Brûlez Moscou

Napoléon et ses troupes sont aux portes de Moscou pour prendre la ville. Rostopchine décide de libérer les prisonniers. Parmi eux, il y a Anatoli qui tente de retrouver sa femme et son fils pourchassés par Kolia, son ennemi. Kid Toussaint et Stéphane Perger dévoilent Brûlez Moscou, un étonnant thriller historique aux éditions Le Lombard.

1812. Fédor Rostoptchine, le gouverneur de la ville de Moscou, ne veut pas laisser la cité aux mains de Napoléon. Il décide de procéder à la technique dite de la « terre brûlée » : incendies volontaires, cache des citernes pour proscrire les flammes et libération des prisonniers des geôles de l’Ostrog.

Parmi ces hommes enfermés, il y a Anatoli Vassili, ancien capitaine de l’armée russe qui a tiré sur un soldat. Libéré, il veut coûte qui coûte retrouver Tatiana, sa femme et Oleg, son fils, pourchassés par Kolia, son ennemi juré. Il faut souligner que le colosse veut les tuer et les manger…

Très belle course-poursuite teinté de thriller, Brûlez Moscou plaira aux amateurs d’Histoire mais aussi ceux d’aventure. Le récit de Kid Toussaint est très classique mais efficace. Très bien documentée, l’histoire du scénariste de Magic 7 et de 40 éléphants mêle le récit intime de Anatoli à la grande Histoire. Ainsi, le lecteur peut croiser des personnages historiques ayant existé : Napoléon et Rostopchine. Il imprime beaucoup de rythme à son album. On regrettera une fin trop (?) attendue malgré un récit bien mené.

Le gros point fort de Brûlez Moscou réside dans la formidable partie graphique de Stéphane Perger. Les planches du dessinateur de Odyssée sous contrôle (avec Dobbs) sont magnifiques, notamment par sa grande maîtrise des encres et des aquarelles. Les pages rougies par les flammes dans la ville sont impressionnantes et le lecteur peut même percevoir la chaleur de l’incendie. Ses personnages sont bien campés, notamment le colosse Kolia. On lui pardonnera des erreurs dans la gestuelle concernant le maniement des armes, car l’ensemble est époustouflant.

  • Brûlez Moscou
  • Scénariste : Kid Toussaint
  • Dessinateur : Stéphane Perger
  • Editeur : Le Lombard
  • Parution : 9 février 2018
  • Prix : 14.99€
  • ISBN : 978-2803633869

Résumé de l’éditeur : Septembre 1812. La Grande Armée de Napoléon est aux portes de Moscou. Le comte Rostopchine, gouverneur de Moscou, se rend à la prison de l’Ostrog et libère des geôles tous les criminels en les priant de « voler, piller, tuer et incendier » pour que rien ne tombe aux mains de l’ennemi. Parmi les libérés, Anatoli Lenski semble avoir un but bien à lui. Et malheur à qui tentera de s’y opposer.

Super cool

Après le formidable Le meilleurissime repaire de la terre, les éditions Biscoto continuent de creuser leur sillon dans la bande dessinée Jeunesse (une nouvelle fois c’est très réussi) avec la publication de Super cool, une histoire de Tanja Esch.

Tania est heureuse : sa maman lui a acheté une veste en jean qu’elle va pouvoir porter à l’école ! Elle est fière mais c’était sans compter sur Naomi la petite peste de la cour de récré qui se moque du nouveau vêtement. Tania est frustrée et chagrinée par cela. Le lendemain, elle passe chercher Kristina sa meilleur amie pour aller à l’école en vélo. Elle lui confie que dans l’après-midi, elle va faire un truc secret…

Voilà un petit album qui a tout d’un grand ! Le récit imaginé par Tanja Esch est fort et intelligent. En mettant en scène des histoires de cour de récréation, l’autrice allemande parle aux plus jeunes de rejet, d’exclusion et de harcèlement. Si cela peut faire peur, elle contrebalance son propos par l’amitié que Kristina porte pour la jeune héroïne mais aussi par la personnalité de Tania. Si elle semble touchée par les moqueries, elle est forte et a du recul pour tout cela. Le doute est là mais il s’estompe rapidement.

Faire des choix, se démarquer et développer sa personnalité, son caractère, cela n’est jamais simple lorsque l’on est enfant. Tanja Esch aborde tout cela avec malice, bienveillance et humour. Son dessin d’une belle modernité est tout en rondeur, agrémenté de grands aplats de couleurs vives qui fonctionnent à merveille.

Super cool : être populaire ou pas, être soi et se moquer des qu’en dira-t-on. Un album pour amorcer la discussion à l’école ou à la maison.

  • Super cool
  • Autrice : Tanja Esch
  • Editeur : Biscoto
  • Parution : 9 février 2018
  • Prix : 12€
  • ISBN : 979-1092119800

Résumé de l’éditeur : Aujourd’hui Tanja a enfin reçu la veste en jean dont elle rêvait depuis si longtemps. Et c’est vrai, cette veste est super cool ? ! Dans la cour de récré elle fait sensation jusqu’à ce que Naomi décrète qu’elle n’a aucun intérêt, et que d’abord, c’est une veste de garçon. Dur dur. Il y a aussi cet imbécile de Kaï, un grand dadet qui se moque d’elle sans arrêt. Tanja a plein d’idées de réparties bien senties, mais toujours trop tard, quand c’est passé… Heureusement, Tanja peut compter sur Kristina, une amie en or toujours prête à la soutenir, et sur sa maman qui est extra et pleine d’idées géniales. A travers un dessin frais et vif, Tanja Esch aborde avec subtilité et humour les émotions que l’on peut traverser lorsque d’autres se moquent, nous critiquent et nous font douter. Une bande dessinée indispensable sur le fait d’être, ou pas, cool ?, sur l’exclusion et l’amitié.

Des chauves-souris, des singes et des hommes

Deux jeunes médecins arrivent en Afrique pour effectuer une mission humanitaire mais la menace est proche ! Ebola se développerait après avoir touché les grands singes. Barroux et Paule Constant adaptent Des chauves-souris, des singes et des hommes, le roman de cette dernière aux éditions Gallimard.

Près de son village, Olympe recueille un bébé chauve-souris. Elle est fière de vouloir le montrer à tout le monde. Sauf que l’effet ne va pas fonctionner puisque dans le même temps, des adolescents reviennent avec le cadavre d’un grand singe. C’est une bénédiction pour tout le monde, ils vont pouvoir se nourrir plusieurs jours avec cette magnifique viande.

De son côté, Agrippine – jeune médecin – arrive sur le continent africain. Elle doit participer à une campagne de vaccination. Elle attend sagement la pirogue qui doit la conduire au dispensaire au milieu de la brousse. Elle est accueillie par Virgile lui aussi médecin en mission. Mais un terrible menace le pays et ses habitants : le virus Ebola…

Des chauves-souris, des singes et des hommes est un excellent album, voilà qui est dit ! Le lecteur est accroché de suite à ce parallèle entre les deux histoires : Olympe, la chauve-souris, le village et le singe d’un côté et de l’autre Agrippine et Virgile. Quelles seront les interactions entre ces deux récits ?

Paule Constant a imaginé cette histoire en 2016 et a décidé d’adapter son roman en bande dessinée. Son récit est brut, fort et intelligent. Il plonge le lecteur au cœur de l’Afrique avec ses couleurs, ses odeurs et ses habitants et ce de façon merveilleuse. Elle raconte ainsi le début de la propagation du virus Ebola, des grands singes vers les Hommes. Cette catastrophe sanitaire fera des milliers de morts en peu de temps dans certains pays comme la Sierra Leone, le Libéria ou la Guinée, à partir de 2013. N’oublions pas que les singes comme les chauves-souris ont été des vecteurs importants du virus Ebola, mais cela personne ne le soupçonne au début de l’épidémie.

A travers l’album, l’on découvre toutes les difficultés pour tenter d’éradiquer le fléau : le manque de vaccins, les protections des soignants, la non-compréhension de la maladie par certains habitants ou la prévention. Si cela semble sombre et cruel, Paule Constant ne se pose pas en donneuse de leçons. Elle raconte les faits et les difficultés. Tout cela sonne juste parce que bien documenté.

Elle parle aussi des traditions et du patriarcat lorsqu’elle met en scène Olympe à qui on ne prête pas attention parce qu’elle est une fille !

L’autrice construit son intrigue comme un conte qui ne se termine pas très bien, comme beaucoup de contes enfantins (qui au départ étaient plutôt pour les adultes). C’est brut, c’est cruel mais c’est beau !

Des chauves-souris, des singes et des hommes est à mi-chemin entre la bande dessinée et l’album, un objet hybride de grande valeur. Il n’y a pas de phylactères et le texte est tantôt dessous, dessus, à droite ou à gauche des illustrations de Barroux. Le dessin de l’auteur de Le point du I (avec Mélanie Richoz) est naïf et très coloré comme l’est l’Afrique. Fabuleux !

Ayant tous les deux vécus en Afrique, Paule Constant (Prix Goncourt en 1998 avec Confidence pour Confidence) et Barroux décrivent avec justesse ces pays et ces ambiances. Une vraie réussite !

  • Des chauves-souris, des singes et des hommes
  • Scénariste : Paule Constant
  • Dessinateur : Barroux
  • Editeur : Gallimard
  • Parution : 1er février 2018
  • Prix : 18€
  • ISBN : 9782075084291

Résumé de l’éditeur : Dans un village africain, une fillette enjouée cajole une chauve-souris. De jeunes garçons rapportent fièrement de la forêt le cadavre d’un beau singe au dos argenté. Ainsi débute une série d’événements qui frappent tour à tour les protagonistes de cette histoire : habitants des cases, coupeurs d’hévéas, marchands ambulants, piroguiers, soignants, et mêmes primatologues en mission. Un mal pernicieux se propage silencieusement au pied de la Montagne des nuages, et le long d’une rivière sur laquelle glisseront bientôt les pirogues funèbres. La plupart l’ignorent superbement, d’autres en cherchent vainement l’explication dans la magie, la science ou la nature.

Féministes

Seize autrices mettent en image des témoignages parlant des femmes d’aujourd’hui dans Féministes, un très beau recueil militant aux éditions Vide Cocagne.

Alors que les combats pour l’égalité femmes-hommes sont toujours au cœur de nos sociétés et encore plus aujourd’hui depuis que les femmes ont décidé de ne plus se taire après l’affaire Weinstein et les conséquences positives qui en ont découlé. Souvent attaquées parce qu’elles défendent leurs droits, les femmes revendiquent des salaires égaux, de pouvoir accéder aux plus hautes fonctions à compétences égales, à disposer de leur corps comme elles l’entendent et se libérer d’un patriarcat qui a trop duré. C’est aussi cela Féministes : la poursuite des combats.

Théa Rojzman (Emilie voit quelqu’un) met en lumière le terme de Féminisme, Louison et Alex H racontent l’histoire de Jade étudiante qui se prostitue, Ingrid Chabbert (Ecumes) et Jeanne Puchol mettent en scène le harcèlement de rue, Sarah Ayadi se penche sur la représentation de la femme et de son corps dans l’Art, Julie Gore parle de sa grossesse, Marie Gloris Bardiaux-Vaïente, Valérie Lawson et Elvire de Cock définissent le terme d’intersectionnalité, Aurélie Bévière et Claudia Les Mains Rouges s’intéressent au vagin, Marie Gloris Bardiaux-Vaïente et Anne-Perrine Couët racontent comment une jeune femme a subi un viol en forêt, enfin Morgane Parisi explique ce qu’est l’écriture inclusive.

Sans être exhaustif, Féministes a le mérite de poser des définitions sur des mots, de faire œuvre de pédagogie et l’on en a énormément besoin actuellement tellement tout va vite, que l’on ne prend pas le temps de vraiment réfléchir à ces thématiques hautement importantes.

  • Féministes
  • Autrices : Collectif
  • Editeur : Vide Cocagne
  • Parution : 24 janvier 2018
  • Prix : 17€
  • ISBN : 9791090425934

Résumé de l’éditeur : Dans une logique éditoriale entamée il y a quelques année avec nos recueils de témoignages Les Désobéisseurs (2013), puis Hôpital Public (2016), nous avons voulu proposer une réflexion autour de la réflexion féministe, particulièrement d’actualité aujourd’hui où l’égalité homme/femme, toujours pas acquise, est particulièrement attaquée. Nous avons choisi pour se faire de mettre en BD un certain nombre de témoignages, parlant des femmes aujourd’hui. Nous avons donc proposer à Marie Gloris Bardiaux Vaïente, autrice et membre du « Collectif des Créatrices de BD contre le sexisme », d’en devenir rédactrice en chef. Elle a réuni autour d’elle une équipe d’autrices avec le souci d’aborder des sujets variés, graves, inconnus, autour de leurs vies de femme, d’autrices BD ou de questions plus larges autour de la condition féminine : harcèlement de rue, clichés sexistes, intersectionnalité, langage inclusif, transsexualité, prostitution… Comme pour nos autres recueils, ce livre ne se veut pas exhaustif mais ouvert, il a pour objectif de faire débat, d’ouvrir les yeux, de poser des questions, avec l’espoir d’être une pierre de plus à la lutte pour l’égalité homme/femme.

Now

Dans une pièce blanche, une jeune femme tente d’en sortir. Art Jeeno dévoile Now, une étonnante bande dessinée aux éditions çà et là.

Seule, assise au milieu d’une pièce blanche vide, une jeune femme regarde la porte qui lui permettra de sortir de la pièce. Elle tente de tourner la poignée mais cela ne fonctionne pas. Prostrée par terre, elle se morfond. Puis une main vient lui prendre le bras et la pousse…

Exercice de style étonnant, Now déstabilise agréablement le lecteur. Art Jeeno imagine un récit muet où une jeune femme se dévoile en même temps qu’elle tente de sortir d’une pièce vide. Qu’est-ce que cette salle vide ? Où est-elle ? Pourquoi est-elle enfermée ? A qui appartient cette main qui la guide et la pousse ?

Au fur et à mesure qu’elle bouge, le décor se transforme. Ses mouvements la font flotter dans les airs ? Où va-t-elle ? Est-ce un rêve ?

Jeune auteur thaïlandais de 31 ans, Art Jeeno fait partie des auteurs les plus connus de son pays. Le mangaka a reçu le Bronze Award aux International Manga Award 2014 pour sa série Juice (que publiera çà et là à partir de juin 2018).

Son trait léger et aérien lui permet d’imprimer beaucoup de mouvement et de vitesse à son intrigue surprenante.

  • Now
  • Auteur : Art Jeeno
  • Editeur : çà et là
  • Parution : 23 janvier 2018
  • Prix : 13€
  • ISBN : 9782369902478

Résumé de l’éditeur : Une jeune femme est seule dans un espace blanc, sans murs, entièrement vide à l’exclusion d’une porte, qu’elle n’arrive pas à ouvrir. Cette femme d’aspect fragile se révèle rapidement être terriblement curieuse et pugnace. Elle va de l’avant et franchit les obstacles au fur et à mesure qu’ils se dressent devant elle. Dans ce monde sans haut ni bas, la jeune femme marche, vole, dans on ne sait quel but. Hypnotisé, le lecteur se laisse entraîné par ce trip onirique envoûtant, dans un lieu définit uniquement par le cadre des cases et un trait virtuose de couleur noire ou rose saumon. Now a été réalisé en 100 jours, comme un exercice de style, par son auteur, le jeune prodige thaïlandais Art Jeeno, acclamé dans son pays et primé au Japon. Complètement onirique, sans aucune parole, ni aucun son, Now est une belle expérience de lecture et une brillante démonstration de la capacité de la bande dessinée à mettre en scène le mouvement, les sensations physiques et à créer des univers singuliers avec une économie de moyens confondante. Cette première publication du travail d’Art Jeeno en France sera suivie d’autres ouvrages courant 2018.

Nordics, tome 1

Fable fantastique pour les jeunes lecteurs, Nordics est signé Fabien Grolleau et Thomas Gilbert, édité par Sarbacane.

Belle comme le jour et la nuit, une reine-shamane vit dans son palais de glace dans le Grand Nord. Après la rencontre avec un monstre gigantesque, elle s’enferme dans un chagrin qui la fait sombrer dans un sommeil infini, emprisonnée dans une épaisse glace.

Pour veiller sur elle jusqu’à son réveil, Ook, Ama, Piqtu et Aiviq, quatre gentils petits êtres magiques. Alors que Aiviq sculpte des oiseaux autour de la reine, son pic à glace casse le cercueil de la shamane. Un signal lumineux et mystérieux réveille alors une créature effrayante qui menace les autres habitants…

Aventure, action, combat contre le mal, magie et amitié sont au cœur de Nordics, un bel album jeunesse qui plaira aux petits comme aux grands. Fabien Grolleau (Audubon sur les ailes du monde, Mikaël et L’écureuil), imagine un conte pour enfant fondé sur les légendes nordiques.

Monstres gentils, reine qui protège les habitants et démons, tout y est pour que les enfants passent un moment agréable de lecture. Il invente un joli bestiaire autour des quatre protecteurs : lemmings ou morse auxquels il faut ajouter le terrifiant Kigatilik.

Pour accompagner Fabien Grolleau dans cette aventure, Thomas Gilbert réalise des planches sympathiques. L’auteur de Bjorn le morphir et Sauvage ou la sagesse des pierres met parfaitement en image ces étranges créatures et autres animaux.

Nordics : Un bon début de saga ! A suivre !

  • Nordics, tome 1 : La grande faim du Tupilak
  • Scénariste : Fabien Grolleau
  • Dessinateur : Thomas Gilbert
  • Editeur : Sarbacane
  • Parution : 3 janvier 2018
  • Prix : 12.50€
  • ISBN : 9782377310500

Résumé de l’éditeur : Dans un pays loin au Nord, les derniers Nordics, Ook, Ama, Piktu et Aivik, protègent l’étoile de glace et sa reine endormie. Par mégarde, ils réveillent Tupilak, un monstre souterrain. Ils doivent alors renvoyer ce monstre chez lui et sauver les peuples de la banquise.

Trou zombie

Découvrir les rites vaudous de Haïti, voilà le projets de Grégoire Carlé et Sylvestre Bouquet, deux auteurs de bande dessinée. Ils dévoilent leurs pérégrinations dans Trou zombie aux éditions L’Association.

En 2012, Grégoire Carlé et Sylvestre Bouquet obtiennent une bourse européenne pour une résidence à Jacmel en Haïti. Alors qu’ils auraient pu raconter le quotidien de ces femmes et ces hommes sur une île où la misère est omniprésente ou raconter l’après tremblement de terre de 2010, ils ont choisi un autre thème : le vaudou.

D’un côté, Sylvestre accro aux pompes et aux abdos, vrai aventurier des temps modernes et de l’autre, Grégoire, pas bourlingueur pour deux sous. C’est aussi leur opposition physique et mentale qui marque dans Trou Zombie. Leur quête de savoir sur ces rites ancestraux apportent aussi un humour bien senti et bienvenu.

Pour conter leurs exploits, ils alternent leur vison par deux graphismes différents. Si chacun vit la même chose, leur ressentit est différent.

En voulant comprendre la culture vaudoue, ils effectuent une quête d’identité accrocheuse. Cela est avant tout un prétexte pour rencontrer les Haïtiennes et les Haïtiens.

Entre le récit de voyage, le témoignage et l’aventure, Trou zombie plaît dès les premières pages. Un bel album !

  • Trou zombie
  • Auteurs : Grégoire Carlé et Sylvestre Bouquet
  • Editeur : L’Association, collection Eperluette
  • Parution : 23 janvier 2018
  • Prix : 21€
  • ISBN : 978-2844146915

Résumé de l’éditeur : On connaît Haïti, malheureusement, par son omniprésence dans l’actualité, toutes les catastrophes politiques et naturelles auxquelles le pays a dû faire face ces dernières années. Ici, pas de drame, c’est autre chose que nous proposent Grégoire Carlé et Sylvestre Bouquet. Animés tous deux d’une passion pour les mythologies et les cultures primitives des quatre coins du globe, ils ont obtenu en 2012 le soutien financier du Centre Européen d’Actions Artistiques Contemporaines de Strasbourg pour une résidence à Jacmel, en Haïti. Dans Trou Zombi (qui est le nom d’un lieu-dit haïtien), ils nous racontent par une série d’anecdotes souvent drôles leur quête mystique, qui les mènera jusqu’ à une véritable cérémonie vaudou. Ils décrivent le quotidien le plus trivial de deux blancs-becs en Haïti, évoquent les odeurs, les sons et les images qui les assaillent, révèlent la manière très particulière dont les haïtiens, du moins ceux qu’ils croisent, vivent leur foi. Le récit est ponctué de magnifiques dessins pleine page, à mi-chemin entre icône religieuse et arcane de tarot, comme pour illustrer l’évangile de leur cheminement vers l’expérience ultime. Les styles graphiques très différents des deux auteurs se croisent et se répondent, chacun enrichissant de son point de vue la narration de l’autre. C’est une oeuvre ambitieuse qui mêle récit de voyage et témoignage humanitaire alimentée d’une vision onirique, poétique et d’autodérision.

Vivre en terre occupée

José Pablo Garcia est choisi par Action contre la faim pour partir en Palestine et réaliser ensuite une bande dessinée. Les éditions La boîte à bulles publient son ouvrage Vivre en terre occupée.

Né en 1982, José Pablo Garcia est un auteur espagnol. Pensant arrêter la bande dessinée depuis peu de temps, il est retenu par Action contre la faim pour accompagner l’ONG dans les territoires occupés de Palestine.

Le voilà donc embarqué dans un avion, direction Israël. Appareil photos ou carnet à dessin en main, il découvre tour à tour des cités sous le joug israélien : Jérusalem la ville divisée, la Cisjordanie avec Hébron et Bethléem, l’Est de la capitale, le Nord avec Naplouse et Ramallah, ainsi que Gaza la bande de terre sous blocus.

Avec un regard neutre sur les différentes situations, José Pablo Garcia livre un album équilibré où il raconte les difficultés des ONG de se rendre et de travailler dans ces zones sous contrôle et donc par analogie celles des habitants. Tel Candide, il commet quelques petites impairs qui apporte de la chaleur et de l’humour à son album. Le propos est clair et didactique, simple et qui touche au but.

Vivre en terre occupée : un album plein d’humanité sur les difficultés du quotidien des Palestiens.

  • Vivre en terre occupée
  • Auteur : José Pablo Garcia
  • Editeur : La Boîte à Bulles, collection Contre-coeur
  • Parution : janvier 2018
  • Prix : 15€
  • ISBN : 9782849532942

Résumé de l’éditeur : Bien décidé à arrêter son métier d’auteur de bande dessinée, José Pablo Garcia va recevoir une offre qui pourrait bien le faire changer d’avis… L’association Action Contre la Faim et l’Agence Espagnole de Coopération, lui proposent de partir 10 jours dans les Territoires Occupés puis de réaliser une bande dessinée de sensibilisation aux conditions de vie de la population locale. Le voici donc parti en Cisjordanie où la population vit depuis plus de 50 ans sous l’occupation puis à Gaza où le blocus imposé depuis plus de 10 ans rend les conditions de vie encore plus précaires. José Pablo Garcia porte un regard sans a priori et plein d’humanité sur un conflit qui semble chaque jour plus insoluble.

Zatopek

Le plus grand coureur de fond de l’Histoire de l’athlétisme, Emil Zatopek fait l’objet d’une très belle biographie dessinée signée Jan Novak et Jaromir 99 aux éditions Des ronds dans l’o.

Ne vous arrêtez pas uniquement à la couverture et son graphisme hyper numérique mais prenez le temps d’ouvrir Zatopek, cela en vaut vraiment le coup ! Né en 1922 dans l’ancien empire austro-hongrois mais pas encore la Tchécoslovaquie (seulement à partir de 1945), le futur grand champion grandit dans une grande famille (6 frères et 1 soeur). Dès son plus jeune âge, Emil court, court énormément, parfois jusqu’à l’épuisement.

Agé de 15 ans, il fait son entrée chez Bata, la grande usine de chaussures du pays. Alors qu’il n’a plus vraiment le temps de courir, son patron l’inscrit – sans son aval – à une grande course. Lui n’a pas trop envie mais termine finalement deuxième sans aucun entrainement : ça promet !

Le docteur Haluza repère son énorme potentiel et rejoint le club d’athlétisme de la ville où le médecin est aussi entraineur. La suite, on la connait : quadruple médaillé d’or aux Jeux Olympiques dans les courses de fond 5 000 et 10 000m (Londres en 1948 et Helsinki en 1952)…

La biographie de Zatopek est formidable à plusieurs points : pour les amoureux du sport et de l’athlétisme par la vie parfois romanesque de Emil mais aussi d’une point de vue historique. Scénariste tchéco-américain, Jan Novak réussit parfaitement à décrire en toile de fond les changements de régime et les tensions dans ce nouveau pays sous le joug de l’URSS. D’ailleurs le sport de haut niveau deviendra une vraie arme de propagande et sera mis sous tutelle des gouvernements. Cette transition est aussi bien décrite dans l’album.

La Tchécoslovaquie « produira » plusieurs sportifs de haut niveau qui feront rayonner l’aura du pays dans le monde. Parmi eux, reste le grand Zatopek. Si les plus jeunes d’entre nous ne connaissent pas vraiment cet homme (décédé en 2000), prononcer son nom est déjà une victoire. Les Français vouaient un culte à Alain Mimoun (médaillé d’or à Melbourne en 1956), les Tchèques avaient Zatopek. Les deux hommes deviendront d’ailleurs de grands amis.

Amis, famille, sport, entrainements étonnants et sacrifice sont au cœur de Zatopek mise en image par Jaromir 99. Le côté rétro de l’ambiance et des personnages est bien restitué par le dessinateur. Cela pourrait parfois ressembler aux affiches communistes stylisées des années 40/50 et cela apporte du charme à l’album.

  • Zatopek
  • Scénariste : Jan Novak
  • Dessinateur : Jaromir99
  • Editeur : Des ronds dans l’o
  • Parution : 17 janvier 2018
  • Prix : 24€
  • ISBN : 9782800169767

Résumé de l’éditeur : « C’est à la frontière de la douleur et de la souffrance qu’un garçon devient un homme », affirmait Emil Zátopek. C’est précisément en repoussant constamment les limites de son propre corps que l’athlète tchèque est devenu le phénoménal coureur à pied que l’on connaît et un des sportifs les plus célèbres de l’histoire. Sa victoire sur le 10 000 mètres et sa deuxième place sur le 5 000 mètres aux Jeux olympiques de Londres en 1948 n’étaient qu’un début. Trois médailles d’or à Helsinki quatre ans plus tard et un triplé resté inégalé depuis ont fait de lui une légende. C’est pourtant un succès plus important encore qu’il a alors remporté en contraignant le régime communiste à autoriser la participation aux Jeux olympiques de son collègue Stanislav Jungwirth, initialement sanctionné pour des motifs politiques. Le scénario signé Jan Novák et la réalisation visuellement enivrante de Jaromír 99 nous font revivre quelques uns des plus grands moments de la carrière d’Emil Zátopek ainsi que sa rencontre avec Dana, l’amour de sa vie.

Yarichin bitch club

Tônô arrive dans son nouveau lycée où il intègre un mystérieux club de photographie. Ogeretsu Tanaka dévoile son histoire dans Yarichin bitch club, un manga yaoi publié par Taifu Comics.

Le père de Tônô est muté à Mori Mori. Tônô son fils doit alors quitter Tokyo et son effervescence pour sse retrouver dans un petit lycée de garçons à la campagne. Il croise alors la route de Yasha qui devient son ami et qui lui explique que pour son intégration, il devra choisir un club sous peine de sanction. Il consulte la liste des clubs et décide de rejoindre celui de photographie. Il s’y rend et découvre stupéfait que les 5 garçons qui le composent sont loin de prendre des clichés et se complaisent dans des jeux sexuels. Lui le jeune tokyoïte vierge, cela ne va pas de soi de rester avec eux…

Prépublié au Japon depuis 2012 dans la revue Rutile des éditions Gentosha, Yarichin bitch club est un yaoi décalé et très drôle. Ogeretsu Tanaka met en scène des garçons délurés et très sexes, ainsi qu’un jeune adolescent timide. Il faut dire que cette opposition apporte des moments humoristiques dans lesquels Tônô ne se sent pas à l’aise. Les 5 membres du club de photos eux n’ont peur de rien : ils s’amusent avec des sex-toys et convoitent tous les jeunes nouveaux pour leur faire goûter au plaisir du sexe entre hommes. Le jeune tokyoïte lui repousse comme il peut les avances de certains, il semble plus attiré par les filles.

Les planches de l’auteur de Escape journey sont plaisantes et très réussies. Les scènes de sexe sont cash mais peu nombreuses; le mangaka préférant se concentrer sur la psychologie des personnages et les errements de Tônô.

  • Yarichin bitch club, tome 1
  • Auteur : Ogeretsu Tanaka
  • Editeur : Taifu comics
  • Parution : 25 janvier 2018
  • Prix : 8.99€
  • ISBN : 9782375060827

Résumé de l’éditeur : Alors qu’il pensait intégrer un lycée de Tokyo, Touno Takashi se retrouve finalement dans un lycée pour garçons en pleine montagne. Bien qu’il se sente à l’écart, il est rapidement accueilli par l’adorable Yacchan, qui l’informe qu’il doit absolument intégrer un club du lycée. À défaut d’en trouver un qui lui convienne, Touno décide de rejoindre le club de photographie. Mais en y entrant il aperçoit 5 élèves en train de s’amuser avec des sextoys. Il découvre alors trop tard que le club de photographie est en réalité un club de sexe, et que Touno ainsi que Kashima Yuu, également nouvel élève du lycée, devront rapidement faire l’amour avec d’autres garçons s’ils veulent échapper à l’orgie prévue à la fin du mois. Pour Touno qui en plus d’être vierge est hétéro, c’est l’enfer qui commence.

Peau d’encre

Artiste de street-art, Antoine Paris dévoile Peau d’encre, son premier livre autour du tatouage aux éditions Eidola.

Le Père Noël est intrigué : il entend des cris de bébé à l’intérieur d’une poubelle. Etonnament le bambin est tatoué de la tête aux pieds ! Sa vie n’est pas toute rose : à l’école, ses camarades se moquent de lui. Il faut souligner que pour cacher ses tatouages, il a décidé de s’habiller avec excentricité. Plus tard, ce n’est pas plus simple avec les filles : elles rigolent en le voyant nu.

Un jour, un magicien lui offre une seringue avec un liquide magique ! C’est le début d’une vie meilleure pour le tatoué…

Né en 1986, Antoine Paris dévoile son tout premier album, lui qui est connu dans le monde de street-art en tant que peintre et performer. Ses œuvres voyagent beaucoup de Berlin à Boston, en passant par Londres ou Stuttgart. Avec Peau d’encre, il imagine un conte pour adulte accrocheur et sympathique. Exclusion, être à la marge et différence physique sont au cœur de ce beau livre illustré. L’auteur glisse du fantastique dans Peau d’encre : la magie est au rendez-vous. Il y ajoute une belle romance qui remettra son personnage principal dans la voie du bonheur. Ses planches sont agrémenté d’un trait léger et d’encres bien senties.

  • Peau d’encre
  • Auteur : Antoine Paris
  • Editeur : Eidola
  • Parution : 26 janvier 2018
  • Prix : 10€
  • ISBN : 979-10-900-93-21-8

Résumé de l’éditeur : Un bébé, trouvé par un père noël dans une poubelle, est né tatoué de la tête aux pieds. Etre né tatoué c’est être soumis à la raillerie de la société. Et le garçon qui devient homme, rencontre des enchanteurs et génies contemporains, une vie de labeur, le mysticisme, l’art, et enfin la liberté et l’amour.

A chaque page, ce parcours de vie, drôle, émouvant et humain, touche par le trait où on reconnaît l’artiste. Un équilibre constant entre le plein et le vide, le trait noir et la couleur, la dureté et la douceur, l’humour et la gravité, l’enfance et l’âge adulte, la liberté et les responsabilités. Antoine Paris nous offre un moment d’équilibre dont on sort plus léger, le sourire aux lèvres.

Un livre pour faire plaisir et se faire plaisir.

Les histoires de cul de l’Oncle Zague

Après Itinéraire d’un soumis, Axterdam est de retour avec Les histoires de cul de l’Oncle Zague, un recueil de récits pour adultes édité par Dynamite.

L’oncle Zague est un vrai obsédé sexuel, il aime cela et il le revendique ! Ainsi il raconte 7 histoires qui lui sont arrivées dans les années 80. Comme il le souligne à la fin de l’album : « Promis, juré ! Tout ce que je vous ai raconté dans ce livre est exact et m’est véritablement arrivé. » ça promet ! Photographe de mode mais aussi dessinateur, il ne cache rien et dit tout !

Il multiplie les conquêtes féminines et le sexe avec elles. Le sexe est débridé dans les années 80, tout est possible. Il se retrouve alors avec des masseuses dont une est transgenre, on se prête les corps dans des moments à deux, trois, quatre et plus…

Les récits courts de Axterdam apporte du rythme et de l’énergie à ce recueil qui va à l’essentiel : montrer des scènes soft à très hard pour émoustiller le lectorat masculin. Et en ce sens, c’est réussi ! Les planches tout en numérique sont efficaces sans laisser non plus un grand souvenir après la fermeture de l’album. Simple et redoutable mais sans plus.

  • Les histoires de cul de l’Oncle Zague
  • Auteur : Axterdam
  • Editeur : Dynamite
  • Parution : 18 janvier 2018
  • Prix : 16€
  • ISBN : 9782362341618

Résumé de l’éditeur : À la manière d’un Père Castor pour adultes, l’oncle Zague, charmeur et obsédé sexuel invétéré, nous raconte sa jeunesse délurée au coeur des années 1980. C’est que notre héros en a vécu, des aventures rocambolesques ! Sans filtre ni tabou, au fil d’anecdotes croustillantes et hautement érotiques, Zague confesse sa mauvaise vie : comment il a enterré la vie de jeune fille d’une future mariée dans une orgie mémorable ; comment il a infiltré une émission de télévision dans le seul but de séduire une célébrité du petit écran ; comment il est devenu un habitué des salons de massage les plus spéciaux de la capitale… On en passe et des meilleures !