Momo, tome 1

D’un immense charme et attrayante, l’histoire de Momo – petite fille de 5 ans qui vit chez sa mamy en Normandie – ne devrait laisser personne insensible. Plongée dans ce merveilleux récit de Jonathan Garnier et Rony Hotin. Une vraie pépite. On aime !!!

MOMO : PETITE FILLE FACÉTIEUSE

Normandie, dans les années 80. Momo vit chez sa grand-mère parce que son père navigue sur un immense cargo et qu’il ne rentrera pas avant de nombreuses semaines.

Si l’éloignement de son papa et l’absence de sa maman ne peuvent pas être compensés par la présence et l’amour de sa grand-mère, elle aime habiter chez elle malgré quelques moments de cafard.

De leur côté, les habitants du village pensent que Mamy élève très mal Momo, lui laissant trop de liberté. Elle ne s’en soucie guère, elle aime sa vie.

POISSONNIER ÉTRANGE, ROLLER GIRL ET ENFANTS RÉTIFS

Malgré ses cinq ans, Momo est grande. Mamy lui confie toujours de grandes taches à accomplir -c’est d’ailleurs cette autonomie qui déplait tant aux habitants  – elle la laisse aller chez le poissonnier, un homme étrange qui la prend pour un chat.

Elle croise aussi Françoise – une adolescente un peu rebelle – qui se reconnait en elle, par sa liberté et le fait qu’elle ne se laisse jamais faire. C’est le cas, lorsque Momo se trouve en face d’une bande de petits garçons qui la malmène…

MOMO : UNE SÉRIE ATTENDRISSANTE ET DRÔLE

Avec Sacha et Tomcrouz (de Anaïs Halard et Bastien Quignon, Soleil), nous sommes gâtés ces temps-ci en matière de séries Jeunesse. A Comixtrip, nous avons un penchant pour ce genre littéraire et avec Momo, nous sommes aux anges !

Dans les pas de la merveilleuse série Jojo du talentueux et regretté André Geerts, le récit de Jonathan Garnier est fin, juste, drôle et d’une rare intelligence tant scénaristique qu’au niveau des thématiques universelles explorées. Enormément de tendresse, de douceur et de chaleur transpirent dans ce premier opus. Momo possède un charme à la fois désuet, mélancolique et nostalgique et cela fait du bien fou !

En imaginant le quotidien pas si facile de cette fillette de 5 ans, l’auteur conquiert avec une grande facilité son lectorat. Si les plus jeunes seront ravis de lire cet album au premier niveau de lecture, les plus âgés seront accrochés par une ambiance eighties très réussie (les quadragénaires seront touchés en plein cœur parce que cela leur rappellera leur propre enfance).

UNE HISTOIRE A HAUTEUR D’ENFANT TRÈS JUSTE

Momo – dont on ne connait que le surnom – est une petite fille vaillante, insouciante mais pas si naïve que cela, tourbillon d’énergie (qui donne de l’énergie lorsqu’on lit ses exploits), imaginative et qui ne se laisse pas marcher sur les pieds.

En contant son histoire à hauteur d’yeux d’enfants, Jonathan Garnier réussit son pari et à tout compris à la narration. Celui qui fut directeur de la collection Etincelles des éditions Ankama (qui publia le formidable Kairos de Ulysse Malassagne, notamment) forme des « duos » atypiques dans son récit :

  • Momo / sa grand-mère, malgré son look de mamie habillé en noir à l’ancienne, c’est une femme au grand cœur, bienveillante, très libre, qui fait grandir Momo dans un environnement-cocon agréable en la laissant explorer le monde autour d’elle, en lui faisant confiance. C’est ça la clef de la réussite : faire confiance à l’autre !
  • Momo / Françoise, une adolescente qui se reconnait en la liberté et la folie de la fillette.
  • Momo / ses camarades, entre attirance et répulsion, les petits garçons tentent de comprendre Momo, plus libre qu’eux.

Ajouter à cela, un poissonnier étonnant, un vieil ermite qui fait peur et des habitants méfiants et l’on obtient une fabuleuse galerie de personnages secondaires .

De plus, le scénariste laisse planer des questions tout au long de son récit : Est-ce que le père de Momo va réapparaître ? Où se cache sa maman ? Pourquoi sont-ils séparés ? Ainsi que la fin en cliffhanger très fort qui laisse le lecteur pantois et dans le doute le plus total concernant l’avenir de son héroïne…

DE LA BEAUTE DU DESSIN…

Si l’on est entièrement conquis par le scénario brillant de Jonathan Garnier, que dire de la partie graphique de Rony Hotin ? Il est au diapason du récit. Leur duo fonctionne à merveille ! Le lecteur le sent, les auteurs ont pris énormément de plaisir à réaliser Momo.

A la croisée du manga et du graphisme de Bastien Vivès, le dessin chaleureux de l’auteur  – dont c’est le premier album – est d’une belle modernité. Son trait fin et soigné lui permet de composer des personnages aux visages d’une grande expressivité. Ses grands aplats de couleur à la palette numérique restitue admirablement l’ambiance 80’s de l’histoire.

Et dire qu’il va falloir attendre un an pour connaître la fin de ce merveilleux diptyque ! On ne va jamais pouvoir y arriver ! Jonathan Garnier et Rony Hotin tiennent là un univers fort et riche et l’on espère qu’ils ne se contenteront pas d’un petit cycle de deux albums mais qu’ils imagineront une suite à cette série, tellement c’est doux, chaleureux et avec climax d’émotions.

Article posté le samedi 15 avril 2017 par Damien Canteau

Momo tome 1 de Jonathan Garnier et Rony Hotin (Casterman) décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Momo, tome 1
  • Scénariste : Jonathan Garnier
  • Dessinateur : Rony Hotin
  • Éditeur : Casterman
  • Prix : 16€
  • Parution : 1er mars 2017

Résumé de l’éditeur : Avec Momo, Jonathan Garnier et Rony Hotin recomposent le parfum inoubliable de l’enfance. « Hey le bon dieu ! Dis à mon papa qu’il faut qu’il rentre vite ! Et dis-lui que je lui fais des gros bécots ! Et mamy aussi, elle lui fait des bécots ! … Même si elle pique un peu… » Avec Momo, Jonathan Garnier et Rony Hotin recomposent le parfum inoubliable de l’enfance. Le temps des copains, des découvertes, des petite bêtises, des grands bonheurs et des gros chagrins. Le temps aussi d’un émerveillement constant que contrarient parfois les réalités du monde adulte.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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