Osamu Tezuka : Docteur Osamu Mister Tezuka

Considéré comme le Dieu du manga, Osamu Tezuka était un grand auteur mais aussi un médecin diplômé. Plongée dans sa vie trépidante et romanesque à travers un manga de 900 pages signé Toshio Ban entre joies, peurs et doutes mais aussi un foultitude d’anecdotes. Vraiment passionnant et enthousiasmant !

LE MANGAKA AUX 170 000 PLANCHES

Né en 1928 près d’Osaka et décédé en 1989 à Tokyo, Osamu Tezuka fut le premier mangaka japonais reconnu internationalement grâce à ses multiples œuvres dessinées mais aussi ces nombreux longs métrages et séries animés (voir les 14 pages d’annexes à la fin de l’album qui référencent son immense œuvre !). Il réalisera ainsi plus de 170 000 planches dans sa carrière !

Pour découvrir la vie romanesque et passionnante de Tezuka, l’Oncle Moustache – un de ses personnages fétiches – sert de guide de sa naissance à son décès à seulement 60 ans. Il laissera une trace indélébile dans le monde du manga mais aussi celui du 9e art en général, cité en référence par de nombreux auteurs.

D’OSAMU à OSAMUSHI

C’est le 3 novembre de l’année 1928 que naît Osamu, le fruit de l’union de Yukata et Fumiko. Ainé de la famille, il vivra son enfance heureuse à Takarazuka dans la préfecture de Hyogo. Petit garçon joyeux et ouvert aux autres, il dessine dès ses plus tendres années. Aimant raconter des histoires à ses camarades, il s’entoure rapidement d’amis qui le suivent dans ses aventures.

Il observe le ciel, les étoiles, se promène dans la nature et observe les insectes. Armé d’une lampe, de boites, de bottes et d’un filet à papillons, il part à la chasse de ses êtres minuscules. Il commence alors à les dessiner et ainsi les répertorier. Dans le premier volume de son encyclopédie, il a dessiné environ 400 spécimens.

La Seconde guerre mondiale débute, il est envoyé dans le collège Kitano sous le joug des militaires qui y font régner l’ordre et veulent faire des garçons de futurs soldats en puissance. Lui continue de dessiner et de publier des petits fanzines avec ses copains, ce qui est mal vu par les autorités de l’établissement. C’est à cette période qu’il commence à signer ses illustrations du nom de Osamushi Tezuka (Osamushi étant le nom commun d’un carabe).

Il se lance alors à corps perdu dans la course de fond lui qui n’était pas spécialement doué pour le sport. Cette discipline s’avérera importante pour la suite de sa carrière, lui procurant une endurance de fer. Alors qu’il est jeune adolescent, il hésite entre devenir mangaka ou devenir médecin ; ce qui ne le quittera plus jusqu’à la fin de sa vie. Une existence entre ces deux disciplines de forçat.

A seize ans, il dessine notamment L’homme fantôme en 1944 qui servira de base à Metropolis ou encore la première version de Lost word. Il découvre aussi dans les revues étrangères les comics dont ceux de McManus qui l’influenceront pour ses architectures de ville. C’est à cette période qu’il faillit perdre l’usage de ses bras à cause d’une vilaine mycose sur sa peau.

DOCTEUR OSAMU ET MISTER TEZUKA

Comme tous les jeunes japonais, Tezuka est mobilisé pour l’effort de guerre et se retrouve ainsi dans une usine d’armement. Pendant ses pauses (obligatoires ou non), il part dessiner à l’écart, sans être vu. Il découvre ainsi les horreurs de la guerre avec ses morts par millier; une trace indélébile qu’il fera transparaître plus tard dans certains de ses mangas (Les trois Adolf, L’homme qui détruisit le monde, La fourmi et le géant).

A la maison, tout va pour le mieux après la fin de la Guerre chez les Tezuka. Son père projette des films d’animation grâce à sa Pathé Baby et la famille part souvent au cinéma. Osamu est fasciné par ce médium et tout de suite se dit qu’il aimerait en réaliser un dans sa vie.

En juillet 1945, le jeune mangaka fait son entrée à la faculté de médecine d’Osaka ! Il mène alors deux carrières en parallèle : il poursuit la création de manga et ses études de médecine. La guerre terminée, c’est le début de « l’occupation des troupes américaines ».

Il tente alors sa chance et apporte ses planches au journal Mainachi d’Osaka. Il publie alors Le journal de Machan qui remporte un grand succès rapidement dans le colonne du quotidien. Il tente alors sa chance à Tokyo en présentant une de ses histoires chez Kodansha, grand éditeur de mangas depuis 1909. Son projet et refusé mais il persévéra et un jour y sera publié.

Il réalise alors des récits longs – notamment La nouvelle île au trésor – et travaille pour le théâtre de Tarakuza. Il enchaîne alors les mangas et arrive même à en animer plusieurs en même temps, c’est le début de sa longue carrière d’auteur…

la VIE ROMANESQUE d’Osamu Tezuka

Ce qui frappe dans le manga mis en image par Toshio Ban, c’est la vie folle qu’a pu avoir Osamu Tezuka, multipliant les récits en même temps que ses études de médecine (il obtient son diplôme en 1961).

Son rêve se réalise au prix de sacrifice énorme et d’un travail acharné. Non dénué d’humour, Une vie en manga insiste sur les déménagements successifs de Tezuka pour ne pas être importuné par les éditeurs. En effet, comme il travaillait pour différents magazines en même temps, les éditeurs attendaient avec fébrilité les planches du maître. Pour cela, ils faisaient le pied de grue dans la chambre de Osamu, puis à l’hôtel ou dans son atelier. Il faut souligner qu’il pouvait réaliser plus de 25 planches par jour ! Pour satisfaire ses nombreux patrons, il dormait peu, travaillait toute la nuit et pouvait même dessiner allongé !

Si la situation pouvait paraître saugrenue (des hommes attendant la fin des planches dans une chambre), tout cela se déroulait plutôt dans un esprit bon enfant. Dans un premier temps, c’est Fumiko – sa mère – qui se chargeait de l’accueil des éditeurs puis par la suite Etsuko – son épouse –  dans sa maison de Tokiwa.

Etonnament, Tezuka fait construire une maison appelée Tokiwaso près de Tokyo et un atelier dans son jardin. Des assistants viennent donner un coup de main au maître qui continue de dessiner et d’inventer les histoires. En plus des mangas, Osamu se lance dans l’animation, lui féru de cette discipline artistique, amateur des films de Disney, notamment Bambi qu’il ira voir des dizaines de fois et qui s’en servira pour dessiner Le roi Léo.

En 1961, il crée son propre studio Mushi Production. Il doit agrandir ses ateliers, en fait construire un autre sur sa parcelle. Les dessinateurs travaillent, mangent et dorment sur place ; le rythme est soutenu. En plus de Tableaux d’une exposition en 1966, Le Saut en 1984 ou encore La Légende de la forêt en 1987 (des courts métrages expérimentaux), il réalise Astro boy en 1963 (première série d’animation télévisée au Japon), Princesse Saphir ou Le roi Léo. Ces trois séries se vendent à l’étranger et c’est ainsi que Tezuka devient mondialement connu.

Dans Une vie en manga, on se concentre avant tout sur le travail de Tezuka mais peu sur sa femme et ses trois enfants : Makoto, Rumiko et Chiiko pour lequel il créera un manga (Mako, Rumi et Chii, éditions Black Box).

La fin de sa carrière est marquée par la banqueroute de sa société Mushi qu’il avait quitté mais avant tout par une reconnaissance internationale : les prix se succèdent pour ses livres et ses films, ainsi que des invitations partout dans le monde. Son ultime œuvre – Néo Faust – est inachevée parce qu’il décède avant la touche finale, le 9 février 1989.

Une vie en manga est un formidable album pour les passionnés de l’œuvre de Tezuka mais aussi pour ceux qui voudrait découvrir la vie trépidante du maître, sorte de Docteur Osamu et Mister Tezuka, entre médecine et manga.

A noter qu’une exposition sur l’œuvre de Tezuka pour honorer les 90 ans de sa naissance sera visible au Musée d’Angoulême pendant le Festival et au-delà (25 janvier au 11 mars 2018).

Article posté le lundi 22 janvier 2018 par Damien Canteau

Osama Tezuka une vie en manga (Pika/ Tezuka osamu monogatari by Toshio Ban . Tezuka Producions 2018)
  • Osamu Tezuka, une vie en manga
  • Auteur : Toshio Ban
  • Editeur : Pika, collection Pika Graphic
  • Prix : 35€
  • Parution : 24 janvier 2018
  • ISBN: 9782811642075

Résumé de l’album : Quoi de plus approprié qu’un manga pour raconter la vie d’Osamu Tezuka, le “Dieu du manga” ? L’oncle Moustache, un de ses personnages fétiches, nous narre l’histoire de cet artiste fascinant aux 170 000 planches dessinées. Des univers qui l’ont inspiré à ses francs succès comme Le Roi Léo, La Vie de Bouddha ou encore Astro Boy, cette imposante biographie nous permet de découvrir Tezuka, son insatiable besoin de dessiner, sa curiosité permanente, sa passion pour l’animation et la création sous d’innombrables formes !

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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