Mémoires de Marie-Antoinette, tome 1 : Versailles

Notre avis : Enfermée à la Tour du Temple, Marie-Antoinette décide de raconter par écrit ses souvenirs, de ses derniers jours en Autriche à la naissance de son fils dans Mémoires de Marie-Antoinette de Noël Simsolo et Isa Python.

Paris, 13 août 1992. Louis XVI, Marie-Antoinette et leurs enfants sont de retour dans la capitale après leur tentative de fuite vers l’Angleterre. Sur fond de Révolution Française, les souverains sont conspués. La reine, Louis et Marie-Thérèse sont enfermés à la Tour du Temple. Pour faire passer ses longues journées, Marie-Antoinette débute l’écriture de ses mémoires.

Née en 1755, Marie-Antoine est la fille de Marie-Thérèse d’Autriche qui lui prédit un grand destin en la mariant au futur roi de France, Louis XVI. Lettrée, aimant le théâtre, très moderne dans la façon de se vêtir et plutôt libre, la jeune femme de 16 ans se prépare à rallier son nouveau royaume. Avant cela, étonnamment un premier mariage – sans le mari – est célébré en Autriche.

Très aimée et sous les hourras de la foule, elle quitte le palais des Habsbourg pour la frontière. En chemin, elle s’arrête voir son frère, tombe malade et arrive enfin au rendez-vous où elle découvre pour la première fois son futur mari. Avant cela, elle est confiée à Madame de Noailles qui doit veiller sur elle.

C’est le début d’un destin hors-norme et un peu à la marge, entre les noces, les difficultés de procréer et la chute de la monarchie…

Ecrit à la première personne – la narratrice est Marie Antoinette – l’album est facile de lecture et plaisant. Se basant sur une solide documentation, Noël Simsolo livre un premier volume accrocheur. Il faut souligner que ce style de biographie n’est jamais très intéressant et plutôt indigeste mais pour une fois, cela n’est pas vrai. De nombreux films, romans, essais, recherches historiques et bandes dessinées ont déjà été écrits sur la Révolution Française et la Reine, délicat donc de sortir la tête de ce flot important. Comixtrip recommande donc Mémoires de Marie-Antoinette.

Tous les moments clef de la vie de la souveraine sont mis en lumière : le départ d’Autriche, la rencontre avec Louis XVI, les noces, les difficultés de procréation mais aussi le théâtre, la Bergerie et le Trianon. Il faut ajouter les personnages qui gravitent autour de la Reine : Fersen, Mercy, Madame de Noailles ou encore Beaumarchais. L’on découvre une Marie-Antoinette très loin de l’étiquette – qui l’ennuie – des standards d’une souveraine, de sa liberté, de son insouciance mais aussi de sa difficulté de se faire aimer de ses sujets malgré les tentatives pour influencer son mari sur les questions internationales. Ainsi, l’album tente de la réhabiliter.

Pour accompagner le scénariste, Isa Python se charge de la partie graphique, plutôt réussie. Malgré quelques erreurs dans la composition des visages, le reste est plaisant. Aidée aux couleurs par la talentueuse Scarlett, elle réalise de très belles planches aux costumes et décors soignés.

Pour prolonger cette thématique, vous pouvez parcourir la chronique de Marie-Antoinette, la jeunesse d’un reine, un manga de Fuyumi Soryo.

  • Mémoires de Marie-Antoinette, tome 1 : Versailles
  • Scénariste : Noël Simsolo
  • Dessinatrice : Isa Python
  • Coloriste : Scarlett
  • Editeur : Glénat
  • Prix : 19.50€
  • Parution : 24 mai 2017

Résumé de l’éditeur : Paris, le 13 août 1792. La monarchie est abolie. Marie-Antoinette, épouse de Louis XVI, est internée à la Tour du Temple. Installée dans une cellule en attente de son procès, elle écrit ses mémoires… Du départ de son Autriche natale à ses noces avec le dauphin de France, en passant par le quotidien parfois impitoyable de la cour du roi et sa rencontre avec Axel de Fersen qui deviendra son amant et ami, celle qui passa des ors du Trianon à la puanteur des cachots s’y livre entièrement et sincèrement. En choisissant de raconter la vie de Marie-Antoinette comme si elle écrivait ses propres mémoires, Noël Simsolo trouve le ton juste pour brosser un portrait à la fois complet et touchant de la plus célèbre reine de France, auquel le trait léger et délicat d’Isa Python vient apporter un supplément d’élégance.

Fire force, volume 1

Notre avis : Avec ses pouvoirs autour du feu, Shinra intègre la Fire Force, une brigade spéciale qui lutte contre les combustions humaines. Après Soul eater, voici la nouvelle très bonne série de Atsushi Ohkubo !

Japon, an 198 du calendrier solaire. Dans une rame de métro, un homme se consume de l’intérieur. Étonnamment, Shinra attend patiemment son train sur le quai. Le jeune adolescent intègre le jour-même la Fire Force, lui qui possède des pouvoirs autour du feu. Il tente de circonscrire la combustion mais il n’y arrive pas. Des membres de l’unité s’en chargent alors.  Quelques instants après, il sauve Iris – une religieuse qui fait aussi partie de la Fire Force – grâce à la rapidité de ses pieds.

Après cet événement, il se retrouve dans l’académie des pompiers. Il fait la connaissance de Obi, le capitaine de la 8e brigade qu’il vient de rallier mais aussi Hinawa, Oze et retrouve Iris

Prépublié depuis septembre 2015 dans la revue Weekly Shōnen Magazine de l’éditeur Kōdansha au Japon, Fire force est déjà composé de huit tomes. Atsushi Ohkubo imagine un univers fantastique accrocheur et des histoires qui happent le lecteur. Il faut souligner que les chapitres sont très addictifs et possèdent beaucoup d’action. Shônen bien écrit, le mangaka mise avant tout sur le fantastique et sur des personnages très caractéristiques. En premier lieu, Shinra, un jeune adolescent qui sait ce qu’il veut, qui rêve de réussir, parfois un peu trop sûr de lui et qui arbore un sourire démoniaque lorsqu’il est stressé. C’est d’ailleurs à cause de cela qu’il sera surnommé le Démon !

Les situations cocasses parfois et les dialogues apportent forcément de l’humour, essentiel dans tout bon shônen. Titre très attendu par le public après le succès de Soul eater, Fire Force ne devrait pas déplaire aux amateurs du genre et ceux de Ohkubo. Les dessins sont très efficaces, d’une belle lisibilité et le découpage très rythmé.

  • Fire force, volume 1
  • Auteur : Atsushi Ohkubo
  • Éditer : Kana
  • Prix : 5.45€
  • Parution : 19 mai 2017

Résumé de l’éditeur : L’humanité est terrifiée par le phénomène de combustion humaine. Des brigades spéciales Fire Force ont donc été mises en place avec pour mission de trouver la cause de ce mystérieux phénomène ! Le jeune Shinra, nouvelle recrue surnommée le Démon, rêve de devenir un héros. Mais le chemin sera long et il devra, avec ses camarades, apprendre à affronter quotidiennement des Torches humaines !!

Tristan et Yseult

Notre avis : Agnès Maupré et Singeon donnent leur version moderne de Tristan et Yseult, le fameuse légende arthurienne. Un album Gallimard.

Fille du roi d’Irlande, Yseult aime se moquer des jeunes garçons près de chez elle. Cachée près d’un arbre avec son ami, elle observe effrayée le combat titanesque d’un jeune adolescent contre un dragon. Après ce combat épique, l’animal fabuleux est mort mais le garçon est recouvert de brûlures, telle une coque mais il vit.

Yseult le ramène chez lui et le soigne. avec force magie, sa mère réussit même à fracturer l’enveloppe très dure. Tristan, c’est son nom, est à la recherche de la jeune femme qui a perdu un cheveu blond afin de la ramener au roi Marc afin qu’il l’épouse. Il découvre que celui-ci appartient à Yseult.

En aucun cas, la jeune adolescente ne veut partir pour le royaume de Marc et se marier avec lui, elle préférerait que ce soit Tristan qui la demande en mariage. Forcée par sa mère, elle embarque sur un navire avec son chevalier avec un filtre d’amour concoctée par la Reine afin de faire chavirer son amoureux secret…

Il existe de nombreuses version de Tristan et Yseult (BD, romans, films…) et il est difficile de sortir la tête de ce flot important. Agnès Maupré – auteure du magnifique Le chevalier d’Eon (deux volumes chez Ankama) – livre ici une adaptation libre et très moderne de la légende arthurienne. Pour cela, elle utilise des dialogues actuels qui dépoussièrent ceux de la version originale. Erotisant au maximum son ouvrage, elle réussit à captiver son lectorat qui n’aurait pas franchit le pas de la découverte sans cela. Son récit est très rythmé et use de beaucoup d’actions. Hymne aux premières amours, à la passion juvénile, Tristan et Yseult plaira aux amateurs de légende, de fantastique mais aussi de bandes dessinées romantiques.

Nous sommes pour une fois agréablement surpris par la partie graphique de Singeon. Par le passé, ses ouvrages (Sauvetage et Bienvenue) ne nous avait pas convaincu. Pour Tristan et Yseult, il met en scène le récit de manière moderne (comme le veut sa scénariste), énergique et coloré.

  • Tristan et Yseult
  • Scénariste : Agnès Maupré
  • Dessinateur : Singeon
  • Editeur : Gallimard
  • Prix : 22.50€
  • Parution : 18 mai 2017

Résumé de l’éditeur : Quand le jeune et joli Tristan arrive sur sa terre et massacre le dragon qui terrifiait le pays, la princesse Yseult se dit qu’elle ne détesterait pas être sa récompense. Mais si Tristan demande effectivement sa main, c’est pour son oncle, le roi Marc. Afin de ne pas condamner sa fille à un mariage hasardeux, la mère d’Yseult, grande magicienne, lui offre un filtre d’amour à partager avec Marc, le jour de leurs noces. Mais on ne confie pas un filtre d’amour à une adolescente… Tristan et Yseult seront bientôt unis d’un amour magique, magnétique, qui ne demande qu’à dévorer leurs existences…

Les nuits d’Aksehir, volume 1

Notre avis : Ayako – étudiante en école de mode – réussit à se faire embaucher dans une restaurant turc au Japon. Cette rencontre avec une autre culture la fait progresser dans sa propre vie. Raku Ichikawa propose son histoire dans Les nuits d’Aksehir chez Akata.

Hodja, un vieil homme aborde Ayako dans la rue. Menaçant, il l’emmène dans une salle sombre. Surprise mais n’ayant pas spécialement peur, elle découvre qu’elle est dans un restaurant turc. Elle est par la suite rassurée par Zakuro, une serveuse.

Le cuisinier est coutumier du fait : séquestrer des jeunes femmes afin qu’elles travaillent pour lui. En ce qui concerne Ayako, il était persuadé qu’elle connaissait la culture turque puisqu’elle possédait une amulette de son pays mais en fait, c’était un cadeau d’une amie.

Sans être rebutée par la façon un peu cavalière du vieil homme, elle accepte de devenir serveuse dans le restaurant L’Aksehir. Rapidement à l’aise avec les mots et les plats, l’étudiante en école de mode se plait dans ce décor. D’ailleurs, elle s’inspire de tout ce qui l’entoure dans le restaurant pour ses propres réalisations en cours…

Publié par Enterbrain (Bride Stories, Minuscules, Reine d’Égypte) entre 2013 à 2015 au Japon, Les nuits d’Aksehir est un très beau seinen qui mêle avec pertinence les cultures japonaises et turques. Raku Ichikawa imagine un pont entre ces deux mondes – qui se rencontrent que rarement – à travers L’Aksehir, un lieu de restauration chaleureux et très accueillant. Pour incarner son histoire, la mangaka met en scène une jeune japonaise Ayaka qui ne sait plus trop où elle en est dans sa vie. La rencontre avec le restaurant et les membres qui le composent va la faire reprendre confiance en elle, la faire évoluer dans sa vie et dans ses cours à l’école de mode.

Au-delà de la mode, de la danse orientale, des plats et des coutumes, Les nuits d’Aksehir est avant tout un hymne à la tolérance, à l’ouverture au monde et à l’intégration. Les amateurs de culture orientale seront ravis de ce début de série comme les amateurs de manga pur. Le mélange des deux est d’ailleurs très accrocheur. Raku Ichikawa fonde son récit sur ses propres expériences, elle qui vit actuellement à Istanbul, ce qui fait que son manga est très positif. Sa partie graphique est d’elle très belle élégance, douce et chaleureuse. Ses personnages sont d’une belle expressivité.

A noter que l’éditeur nous allèche avec les deux prochains volumes où il sera question de conversion à l’Islam. En ces temps troublés avec les religions, la série Les nuits d’Aksehir tombe à pic !

  • Les nuits d’Aksehir, volume 1
  • Auteure : Raku Ichikawa
  • Éditer : Akata
  • Prix : 8.50€
  • Parution : 13 avril 2017

Résumé de l’éditeur : Ayako est une jeune étudiante à Tokyo, en école de mode. Pourtant, peu motivée, elle ne trouve pas l’inspiration pour créer des design satisfaisants et orginaux. Mais grâce à l’amulette qu’elle porte autour cou, une inatendue opportunité va s’ouvrir à elle : Hodja, imigré turc, va lui proposer de travailler en tant que serveur au sein d’Akşehir, son petit restaurant égaré au coeur de Shinjuku. Au fil de ses rencontres et de ses nuits de service, mais aussi au contact de Zakuro, fascinante danseuse orientale, Ayako va découvrir tout le charme de la culture turque… au-delà de tous clichés ! Et si cette nouvelle ouverture sur l’étranger lui montrait enfin la Voie à suivre ?

Tess

Notre avis : Avoir des cheveux magiques, quel pouvoir extraordinaire pour la petite Tess qui va tenter de s’en servir dans des aventures rocambolesques signées Christine Nauman-Villemin et Sess. Un bel album Jungle !

Tess, petite fille de 4/5 ans, vit avec ses parents et son frère dans un appartement douillet. Son père lui lance le défi de se démêler les cheveux le plus vite possible. En moins de 100 secondes, elle tente de le faire. Elle se rend alors dans la salle de bain et distille sur ses bouclettes des produits plus fous les uns que les autres.

Plus tard, sa maman trop occupée à corriger des cahiers, demande à Tess de surveiller son frère. Trop prise par son dessin, elle en oublie sa mission. Le garçon grimpe sur son parc et manque de tomber. Étonnamment, ce sont ses cheveux qui récupèrent l’enfant. Elle découvre stupéfaite qu’ils ont un pouvoir magique…

Très jolie série jeunesse (à partir de 5 ans), Tess va enchanter les plus jeunes par une partie graphique chaleureuse et des courts récits à l’humour très agréable.

Christine Naumann-Villemin imagine une formidable petite fille curieuse, enjouée, sympathique et dynamique. Elle distille une belle dose de fantastique à travers sa chevelure blonde tel Samson, le héros de la légende biblique. Mais Tess ne peut pas vraiment contrôler ce pouvoir magique ce qui lui cause quelques déboires très drôles. Ses aventures rocambolesques sont construites sous la forme de petits chapitres (avec des titres rigolos) idéaux pour la fluidité de la lecture et qui dynamisent l’album.

Les personnages secondaires (un chat faire-valoir, un petit frère attachant et des parents d’une grande modernité dans leur éducation) forment une galerie sympathique.

La professeure-documentaliste s’est adjointe le talent de Sess. L’auteur du merveilleux Papa pas prêt (Vraoum) réalise de très belles planches à l’aquarelle et aux crayons de couleur avec peu de cadre et de vignettes. Son trait tout en rondeur restitue admirablement l’ambiance joyeuse du récit.

A noter que Sess a pris la suite de Thomas Priou dans la réalisation des aventures de Lionell, le gentil lion féru d’art, qui paraît chaque mois dans l’excellent magazine jeunesse Olalar.

  • Tess, tome 1
  • Scénariste : Christine Neuman-Villemin
  • Dessinateur : Sess
  • Editeur : Glénat
  • Prix : 9.95€
  • Parution : 24 mai 2017

Résumé de l’éditeur : Après un étrange shampoing concocté par ses soins, Tess découvre que son incroyable tignasse blonde est magique ! Vous n’y croirez peut être pas, mais ses cheveux agissent selon leur propre volonté. Voilà un pouvoir farfelu que Tess va devoir apprendre à contrôler !

Père et fils, volume 6

Notre avis : Torakichi et Shiro sont de retour dans leur village pour la Fête des morts. Dans ce nouvel opus de Père et Fils, le lecteur découvre le père de Shiori mais aussi les bribes d’enfance de l’herboriste. Encore un sublime volume de Mi Tagawa.

Dans les premières pages du 6e volume de Père et fils, le lecteur en apprend plus sur le père de Shiori, la femme de Tora décédée lorsque Shiro avait un an. La mère de Shiori avait décidé très tôt de marier sa fille à un riche héritier alors que la jeune femme était déjà en couple avec Tora. Si le père était partant pour leur union – il leur offre même les alliances – la mère n’aimait pas le futur herboriste.

Plus tard lorsque que Shiori disparait, Tora arrive même à revoir son père mais il ne souhaite pas voir Shiro, pire il lui demande de ne pas mentionner sa famille à son fils.

Que dire de plus que nous n’ayons dit sur Père et fils ? Pas grand chose : nous n’avons plus de superlatifs pour ! Juste que Mi Tagawa arrive toujours à happer son lectorat, se renouveler en distillant avec parcimonie des bribes du passé des protagonistes. Ainsi les lecteurs peuvent reconstituer au fur et à mesure le puzzle de l’existence de Tora, Shiro et Shiori.

Dans ce sixième volet, elle imagine même une maladie à Tatsumi – la sœur de Tora – qui éleva un temps son fils à la mort de sa femme. Le lecteur observe les progrès de Shiro qui grandit, devient autonome et s’émancipe. Comixtrip aime énormément cette merveilleuse saga japonaise chaleureuse, optimiste malgré la part sombre du passé des personnages.

  • Père et fils, volume 6
  • Auteure : Mi Tagawa
  • Éditeur : Ki oon
  • Prix : 7.90€
  • Parution : 24 mai 2017

 

L’art du 9e Art

Notre avis : Les éditions Fluide Glacial publient L’art du 9e art, un excellent recueil parodique signé Emmanuel Reuzé.

Prépubliés dans les revues Fluide Glacial ou Psikopat entre 2002 et 2011, ces récits courts ont enfin les honneurs d’un album complet ! Sous forme de chapitre – au nombre de 17 ainsi qu’une introduction – les histoires parodient avec délice le 9e art, les auteurs et les études sur la bande dessinée.

Emmanuel Reuzé a une grande ambition : parler de bande dessinée et en faire connaître les arcanes. Vulgariser dites-vous ? Pour cela, il invite Scott McCloud, le génial auteur de L’art invisible, Réinventé la bande dessinée ou Faire de la bande dessinée. Mais voilà, son personnage appartenant à un autre éditeur, il ne peut rester avec Reuzé. Le spécialiste du 9e art décide de lui envoyer son cousin Scott McCrawd, un auteur raté et aviné. La suite risque d’être amusante.

Les deux compères débutent par La bande dessinée à travers les âges (Préhistoire, roman-photo ou bande dessinée cryptée), puis une Etude du style (heroic-fantasy, l’autobio…), Anatomie des héros (Bidochon, Tintin, Hulk, la coccinelle de Gotlib…), La bédé et l’argent (un art alimentaire, mainstream…), Les remakes qui cartonnent (Mickey, Pim Pam Poum, Spiderman…), Bédé et complot, Bédé et arnaque (des faux-strips de Uderzo, Pratt, Vance…), Présenter un projet (synopsis, planches finalisées…), Les projets refusés, Comment que ça se passe après, Les critiques de bande dessinée, La bande dessinée déméchantisée, Les lecteurs, Les iconoclastes de la bande dessinée ou Les métiers extravagants de la bande dessinée.

Tous les sujets autour du 9e art sont donc abordés mais triturés. Ces excellentes parodies sont appréciables puisqu’elles sont cyniques, grinçantes mais surtout très drôles. Pour démontrer l’indémontrable, il pastiche avec une grande aisance les différents styles graphiques des grands auteurs.

  • L’Art du 9e Art
  • Auteur : Emmanuel Reuzé
  • Editeur : Fluide Glacial
  • Prix : 18.90€
  • Parution : 17 mai 2017

Résumé de l’éditeur : L’Art du 9e Art est l’ouvrage de référence pour apprendre tout ce qu’il faut savoir (ou pas) sur la bande dessinée : dessiner avec un Boeing, réaliser une BD en apnée comme Joann Sfar, étudier l’anatomie de Gros Dégueulasse de Reiser ou réussir une BD autobiographique de fille. Tous les libraires BD connaissent le fameux livre L’Art de la BD de Duc ainsi que les best-sellers de Scott McCloud. Autant d’opuscules insignifiants comparés à l’ambitieux L’Art du 9e Art de l’immense Reuzé ! La BD est évoquée depuis ses origines et répertoriée par professions et par styles. Le mauvais esprit de Reuzé n’épargne rien ni personne, à commencer par les théoriciens du 9e art qu’il convoque pour mieux les pasticher. La bible des lecteurs et des auteurs de BD existe enfin. Grandiose, exhaustive et surtout définitive !

Kushi, volume 2 : La tanière du loup

Notre avis : Après un très bon premier volume, Golo Zhao et Patrick Marty dévoilent la suite des aventures de Kushi, la petite fille des steppes.

Au milieu des steppes de Mongolie. Kushi est toujours en fuite entourée de loups et de Khulan, sa compagne à pattes. A ses trousses, il y a l’infâme Bold et ses hommes armés jusqu’aux dents. Les loups livrent alors une bataille en faisant fuir les chevaux des malfrats. Non loin de là, Tilik assiste hilare à la scène. Il est alors obligé de se faire voir de Kushi et continuent alors leur chemin ensemble.

Au village, Chen est inquiet par la situation, il a peur pour Kushi. Bayan – la grand-mère de la fillette – tente de le rassurer : Kushi est protégée par Khulan mais surtout par Tengger, l’esprit des steppes…

Après un premier volume qui nous avait séduit, Kushi s’offre un deuxième volume dans la même veine. Patrick Marty poursuit son récit de la même façon et de belle manière. Il sublime la Mongolie des années 80 et plus particulièrement les villages traditionnels. Il glisse aussi des rites ancestraux, la magie et les légendes de cette région autonome de Chine.

Il souffle un parfum d’aventure et d’action sur cette belle fable pour le jeune lectorat. Une héroïne forte, ingénieuse, malicieuse et débrouillarde, un camarade fidèle et loyal, une chienne qui la défend, des loups qui la protège et des ennemis féroces; tout les ingrédients sont réunis pour passer un très bon moment de lecture.

Golo Zhao (Au gré du vent, Hello Viviane) poursuit avec maestria sa partie graphique de grande valeur. Son magnifique trait est moderne et aérien – idéal pour sublimer les décors mongols – mais qui tranche avec la tension du récit.

Premier tome en janvier 2017, le deuxième en mai, le troisième en septembre et le dernier en janvier de l’année prochaine pour Kushi : un rythme de publication soutenu, qui permet de ne pas attendre et de captiver les plus jeunes lecteurs. Une très bonne initiative !

  • Kushi, tome 2/4 : La tanière du loup
  • Scénariste : Patrick Marty
  • Dessinateur : Golo Zhao
  • Editeur : Fei
  • Prix : 9.50€
  • Parution : 05 mai 2017

Résumé de l’éditeur : Kushi est en fugue, traquée par le grand méchant Bold et ses hommes. À l’aide de Khulan et d’une meute de loup, elle va se débarrasser de ses poursuivants. Pendant ce temps, au village, tout le monde s’agite et prépare la grande fête du Naadam. Tilik, trop malheureux sans son amie, va rejoindre Kushi et les deux enfants vont découvrir le secret de Bold… mais c’est se jeter dans la gueule du loup, car leur ennemi est impitoyable…

Tex, le héros et la légende

Notre avis : Tex est un personnage de western très connu en Italie, édité par Bonelli. Parmi les nombreux grands auteurs ayant animé le cow-boy, il y a Paolo Serpieri : le héros et la légende. A découvrir ici !

New-York début du 20e siècle. Un journaliste vient recueillir les souvenirs de Kid Carson, le compagnon de route de Tex Willer. Malgré sa vieillesse et sa fatigue, il rapporte avec précision leur rencontre en 1855.

En pleine nuit, Tex surprend une bande de malfrat et les abat facilement alors qu’il est seul contre 7. Avant de tuer le dernier, il insiste sur son nom, son surnom – Aigle de la nuit –  et le fait qu’il appartienne au clan des Navajos.

Par la suite, il est attaqué par Taureau fou, un indien Kiowas, à qui il demande si son chef Kwahadi a bien ordonné le massacre des siens. Il lui demande alors d’aller voir son chef et de le faire venir à lui pour combattre. En attendant, il délivre Kathy Logan, une Américaine qui fut élevée par des Navajos à la mort de ses parents…

Créé en 1948 par Gian Luigi Bonelli et Aurelio Galleppini, Tex fut le héros de nombreux histoires parues dans les fumettis à cette époque (périodiques en petit format) et qui eut un grand succès chez les Transalpins (bande dessinée la plus vendue loin devant Dylan Dog). Parmi les grands dessinateurs (Raffaele Marcelo, Brindisi, Capitanio, Ticci, Fusco ou Danubio mais aussi des auteurs étrangers comme Colin Wilson, Jordi Bernet ou Joe Kubert), Paolo Eleuteri Serpieri concocta une histoire du célèbre Ranger en 2015.

Issu de la tribu des Navajos, Tex fut nommé Responsable des affaires indiennes afin de défendre leurs droits. Il est secondé par Kid Carson (ici qui conte leur rencontre), un célèbre scout de l’armée. Le Ranger a acquis le droit d’arrêter ou de tuer les bandits.

Serpieri deviendra d’ailleurs l’un des plus grands conteurs de westerns. Le héros et la légende montre tout l’amour que pouvait éprouver l’auteur pour les civilisations indiennes. D’ailleurs les éditions Mosquito ont par le passé publié d’autres récits de l’auteur (Lakota, Chaman, Peaux-rouges, John & Mary, La règle du jeu). L’histoire classique de Serpieri est néanmoins accrocheuse et très bien écrite. Le gros point fort de son récit réside dans la partie graphique. Les coutumes, les décors, les vêtements mais aussi les chevaux sont magnifiquement dessinés. Si l’on préférera les histoires en noir et blanc du maître italien, ici les couleurs sont très belles.

  • Tex : Le héros et la légende
  • Auteur : Paolo Eleuteri Serpieri
  • Editeur : Mosquito
  • Prix : 13€
  • Parution : 05 mai 2017

Résumé de l’éditeur : En 2015, les éditions Bonelli laissent carte blanche à Serpieri pour dessiner une aventure de leur personnage fétiche Tex. Serpieri renoue avec sa passion pour la civilisation amérindienne et donne une vision d’un Tex bien moins lisse et consensuel qu’à l’accoutumée.

Viking, un long feu de glace

Notre avis : Les éditions Glénat publient Viking, un des premiers travaux en commun de Ivan Brandon et Nic Klein, autour de ces personnages charismatiques et porteurs de fantasme à l’époque médiévale.

IXe siècle. Près d’un feu de camp au bord de l’eau, Egil et Finn – deux frères – attaquent et massacrent tous les occupants de la plage. Les deux sont connus pour leurs méfaits : vols, pillards, chasseurs et meurtriers…

Les lecteurs de Glénat Comics connaissent bien Ivan Brandon et Nic Klein pour la précédente publication du label : Drifter, une formidable série de science-fiction. Ils découvrent maintenant Viking, une histoire publiée avant Drifter chez Againdemon entre 2009 et 2015. Si le premier titre nous avait enthousiasmé, celui-ci beaucoup moins.

Pourtant la toile de fond – les Vikings au Moyen-Age – aurait pu être un formidable terrain de jeu pour les deux auteurs mais faute d’une histoire précise et bien écrite, cela ne le sera pas. L’intrigue est un peu bancale malgré une histoire qui se laisse lire. Les erreurs et des personnages qui plaisent peu augmentent ce sentiment de gâchis. Le lecteur sent bien les débuts hésitants du scénariste, heureusement plus intéressant par la suite.

Surtout que la partie graphique ne sauve pas Viking ! Loin des planches qu’il peut réaliser aujourd’hui, Nic Klein lui aussi déçoit. Les décors sont a minima et ses personnages pas bien en place. On sent néanmoins tout le potentiel du duo qui se révélera avec Drifter.

  • Viking, un long feu de glace
  • Scénariste : Ivan Brandon
  • Dessinateur : Nic Klein
  • Editeur : Glénat
  • Prix : 19.95€
  • Parution : 03 mai 2017

Résumé de l’éditeur : Lorsqu’il s’agit du pire, ce sont les meilleurs. Scandinavie, IXe siècle. Finn et Egil sont deux frères habitués aux sales combines : racket, vol et pillage en tout genre. Si l’un est mauvais, l’autre est encore pire. Derrière eux, ils ne laissent rien à part un sillage de mort. Mais si tout allait pour le mieux dans le pire des mondes, leur destin bascule lorsqu’ils décident de s’en prendre au roi Bram et à sa fille Annikki… Leur penchant pour la violence risque bien de se retourner contre eux. Les auteurs de Drifter quittent l’espace intersidéral pour les terres glacées de Scandinavie dans un récit viking « hard-boiled » de l’Âge Sombre. Une fresque noire puisant dans la fureur et le sang, dont la violence est avant tout graphique.

Im, great priest Imhotep, volume 1

Notre avis : Les éditions Ki oon dévoilent Im great priest Imhotep, leur nouvelle série shônen  signée Makoto Morishita.

La vie de Hinome est un calvaire ! A chaque fois qu’elle ouvre la bouche, elle crache du feu. Fille de collectionneurs d’objets liés à l’occultisme, c’est à 8 ans qu’elle fut touchée par cette malédiction. D’ailleurs depuis, elle ne parle plus, ce qui l’isole et n’a pas d’amis.

Un jour dans la rue, elle tombe littéralement sur Imhotep, étrange prêtre-sorcier de l’Egypte Antique. Sans trop lui laisser le temps de réagir, il l’agrippe et partent en courant.

Arrivés chez elle, il lui explique que son corps est maîtrisé par un magai. Très fort dans la pression psychologique, il arrive à tout faire faire au père de Hinome. Pour se rebeller contre cela, elle parle. Une première depuis longtemps pour l’adolescente. Elle accepte néanmoins son aide pour se débarrasser du magai…

Prépublié dans la revue Gekkan Shônen des éditions Square Enix depuis 2015 au Japon, Im est un shônen qui nous a moyennement convaincu. Si le premier volume (qui a mis un peu de temps à se placer) est plutôt bon, le deuxième est moins intéressant. Le récit fantastique de Makoto Morishita mêle l’action, les combats de titans et magie. Pour cela, il tord l’Histoire pour son histoire : il fait venir Imhotep dans notre société actuelle. 3000 ans plus tard, le prêtre-sorcier se retrouve dans le Japon actuel pour aider la jeune Hinome. Le personnage est bien cerné alors qu’il semble désagréable par son assurance.

Née en 1992, l’auteure japonaise gagne son premier concours manga dès l’âge de 16 ans ! Après des études à l’école d’art d’Osaka (elle sera récompensée par le prix du Président de la faculté), elle remporte un concours Square Enix (son futur éditeur) pour son histoire courte Raven cage. Im est sa toute première publication. Sa partie graphique simple et classique dans le shônen est d’une belle efficacité.

  • Im, great priest Imhotep, volumes 1 & 2
  • Auteure : Makoto Morishita
  • Editeur : Ki oon
  • Prix : 6.60€
  • Parution : 11 mai 2017

Résumé de l’éditeur : Depuis qu’elle est toute petite, Hinome n’a aucun ami. À l’école, on la dit maudite… Et pour cause : chaque son qui sort de sa bouche se transforme en flamme mortelle ! Alors qu’elle rentre comme d’habitude chez elle sans avoir parlé à qui que ce soit de la journée, elle tombe sur un étrange garçon en pleine cavale dans les rues de Tokyo. Elle lui propose de l’héberger, avant de découvrir qu’elle a devant elle rien de moins qu’Imhotep, le plus grand prêtre-sorcier de l’Égypte ancienne ! Malgré ses airs d’adolescent, il cache d’immenses pouvoirs… si grands qu’il s’est attiré la colère des dieux. Considéré comme le pire criminel de tous les temps, il a été condamné à un sommeil artificiel… Mais 3 000 ans plus tard, le monde est de nouveau menacé par les Magai, des démons maléfiques, et les geôliers d’Im n’ont d’autre solution que de faire appel à lui pour régler le problème. Imhotep, qui voue une haine profonde à ces créatures, ne se fait pas prier pour les éliminer… en commençant par celle qui avait pris possession du corps de Hinome ! Réunis par le destin, Im et la jeune fille se lancent dans un combat sans pitié, avec pour le mage une chance de trouver la rédemption au bout du chemin…

Atma gardien des esprits, tome 2 : Le temple des esprits

Notre avis : Atma le gardien des esprits observe que les 3 esprits de ces ancêtres déclinent, il décide donc de partir pour le Temple des esprits dans le tome 2 de Atma gardien des esprits de Gorobei et Shuky.

Après un cauchemar, Atma se réveille en nage. Petit personnage sympathique, il est gardien des esprits. En effet, il doit protéger ceux de Pépéalf et Myma (sous forme de boules), qui lui rendent bien en lui donnant leur force. Avec le sien, il est donc suivi par 3 balles de couleurs.

Il passe son temps au bord de l’eau, à pêcher et à s’entrainer à devenir un vrai guerrier. Il constate amèrement que les deux esprits de ces ancêtres ne brillent plus comme avant. Il est donc temps pour lui de partir pour le Temple des esprits afin de les régénérer. C’est le début d’un vrai parcours du combattant…

De l’autre côté de l’île, le nouveau Roi des méchants rassemblent ses hommes : les Zizigouilleurs, malfaisants mais surtout pas très intelligents. C’est à ce moment-là qu’un chaman arrive dans le palais. Ensemble, ils décident d’aller attaquer le Temple des esprits…

Si vous n’avez pas lu le premier volume de Atma : pas de panique, vous pourrez comprendre aisément la série. Il faut souligner que ce tome peut se lire indépendamment du précédent. L’univers fantasy créé par Shuky est riche, foisonnant, décalé et très drôle. L’auteur a imaginé une série à la limite de la parodie, aux accents shônen, dans la veine de Dofus chez Ankama; et ça plait !

Des esprits réincarnés dans des boules qui suivent leur protecteur, un temple qui peut le régénérer mais aussi un héros sympathique, un peu gaffeur et des ennemis complètement crétins et l’on obtient un album humoristique formidable. Il souffle sur ce récit, un vent d’aventure aussi agréable. Pour pimenter le tout, Atma (après un parcours forestier non sans obstacle) doit aussi réussir une quête forte : protéger le temple des Zizigouilleurs.

Ce titre pour le jeune lectorat (à partir de 7/8 ans) bénéficie d’une belle partie graphique de Gorobei. L’univers de Atma doit grandement sa réussite au dessin. Proche des jeux vidéos, il est tout en rondeur pour le plus grand bonheur des jeunes lecteurs. Ses personnages sympathiques bénéficient aussi de couleurs pop et flashy agréables.

  • Atma gardien des esprits, tome 2 : Le temple des esprits
  • Scénariste : Shuky
  • Dessinateur : Gorobei
  • Editeur : Makaka
  • Prix : 14€
  • Parution : 21 avril 2017

Résumé de l’éditeur : Atma est un être à part car il possède le don étrange de voir et de communiquer avec les esprits. D’ailleurs, trois esprits l’accompagnent quotidiennement : celui de l’homme à qui appartenait son sabre, et ceux de ses grands-parents. Mais ce matin, au réveil, Atma constate que les âmes luminescentes de Myma et de Pépéalf brillent à peine. Pour leur redonner de l’énergie, ils entament un périple en direction du Temple des esprits. En parallèle, le terrible Chaman des Zizigouilleurs fomente un terrible plan : Construire une puissante machine de guerre qui fonctionne à l’aide d’âmes. Pour en trouver, direction le Temple des esprits !