Entretien avec Obion : de Soucoupes à L’atelier Mastodonte

Obion nous a accordé quelques minutes pour nous parler de Soucoupes, son album réalisé avec Arnaud Le Gouëfflec, sa participation à L’Atelier Mastodonte et ses futurs nombreux projets. Plongée dans l’univers de cet auteur agréable et chaleureux.

  • Soucoupes

Obion, Soucoupes était votre deuxième travail en commun avec Arnaud Le Gouëfflec après Vilebrequin. Comment l’aviez-vous rencontré ?

Arnaud, je le connais depuis des années. Je le connaissais de nom parce que nous habitions la même ville, c’était un artiste déjà assez prolifique, principalement musicien. Il faisait partie d’un groupe Le petit fossoyeur.

Il y a quelques années, lors d’un festival à Lorient, on nous avait demandé de monter une exposition Kris et moi – je travaillais avec lui sur la série Le déserteur – et comme nous ne nous en sentions pas capable, nous avions fait appel à un spécialiste, en l’occurrence Maëlle Le Gouëfflec, sa femme. A l’époque, Arnaud s’était proposé pour faire une bande son de notre exposition. Nous sommes alors devenu amis à ce moment-là.

Nous avons des univers très différents mais entre lesquels il y a énormément de ponts, nous avons eu naturellement envie de travailler ensemble.

« Au départ Soucoupes est une histoire où chaque élément est basé sur un rond »

Quelle était l’idée de départ de l’album ?

Après avoir imaginé Vilebrequin – c’était il y a plus de 10 ans – nous avions déjà les premières idées de Soucoupes. Certains petits exercices de mise en page dans Vilebrequin m’ont donné envie de développer d’avantage un côté un petit peu expérimental. J’avais envie de créer un album autour du concept de rond et de soucoupes. Avec Arnaud, nous avons commencé à réfléchir alors à l’histoire.

Au départ Soucoupes est une histoire où chaque élément est basé sur un rond. C’est-à-dire que visuellement, très souvent, on retrouve cette forme de rond ou de soucoupe. Le personnage est disquaire parce que symboliquement les disques, c’est un rond. Il a une maîtresse, uniquement parce que j’avais envie de dessiner des seins en forme de soucoupes. Par la suite, nous avons fait le lien entre ces différents éléments.

« L’extra-terrestre agit plus comme un miroir face au personnage principal qui le révèle »

Cette fois-ci, contrairement à l’imagerie populaire, vous avez créé des Extra-terrestres inoffensifs, pourquoi ?

En fait, au départ, ces extra-terrestres passaient un peu au second plan. Ce qui nous intéressait, c’était de se dire que dans notre univers plus ou moins contemporain et où les extra-terrestres ont débarqué sur Terre, il pouvait y avoir un homme qui n’en avait rien à faire. Cet angle là était intéressant. Il a ses problèmes avec les femmes de sa vie, avec son boulot, sa mère et il ne va pas en plus s’embêter avec des problèmes d’extra-terrestres. Pour lui, c’est un attrape-couillon.

L’extra-terrestre finalement est un personnage qui ne parle jamais. Le lecteur comprend ses intentions à travers les réponses de Christian. Il agit plus comme un miroir face au personnage principal qui le révèle. Il y aura des interactions, il lui apporte des objets d’une technologie que l’on a pas sur Terre mais il a un rôle très secondaire.

On ne le voit jamais parler, on ne sait pas comment il communique. Peut-être qu’il parle entre les cases, par télépathie. C’était une contrainte fixée avec les ronds. Au départ, on ne voulait même pas représenter l’extra-terrestre mais nous nous sommes dits que cela allait peut-être un peu trop loin pour la fluidité de l’histoire.

 

Cette arrivée inopinée dans sa boutique, cela donne un nouveau souffle à Christian, une aération dans sa vie un peu terne et où les ennuis se cumulent.

Il tournait en rond, c’est le cas de le dire. C’est une porte de sortie, un révélateur de sa propre personnalité.

Pourquoi avez-vous choisi ce côté un peu rétro pour votre dessin ?

Soucoupes pouvait être considéré comme un album de science-fiction mais pour moi ce n’en était pas un. Pendant la réalisation, je ne me disais pas que cela en était, je disais que c’était un conte métaphorique. Finalement, je me suis rendu compte que c’est l’essence même de la science-fiction le contre métaphorique.

Les premières idées que nous avons eu me faisaient beaucoup penser aux films de science-fiction des années 50/60 avec des effets spéciaux un peu kitch et c’est cela que j’ai voulu représenter.

C’est un univers rétro mais qui n’est ancré dans aucune époque. Par exemple, il y a un téléphone portable cela peut donc être contemporain. Je n’ai pas voulu dater l’album mais j’ai voulu teinter l’histoire d’un truc un peu rétro années 50/60.

L’extra-terrestre a une tête en forme de tube vide. Est-ce que cela a été influencé par Mars Attack ou le Géant de fer pour l’armature ?

Sans doute que oui dans la globalité, j’ai été influencé par beaucoup de choses. Je voulais qu’il ait un aspect plus ou moins humanoïde mais qu’on ne puisse pas imaginer la tête qu’il pouvait avoir sous son scaphandre. Faire un long tube ça peut laisser beaucoup de place à l’imagination. Des lecteurs se sont imaginés que c’était un robot. Pour moi ce n’est pas un robot, c’est le scaphandre d’un personnage. Je voulais un flou autour de la forme réelle de cet extra-terrestre, que l’on ne s’attache pas à cela en premier.

  • L’Atelier Mastodonte

« Le but étant de s’amuser et de faire comme dit souvent Lewis Trondheim une petite récréation entre des projets plus longs »

Qu’est-ce que l’Atelier Mastodonte ? Pouvez-vous nous expliquer le concept ?

Nous sommes un certain nombre de dessinateurs à travailler dans cette série dans le même atelier. Nous faisons de strips qui ressemblent un peu à des comptes-rendus de ce qui se passe chez nous, sous forme de gags. Chacun rebondit sur les idées de l’autre, ce qui constitue des histoires complètement improvisées. Nous savons souvent d’où on part mais on ne sait pas où ça arrive, combien de temps cela durera, ni le nombre de séquences. Le but étant de s’amuser et de faire comme dit souvent Lewis Trondheim une petite récréation entre des projets plus longs.

Comment êtes-vous « entré » dans ce cercle d’auteurs ?

Je connaissais Lewis depuis très longtemps, nous avions déjà travaillé ensemble sur un épisode de Donjon Crépuscule. L’Atelier Mastodonte existait déjà depuis un an – je crois – et il m’a tout simplement proposé de l’intégrer.

« Inconsciemment ou non, il y a beaucoup de choses vraies, notamment mon personnage dans la série qui fait des « jeux de mots à la con », cela ne vient pas de nulle part, il y a un fond de vérité »

Dans le tome 4, vous êtes toujours en retard, trop sur les réseaux sociaux et vous rêvez de reprendre Blueberry. Est-ce que tout cela est fondé sur des vérités ?

Nous avons vraiment l’impression d’animer des personnages qui sont à 10 000 km de nous mais pourtant tel que vous le résumez tout cela est vrai (rires).

Inconsciemment ou non, il y a beaucoup de choses vraies, notamment mon personnage dans la série qui fait des « jeux de mots à la con », cela ne vient pas de nulle part, il y a un fond de vérité; y compris dans les postures, dans le physique même si nous ne voulons pas faire quelque chose de ressemblant. Il y a donc une part importante de vérité.

« C’est important de rigoler de ses propres travers. Pour être heureux, c’est l’une des bases »

Il faut une sacrée dose d’humour et d’auto-dérision.

C’est la base. Il faut de l’auto-dérision et ne pas être susceptible, sinon cela ne fonctionne pas. Parfois nous tapons un peu fort – ça arrive – et là où ça fait mal surtout, donc il en faut une grosse dose. C’est important de rigoler de ses propres travers. Pour être heureux, c’est l’une des bases.

Avez-vous des projets ?

Actuellement j’ai plusieurs projets : d’abord L’Atelier Mastodonte ; puis à la rentrée, je ferai un strip par semaine dans le Journal de Spirou autour du jeu de mots. Il y a aussi un projet muet en noir et blanc seul commencé il y a peu (je n’ai pas de pression, je verrai où cela va m’emmener). J’ai aussi ressorti d’un carton un projet avec Jorge Bernstein, mais mon plus gros projet c’est celui avec Lewis Trondheim au scénario qui s’appellera Mama mia qui paraîtra toutes les semaines dans Spirou à partir du mois d’août.

Quels rapports avez-vous avec la presse ?

J’adore bosser dans la presse. Pendant des années, j’ai privilégié les albums, je n’étais pas attiré par la presse et cela s’est fait par le biais de Mastodonte. En fin de compte, je prends beaucoup plus de plaisir à travailler parce qu’il y a peu de semaine entre la réalisation et la parution en kiosque. Il y a aussi le retour des lecteurs – bon ou mauvais – si c’est bon, on est content, si c’est mauvais, on peut rectifier le tir avant l’album. Avancer par petites étapes, c’est plus léger et l’on se rend plus compte de ce que l’on est en train de faire que lorsque l’on a la tête dans le guidon d’un album long.

Entretien réalisé à Niort, le samedi 10 juin 2017
Article posté le vendredi 07 juillet 2017 par Damien Canteau

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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