Paul Drouin : entretien avec le dessinateur de La famille fantastique

Comixtrip est allé à la rencontre de Paul Drouin, le dessinateur de la série jeunesse La famille fantastique. Lors de notre entretien, nous avons parlé de ses études dans le graphisme, de ses débuts dans le monde de la bande dessinée, de son travail avec Lylian et Lorien sur sa série-phare et de ses projets. Plongée dans l’univers de ce jeune auteur drôle et sympathique.

Paul Drouin, quel a été votre parcours dans le graphisme ?

J’ai étudié à l’Ecole de Communication Visuelle à Bordeaux pendant 4 ans. Là-bas, dans un premier temps, les élèves suivaient une prépa qui formait au dessin et à la couleur d’une manière très académique puis ensuite, ils choisissaient leur option.  J’ai décidé alors de suivre les cours de la section Nouvelles images qui était orientée 3D et jeux vidéos.

Est-ce à la fin de ce cursus que vous avez débuté dans la bande dessinée ?

Je suis d’abord parti en Irlande, j’ai fait pas mal de petits boulots. Ensuite, j’ai rencontré Philippe Lacoeuille un scénariste qui travaillait surtout dans l’animation et qui m’a proposé de monter un projet bande dessinée. Le premier dossier a remporté le Concours Jeunes Talents à Angoulême puis notre autre projet – Le moustiquaire de Berlin –  a gagné le concours Arte-Glénat, ce qui nous a permis de le publier chez cet éditeur.

Aviez-vous baigné dans le monde de la bande dessinée plus jeune ?

Un peu comme tout le monde. Adolescent, je lisais Akira mais aussi des classiques comme Tintin. J’aimais la bande dessinée, mais pas plus que ça. Ce que j’adorais surtout, c’était dessiner. Comme je n’étais pas très doué à l’école, je dessinais à la place de suivre les cours (rires). Mes copains me demandaient souvent de dessiner des barbares, un peu de tout; c’était amusant.

Mon père adorait aussi dessiner – il n’était pas dessinateur – mais il me montrait ses croquis, ses recherches et j’aimais les regarder.

Aviez-vous des modèles, des références, des séries que vous appréciiez ?

J’adorais lire Akira, La quête de l’oiseau du temps mais aussi Peter Pan. Je lisais aussi Les chroniques de lune noire, Le grand pouvoir du Schnikel ou Thorgal.

J’aime beaucoup les histoires fantastiques; je suis d’ailleurs toujours très attiré par ce genre. A chaque fois dans mes projets, il faut qu’il y en ait un peu.

« [avec Lylian] nous nous entendons très bien, nous partageons pas mal de goûts dans divers domaines et c’est une chouette collaboration »

Comment êtes-vous entrés en contact avec Lylian, le scénariste ?

Comme moi, il est Bordelais et je l’ai rencontré plusieurs fois auparavant. C’est Jean-Claude Camano – éditeur chez Glénat – qui m’avait contacté pour me demander un projet mais finalement aucun ne collait vraiment avec la collection qu’il dirigeait.

Je suis alors allé chercher un scénariste de la maison d’édition, Lylian. Depuis, nous nous entendons très bien, nous partageons pas mal de goûts dans divers domaines et c’est une chouette collaboration.

Quelle fut la genèse de la série ?

Lylian avait déjà un peu la base et il pensait que cela pouvait m’intéresser. Il avait déjà imaginé le thème de la famille recomposée dans notre monde, qui lorsqu’elle passe dans Fantastica, est obligée de s’adapter et d’évoluer. Dès le début du premier album, le lecteur perçoit que les héros ont des rôles différents et leurs liens deviennent de plus en plus forts parce qu’ils sont en phase de danger.

A partir de là, nous avons beaucoup travaillé à trois, avec Lorien, le coloriste. Comme cela, nous tissons la trame tous les trois. Nous avons beaucoup fait de ping-pong pour rebondir sur nos idées, et je suis très fort au ping-pong ! (rires).

Qui sont les Chanois ?

C’est une famille recomposée avec Charles le père, Danielle la mère, ainsi que les enfants Léo et Sarah. Charles est le beau-père de l’adolescente et le père biologique du garçon. Le géniteur de Sarah que l’on découvre dans le deuxième tome est d’origine russe, c’est un genre de Capitaine Némo.

Dans le volume 3, nous sommes plus axés sur Danielle qui devient un personnage très intriguant; mais je n’en dirais pas plus pour ne rien dévoiler (rires). Ce dernier tome apporte vraiment des réponses aux questions laissées en suspend dans les deux premiers. Ce fut vraiment super agréable de le dessiner !

Pouvez-vous nous présenter Fantastica ?

C’est un monde fantastique, mais on ne sait pas encore très bien si c’est un monde très éloigné du notre et s’il existe dans notre temporalité ou non. Nous voyons Fantastica comme un monde immense, sans encore de vrais contours. D’ailleurs, Lylian vient de se mettre à la réalisation d’une carte des lieux, pour y voir plus clair.

Ce que l’on sait, c’est que dans notre monde, il existe des cristaux qui n’ont plus de pouvoirs, comme vidés, alors que dans Fantastica, ces objets peuvent déclencher des dons sur certains individus. Comme par exemple Sarah qui en a mais qui n’arrive pas encore à bien les contrôler.

La famille fantastique, c’est aussi une histoire sur l’adolescence : Sarah se cherche et cherche sa place dans la famille parce que Charles n’est pas son vrai père et que le sien, elle ne le voit pas souvent.

La famille fantastique, ce sont aussi de petites histoires dans un grand récit. Chaque personnage poursuit une quête.

C’est exactement ça ! Des quêtes multiples pour les quatre héros. Chacun évolue face aux obstacles érigés sur sa route.

Lylian a apporté un grand soin pour la psychologie des personnages ; il a voulu affirmé fortement leur personnalité. Pourquoi cela sert l’histoire ?

Lylian a énormément travaillé en amont les personnages et je me suis juste greffé dessus; alors que pour les rôles secondaires, c’est une interaction entre nous deux. Lorsque j’ai envie de dessiner un personnage, il les incorpore au récit.

En plus, les quatre héros ont une personnalité très duelle, ambivalente et non manichéenne. Parfois dans les séries, ce qui j’apprécie c’est quand un méchant devient attachant et vice-versa.

« J’aime ce public, les interactions sont nombreuses et plus naturelles »

Pourquoi est-ce important pour vous de vous adresser aux jeunes lecteurs ?

J’ai un dessin qui est très Jeunesse et j’ai plus de mal à faire du dessin « adulte », alors qu’en films, séries ou livres, j’aime cela.

Je m’éclate dans l’univers Jeunesse, il y a plus de choses à développer. Je lis aussi beaucoup de littérature dans ce style. J’aime ce public, les interactions sont nombreuses et plus naturelles.

Comment la série s’est retrouvée dans la collection Tchô l’aventure ?

C’est une collection récente. Jean-Claude Camano est venu me chercher parce qu’il pensait que mon dessin collait à cet esprit. Dans Tchô l’aventure, il y a des séries rafraîchissantes et très intelligentes, parfois stylisées manga.

  • Le travail de Paul

Est-ce que vous travaillez dans un atelier ?

J’ai déjà travaillé dans un atelier mais actuellement je suis chez moi pour un côté pratique. Etre tout seul chez soi, ce n’est pas toujours évident, ça me manque donc un peu le travail dans ce style d’endroit. J’essaie néanmoins de m’astreindre à des horaires fixes : je commence vers 9h30 et je finis vers 18h mais souvent je dépasse jusqu’à 20h.

J’ai aussi travaillé en studio avec Didier Poli lorsque j’étais à Paris. J’y ai colorisé deux albums du Petit Prince chez Glénat et fait du story-board pour lui.

Quelles sont vos techniques graphiques de travail ?

Tout est numérique ! Seul mon tout premier jet est sur une feuille au crayon afin d’ordonner mes pensées. C’est ce que j’appelle le «story patate». Ensuite, je story-boarde sur mon ordinateur à l’aide d’une Cintiq (un écran qui permet de dessiner), puis j’encre.

« C’est Noël quand je reçois ses pages en couleur ! »

Contrairement à certains de vos albums, pourquoi ne colorisez-vous pas La famille fantastique ?

Tout d’abord, je suis un peu daltonien (rires) puis parce que Lorien est très fort dans ses couleurs et j’aime être surpris. Parfois lorsque je lui envoie des pages, j’ai une idée en tête, puis il me les renvoie et je suis agréablement surpris parce que je ne m’attendais pas à cela. C’est Noël quand je reçois ses pages en couleur ! Comme pour le scénario – je suis le premier lecteur – je suis étonné et ça me motive.

Lorien vient aussi mettre sa pierre à l’édifice. Il nous apporter des idées. Nous sommes un vrai trio et ça j’adore ! Cela aussi permet d’aller plus vite dans la réalisation des albums. Et puis, la couleur, j’aime bien mais ce n’est pas ce que je préfère.

Pourquoi les trois volumes ont été publiés aussi rapprochés dans le temps (février 2016 à septembre 2017) ?

Glénat était content de notre tome 1 et nous avons pu enchaîner les trois d’un coup. De plus, pour les jeunes lecteurs, c’est idéal parce qu’il n’ont pas trop à attendre.

Pour moi, c’était très tendu parce qu’il y avait énormément de travail. Là, je vais avoir des sorties plus régulières, ce qui va me permettre de bosser sur un autre projet qui me tient à cœur. En moyenne, il me faut huit mois pour dessiner un 48 pages.

  • Les projets

Avez-vous eu le temps de développer d’autres activités pendant cette période ?

Comme il a fallu enchaîner, j’ai arrêté mon travail avec Nathan sur la série L’école des dresseurs de dragons pour lequel je faisais les illustrations (3 premiers tomes). Ce que je préfère avant tout, c’est réaliser des bandes dessinées, la narration et réfléchir à l’enchaînement des cases.

Pour terminer, quels sont vos projets ?

En parallèle de La famille fantastique, on m’a proposé beaucoup de scénarios mais il n’y avait pas ce côté fantastique comme dans ceux concoctés par Lylian, j’ai donc décliné. J’ai plusieurs projets dont un qui me tient à cœur avec le scénariste Olivier Pog et cela va être très chouette. Mais aujourd’hui, c’est le tome 3 de La famille fantastique qui m’occupe l’esprit, je veux qu’il marche et que les lecteurs l’apprécient !

Entretien réalisé le dimanche 3 septembre 2017
Article posté le samedi 23 septembre 2017 par Damien Canteau

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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