Inventeur de génie, il met au point un piano capable de jouer des quarts de tons. Cette folie-douce, sa joie de vivre, lui permettent de créer, d’observer et d’accroître sa curiosité. Après l’invention de son instrument, il est invité à Vienne par les Hofman, célèbres facteurs de pianos. Accompagné de Victor, son ami, il part vers la capitale autrichienne, via Marseille. Ce fabuleux voyage va se muer en un périple fou.

UN FORMIDABLE GRAPHISME ORIGINAL

Par cette histoire, Zeina Abirached parle du Liban mais aussi d’elle, de son départ vers la France, son déchirement lorsqu’elle quitte son pays natal ; mais aussi par les ponts que les uns et les autres jettent entre les deux cultures. Pour appuyer son propos, elle livre une sublime partition graphique. Influencée par David B et Marc-Antoine Mathieu, Le piano oriental est composé de planches en noir et blanc richement décorées. Entrelacs, arabesques, répétitions de formes et grands aplats noirs font de cet album, un récit original. Proche de celui de Marjane Satrapi, son dessin navigue parfois dans l’onirisme et la poésie. La musique, l’architecture et les costumes se marient à merveille dans des pages très réussies.

Article posté le samedi 26 septembre 2015 par Damien Canteau

Le Piano oriental fait partie des 15 meilleures BD publiées en 2015 pour Comixtrip, le site spécialisé en bande dessinée
  • Le piano oriental
  • Auteure: Zeina Abirached
  • Editeur: Casterman
  • Prix: 22€
  • Parution: 02 septembre 2015

Résumé de l’éditeur : Un récit inspiré de la vie de son ancêtre, inventeur d’un nouvel instrument de musique dans le Beyrouth des années 1960. Folle tentative pour rapprocher les traditions musicales d’Orient de d’Occident, ce piano au destin méconnu n’aura vu le jour qu’en un seul exemplaire, juste avant que la guerre civile ne s’abatte sur le Liban.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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