Les vestiaires

Au collège, c’est l’effervescence, le nouveau vestiaires ouvre ses portes. Les garçons sont surexcités par la découverte de ce nouveau lieu, où s’exerce une hiérarchie bien définie, où s’exacerbent les tensions et où ils y font régner une loi bien à eux en dehors des yeux des adultes. C’est cet endroit clos et mystérieux que Thimothé Le Boucher nous permet de scruter dans un album formidable Les vestiaires, publié aux éditions La Boîte à Bulles.

C’est un jour particulier au collège. Après quelques mois d’attente, les collégiens vont enfin pouvoir pénétrer dans leurs nouveaux vestiaires du gymnase. Si les anciens étaient d’un vieux jaune, ceux-là sont bleu-vert, sans casier à cadenas, les toilettes sont roses et sans séparation mais pire que tout cela, les douches sont désormais collectives. Adieu intimité et pudeur, bonjour moqueries. Tous les jeudis, les adolescents se retrouveront dans ce lieu clos pour se changer, s’observer, s’amuser voire se battre.

Les chefs et les losers

Marien, lunettes vissées sur le nez, essaie tant bien que mal de souligner que les douches ne sont plus individuelles à la prof de sport, jogging rose et très autoritaire, mais elle ne l’entend pas de cette oreille. Dans cette classe, il y a aussi : Hugo, Bastien, Gauthier, la grand gueule, Nicolas le rouquin mais surtout Corentin, en surpoids, mal dans sa peau; il est le souffre-douleurs de tous les adolescents. Mais Batien découvre un petit recoin que personne n’avait remarqué. Avec l’aide de trois autres, il scrute les filles qui se change de l’autre côté de la cloison. Ils reproduiront ce rituel tous les jeudis lorsque tous leurs camarades seront partis.

Pour le deuxième cours, Karim, rugbyman à l’extérieur du collège, commence à se doucher sous les yeux incrédules des autres. Si les filles disent que les garçons puent après l’EPS, il est hors de question que certains prennent le temps de se laver.

Le jeudi suivant, d’autres ados se joignent au premier pour se doucher, comme c’est le cas de Nicolas qui n’a pas peur de montrer que ses poils sont aussi roux que sa chevelure. Marien, dont les parents ne sont pas très fortunés, révèle à son ami ses astuces pour faire croire qu’il a des vêtements de marque. De son côté, Corentin est obligé d’aller chercher son sac de classe dans la cuvette des toilettes ; c’est Gauthier, qui s’est amusé à l’y glisser en urinant dessus au passage. Mais le jeune adolescent n’en a pas fini avec ses camarades ; le jeudi d’après, ils le forcent à se doucher habillé et l’humilient. Mais il n’a pas dit son dernier mot et imagine une stratégie pour se venger de celui qui est le plus populaire : Gauthier.

Huis-clos angoissant au collège

Thimothé Le Boucher livre un album fort et impressionnant, rappelant à certains d’entre nous les joies des vestiaires lorsque nous étions adolescents. Ecrit comme un huis-clos presque angoissant, l’auteur livre de façon de plus abruptes : agressivité, moqueries, harcèlement ou sexualité des ados. Cet album est un témoignage important sur la puberté, bien observé par l’auteur de Skin Party (Manolosanctis). Dans ce lieu secret, loin des yeux des professeurs, est recréé une micro-société sans limites, avec ses codes et où il existe en haut de la pyramide, des chefs craints par les autres, c’est-à-dire les plus populaires du collège, mais aussi les losers, véritables moutons noirs et tête de turcs des autres, ceux qui essaient de suivre les populaires et enfin le ventre-mou, c’est-à-dire ceux qui ne font pas de vagues. Pourtant ces clans sont incertains et vacillants ; tout peut être remis en cause par un simple événement et de populaire, l’on peut se retrouver à la place de loser. Ces rapports de force exacerbés qui les lient entre eux, sont magnifiquement mis en scène dans cette histoire coup de poing. Le trait semi-réaliste de Thimoté Le Boucher est frappant dans les expressions des visages mais aussi dans les corps dénudés des adolescents.

Article posté le vendredi 02 mai 2014 par Damien Canteau

  • Les vestiaires
  • Auteur : Thimothé Le Boucher
  • Editeur: La Boîte à Bulles, collection Hors champ
  • Prix: 20€
  • Sortie:  2 mai 2014

Résumé de l’éditeur : Le nouveau vestiaire des collégiens ouvre ses portes. Vitres floutées et toilettes roses, les garçons découvrent les locaux rénovés avec un mélange de gêne et de moquerie. D’autant plus que les douches sont désormais collectives ! Ainsi deviennent-elles un centre d’intérêt particulier, dans cet espace clos où le principe fondamental de l’autorité adulte disparaît et où peuvent s’exprimer les instincts primaires à l’état le plus brut : agressivité, sexualité ado, moqueries, harcèlement de la tête de turc… Est recréée au sein même du vestiaire une microsociété sans limites et à l’équilibre incertain, avec ses chefs craints et ses moutons noirs. Affranchis, les garçons du vestiaire affichent leur cruauté naturelle dans un récit à la fois captivant et étouffant qui n’est pas sans rappeler Sa Majesté des mouches.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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