Vies volées

Chaque semaine, des dizaines de grand-mères se réunissent sur la Place de Mai à Buenos Aires pour retrouver la trace d’enfants disparus pendant la dictature de Pinochet. Matz et Mayalen Goust racontent leur histoire à travers le récit de Mario et Santiago dans Vies volées, un très beau récit intimiste.

MARIO ENFANT VOLé ?

Buenos Aires, 1998. Mario et Santiago, deux jeunes argentins, traversent la Place de Mai où comme chaque semaine des grand-mères se réunissent pour obtenir des renseignements sur les enfants volés de la dictature et faire pression sur les différents gouvernements.

Ayant la peau claire et pensant être adopté, Mario décide de parler à une de ces femmes pour avoir des informations sur les tests ADN.

CLINIQUES, TESTS ET GABRIELLA

Quelques jours plus tard, accompagné de Santiago, le jeune homme se rend à la clinique spécialisée dans ces tests. Là, il est pris en charge par Gabriella dont son ami tombe subitement amoureux. Pour la revoir, il décide de faire aussi les recherches biologiques…

VIES VOLéES :  quand l’histoire se mêle à l’intime

Comme à son habitude (Le tueur, Corps et âmes ou Le travailleur de la nuit), Matz imagine un très joli récit. Pour cela, il place son histoire dans l’Argentine de la fin du XXe siècle, faisant écho à l’histoire de la dictature de Pinochet (entre 1976 et 1983). L’homme fort mit en place un régime répressif où  les opposants étaient traqués, emprisonnés, torturés voire assassinés. Quant aux femmes enceintes qui s’élevaient contre la dictature, les policiers avaient ordre de leur enlever leur enfant. Ces derniers étaient alors « placés » dans des familles proches du régime. Ainsi 500 filles et garçons furent « adoptés ».

A partir de 1977, malgré les pressions, des femmes courageuses descendirent dans la rue  pour demander justice. En 1992, une Commission nationale pour le droit à l’identité fut créée facilitant les recherches biologiques et retrouver ces enfants volés.

Pour incarner au mieux cette quête d’identité (parfois tragique pour certains), le scénariste de Tango (avec Philippe Xavier) imagine le destin de deux jeunes amis. Sans dévoiler la suite de l’histoire, l’on peut dire que l’on va de surprise en rebondissement, qu’une belle histoire d’amour nait, que l’amitié entre Mario et Santiago sera mise à rude épreuve et que les relations entre leurs parents respectifs seront tendues.

UN BEAU DESSIN Délicat

Cet album sur l’identité, la filiation et la résilience est parfaitement mis en image par Mayalen Goust. Diplômée de l’Ecole d’arts appliqués de Poitiers, elle a débuté sa carrière dans l’illustration d’albums jeunesse. Après Les colombes du Roi-Soleil (avec Roger Seiter) et Kamarades (avec Benoît Abtey et Jean-Baptiste Dusséaux), elle réalise son septième album avec Vies volées. Couleurs pastel lumineuses, personnages au visage fin, élégance du trait sont le cœur de ses très belles planches.

A noter qu’aujourd’hui, en 2017, 125 enfants sur 500 « volés » à leurs parents biologiques ont été retrouvés par ces vieilles dames dignes et courageuses.

Vies volées : une belle bande dessinée sur un sujet délicat mais méconnu en France, porté par un très beau dessin et un récit efficace.

Article posté le samedi 03 février 2018 par Damien Canteau

Vies volées de Matz et Mayalen Goust (Rue de sèvres) décrypté par Comixtrip
  • Vies volées
  • Scénariste : Matz
  • Dessinatrice : Mayalen Goust
  • Editeur : Rue de Sèvres
  • Prix : 15€
  • Parution : 10 janvier 2018
  • ISBN: 9782369813958

Résumé de l’album : En Argentine, de 1976 à 1983, sous la dictature militaire, 500 bébés ont été arrachés à leurs mères pour être placés dans des familles plus ou moins proches du régime. Plusieurs années après cette tragédie, les grands-mères de ces enfants ne cessent de se battre pour les retrouver. Interpellé par ce drame largement médiatisé, Mario, un jeune homme de 20 ans qui s’interroge sur sa filiation décide d’aller à la rencontre de ses grands-mères accompagné de son ami Santiago et décide de faire un test ADN, Les résultats bouleverseront les vies des deux jeunes gens et de leur entourage. A travers leur quête, on s’interroge sur l’identité, la filiation, la capacité de chacun à se confronter à ses propres bourreaux, à surmonter une trahison et parvenir à envisager un nouvel avenir.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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