Dustin Nguyen : « Je dois une influence à Hayao Miyazaki »

Dustin Nguyen n’est pas un dessinateur de comics comme les autres. Influencé dans sa jeunesse par les mangas et dessins animé, l’américain a su développer un style unique. Présent sur le stand Urban Comics au 43e Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, l’artiste s’est livré sans langue de bois pour Comixtrip.

Bonjour, Dustin, c’est un véritable plaisir de vous rencontrer. Comment vous sentez-vous à Angoulême, entouré d’artistes du monde entier ?

C’est un réel plaisir de participer au festival. J’en ai beaucoup entendu parler, d’autant qu’il est très connu et réputé aux Etats-Unis.

Le FIBD est-il différent d’un Comic Con à l’américaine ?

Pour moi ça l’est. Je reconnais pratiquement tout au Comic Con. On y trouve du Star Wars, des personnages de Marvel et DC Comics, ou encore Pokémon. A Angoulême, tout attire mon attention. Je ne pense pas que la comparaison se tienne entre les deux festivals. Ce n’est pas vraiment la même chose. En tout cas, les cosplayers américain me manquent !

Êtiez-vous déjà venu en France ?

J’ai été invité il y a cinq ans à un festival à Lille. Si j’ai par deux fois fait escale à Paris, c’est la toute première fois que je mets les pieds à Angoulême.

Votre carrière est ponctuée de collaborations avec des auteurs de renommée mondiale comme Ed Brubaker, Scott Snyder, ou Paul Dini. Quelle relation entretenez-vous avec eux ? Le succès change-t-il un homme ?

Le fait est que je suis fan de leur travail. Dans une autre mesure, je pense que la majorité des grands artistes essayent de rester normaux. Je suis très chanceux d’avoir pu collaborer avec eux. A leurs débuts, tous les auteurs souhaitent devenir professionnel. Je crois qu’il est important de les traiter comme tels. Ce sont avant tout des professionnels, et non des stars. J’ai pu nouer des liens d’amitié avec Ed, Scott et Paul au fil du temps, ce qui est une bonne chose, car je ne veux pas qu’ils me considèrent simplement comme un fan.

Vous avez également hérité du personnage de Batman. Comment s’approprie-t-on un super héros d’aussi grand standing ? Doit-on être minutieux et respecter certains codes ou peut-on tout se permettre ?

Si je le dessine pour le plaisir, je suis libre de faire ce que je veux. Quand c’est pour le lectorat de DC Comics, je n’oublie pas que c’est la maison d’édition qui a le dernier mot. Je m’informe donc sur leurs attentes. Je pense toutefois que la meilleure chose qu’un artiste puisse faire, c’est distiller quelques indications renvoyant à d’autres œuvres qu’il apprécie. Pour ma part, j’ajoute très souvent quelques références dans mes travaux, tout en restant respectueux du personnage. Il est en effet très facile de se mettre les gens à dos si notre travail ne plait pas. Je préfère avoir les fans dans mon camp. On ne peut évidemment pas plaire à tout le monde, mais on peut au moins respecter le personnage.

Vous avez également travaillé sur American Vampire, l’univers bâtit par Scott Snyder. Les personnages y sont assez différents des super-héros traditionnels. Comment vous-êtes-vous approprié cette histoire ?

Je ne m’y suis pas pris de la même manière qu’avec Batman. C’était un vrai défi pour mes nerfs, car je succédais à Sean Murphy et Raphaël, deux de mes artistes préférés. Ces gars ont tout simplement été incroyable tant leur travail était fabuleux. Le point positif, c’est que Raphaël et Sean avaient déjà beaucoup dessiné. J’ai donc pu faire référence à certains de leurs chapitres sans avoir à tout construire moi-même. A mon avis, la partie la plus dure était de raconter l’histoire par le dessin. L’utilisation de nouveaux angles de vue m’a forcé à m’adapter davantage.

Votre style varie d’un comics à l’autre et se différencie nettement de celui d’artistes comme Sean Murphy. Pourquoi avoir choisi une technique si particulière ?

Je pense que c’est juste différent. Je n’ai jamais vraiment choisi de dessiner de la sorte. A mes débuts, je dessinais comme il me plaisait, mais si j’avais eu plus de temps, j’aurais certainement réalisé mes œuvres d’une autre façon. Ma collaboration avec Jeff Lemire sur Descender est un bon exemple. Jeff souhaitait raconter une histoire organique et naturelle, tandis que pour ma part, j’ai toujours puisé mon inspiration dans les magazines de heavy métal de ma jeunesse, les mangas et les dessins animés. Ça paraissait un peu incompatible au départ, mais on y est finalement arrivé, dans la joie et la bonne humeur. Pour Descender, j’ai eu la main mise sur tout le rendu artistique, ce qui m’a beaucoup aidé. En résumé, mon style est tout simplement la fusion de toutes mes influences.

En parlant de manga et de dessin animé, de quels univers sont issues vos influences ?

J’ai grandi avec Transformers et Robotech Macross entre autre. Une bonne partie de mon style provient de cette époque. Par la suite, j’ai suivis Akira de Katsuhiro Otomo. Si l’on regarde la façon dont je dessine les enfants, on peut trouver une ressemblance avec le dessin de Jon Bog sur Power Pack. Concernant le genre manga, j’en dois une à Hayao Miyazaki. Ses films animés ont eu une grande influence sur moi, tout comme ses carnets de croquis. Je travaille de la même façon, avec des lignes simples. La combinaison de ces genres, couplée aux productions des studios Ghibli ont sans doute donné naissance à mon style.

Avez-vous  déjà eu la chance de rencontrer Miyazaki ou Otomo ?

Non pas encore, mais je garde bon espoir. Je pense qu’Otomo doit être assez inaccessible. Quant à Hayao Miyazaki, je ne l’ai jamais rencontré non plus. J’ai dans l’idée de voyager au Japon un de ces jours et de visiter le musée Ghibli.

*Retrouvez notre chronique de Descender, le dernier album de Dustin Nguyen qu’il signe avec Jeff Lemire, ici.

Article posté le jeudi 11 février 2016 par Hugo Noirtault

À propos de l'auteur de cet article

Hugo Noirtault

Hugo Noirtault

Intro: « C’est pas moi qu’explique mal, c’est les autres qui sont cons ! » – Perceval de Galles

Rien ne me prédestinait à tomber amoureux du 9e art… C’était sans compter sur le génie d’Hiromu Arakawa. Les aventures des frères Elric dans Full Metal Alchemist m’ont tenu en haleine dix ans durant, avant de laisser place aux comics américains. Une passion inaliénable malgré les années, et qui m’a poussé à imaginer un avenir en tant que journaliste.
Etudiant à l’Ecole Publique de Journalisme de Tours (EPJT), je me suis lancé comme défi de rendre cet art accessible à tous, n’en déplaise aux fanatiques. Ecrit, radio, web, tv/vidéo… j’aspire à devenir polyvalent afin de réaliser les plus beaux sujets possible pour Comixtrip !

Conclusion: « La canne (à pêche) ? ça sert à rien… Du coup ça nous renvoie à notre propre utilité : l’Homme face à l’Absurde ! » – Perceval de Galles

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