Entretien avec Thomas Bonis

Thomas Bonis nous a accordé quelques minutes pour nous parler de Appa, sa série jeunesse réalisée avec Dav, mais aussi ses premiers pas dans le monde de la bande dessinée et ses futurs projets. Plongée dans l’univers de cet auteur sympathique et chaleureux.

Thomas Bonis, lisiez-vous de la bande dessinée enfant ? Etiez-vous immergé dans cet univers ?

Pas du tout, j’ai découvert Gaston Lagaffe et ce fut mon premier contact avec la bande dessinée. C’est seulement en découvrant Dragon Ball que j’ai pris goût au dessin. Je regardais plus les dessins animés, c’était l’époque du Club Dorothée.

Quel a été votre parcours scolaire, votre parcours dans les études de graphisme ?

J’ai eu un parcours un peu chaotique (rires). Dès le collège, j’ai su que je voulais faire de la bande dessinée. J’habitais Niort à l’époque et je dessinais tout le temps. Au lycée, j’ai suivi une filière scientifique et après mon bac, je suis parti à l’Ecole d’arts appliqués Pivaut à Nantes pendant deux ans. C’était très technique et cela ne laissait pas beaucoup de place à la création. Je n’ai pas terminé le cursus parce que cela ne me plaisait pas, ce n’était pas assez créatif et trop académique.

En revanche, ce fut très formateur dans la façon de travailler, la somme de travail à effectuer. Parfois, je pouvais faire deux nuits blanches par semaine pour terminer un projet. J’y ai aussi appris les techniques de la couleur directe.

« Mes passages chez Pivaut, aux Beaux-Arts et à la faculté, m’ont permis d’avoir une vision très large de l’Art »

Après ce passage à l’Ecole Pivaut, qu’avez-vous fait ?

J’ai suivi les cours des Beaux-Arts à Poitiers en 2001. C’était l’inverse de Pivaut, c’était plus libre, plus artistique. Ceux de ma classe ne comprenaient pas pourquoi je travaillais autant. J’ai passé trop de temps sur un film d’animation qui n’était pas prévu au programme et l’on m’a demander de partir.

J’ai ensuite enchainé sur une licence d’Histoire de l’Art toujours à Poitiers. J’y ai appris beaucoup de choses notamment les différentes sortes d’architectures. Mes passages chez Pivaut, aux Beaux-Arts et à la faculté, m’ont permis d’avoir une vision très large de l’Art.

Quel a été votre premier travail dans le monde de la bande dessinée ?

C’était pour le Parc National Anjou-Touraine qui voulait communiquer sur son travail. Un copain scénariste cherchait un dessinateur pour ce projet et a pensé à moi puisque je venais de terminer mes études. Cette brochure fut publiée à 2500 exemplaires et offert gratuitement aux habitants des communes environnantes du Parc. Elle permettait de faire connaître tous les aspects de la Loire afin de sensibiliser les jeunes à l’environnement et l’écologie autour du fleuve.

Avez-vous fait d’autres travaux de communication ?

J’ai travaillé pour la ville de Torfou en Vendée – un lieu de bataille des guerres de Vendée où le général Kléber a affronté les Chouans – pour laquelle j’ai effectué des illustrations pour son parcours historique dans ses rues.

J’ai aussi illustré une bande dessinée pour une école de La Chevrolière (44) pour lutter contre le gaspillage alimentaire.

En ce moment, je travaille sur le règlement intérieur d’un foyer de travailleurs handicapés. Je dois retranscrire ses règles en bande dessinée sans dialogue, sous forme de pictogrammes.

« Pet’s Land :  le dessin était assez enfantin mais c’était très trash, les créatures explosaient à tout va. Je me suis bien amusé ! »

Quel a été votre première publication dans le monde du 9e art ?

Lorsque j’étais à Poitiers, deux amis ont monté leur propre maison d’édition, Fantastic Lab. Avec l’un deux – Aurélien Bordes – j’ai réalisé deux tomes de Pet’s Land, une bande dessinée futuriste : des peluches qui sont devenues biologiques et intelligentes sont livrées à elles même dans un parc d’attraction abandonné. Ces personnages qui faisaient un mètre de hauteur ont investi et transformé les lieux pour survivre.

Les albums étaient vendus sur internet – il n’y avait pas encore tous les réseaux sociaux – donc ce fut très difficile. La maison d’édition à du fermer en 2008. Le plus dur, c’est que l’on a sorti un tome tous les trois mois. Je n’ai donc pas beaucoup dormi à cette période (rires).

Pourtant, j’aimais cette série : le dessin était assez enfantin mais c’était très trash, les créatures explosaient à tout va. Je me suis bien amusé ! (rires)

  • Lanfeust Mag

« C’était surtout très formateur pour l’écriture et je me suis rendu compte que cela pouvait être aussi agréable d’écrire que de dessiner »

Comment avez-vous rejoint l’aventure Lanfeust Mag ?

Comme à la base, je ne suis que dessinateur et ne trouvant pas de scénariste pour mes projets, j’ai acheté des livres sur la création d’histoire ou le scénario. J’ai donc appris en autodidacte le travail d’écriture. J’ai commencé alors à écrire des courts récits. Mes amis dans l’atelier Z’aéro Graff à Cholet m’ont conseillé de les envoyer à Lanfeust Mag. Ces 3 histoires de 4 pages, je les ai faites dessiner par un ami de l’atelier Pierre Ples. C’était mes vrais premiers travaux professionnels publiés. Lanfeust Mag était surtout un vrai tremplin pour les jeunes auteurs qui démarraient.

C’était surtout très formateur pour l’écriture et je me suis rendu compte que cela pouvait être aussi agréable d’écrire que de dessiner.

Comment avez-vous rencontré Dav (David Augereau) ?

Je le connais depuis très longtemps, depuis 1998, il me semble. Il a aussi fait des études aux Beaux-Arts de Poitiers, mais avant moi. Il les quittait quand je suis arrivé. Il n’est resté là-bas qu’une année parce qu’il a signé un contrat pour dessiner Django Renard (avec Curd Ridel chez Bamboo).

Quelle est la genèse de Appa ?

Dav est un auteur qui aime le gag et l’aventure, mais il est moins à l’aise avec la construction d’histoire. Il a créé l’univers de la petite héroïne et du dragon et il m’a demandé de l’aider à mettre tout cela en forme. J’ai alors commencé à écrire. Par la suite, il y a eu un jeu de ping-pong entre nous pour les trouver les idées. D’ailleurs, au début, il avait l’idée d’en faire un manga.

Nous avons présenté le projet chez Ankama, qu’ils ont accepté. Mais après 15 pages, sans vraiment trop comprendre pourquoi, ils nous ont demander d’arrêter. Dans la foulée , nous sommes passés chez Bamboo.

  • Bamboo²

Comment êtes-vous entrés dans ce projet de Bamboo² (une même histoire déclinée en bande dessinée et en manga) ?

Comme David connaissait déjà Bamboo puisqu’il y avait publié Django Renard, Olivier Sulpice lui a dit que s’il avait des projets, il ne fallait pas qu’il hésite. L’aventure Ankama terminée, quelques jours plus tard, David lui a parlé de Appa et il nous a fait de suite un contrat.

Dans cette nouvelle collection de Bamboo², il y avait les séries Isaline, Hallow et puis nous avec Appa.

« Agrandir les vignettes, respecter la pagination et un rythme, cela lui a demandé trois mois de travail »

Etait-ce délicat de décliner l’histoire dans les deux genres graphiques ?

Non parce que les pages sont les mêmes. Où cela a été compliqué, c’était de redécouper les planches, réorganiser les cases. C’est David qui a fait tout ce travail. Ce qui au début semblait facile et rapide, a été beaucoup plus long que prévu. Il a rajouté quelques pages et cases pour plus de cohérence. Agrandir les vignettes, respecter la pagination et un rythme, cela lui a demandé trois mois de travail.

Pourquoi ce concept de Bamboo² s’est-il arrêté ?

Nous vendions quatre albums pour un manga. En plus, le dessin n’était – je pense – pas assez manga, le rythme non plus. L’éditeur a tenté, il a essayé quelque chose d’original mais cela n’a pas fonctionné, ça arrive. Il a mis des moyens, il a tout fait pour que ça marche mais le public n’a pas été au rendez-vous; d’où un arrêt à le fin du premier tome.

Le tome 2 était annoncé en 2016 mais il a mis plus de temps à être publié, pourquoi ?

David a fait autre chose entre temps. Il a monté un projet de sketchbook avec un financement participatif qui lui a pris de l’énergie. De plus, il a réalisé Le bonhomme en pain d’épice, un album dans la collection Pouss de Bamboo.

Nous avions développé Appa sur plusieurs tomes mais le tome 1 n’ayant pas atteint les objectifs de ventes que l’éditeur espérait, il nous a demandé de conclure la série sur un seul volume. Il a donc fallu réécrire la fin du 2 qui termine vraiment la série.

Qui est Appa ?

C’est avant tout un appât vivant (rires) ! Elle servait d’appât pour la pêche à la murène géante. C’est une fille qui a du caractère et qui aime l’aventure. Elle n’a pas peur du danger, ce qui engendre des conséquences plus ou moins rigolotes. Elle est pétillante, a envie de découvrir le monde et surtout, elle va droit au but.

Qui est Boule de Poils ?

C’est un bourrin qui fonce dans le tas et ne fait pas dans le détail. Il est très râleur et un peu cynique, mais il a beaucoup de cœur et il est très protecteur.

Quels liens vont-ils tisser entre eux ?

Au départ, ils ne s’entendent pas du tout. Appa sauve Boule de Poils et dans le Code des dragons, cela les unit. Il doit rester avec elle, la protéger même si cela crée des étincelles. Ils commencent à bien s’entendre et partent rapidement dans une aventure à la recherche de bambous dans un zoo abandonné.

Lorsque Appa et Boule de Poils partent chercher du bambou, c’est un prétexte pour les faire voyager. La série s’est avant tout un récit initiatique par le voyage, par les rencontres. Pourquoi cette volonté ?

C’est un prétexte pour s’amuser, pour découvrir d’autres créatures. C’est un peu sur le modèle de Dragon Ball : un lieu = une aventure et le lecteur en apprend petit à petit un peu plus sur les personnages principaux.

« Appa et Boule de Poils arrivent dans un lieu, il est «bloqué» et il faut accomplir une épreuve pour aller à l’étape suivante. Le découpage ressemble donc à un jeu vidéo »

Il y a beaucoup d’humour, de rebondissements, de surprises et de rythme dans Appa. Pourquoi avoir voulu aller vers ce style de récit ?

Comme énormément d’auteurs marqués par Dragon Ball, nous avions voulu faire notre Dragon Ball. Il avait aussi une très grosse influence des jeux vidéos,  notamment Zelda. Le lecteur peut le voir dans nos pages de gardes, très stylisées jeux vidéos des années 80-90.

Appa et Boule de Poils arrivent dans un lieu, il est «bloqué» et il faut accomplir une épreuve pour aller à l’étape suivante. Le découpage ressemble donc à un jeu vidéo. On le voit dans le tome 2 avec l’histoire de l’épée et du vol du marteau du forgeron, le père de Tison.

Pourquoi est-ce important de vous adresser aux plus jeunes ?

Je n’ai pas spécialement une volonté de m’adresser aux enfants. J’anime des ateliers bande dessinée dans les classes aux alentours de chez moi et le courant passe très bien entre eux et moi. Ce que j’aime bien dans la Jeunesse c’est que l’on peut y créer des univers fous.

Avez-vous des projets bande dessinée dans vos cartons ?

Avec Clémence Perrault, nous travaillons sur petite histoire courte jeunesse pour un collectif Glénat qui sortira en février 2018 et dont les bénéfices seront reversés à une association qui lutte contre le cancer, Imagine for Margo.

Je vais aussi travailler sur un projet jeunesse avec des super-héros. Pour l’instant rien n’est défini, j’ai tout à construire.

Entretien réalisé le lundi 17 juillet 2017
Article posté le vendredi 21 juillet 2017 par Damien Canteau

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

En savoir