L’art de Morris, l’homme qui inventa Lucky Luke

Le Festival international de la bande dessinée, en partenariat avec la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image et Lucky Comics, consacre une exposition exceptionnelle à Lucky Luke, qui fête ses 70 ans en 2016.

UNE TRÈS BELLE EXPOSITION FAMILIALE

Voilà une très belle exposition ! Vraisemblablement l’une des plus intéressantes de cette cuvée 2016, avec celle de Lastman (elle aussi dans le Quartier Jeunesse, dans les anciens Chais le long de la Charente). Toute la famille y trouvera son compte.Il en faut du courage aux visiteurs pour descendre jusqu’à ce lieu magique où se situe le Musée de la Bande Dessinée; mais ils seront récompensés par cette longue ballade.

Tout de suite, le visiteur est plongée dans l’univers de Lucky Luke : le célèbre cow-boy fait face à Joe Dalton, dans un duel grandeur nature. Huit faits marquants de l’œuvre de Morris sont visibles derrière des palissades en bois, pas de doute : on est au Far-West !

NAISSANCE D’UNE ŒUVRE

En plus de deux silhouettes en duel, le visiteur découvre les premiers travaux de Morris dans la presse féminine notamment Bonne Soirée ou dans la célèbre revue belge Le Moustique. On soulignera que les planches originales de la première aventure de Lucky Luke sont visibles. Dans Arizona 1880, celui qui tire plus vite que son ombre est dévoilé pour la première fois dans la troisième planche.

Les organisateurs ont eu accès à toutes les pages de tous les albums pour créer leur exposition. Numérotées et soigneusement gardées dans des coffres, ils ont pu choisir les plus pertinentes.

DU SOMPTUEUX NOIR ET BLANC A LA COULEUR

Comme le souligne Vittorio Leonardo, coloriste de nombreuses séries franco-belges : « Pour Morris, un bon dessin était obligatoirement parfait en noir et blanc ». Expert dans l’opposition obscurité-clarté, le dessinateur belge affectionnait aussi les ambiances nocturnes. Il travaillera aussi les couleurs sous forme de grands aplats, novateurs pour l’époque.

Morris était aussi un adepte de la technique dite en gaufrier pour effectuer son découpage. Plus particulièrement, il utilisait toujours 4 cases de haut pour 3 cases de large alignées.

LES CARICATURES ET LA CENSURE

René Goscinny, scénariste sur la série et ami de Morris, aimait mettre en scène des personnages tranchés et laissait le dessinateur les croquer sous les traits de personnalités connues : de Lee Van Cleef à Lino Ventura en passant par Alfred Hitchcock.

Le visiteur découvre aussi une partie sur la censure et notamment celle concernant la fameuse cigarette du cow-boy remplacée par un brin d’herbe.

UN ESPACE POUR LES PLUS PETITS

Au fond de la grand salle d’exposition, un espace plus intimiste permet aux plus jeunes de pourvoir lire, découvrir les personnages de Lucky Lucke, notamment Jolly Jumper en passant par Billy the Kid ou Ming Li Foo. En plus d’un écran qui projette les films d’animation sur la série, dans une vitrine, des objets inventés par Morris lui-même sont visibles : un Marsupilami à ressorts ou des jouets qui montent et descendent.

Article posté le mercredi 27 janvier 2016 par Damien Canteau

L'exposition

L’exposition L’Art de Morris propose de revenir sur le créateur de l’un des héros les plus célèbres de la bande dessinée francophone, le Belge Maurice De Bevere (1923-2001). Signant du pseudonyme «Morris» dès ses débuts de dessinateur, il crée seul, à l’âge de 22 ans, un cowboy chantant sur un cheval blanc largement inspiré des westerns, des dessins animés américains et du Tintin d’Hergé. Lucky Luke, « l’homme qui tire plus vite que son ombre », apparaît dans l’almanach annuel du journal Spirou fin 1946, et Morris ne cessera de le dessiner jusqu’à sa disparition. Il est l’homme d’une seule œuvre, donc, mais une œuvre aussi riche que populaire : Morris a dessiné pas moins de 70 albums des aventures de Lucky Luke, 300 millions d’albums de la série ont été vendus et les histoires du cow-boy solitaire ont été traduites en 29 langues.

Grand admirateur d’Hergé, formé au milieu des années 1940 par Jijé aux côtés de Franquin, Morris s’affirme très vite comme un maître du dessin. Il cherche sans cesse à représenter le bon mouvement, à épurer son trait pour gagner en lisibilité et en dynamisme, et il fait peu à peu de Lucky Luke le modèle reconnaissable du héros flegmatique sans peur et sans reproche que plusieurs générations de lecteurs connaissent si bien. Installé aux États-Unis pendant plusieurs années, Morris côtoie les auteurs de Mad et donne alors à ses histoires une dimension plus ouvertement parodique. Celle-ci est renforcée, dès le milieu des années 1950, par la présence de René Goscinny, qui signe pendant plus de vingt ans les scénarios de la série – soit 35 albums écrits par le scénariste français. Ensemble, Morris et Goscinny font se croiser des événements historiques et des bandits patibulaires, et ils mettent en scène des personnages inoubliables : Jolly Jumper, la fidèle monture du héros, mais aussi Rantanplan, le chien policier le plus bête à l’ouest du Pecos, sans oublier quatre frères en escalier aussi méchants qu’idiots – Joe, Jack, William et Averell Dalton –, qui restent, pour le plus grand bonheur du lecteur, les ennemis éternels de Lucky Luke.

Cette exposition est une occasion exceptionnelle, pour les amateurs de bande dessinée autant que pour le grand public, de découvrir plus de 150 planches et dessins originaux de Morris. Jamais exposés pour la plupart, ces documents rares soulignent le talent hors norme de l’auteur et révèlent son esthétique tout à fait particulière. Les commissaires de l’exposition ont sélectionné ces documents originaux parmi les milliers de planches dessinées par Morris, afin de mettre en évidence à la fois l’évolution du trait et la virtuosité du créateur de Lucky Luke. C’est un ensemble exceptionnel, un trésor de la bande dessinée que les visiteurs sont invités à découvrir. L’exposition est accompagnée d’un appareil critique sur l’œuvre et l’esthétique de Morris, et dévoile les multiples facettes de son art par la présentation de journaux rares, d’esquisses et de manuscrits provenant des collections du musée de la bande dessinée ou de prêts de particuliers. Seront également présentés des posters, des photos et des figurines, ainsi que des interviews de Morris provenant des fonds de l’Institut national de l’audiovisuel. L’exposition est conçue pour s’adresser au plus grand nombre, les visiteurs adultes comme les plus jeunes et les scolaires. Un matériel pédagogique, ainsi que des activités ludiques et éducatives adaptées, seront proposés sur place. Une manière de rappeler que, près de soixante-dix ans après sa naissance, Lucky Luke reste un héros transgénérationnel – l’un des plus célèbres dans l’histoire de la bande dessinée. Une monographie intitulée L’Art de Morris, l’une des premières consacrées à l’auteur, est éditée par Lucky Comics en décembre 2015 à l’occasion de cette exposition.

Renseignements pratiques

  • Musée de la bande dessinée d’Angoulême
  • Du 28 janvier au 18 septembre 2016
  • Production : 9eArt+ / Cité internationale de la bande dessinée et de l’image / Lucky Comics
  • Commissariat : Stéphane Beaujean et Jean-Pierre Mercier
  • Scénographie : [In]Site

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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