Mathieu Thonon : Entretien avec l’auteur de Brane Zéro

Mathieu Thonon nous a accordé un entretien pour nous parler de son parcours dans la bande dessinée, de sa série Brane Zéro chez Akileos mais aussi de son nouveau projet Robots. Plongée dans un formidable univers de science-fiction !

Mathieu Thonon, quelles études dans le graphisme avez-vous suivi ?

J’ai obtenu un baccalauréat STI Arts appliqués où l’on m’a fait découvrir plein de techniques picturales différentes (études de cas, recherches appliquées, de la scénographie, du design d’objets, du nu ou de la peinture) et c’était vraiment super cool !

Après, j’ai suivi les cours des Beaux-Arts à Orléans ce qui m’a permis d’obtenir un diplôme de graphiste. Je pensais y entrer pour apprendre à dessiner et j’y ai appris à être graphiste.

Actuellement je travaille à mi-temps en tant que graphiste et vidéo-graphiste donc ma formation initiale me sert encore beaucoup aujourd’hui.

Cela m’a aussi mis le pied dans l’univers de la typographie et de la mise en page du graphisme. Ce sont des parties que l’on touche peu en tant qu’auteur de bande dessinée et qui sont très liées à la composition de l’image. Cela a beaucoup enrichi mon univers. Pour la partie dessin, j’ai appris dans les grandes lignes, tout seul, en autodidacte.

« Gaston Lagaffe, c’est le tout premier livre que j’ai lu de ma vie. En maternelle, j’attendais de savoir lire pour pouvoir savourer Gaston Lagaffe. Je me souviens avoir feuilleté les albums sans savoir lire puis l’année d’après, les lire vraiment »

Plus jeune, est-ce que vous avez baigné dans le monde de la bande dessinée ?

J’en lisais beaucoup puisque chez mes parents, il y avait une bibliothèque assez fourni de ce côté là : tous les Tintin, Blake & Mortimer ou des Pilote. J’ai donc lu beaucoup de bandes dessinées classiques. Par exemple, je suis ultra-fan des Spirou de la période Tome & Janry.

Gaston Lagaffe, c’est le tout premier livre que j’ai lu de ma vie. En maternelle, j’attendais de savoir lire pour pouvoir savourer Gaston Lagaffe. Je me souviens avoir feuilleté les albums sans savoir lire puis l’année d’après, les lire vraiment. Le dessin de Franquin est celui qui m’a le plus influencé avec celui de Soda de Gazzotti et Tome. Actuellement, j’en lis beaucoup moins; je regarde plutôt des films et des séries.

Brane Zéro est votre première série, quelle en fut sa genèse ?

Cela a été beaucoup lié aux contraintes du milieu et du média. J’avais un autre projet qui me tenait à cœur depuis très longtemps – qui se construit à côté et que j’aimerais faire un jour – on m’a proposé de faire une bande dessinée dans le mensuel MBD Magazine, où je devais faire 12 pages par mois. A ce moment-là, je me suis dit que j’allais partir sur un autre projet et c’est comme cela que Brane Zéro s’est lancé. C’était sur le principe d’un récit-fleuve, tant que le magazine existait, je continuais l’histoire en la diluant autant que je pouvais.

J’avais donc l’idée générale et je suis parti sur 12 pages, ce qui constituait l’introduction. La publication a bien marché et le responsable du magazine comme moi étions contents. Entre temps, j’avais écris le scénario. J’ai donc enchainé 12 autres pages. La cadence était soutenue, mais le magazine a coulé le mois suivant.

Je me suis alors retrouvé avec 24 pages finalisées et un scénario. J’avais donc un dossier très complet, très professionnel et je l’ai envoyé à des éditeurs. Je suis alors passé de refus lors des cinq années auparavant à trois éditeurs qui voulaient le projet ! Je ne savais pas lequel choisir et pour plein de raisons j’ai retenu Akileos dont je connaissais bien le travail mais aussi parce que Edouard Cour – un ami des Beaux-Arts – avait déjà publié des albums chez eux. J’avais donc la possibilité dans le futur de dédicacer à côté d’un de mes potes, ça c’était marrant (rires) !

J’ai fini le story-board du premier tome et le scénario du deux, puis ensuite je me suis lancé dans la réalisation du tome 1.

« Ce sont aussi les vecteurs de pouvoir raconter une histoire […] sur les liens que l’on peut avoir avec les membres de sa famille, jusqu’où on est prêts à aller, ce que l’on a le droit de faire ou pas, par amour pour quelqu’un de sa famille »

Qui sont Henri et son grand-père ?

Henri et son grand-père sont les principaux protagonistes de Brane Zéro, ceux à travers qui le lecteur va vivre l’histoire. Ce sont des personnages auxquels on peut s’identifier. Le petit garçon et son grand-père traversent un monde post-apocalyptique en essayant d’y survivre. Ce sont aussi les vecteurs de pouvoir raconter une histoire de voyage dans le temps, sur l’amour, sur les liens que l’on peut avoir avec les membres de sa famille, jusqu’où on est prêts à aller, ce que l’on a le droit de faire ou pas, par amour pour quelqu’un de sa famille.

Pouvez-vous nous présenter les Langoliers ? Qui sont-ils ?

C’est ce que l’on serait si on pouvait faire tout ce que l’on veut, si l’on n’avait aucune limite, ni de contraintes physiques.

Au tout début, lorsque c’était encore le magazine, je voulais faire une histoire post-apocalyptique parce que l’on baignait beaucoup dedans à cette époque mais je ne voulais pas inventer un récit avec des zombies. J’avais envie de créer des créatures qui fassent peur mais qui ne soient pas des monstres avec de grosses dents. Le design a alors découlé de cela.

Lorsque j’invente quelque chose, c’est un mélange d’une idée cool que je vais essayer d’intégrer avec quelque chose de travaillé à plus long terme, un flot d’une idée plus générale. Ils sont donc un peu nés comme cela les Langoliers, de cette envie de designer des monstres qui fassent peur parce qu’ils ont des pattes, des formes jamais vues ailleurs, ils sont difficilement compréhensibles et c’est ce qui les rend effrayants. On a aussi du mal à lire leurs émotions. Il a fallu alors les intégrer à l’histoire. Petit à petit, cela a pris un sens, une logique.

La science-fiction est-il un genre que vous appréciez, qui vous attire ?

Oui, c’est un genre que j’apprécie plutôt pas mal, plus en écriture qu’en tant que consommateur. En tant que public, il y a très peu de choses que je n’apprécie pas. Tant que les choses sont à leur place, j’apprécie. Ce que je n’aime pas, ce sont des choses qui sont vendues pour ce qu’elles ne sont pas.

En écriture, le genre science-fiction, j’y reviens souvent parce que c’est un des genres les plus larges. Il permet à la fois le plus de choses mais sans que cela soit n’importe quoi non plus. On peut inscrire des choses complétement délirantes dans une espèce de réalité scientifique, c’est cette imbrication qui me plait.

En quoi Brane Zéro est un hommage à Akira ?

C’est quelque chose que l’on m’a beaucoup demandé. En fait, c’est un peu une coïncidence, surtout parce qu’il y a des immeubles détruits. Pour mon autre projet, des immeubles géants, j’en ai beaucoup dessiné et pour Brane Zéro je me suis dit : « cassons-les comme Akira mais traçons-les à la règle. » J’ai mis aussi un gros symbole sur la couverture et pour beaucoup de gens c’est un symbole japonais – si on lit la bande dessinée on comprend que ce n’est pas le cas – et ils se sont dit que ça ressemblait à Akira parce que sur la couverture de Akira, il y a un symbole japonais, mais en fait c’est le titre ! (rires).

« Dans mon nouveau projet, les décors sont très peints, lâchés et les personnages à la ligne »

Le traitement des couleurs dans le premier volume est très important. Pourquoi les bâtiments et quelques créatures en sont dépourvus ?

A l’époque, j’étais moins solide dans ce domaine, je ne voulais pas prendre le risque de tout coloriser puisque c’était mon tout premier album et que cela n’aurait pas été très cohérent et très bon.

En plus, avec le magazine, il fallait faire 12 pages par mois donc cela me permettait de gagner un peu de temps. Je voulais intégrer cela au scénario et cela faisait longtemps que ça me travaillait cette histoire de quelques touches de couleurs dans le noir et blanc. Je voulais quelque chose de graphique mais pas quelque chose de gratuit et qui soit complétement justifié par le scénario.

Je me rends de plus en plus compte – notamment sur mon nouveau projet – que je suis très influencé par les dessins animés, comme ceux de Hanna Barbera de la vieille époque où les décors sont peints et les personnages sont dessinés sur des celluloïds mais ils n’ont pas le même traitement. Ce rendu est très beau. Cela m’a souvent interpellé inconsciemment. Dans Brane Zéro, il y a un peu de ça qui ressort personnages/décors. Dans mon nouveau projet, les décors sont très peints, lâchés et les personnages à la ligne.

  • Techniques de travail :

Quelles techniques utilisez-vous pour réaliser une planche ?

Pour Brane Zéro, c’est dessiné de manière traditionnelle : story-board, page encrée sur du Canson, scannée et colorisée à l’ordinateur. En revanche, pour mon nouveau projet, c’est entièrement numérisé.

Pourquoi avoir réalisé deux teasers et un making-of pour la série ?

Lorsque je fais un projet en bande dessinée, je ne peux pas ne pas l’imaginer en vidéo. J’aimerais tellement faire un film Brane Zéro un jour (rires) ! Je pousse en ce sens mais ce n’est pas gagné. Comme j’avais tous les éléments sous la main et que Akileos cherchait quelqu’un pour faire les bandes annonces – j’en avais déjà fait – ils ont été séduits. D’ailleurs, depuis deux ans, c’est moi qui les réalise toutes pour la maison d’édition (Le roy des ribauds, O sensei…).

  • Projets :

Le deuxième volume de Brane Zéro est sorti en février 2016, qu’avez-vous fait depuis ? Quels sont vos nouveaux projets en bande dessinée ?

Je travaille sur un nouveau projet qui est signé chez Akileos mais sur lequel j’ai pris beaucoup de retard. Comme je travaille à mi-temps, cela est donc plus long pour la réalisation de l’album. C’est un projet un peu particulier qui s’appellera Robots mais qui va parler des humains. Je n’aurais jamais pu le faire en tant que premier album et c’est Akileos qui me fait le cadeau de me laisser la chance de le réaliser à mon rythme.

Graphiquement c’est très lourd, c’est un peu comme une nouvelle, c’est contemplatif et sur plus de 48 pages. C’est une belle prise de risque. Pour le développer j’ai un co-scénariste, Rémi Hunger, réalisateur de publicités et de films, un ami depuis le lycée.

Entretien réalisé le samedi 16 septembre 2017
Article posté le vendredi 13 octobre 2017 par Damien Canteau

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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