Entretien avec Tristoon : Bulby Crunch

Fondateur de l’association Café Creed, éditeur, Tristoon reprend ses crayons pour dévoiler le premier volume de Bulby crunch, une série de science-fiction jeunesse, éditée par Scutella. Rencontre avec cet auteur souriant et sympathique dans son fief angoumoisin.

Avez-vous l’habitude de faire des interventions ou des ateliers scolaires ?

C’est une activité qui m’intéresse. Je suis ainsi en contact direct avec le public et je peux voir comment il réagit. J’anime des ateliers à La Cité de la Bande Dessinée à Angoulême, notamment comment créer une BD.

« Mes petits personnages, je les trimbale depuis un moment, avant que je rentre à l’école »

Pourquoi est-ce important pour vous de vous adresser au jeune public ?

C’est le type de récits que j’aime écrire, je me sens plus à l’aise aussi bien en terme de références que de narration. En fait, mes petits personnages, je les trimbale depuis un moment, avant que je rentre à l’école.

Quand j’étais sur Little Big Bang, nous étions trois – Tib Gordon, Jérôme Lôthelier et moi – nous faisions des compromis pour avoir une ligne commune. Mais sur Bulby Crunch, je suis tout seul, c’est encore plus personnel. Je réexploite un personnage de Little Big Bang mais je vais plus loin, c’est encore plus jeunesse.

« Choco Creed, cela fut un super laboratoire pour tester graphiquement les personnage sur des récits courts »

Avez-vous déjà réfléchi ou présenté des projets à destination des adultes ?

Jusqu’à présent, je n’ai pas trop réfléchi à d’autres projets de bande dessinée adultes. J’aimerais bien mais cela ne s’est pas encore présenté, il faut que je mûrisse encore un peu (rires). Je suis encore un peu trop gamin là. Finalement, cela me convient tout à fait de parler aux enfants.

Avec Choco Creed c’était déjà cette optique. J’avais déjà imaginé ce personnage de Sonny, le petit cosmonaute et je l’avais déjà développé. Choco Creed, cela fut un super laboratoire pour tester graphiquement les personnage sur des récits courts. Avec Bulby crunch, je me lance dans une série de 4 tomes voire plus.

Pouvez-vous nous parler de Sonny, ce petit garçon qui revit et devient un super-héros ?

Le tome 1 , c’est un peu sa genèse. Je suis revenu au départ de ce que je voulais faire. Même s’il n’est pas tout à fait raccord avec ce que l’on a raconté dans Little Big Bang parce que cela été un tout autre univers. Je réutilise néanmoins des éléments qui existaient mais de manière plus personnelle.

« Le croisement entre la robotique, l’androïde : ça c’est le fil rouge »

Dans Bulby Crunch, il y a de nombreuses thématiques très contemporaines : les mutations génétiques, un savant complètement délirant, une créature de Frankenstein mais aussi les relations entre robots et humains. Pourquoi avoir voulu en développer autant ?

Au fur et à mesure, j’ai pu réfléchir à un fil rouge dans le scénario. Pour l’instant, c’est ce petit personnage qui a un accident, qui est refabriqué et c’est un jeu sur la génétique. Les thématiques sont très actuelles. Le croisement entre la robotique, l’androïde : ça c’est le fil rouge.

Après dans les tomes suivants, il y aura une opposition entre les Pro-robots et ceux qui ne veulent pas de mélange ; une sorte de « racisme robotique ». L’Humain augmenté – Sonny – qui d’une certaine façon va se développer et enfin trouver le robot en lui. On retrouve cela dans Astro le petit robot de Osamu Tezuka et dans certaines bandes dessinées de science-fiction. De mon côté, j’essaie de trouver ma voie dans cette thématique là.

Après c’est tout le jeu du toons de faire mourir son personnage, de jouer avec les formes et avec les strates d’univers, comme le réel ou le virtuel.

Les références sont pléthoriques mais après c’est d’en jouer et montrer d’où je tire mes influences en mixant le truc à ma façon.

Les tests sur Sonny – sorte de créature de Frankenstein – apporte du pep’s et beaucoup d’humour. Pourquoi avoir voulu jouer sur ce registre ?

Je l’ai développé au fur et à mesure, j’aimais bien ça de torturer le personnage. Cela m’a permis aussi de sortir du cliché héros trop lisse comme Superman – qui n’a pas de défauts – j’ai mis du temps à trouver l’astuce. En le tuant plusieurs fois de suite, j’ai trouvé un peu l’axe et dans les tomes suivants, cela va revenir. (rires)

Il réussit à s’incarner dans une entité de Sonny mais j’avais besoin de ce temps-là parce que je ne savais pas comment débuter le récit. Au fur et à mesure, j’ai ajouté des étapes et j’ai trouvé ce mode de récit qui me convient assez bien avec des interruptions et notamment de finir par un gag. Ne pas non plus être enfermé dans du gag pur, mais créer une histoire avec de temps en temps des ellipses pour ne pas être dans un temps continu de récit.

Au fur et à mesure de l’histoire j’ai découvert comment j’allais articuler mon récit. Maintenant tout cela, je le maîtrise mieux. Pour le prochain, on va vraiment être dans l’action.

De l’idée de départ à la réalisation, combien de temps s’est-il écoulé ?

J’ai mis cinq ans à la fabriquer. J’ai eu une bourse à l’écriture du Centre National du Livre (CNL) en 2010. Je finissais Little Big Bang, l’expo sur la série et j’ai mis beaucoup de temps à élaborer mon récit. Surtout que j’avais travaillé 10 ans avec d’autres personnes, il fallait que je récupère mes billes et surtout retrouver mes marques, seul. En cinq ans, j’ai du recommencer 100 fois !

Il y a des pages qui ont été réussies dès le départ mais il y a eu aussi des moments où l’articulation n’était pas celle que je voulais mais en même temps j’avais déjà écrit plusieurs tomes. C’est aussi cela qui m’a pris du temps. Au début, j’étais sur un classique de 46 pages – en one-shot – mais quand j’ai reçu la bourse à l’écriture, je me suis dis que j’allais tout reprendre à zéro, j’ai réécrit et j’ai vu que c’était trop petit pour tout cet univers.

J’avais envie d’exploiter mon idée sur plusieurs volumes. Toute la matière que j’ai, si je ne le fais pas en minimum trois tomes – on en a même prévu 4 avec Scutella, un en plus virtuellement inventé et que je n’ai pas écrit – ce serait dommage. Dans les suivants, il y aura un côté plus biologique, en laissant les robots de côté, avec l’âme vivante du personnage.

Sonny, à la fin du premier tome, le lecteur ne sait pas trop, il pense qu’il va devenir un super-héros. Est-ce dans cette direction que l’histoire va aller ?

On est encore un peu dans la découverte et lui même ne sait pas encore qui il est. Dès le tome 2, il s’incarne vraiment en tant que héros, il va buter des monstres, mais il est menacé, des gens veulent sa mort.

Pour l’instant, c’est un peu le seul humanoïde, mais après il aura des comparses. Il faut que je trouve la bonne articulation, le bon axe pour les introduire pour que ce ne soit pas tout de suite, une communauté. C’est pour cela que l’on est avant tout centré sur ce personnage là dans le 1. Et ensuite, il y aura soit des acolytes soit des ennemis. Et enfin, il faudra que je mette des personnages féminins.

« A moi de tenir le rythme pour qu’un album sorte tous les ans. C’est un beau projet, un beau pari ! »

Le passage de la planche à l’album fini, combien de temps vous a-t-il fallu ?

Comme j’ai recommencé, que je cherchais mes marques, il m’a fallu un peu de temps. Actuellement l’objectif, c’est d’en publier un tous les ans. Sur Little Big bbang nous avions mis énormément de temps sur le dernier tome – 5 ans – et nous avons perdu notre public. Les gamins de 12 ans qui ont commencé la série à la fin ils en ont 20, donc ils ne sont plus réellement dedans. Pour moi, c’est important d’avoir un rythme soutenu. Avant, je développais cela avec mon association (Café creed), je prenais le temps et surtout, tout mon temps était pris par l’asso. Alors que là avec Scutella, il y a un peu plus de moyens financiers, une structure et ça change tout.

Avec Soline Scutella, nous avions déjà travaillé ensemble sur 16 Diffusion, une structure en commun pour diffuser nos productions (Café Creed, Scutella et Eidola) mais nous étions un peu arrivés au bout d’un cycle. C’est pour cela que Scutella a intégré ensuite La Diff et cela a boosté son catalogue. A moi de tenir le rythme pour qu’un album sorte tous les ans. C’est un beau projet, un beau pari !

Entretien réalisé lors du Festival BD d’Angoulême, le jeudi 26 janvier 2017
Article posté le vendredi 03 mars 2017 par Damien Canteau

Bulby crunch 1 de Tristoon (Scutella) - Comixtrip
  • Bulby crunch, tome 1 : Géno mix
  • Auteur : Tristoon
  • Editeur : Scutella
  • Prix : 15€
  • Parution : 20 janvier 2017

Résumé de l’éditeur : Sonny Bounce, ou le cosmonaute fétiche de l’hyper-espace ! Le sympathique et petit Sonny Bounce nous entraîne dans une aventure cosmo-bizarroïde : simple turbolivreur de pizzas à Chpounville, Sonny va vivre un tourbillon d’expériences dont il sortira à jamais transmuté. Robots, mutants, et autres créatures extra-terrestres peuplent l’univers de Tristoon, qui nous offre dans ce premier opus (sur 4) de Bulby Crunch ! un gloubi de formes et de gags dont il a seul la recette.

BIO ET BIBLIO EXPRESS DE TRISTOON

Tristan Lagrange, alias Tristoon, a grandi dans une famille d’artistes où la photographie , la peinture et le cinéma jouent une rôle important. En 1996, il intègre les Beaux-Arts d’Angoulême pour cinq années.

  • 1998, il crée avec des amis l’association Café Creed
  • de 2002 à 2007 : Choco Creed, 6 numéros
  • 2002, il est lauréat du Défi Jeunes du Ministère de la Jeunesse et des Sports pour l’exposition Choco Creed et la revue du même nom
  • de 2003 à 2010 : Little Big Bang, 3 tomes avec Tib-Gordon et Jérôme Lôthelier
  • 2008, Ginkgo, collectif, éditions Café Creed

 

Son blog : Da wolfi box

Le blog de Café Creed : cafecreed.com

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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