Sables noirs

Troubs est un auteur-voyageur. Grand admirateur des pays exotiques, il aime faire partager ses découvertes aux lecteurs (Va’a, une saison aux Tuamotu, avec Benjamin Flao ; Troubs en Chine ou Viva la vida). Invité à superviser un recueil de poèmes de Jacques Prévert au Turkménistan, il relate cette étonnante escapade dans l’un des pays les plus fermés du monde dans Sables noirs, édité par Futuropolis.

LE TURKMÉNISTAN : UN PAYS MECONNU

A travers les 110 pages de cet merveilleux album, Troubs fait découvrir au lecteur cet étonnant pays qu’est le Turkménistan. Sous la forme d’un très beau carnet de voyage, il décrit la vie de ces turkmens souvent très pauvres.
Ancien pays du bloc soviétique dont les frontières sont communes avec l’Ouzbékistan, l’Afghanistan et l’Iran (autant dire une région poudrière), il devient indépendant en 1991. Son premier président, Niazou entretient un véritable culte de sa personnalité comme son successeur et actuel dirigeant Gurbanguly Berdimehamedov, dit Berdi, comme l’observe Troubs tout au long de son album et plus particulièrement lorsqu’il découvre le fameux tripode (statue immense à sa gloire). L’armée gouverne tout, le pouvoir politicien y est fort et il est interdit de visiter seul le pays lorsque l’on est étranger. Les rares associations ONG sur place ne peuvent d’ailleurs pas intervenir partout.

DES RENCONTRES ET DE L’HUMOUR

Achgabat, la capitale est la ville administrative la plus riche mais la population y est très pauvre, sans parler des villages ruraux qui tentent de survivre tant bien que mal comme le montre l’auteur lorsqu’il se rend en dehors de Mary, une grande ville du pays.

 

Sans jamais prendre parti ni juger, Troubs livre un magnifique récit tout en sensibilité en occultant jamais l’humour. A travers ses multiples rencontres, il découvre un pays contrasté, étonnant, entre modernité dans la capitale et archaïsme dans les villages, avec yourtes et chameaux.

UN RECUEIL DE POÈMES DE JACQUES PREVERT

Troubs est parti en 2009 dans cette contrée pour superviser un recueil de poèmes de Jacques Prévert que des artistes locaux illustreront (en français et en turkmène). Il faut dire que la littérature du pays est quasi inexistante, se résumant au Coran ou au Rhunama, un livre écrit par l’actuel président et qui fait office de manuel scolaire. Il existe seulement quatre librairies dans tout le pays et elles se situent toutes dans la capitale.

CROQUIS ET PLANCHES CLASSIQUES

Des liens existent entre la France et l’ex-pays soviétique, commerciaux mais aussi culturels. Les seules figures françaises connues sont Gérard Depardieu et Pierre Richard dont les films humoristiques étaient les seuls à passer la censure russe.L’album en noir et blanc alterne les croquis faits sur place et les planches composées de nos jours.

Un sacré pari, mais une très belle réussite. Un bel ouvrage !

Article posté le jeudi 05 mars 2015 par Damien Canteau

  • Sables noirs, 20 semaines au Turkménistan
  • Auteur : Troubs
  • Editeur : Futuropolis
  • Prix : 18€
  • Sortie : 05 mars 2015

Résumé de l’éditeur : Lorsque Troubs arrive à Achgabat, la première question que lui posent les Turkmènes en découvrant sa nationalité est « Travaillez-vous pour Bouygues ? » Alors que la culture hexagonale est portée hors de nos frontières par les seules figures de Pierre Richard et Gérard Depardieu, Troubs est invité par le Centre Culturel Français pour superviser un recueil de poèmes de Jacques Prévert illustrés par des artistes locaux. Un événement pour ce pays où le livre le mieux distribué, outre le Coran, est Rhunama, écrit par l’ancien président. « Au Turkmenistan, c’est les silences qu’il faut entendre ».Comme à son accoutumée, Troubs part à la rencontre des autochtones et nous fait voyager dans ce pays méconnu, avec sensibilité et humour. Au fil de ses pérégrinations, il découvre un pays déroutant, contrasté, à l’architecture étonnante, traversé par des autoroutes dépeuplées, au désert habité de quelques yourtes et de chameaux. Troubs est un grand voyageur qui aime faire partager ses découvertes aux lecteurs : l’Australie, la Chine, la Polynésie, Madagascar, Bornéo, le Vietnam, le Mexique…. mais aussi la Dordogne et même le pré aux vaches qui jouxte sa maison. « Depuis 1991, la culture Turkmène est réduite à sa plus simple expression : folklorique, artisanale ou traditionnelle, mais avant tout dépolitisée. Et les artistes se doivent aussi de l’être. Ils travaillent sur des thèmes qui ne dérangent personne ».

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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