Les contes noirs du chien de la casse

Lorsqu’un professeur des écoles de Seine-Saint-Denis décide de raconter le quotidien de femmes et d’hommes de la banlieue, cela donne Les contes noirs du chien de la casse, un formidable album âpre et sombre, d’une grande justesse de ton.

SEPT HISTOIRES SOUS FORME DE SEPT CONTES

Remedium est né en 1981 et connaît bien la Seine-Saint-Denis pour y avoir grandi et y vivre encore. Professeur des écoles depuis 2005 au Blanc-Mesnil (93), il côtoie toutes les origines sociales et ethniques qui font de ce département le deuxième le plus peuplé de la région parisienne (plus de 1 500 000 habitants en 2013 selon l’INED), le plus pauvre, un lieu de métissage et de brassage culturels importants.

Les familles, les enfants, les adolescents et les jeunes majeurs, il les connaît par cœur. Pour faire découvrir aux lecteurs cette banlieue diverse, il a imaginé sept histoires construits comme sept contes modernes :

  • La poudre aux yeux ou le parcours en parallèle de deux amis d’enfance empruntant quasiment la même trajectoire. L’un est dealer, l’autre décide de le suivre dans ses combines…
  • Déments sur canapé ou quand trois potes se retrouvent autour d’un canapé abandonné. Entre une fille qui passe ou des flics qui débarquent, ils tentent de refaire le monde…
  • La maîtresse de maison ou la vie non rêvée de Shahinese. De sa mauvaise fréquentation d’un garçon à son refus d’aller au collège, elle sombre…
  • Les aveugles. Comment révéler l’insoutenable abus d’un adulte sur des enfants lorsque l’on habite en banlieue ? La mère de Jihane essaie de se battre contre cette omerta…
  • Le chien errant. Un jeune à la dérive est approché par un représentant de la mairie pour les prochaines élections. Lui, l’enfant des cités est une très belle caution pour faire basculer le vote de ses amis et connaissances et par conséquence faire gagner une liste très conservatrice. Aux yeux des autres, c’est un traître…
  • La raide option. Alex sort de prison mais il a changé, il s’est tourné vers la religion pendant son incarcération…
  • Le toi du monde ou Roméo & Juliette sur fond d’émeutes en banlieue…

LES CONTES NOIRS DU CHIEN DE LA CASSE : CRIANT DE RÉALISME

Ce qui frappe en lisant Les contes noirs du chien de la casse, c’est la très grande justesse du propos, la véracité des faits présentés. Remedium s’appuie sur des situations vues, vécues ou entendues pour raconter ses sept histoires.

La perte de l’innocence, la fatalité, le déterminisme social, le prédominance de la religion, tant de choses si lourdes à porter par ces femmes et ces hommes de Seine-Saint-Denis.

Pour incarner au mieux ses contes noirs, il met en scène des anonymes, sortes d’anti-héros rejetés par une société française qui ne veut pas les voir ou du moins le plus loin possible. Trafics en tout genre, pauvreté, conditions de vie déplorable (les immeubles peuvent parfois être vétustes), tout cela participe au mal être et au désenchantement de cette jeunesse.

Remedium sait manier la langue, cette langue familière – mélange de néologismes et d’argot – qu’il fait rimer avec des mots courants. Oui, les textes sont ciselés, très travaillés et cela touche les lecteurs. De plus, son trait épais en noir et blanc aux feutres apporte encore plus de noirceur à ses récits, une ambiance encore plus lourde.

Les contes noirs du chien de la casse : un album fort, troublant, d’une rare justesse sur une partie de ces banlieusards parisiens à la dérive. Après Etenesh de Paolo Castaldi, Koko au pays des toutous de Jean-Benoît Meybeck, Jules B de Armelle Modéré ou La dernière représentation de Mademoiselle Esther de Adam Jaromir et Gabriela Cichowska , encore un récit engagé au catalogue de Des ronds dans l’o. Merci à cette entité pour sa ligne éditoriale singulière et de grande qualité ! On aimerait encore en lire des histoires comme celles-ci !

Article posté le mercredi 04 octobre 2017 par Damien Canteau

Les contes noirs du chien de la casse de Remedium (Des ronds dans l'o) décrypté par Comixtrip
  • Les contes noirs du chien de la casse
  • Auteur : Remedium
  • Éditeur : Des ronds dans l’o
  • Prix : 15€
  • Parution : 20 septembre 2017
  • ISBN : 9782374180410

Résumé de l’éditeur : Au travers de sept histoires indépendantes, mais liées entre elles par diverses interactions et formant un tout, les « Contes noirs » se proposent d’offrir une vision froide et sombre d’une cité de banlieue, hantée plus qu’elle n’est habitée par sa jeunesse. Chacun des sept contes est basé sur des faits réels, ayant pour cadre la cité des Tilleuls, au Blanc-Mesnil (93), et permet d’aborder un thème différent : la rédemption, la politique, la place des femmes, la spirale de la violence, le poids de la religion… D’un point de vue stylistique, les Contes noirs s’attachent à aborder l’aspect social à l’échelle d’individus lambdas, en proie à la difficulté de leur quotidien. Pour ce faire, l’écriture embrasse le pas de la jeunesse désoeuvrée qu’elle décrit, utilisant son langage tout en la littératurant. Des jeux de mots et des contraintes textuels viennent apporter un éclairage particulier aux dessins et à l’action. Le titre « Les Contes noirs du chien de la casse » est une référence ironique aux « Contes rouges du chat perché », de Marcel Aymé, ouvrage dans lequel l’auteur dépeignait le quotidien de deux fillettes à la campagne, se liguant parfois contre les adultes. Les Contes noirs se veulent une vision désabusée, moderne et urbaine de la jeunesse de banlieue, qui a perdu l’innocence qui pouvait exister dans les histoires de Marcel Aymé.

 

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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