Katanga #1 – Diamants –

Notre avis : Tout commence avec l’histoire du fondateur du Katanga, un certain Msiri. Né en 1830, il devient vite un mercenaire après que son père l’eut chassé de ses terres, pour une tentative d’enlèvement d’une fille de son clan. Accompagné d’une armée de cinquante hommes, il quitte donc le territoire de Nyamwezi et part à la conquête de lieux inconnus vers l’Ouest. Fort de son armement rare à l’époque (ses guerriers étaient équipés de mousquets), Msiri se retrouve rapidement à la tête de plusieurs régions. C’est ainsi qu’il baptisa son royaume Katanga. Celui qui s’était constitué un harem de 1200 femmes instaura terreur et respect très longtemps. Il aura fallu l’arrivée du commandant Le Marinel, mandaté par le Roi belge Léopold II, pour que disparaisse le Katanga avec son monarque. C’était sans compter sur les moult procréations du mercenaire aux milles femmes…

Cette riche introduction est fièrement narrée par Godefroid Munongo, Ministre de l’Intérieur du Katanga indépendant. Nous sommes en 1960, le Congo proclame son indépendance. Le Katanga présidé par Moïse Tshombé fait sécession. Cette riche province aux zones diamantifères veut garder le contrôle de ses territoires et se revendique comme Etat. La guerre entre le Congo et le Katanga est inévitable. Avec toute l’horreur que cela implique pour les civils. L’ONU fait intervenir ses Casques Bleus en tant que médiateurs. La puissante Union Minière du Haut-Katanga (UMHK), ne s’en satisfait pas et décide, par l’intermédiaire du Conseiller spécial du ministre nommé Orsini, d’embaucher des mercenaires pour protéger l’Etat du Katanga et leurs richesses minières.

Orsini supervise le recrutement d’une bonne trentaine de soldats désœuvrés. La tête de ce commando spécial est confiée à Felix Cantor, un ancien officier dont le curriculum vitae parle pour lui. Entouré de têtes brûlées sans foi ni loi, idoines pour accomplir leur tâche, on s’apercevra au fil des pages que Cantor sera un personnage phare de ce triptyque. Cette équipe d’anciens criminels aura fort à faire puisqu’une mission subsidiaire lui sera imposée. Celle d’exfiltrer un domestique noir, qui s’est réfugié dans un camp de l’ONU. Charlie, de son prénom, accorde une importance toute particulière dans la mesure où il est en possession d’une belle poignée de diamants. Cette histoire parallèle ajoute une tension considérable à l’ambiance déjà peu respirable.

Diamants, titre de ce Katanga est doté d’un dynamisme remarquable. Fabien Nury n’a plus rien à prouver si ce n’est de continuer à nous faire plaisir. Avec derrière lui des titres aux succès mérités (Il était une fois en France, Tyler Cross, Mort au Tsar), F. Nury démontre des qualités scénaristiques impressionnantes. Cette nouvelle série ne déroge pas à la règle. En mêlant réel et fiction, il donne le résultat d’un thriller politique palpitant. Et pour que l’illustration soit à la hauteur de l’intrigue, il s’associe une nouvelle fois à Sylvain Vallée. Par sa faculté à faire d’une caricature, un personnage quasi réaliste, le dessinateur nous abreuve de scènes, d’expressions plus vraies que nature.

Au final, ce binôme qui nous avait déjà conquis avec Il était une fois en France, réédite leur parfaite entente. Il n’est ainsi pas risqué d’affirmer que ce premier volet de Katanga fait partie des meilleurs productions de l’année. Et il ne devrait vraisemblablement pas être le seul puisque la suite devrait paraître fin 2017. Pour notre plus grand plaisir.

  • Katanga, tome 1 : Diamants
  • Scénariste : Fabien Nury
  • Dessinateur : Sylvain Vallée
  • Couleur : Jean Bastide
  • Éditeur : Dargaud
  • Prix : 16,95 €
  • Parution : 3 mars 2017

Résumé de l’éditeur : En 1960, après quatre-vingts ans passés sous la domination coloniale belge, le Congo proclame son indépendance ; moins de deux semaines après, la riche province minière du Katanga fait sécession. Le Congo et le Katanga entrent immédiatement en guerre ; au cœur du conflit : la possession des territoires miniers. De nombreux massacres et exodes de civils s’ensuivent. L’ONU impose alors sa médiation et l’envoi de Casques bleus sur place… Dans le même temps, une horde d’ignobles mercenaires est recrutée pour aller libérer les exploitations minières occupées… Et un domestique noir, Charlie, tord le cou au destin en mettant la main sur un trésor inestimable : 30 millions de dollars de diamants… ce qui fait de lui le Noir le plus recherché du Katanga.

Rien

Notre avis : Après La porte, Histoires à emporter, les éditions L’Association publient Rien, un formidable petit album de José Parrondo !

Né en 1965 en Belgique, José Parrondo est un auteur à part dans le monde du 9e Art. Original et singulier, il a réalisé des albums de grande valeur narrative et graphique. Son œuvre très minimaliste dans le trait est grande dans les thèmes qu’il aborde.

Enseignant à l’École Supérieure des Arts Saint-Luc de Liège (section illustration), il dévoile son nouvel album : Rien, un petit bijou !

En prenant le temps d’observer les personnes qui l’entourent mais aussi les objets et le monde, José Parrondo met en lumière ces petits riens du quotidien qui forment un grand tout. De manière douce, parfois mélancolique mais surtout avec beaucoup d’humour, il s’amuse des concepts et des codes de la bande dessinée. Il y a parfois du Fred (créateur de merveilleux Philémon) dans ces mini-récits d’une page, notamment lorsqu’il joue avec d’immenses lettres (comme Philémon et le naufragé du A) mais aussi dans sa poésie.

Il promène son petit personnage quasi chauve au gros nez d’un lieu à l’autre, entre rêverie et non-sense. Il ponctue certaine page par des jeux sur le mots (voir « le trou ») avec intelligence. Délicat à résumer, très court, rapide à lire, Rien est pourtant un album essentiel dans l’œuvre de José Parrondo !

  • Rien
  • Auteur : José Parrondo
  • Editeur : L’Association
  • Prix : 11€
  • Parution : 14 avril 2017

Résumé de l’éditeur : « Le rien contient du rien et rien d’autre », mais le rien renvoie-t-il nécessairement au vide, à l’absence, à l’inexistant ? Finalement, rien n’est moins sûr. Et comme José Parrondo n’est sûr de rien, il observe, il s’observe parmi les autres et le monde qui l’entoure. Il s’égare aussi et ses déambulations l’amènent à d’infimes découvertes et à des révélations microscopiques. Il nous murmure à l’oreille que les choses n’attestent pas de leur présence mais révèlent au contraire, en négatif, un ordre inversé et insoupçonné. Son sens de l’absurde questionne avec impertinence et fantaisie l’endroit, l’envers, le dedans, le dehors et plus largement le monde des apparences. C’est une quête de sens et de soi très discrète et, dans sa légèreté, il y a une mélancolie perçant à travers des observations malicieuses. Alternant des courtes bandes dessinées, des illustrations, des gravures, des photographies et des micro-textes, avec Rien, José Parrondo poursuit sa voie minimaliste en multipliant les techniques et les possibilités de raconter. Elles se font écho, produisent des frottements entre elles, ponctuent et font progresser un récit qui suit son bonhomme de chemin jusqu’à toucher tout un chacun.

Ecojolie

Notre avis : Engagé pour la cause environnementale, Tignous aimait réaliser des illustrations sur cette thématique dans les différents journaux dans lesquels il travaillait. Ecojolie dévoile une sélection sur ce thème.

Après Comment rater ses vacances, La Corse prend le maquis et Ni dieu ni eux, les éditions du Chêne poursuivent leur travail de mémoire autour de l’œuvre de Bernard Verlhac dit Tignous en publiant Ecojolie, un recueil de 96 pages reprenant quelques illustrations du formidable dessinateur de presse assassiné lors de l’Attentat contre Charlie Hebdo en janvier 2015.

Grâce à sa femme, Chloé Verlhac, son œuvre perdure dans le temps. C’est elle qui a choisi les dessins visibles dans l’album. Engagé pour la cause écologique à travers ses actions Greenpeace ou sa proximité avec le Festival du vent de Calvi, Tignous a toujours était un défenseur de la nature, à l’image de Cabu, son ami tombé sous les balles avec lui.

Du réchauffement climatique à la pollution du diesel, en passant par le nucléaire (les essais à Mururoa, les déchets), la fonte des glaciers, les pesticides, les OGM Monsento, la malbouffe, les végétariens, les animaux de la banquise menacés, les sacs plastiques, la centrale de Fessenheim ou les farines animales, toutes les thématiques de l’écologie sont déclinées avec humour.

A noter que les éditions du Chêne font aussi la part belle à Wolinski en republiant Candide de Voltaire qu’il avait illustré et les éditions du Cherche-Midi font de même avec l’œuvre de Cabu (Toujours aussi cons). De très belles initiatives à souligner pour ne pas les oublier !

  • Ecojolie
  • Auteur : Tignous
  • Éditeur : Editions du Chêne
  • Prix : 14.90€
  • Parution : 05 avril 2017

Résumé de l’éditeur : Tignous, l’écologiste, homme libre comme l’air, citoyen planétaire, rigolait de tout par tous les temps, avec nous tous. Il disait que préserver la planète, c’est aussi intégrer l’art des relations humaines dans son quotidien. Ours blancs à la dérive, nucléaire, pollution, déforestation, ses dessins nous rappellent avec humour que l’écologie s’impose comme un art de vivre, une valeur à défendre pour un avenir plus respirable

Fudafudak, l’endroit qui scintille

Notre avis : Li-Chin Lin réalise un album-reportage sur l’une des tribus aborigènes de Taïwan, les Amis, dans Fudafudak aux éditions Çà et là.

Artiste taïwanaise née en 1973, Li-Chin Lin a effectué des études en Histoire dans son pays et décide de devenir illustratrice par la suite. Elle vient alors vivre en France  pour y suivre des cours à Angoulême puis à l’école de La poudrière à Valence, où elle vit toujours. C’est à cette époque qu’elle réalise Formose, un album autobiographique sur sa jeunesse sous le régime dictatorial du Kuomintang.

Pour son deuxième album chez Çà et là, elle part à la rencontre du peuple Amis (prononcer Amiss), une communauté aborigène de Taïwan en conflit permanent avec les gouvernement qui se succèdent. Peuple originel de l’archipel, il se frotte rapidement aux colonisateurs chinois au XVIIIe siècle puis aux Japonais après la Seconde Guerre Mondiale. Humiliations, enlèvements, tortures et meurtres sont fréquents chez les Amis de la part des nationalistes de tout bord.

En 2012, Li-Chin discute avec son amie Hsiao-Ching à Taïpei. Cette dernière est toujours aussi virulente contre le gouvernement qui ne fait rien pour protéger les Amis. L’illustratrice tente de la raisonner mais mollement, elle est scotchée par la véhémence de ses propos. Il faut souligner que l’auteure a déjà rencontré des populations aborigènes par le passé et a souvent passée des séjours à la campagnes; tout cela ne lui fait pas peur. De son côté, son amie est une vraie écologiste jusqu’au bout des doigts.

L’année suivante, les deux femmes s’installent à Dulan, un village Amis pour y créer une ferme bio…

A travers 192 pages, Li-Chin Lin met en lumière plusieurs thématiques de manière subtile et intelligente. Petite femme douce et plutôt timide – elle est écrasée par la force de son amie – elle parle de discriminations, de révoltes, de comment résister à la mondialisation (combat contre l’hôtel qui doit se construire), connaître ses racines, la transmission, comment protéger son cadre de vie, l’amitié mais aussi l’écologie et l’environnement.

Entre notions historiques et humour – elle pratique l’auto-dérision avec une belle facilité – Fudafudak est agréable à la lecture. Il faut souligner que Taïwan est un pays méconnu des Français. Peut être certains connaissent Tchang Kaï-Chek, militaire et président-dictateur de l’île jusqu’en 1975. Le lecteur apprend donc une foule d’éléments sur ce pays asiatique qui résonne en nous uniquement avec « Made in Taïwan », alors qu’il est beaucoup plus complexe et intéressant que cette expression négative.

  • Fudafudak, l’endroit qui scintille
  • Auteur : Li-Chin Lin
  • Éditeur : çà et là
  • Prix : 20€
  • Parution : 21 avril 2017

Résumé de l’éditeur : Après un premier roman graphique consacré à Taïwan, Formose, Li-Chin Lin réalise avec Fuda-Fudak un reportage passionnant sur l’une des communautés aborigènes de l’île, les Amis. Avant l’arrivée des immigrés chinois au 17e siècle, Taïwan était habitée par une vingtaine de groupes aborigènes, pour la plupart aujourd’hui disparus. Les Amis sont l’une des tribus indigènes qui subsistent. En 2013, une amie de Li-Chin, Hsiao Ching, décide de quitter la capitale, Taipei, pour s’installer à Dulan, un village Amis de la côte Est. Elle y monte un projet de ferme bio et noue rapidement des relations fortes avec les Amis, puis en vient à défendre leurs intérêts et milite avec eux contre un énorme projet de complexe hôtelier sur la plage de Fuda-Fudak, proche de Dulan…. Réalisé entre 2013 et 2015, Fuda-Fudak décrit l’installation de Hsiao Ching dans ce village, la mise en place de son projet de ferme bio, ses relations avec les aborigènes, ainsi que l’histoire du conflit avec les autorités locales jusqu’à la conclusion de l’affaire Fuda-Fudak. Li-Chin Lin a vécu avec son amie et les Amis pendant plusieurs mois et, à travers le récit de leur quotidien, elle montre comment une minorité tente envers et contre tout de préserver ses coutumes et son cadre de vie face à un gouvernement obnubilé par des intérêts financiers.

Trappeurs de rien, tome 3 : Coco a disparu

Notre avis : Mais où est passé Coco, le perroquet ? Croquette, Mike et Georgie partent à sa recherche dans le troisième volume de Trappeurs de rien, la très belle série de Olivier Pog et Thomas Priou.

C’est le matin et en se levant, Georgie – le crocodile – est affolé : Coco, le perroquet de la maison, a disparu ! Avec Croquette – l’oiseau – et Mike – l’ours – il cherche partout dans la cabane mais rien, pas de Coco ! Alors l’oiseau réagit et demande à ses deux amis de se préparer à partir à la recherche de leur perroquet.

Armé de son tromblon, Croquette ouvre le chemin à deux autres. L’obscurité impressionne Mike parce qu’il a peur de la nuit. Ils établissent alors un camp pour dormir et poursuivre leurs recherches le lendemain…

Comixtrip est fan de Trappeurs de rien ! Et encore une fois, l’histoire concoctée par Olivier Pog et Thomas Priou nous séduit ! Le récit du scénariste de Hector (avec Anne Mahler,La langue au chat) nous livre enfin les secrets de Croquette : qui est vraiment « le plus grand trappeur de tous les temps » ? Il nous en apprend plus aussi sur Mike, l’ours costaud et distille beaucoup d’humour idéal pour les jeunes lecteurs. Surprises et quiproquos s’enchainent dans son histoire très accrocheuse.

Douceur, chaleur et un peu de frisson permettent de passer un excellent moment de lecture. Au dessin, Thomas Priou continue de nous enchanter. Son graphisme très rond et ses personnages anthropomorphiques sont plaisants. Les couleurs de Johann Corgié sont elles aussi magnifiques. Comme il nous l’avait confié lors de notre interview en novembre 2016, le dessinateur des Cadeaux d’Axel (Paquet, 2013), Trappeurs de rien connaîtra un quatrième volume en octobre 2017 et un éventuel cinquième en 2018. Et ça c’est une très bonne nouvelle !

  • Trappeurs de rien, tome 3 : Coco a disparu
  • Scénariste : Pog
  • Dessinateur : Thomas Priou
  • Coloriste : Johann Corgié
  • Editeur : La Gouttière
  • Prix : 10.70€
  • Parution : 21 avril 2017

Résumé de l’éditeur : Le soleil se couche dans le Grand Nord. Croquette, Mike et Georgie sont bien au chaud dans leur chalet lorsqu’ils s’aperçoivent que Coco, leur fidèle compagnon, a disparu. Hors de question de laisser le perroquet tout seul dehors : le plus grand trappeur de tous les temps et ses amis partent à sa recherche dans la nuit noire… Un nouveau tome riche en révélations pour nos trois aventuriers ! Dans cette troisième aventure, Croquette, Mike et Georgie partent à la recherche de leur fidèle perroquet Coco. L’heure des révélations a sonné ! Faisant halte en forêt, à la nuit tombée, Croquette va en dévoiler un peu plus sur son passé. D’où vient sa légende ? Est-il vraiment digne de son statut de « plus grand trappeur de tous les temps » ? Ses amis (et ses lecteurs) vont enfin tout savoir !

 

Balez et Malina, tome 2 : Secret défense

Notre avis : Romain Pujol, Thitaume et Baptiste Amsallem poursuivent les aventures humoristiques des deux enfants préhistoriques et leur bébé mammouth dans le deuxième volet de Balez et Malina, un recueil d’histoires pour jeunes lecteurs publié par BD Kids.

Prépubliées dans le magazine pour enfants Wakou, les histoires du duo de scénaristes sont agréables, sympathiques et drôles. Parmi les 16 mini-récits (deux pages par histoires), le lecteur pourra découvrir, notamment :

  • La baignade. Petit Mammouth et Balez se baignent dans un rivière tandis que Malina se prélasse sous un arbre…
  • Les tâches. Malina et Balez doivent participer aux travaux agricoles et le moins que l’on puisse dire c’est que c’est très fatiguant malgré l’aide de leurs animaux…
  • L’heure du bain. Très sale, Petit Mammouth doit passer dans la bassine pour se laver. Plus facile à dire qu’à faire pour Balez… (Un très beau clin d’œil à Boule & Bill, lorsque le petit garçon tente de faire prendre son bain à son cocker. Un runing-gag de Roba dans plusieurs tomes).
  • La neige. Bien calfeutrés dans leur grotte, les deux amis sont heureux : il neige ! Balez se prépare à sortir…
  • Les musiciens. Malina est en admiration devant Petit Mammouth lorsqu’il fait de la musique avec sa trompe. Balez est jaloux, lui aussi est capable d’en faire autant…

Dans le premier opus de Balez et Malina, le jeune lecteur faisait la connaissance des deux amis issus de clans qui ne s’aiment pas. Malgré les recommandations et les interdictions de leurs deux tribus, les deux enfants continuent de se voir et de s’amuser ensemble. Il faut souligner que Petit Mammouth est aussi leur lien. D’ailleurs, le gentil mammifère est source de rigolades et de bêtises.

Nous avions été un peu trop dur avec la partie graphique de Baptiste Amsallem dans notre précédente chronique. Soyons plus objectif : non le dessin de l’auteur de Monsieur Lapin (avec Loïc Dauvillier, Des ronds dans l’o – une série que nous apprécions beaucoup) n’est pas simple, il est très bon ! Idéal pour les plus petits, son trait tout en rondeur, agrémenté de grands aplats de couleurs, plait.

  • Balez et Malina, tome 2 : Secret défense
  • Scénaristes : Romain Pujol et Thitaume
  • Dessinateur : Baptiste Amasallem
  • Editeur : BD Kids, Bayard
  • Prix : 9.95€
  • Parution : 08 mars 2015

Résumé de l’éditeur : Balez et Malina continuent de s’occuper de leur petit mammouth, à l’abri des regards des autres tribus… Eh oui, les Fort-Fort et les Malin-Malin ne s’entendent toujours pas ! Il faudra redoubler de vigilance pour garder ce secret… Balez et Malina sont toujours copains, même si leurs deux tribus sont si différentes : les Fort-Fort utilisent leurs muscles avant de réfléchir, alors que les Malin-Malin passent plus de temps à penser qu’à agir ! S’occuper ensemble et dans le plus grand secret d’un petit mammouth paraît difficile vu que tout les oppose, mais chacun des deux amis apprend de l’autre et le mammouth semble très content avec ses deux copains ! Et il ne faut pas oublier que chaque problème a de multiples solutions… De la manière forte à la manière réfléchie ! Rien de tel pour découvrir la complémentarité que l’histoire drôle et touchante de ces deux enfants que tout oppose ! Avec humour et tendresse, les premiers lecteurs découvriront une époque préhistorique où il fait bon se faire des amis !

Yin et le dragon, tome 2 : Les écailles d’or

Notre avis : Séduits par le premier volet de la saga jeunesse Yin et le dragon de Marazano et Xu Yao, nous sommes encore conquis par le deuxième opus.

Nous avions laissés, Yin et son grand-père avec le Dragon d’or qu’ils avaient recueillis et nous les retrouvons avec plaisir dans ce nouveau tome. Toujours à Shanghai en 1937 – sous occupation japonaise – le deux personnages poursuivent leurs pêches miraculeuses grâce à leur nouvel ami. Sur leur bateau, il plonge dans la mer et les poissons jaillissent sur le pont.

Après cette escapade nocturne, afin que personne ne puisse voir la créature fabuleuse, ils s’enferment dans l’atelier pour préparer les poissons afin qu’ils soient prêts à la vente le lendemain. La petite fille découvre alors une blessure sur le torse de son ami : il a sacrifié une écaille pour se sauver d’une mort certaine. Il faut souligner que le dieu dragon Xi Qong est prêt à resurgir des profondeurs de l’océan pour reprendre son trône laissé vacant aux Hommes.

Le lendemain, le capitaine Utamaro s’étonne que les affaires soient si florissantes pour le grand-père, et ce alors que les autres ont du mal à trouver du poisson en pleine occupation japonaise…

Le souffle de l’aventure fantastique transparaît encore dans ce deuxième volume de Yin et le dragon ! Richard Marazano réussit à merveille encore une fois à happer son jeune lectorat. Il faut souligner que les surprises et les rebondissements sont fréquents dans l’album, ce qui plait tout de suite. Pression des Japonais, changement de situation, créatures fabuleuses et guerre entre les deux dragons sont au cœur de cette excellent album. Cette toile de fond sombre (occupation japonaise et menace divine sur les habitants) est contrebalancée par la gaîté de Yin. Aidée par sa bande de garçons, elle se joue des Japonais et trouve toujours des solutions aux obstacles sur sa route.

Construit comme un conte, l’auteur de Fleur de bambou (avec Cat Zaza) fait vivre à ses personnages principaux des aventures inattendues. Leur modeste condition est révolue grâce à l’aide apporté au dragon d’or qui les aide dans leur vie.

Pour accompagner le scénariste dans son projet, Xu Yao poursuit sa merveilleuse partie graphique. Son trait chaleureux aux couleurs pastel très réussies convient parfaitement pour restituer l’ambiance du récit.

  • Yin et le dragon, tome 2/3 : Les écailles d’or
  • Scénariste : Richard Marazano
  • Dessinateur : Xu Yao
  • Editeur : Rue de Sèvres
  • Prix : 14€
  • Parution : 26 avril 2017

Résumé de l’éditeur : Yin et son grand-père se sont habitués à la présence du Dragon d’or, qui les aide dans leur pêche quotidienne. Mais la guerre fait rage à Shanghai : derrière les assauts de l’armée japonaise, qui donnent lieu au terrible massacre de Nankin, c’est le Dieu Xi Qong, maître des Dragons, qui s’exprime pour dominer le monde des hommes. Tandis que Yin et ses amis survivent tant bien que mal à l’invasion japonaise, le dragon d’or, qui s’est affranchi de Xi Qong, va tenter d’affronter son ancien maître. Mais sera-t-il assez puissant face à ces forces de l’ombre ?

Neige d’amour

Notre avis : Les éditions Asiatika dévoilent Neige d’amour, la légende de Yuki Onna, un beau manga signé Makoto Aizawa, basé sur une légende très connue au Japon.

Dans les montagnes japonaises. Sakai et Matsushima – deux membres des Forces japonaises d’auto-défense – se retrouvent coincés dans une cabane au milieu de nulle part, après un exercice de manœuvre. Le second est blessé et inconscient. Alors qu’ils attendent les secours, une très belle jeune femme  – Neige – apparait et menace Sakai de le tuer s’il révèle son identité.

Etonnament, les autres soldats ne comprennent pas pourquoi le jeune homme parle de cabane alors qu’il n’y en a pas dans les environs. De retour en ville, il est suivi par Yuki, une jeune femme mystérieuse. Il en tombe amoureux…

Après Cassandra de Leonardo Valenti et Marco Casseli, les éditions Asiatika proposent Neige d’amour, un beau seinen qui accroche le lecteur par une mécanique simple et efficace. Comme il le souligne au début de l’album, Makoto Aizawa connait la légende de la femme des neiges (Yuki Onna) comme l’ensemble des Japonais. Il a donc fondé son récit sur ce conte populaire, celui d’un humain qui épousa une femme non-humaine.

Pour cela, le très jeune mangaka de 26 ans, a transposé cette légende à notre époque. Dessinée alors qu’il était au lycée en 2014-2015, l’histoire conte la rencontre entre un membre des Forces japonaises d’auto-défense, Sakai, et Neige/Yuki, étonnant et mystérieuse femme venue de nulle part et qui ne veut jamais dévoiler son passé à son mari.

Teinté de fantastique, ce récit bénéficie d’une ambiance angoissante et de suspense, amplifiée par une très belle partie graphique à l’aquarelle. Les planches en noir et blanc sont délicates malgré la tension dramatique de l’histoire.

  • Neige d’amour, la légende de Yuki Onna
  • Auteur : Makoto Aizawa
  • Éditeur : Asiatika
  • Prix : 8€
  • Parution : 1er avril 2017

Résumé de l’éditeur : La légende de la femme des neiges (Yuki Onna) » est une légende connue tous les Japonais connaissent. Un humain épouse une femme non-humaine, et tous deux finissent par se séparer. Ce manga est une adaptation contemporaine de cette histoire. La version japonaise a reçu le prix « kono manga ga sugoi » (ce manga est formidable) en 2016.

Hey Jude !

Notre avis : Julie reçoit en cadeau d’anniversaire un joli petit chien. Sandrine Revel imagine cette rencontre dans Hey Jude ! une belle histoire jeunesse chez Casterman.

Aujourd’hui est un grand jour : c’est l’anniversaire de Julie. Sa grand-mère lui offre une petit chien mécanique mais cela ne la réjouit guère; elle aurait préféré un vrai. Son père ne l’entend pas de cette oreille, il dit qu’avoir un chien implique de grandes responsabilités. Et en plus, à la maison, il y a déjà Nours, un peluche-robot très intelligente.

En arrivant chez elle, surprise : tous ses amis sont là faire la fête avec elle. Ils lui offrent alors un petit chien – un boston terrier – du nom de Jude. C’est le début d’une belle amitié mais aussi de bêtises nombreuses…

Récit agréable et chaleureux, Hey Jude ! est fondé sur les relations entre Sandrine Revel et son propre chien du même nom. En s’inspirant de son petit animal, elle imagine une belle petite histoire Jeunesse. L’auteure de l’excellent Glenn Gould (Prix Artémisia 2015), développe des personnages attachants : Julie, petite fille joyeuse et insouciante, son père un peu dépassé par les événements mais aussi Nours, robot intello qui va devenir rapidement jaloux du chien. Avant son arrivée, la peluche partageait tout avec la fillette, mais depuis elle le délaisse pour son nouveau compagnon à quatre pattes. C’est d’ailleurs, le personnage le plus intéressant de Hey Jude ! les autres étant trop effacés. Nours possède de la répartie, est un brin râleur et apporte l’humour à l’album.

Si le scénario n’est pas très original et accrocheur, le lecteur est toujours autant subjugué par le dessin de Sandrine Revel, le vrai point fort du récit. On retrouve ce côté chaleureux et doux entrevue dans sa série Un drôle d’ange gardien (avec Denis-Pierre Filippi) grâce à de magnifiques couleurs pastel. Son rendu de textures est extrêmement réussi.

  • Hey Jude !
  • Auteure : Sandrine Revel
  • Éditeur : Casterman
  • Prix : 14€
  • Parution : 05 avril 2017

Résumé de l’éditeur : Une véritable aventure d’aujourd’hui, boostée à la tendresse et à l’humour. Julie a tout pour être heureuse. Un papa qui l’aime fort, des copains extras et Nours, l’ours-robot qui la protège et lui cuisine des cookies. Enfin, quand même, elle aimerait bien avoir un vrai chien aussi ! Un chien qui joue avec elle, un chien avec un cœur qui bat au même rythme que le sien, un chien qui mange les chaussettes et qui peut faire de sacrées bêtises si on ne le surveille pas… Mais voilà Jude qui pointe le bout de son museau.

Ter, tome 1 : L’étranger

Notre avis : Un inconnu ayant perdu la mémoire, se retrouve dans une cité de sur la planète Ter. Rodolphe imagine le premier volume de Ter, un bon récit d’anticipation, mis en image par Christophe Dubois.

Ter, dans un futur proche. Maître Pip – pilleur de tombe – découvre un homme nu d’une trentaine d’années, qui ne parle pas sa langue. Mutique, il a surtout l’air complétement perdu et inoffensif. Il découvre un tatouage sur son épaule droite « Main d’or » et décide alors de le rebaptiser Mandor.

Il l’emmène alors chez lui, à Bas-Courtil, son village. Pip vit avec sa soeur Yss. Intrigué par le jeune homme, elle semble attirée par lui. Plus étonnant, ils sont stupéfaits par la dextérité de Mandor pour réparer les objets. Après l’énorme comtoise, il s’occupe du grille-pain. Il faut souligner que ces appareils très anciens ne fonctionnaient plus depuis longtemps, voire même qu’ils ne savaient pas à quoi ils servaient.

Rapidement toute la cité est au courant et les langues se délient. Et si Mandor était le prophète tant attendu ? Les jalousies se multiplient et les gardiens-religieux de la ville tentent de percer son mystère. De son côté, le trentenaire suit les cours avec les jeunes enfants afin d’apprendre à parler, lire et écrire…

Scénariste prolifique et reconnu (Centuarus, Kenya, Namibia, Les écluses du ciel ou Taï-Dor, entre autre), Rodolphe imagine un très bon récit d’anticipation. Son scénario est diablement efficace et happe le lecteur dès les premières pages.

Si la thématique de l’homme amnésique n’est pas nouvelle, il la décline de manière intelligente. Son personnage principal qui ne parle pas la langue, est d’une douceur immense et semble inoffensif. Mais a-t-il vraiment des intentions louables, notamment lorsqu’il aura retrouvé son passé ? Fonctionnant avant tout à l’instinct, habile de ses mains pour réparer des objets anciens, il a soif d’apprendre et décide même d’aller à l’école pour enfin interagir avec les autres habitants.

Prévue en trois volumes, la série TER bénéficie du talent de Rodolphe pour installer une part de mystère et de doutes dans son histoire. Les personnages secondaires sont aussi intéressants : Beth et Le Bourdon – troublants gardiens de la cité – mais aussi Pip et sa soeur Yss au encore Vern – compagnon de Yss, bourru mais tellement loyal – tout est en place pour apporter du suspense.

L’ambiance qui ressemble à La planète des singes de Pierre Boulle est plutôt habilement mise en image par Christophe Dubois. L’auteur de la série La ballade de Madgalena déploie tout son savoir-faire pour réaliser de très belles planches. On soulignera avant tout les décors somptueux et les costumes très réussis. Ses personnages sont élégants malgré des postures parfois un brin figées. Les couleurs et les textures des objets sont particulièrement soignées.

  • Ter, tome 1 : L’étranger
  • Scénariste : Rodolphe
  • Dessinateur : Christophe Dubois
  • Éditeur : Daniel Maghen
  • Prix : 16€
  • Parution : 13 avril 2017

Résumé de l’éditeur : Un homme surgit de nulle part, d’un cimetière dans un désert hostile, inhabité, où personne ne peut vivre. Il est découvert par Pip, un jeune filou, pilleur de tombes de son état, qui le récupère endormi au fond d’une sépulture. Il est nu et ne parle pas. Seul signe distinctif : sur son bras un tatouage figurant une main, qui lui vaudra le surnom de Mandor (« Main d’Or ») Pip l’emmène avec lui — parmi le butin dont il fait partie — à Bas Courtil, bourg primitif accroché à une butte rocheuse. Le village l’intègre sans difficulté, tant il est simple et facile à vivre. Petit à petit, il apprend à parler, se révèle intelligent,et surtout indispensable : en effet, si sa mémoire lui fait toujours défaut, il est incroyablement doué pour réparer toutes les mécaniques fatiguées et remettre en marche les mille et une bricoles que Pip a entassées au cours de ses rapines… Parmi ces objets, une minuscule machine que Mandor réussit à faire fonctionner et qui projette sur les murs d’étranges images. Les villageois ignorent tout de ce qu’elles représentent mais le lecteur, lui, reconnaitra des bandes d’actualités terriennes : le départ du Titanic de Southampton, la bataille de la RAF et de la Luftwaffe au-dessus des côtes anglaises en 1940, les premiers pas de l’Homme sur la Lune… Les villageois le considèrent bientôt comme un magicien, une sorte de guide dont l’arrivée était annoncée par une très ancienne prophétie. Les prêtres de Haut-Courtil, gardiens des Écritures, voient pourtant d’un mauvais oeil l’arrivée de ce mystérieux étranger qui pourrait un jour remettre en cause leur autorité.

44 après Ronny

Notre avis : Toute la famille de Louis est réunit pour fêter son anniversaire. C’est aussi l’occasion de faire remonter à la surface les souvenirs du vieil homme qui perd la mémoire. Michaël Olbrechts dévoile 44 après Ronny, un bel album Glénat.

Après un AVC, le vieux Louis a de plus en plus de mal physiquement mais aussi pour parler. Il perd aussi la mémoire. Alors qu’il va bientôt partir en maison de retraite, sa femme a l’idée de fêter son dernier anniversaire avec les siens chez lui. Il faut souligner qu’elle ne peut plus s’occuper correctement de lui.

Ce moment doit aussi servir à stimuler sa mémoire. Tous les enfants, petits-enfants et amis doivent s’habiller comme lorsqu’il était petit et ont même appris des petites saynètes pour cela.

Parmi les convives, il y a la fille de Louis, Georges le petit-fils qui vient de rompre avec Charlotte sa compagne, qui a du mal à s’en remettre et qui est même revenu vivre chez sa mère. Il y a aussi Stéphane – son frère et ses enfants – qui a toujours autant de difficulté à parler avec Georges. Entre discussions fortes, piques en tout genre, le début de la journée n’est pas simple.

Et puis, il y a Reggie, le voisin très timide et simplet, qui a hâte de retrouver ses anciens amis Georges et Stéphane. Habillé en petit garçon, il attend impatiemment la venue de deux hommes…

Rien ne va se passer comme prévu lors de cette journée qui se devait mémorable ! Michaël Olbrechts imagine une belle saga familiale décalé en forme de chronique sociale très réussie. L’auteur flamand raconte avec bienveillance et humour, les retrouvailles de membres de la famille de Louis. Comme dans toute fratrie qui se respecte, il y a des moments agréables mais aussi des détestations fortes, des rancœurs et des non-dits. La galerie de personnages est formidable et d’une grande justesse. Il a pris un grand soin à imaginer leur passé et leur psychologie. Ils semblent d’ailleurs tous très marqué par la vie, par leur enfance, comme cabossés.

Sans jamais être dans le pathos, ni dans le larmoyant, l’auteur du Dernier tigre dévoile un récit entre mélancolie et amertume mais avant tout très doux et chaleureux. Cette belle comédie grinçante en forme de récit choral bénéficie d’une sublime partie graphique. Le trait semi-réaliste de ses personnages est en tout point de vue très efficace.

  • 44 après Ronny
  • Auteur : Michaël Olbrechts
  • Editeur : Glénat, collection 1000 feuilles
  • Prix : 20.50€
  • Parution : 29 mars 2017

Résumé de l’éditeur : Cette dernière journée devait être inoubliable. Victime d’un accident vasculaire cérébral, le vieux Louis ne peut plus rester chez lui avec son épouse. Alors avant qu’il ne parte en maison de repos, sa famille entière a décidé de lui offrir une dernière journée absolument inoubliable. Mais comme tous les invités sont préoccupés par leurs propres petits problèmes, rien ne va se dérouler comme prévu… Il y a d’abord les petits-enfants qui rejettent les frustrations de leurs propres échecs sur les autres, pendant que la mère fait tout pour sauver les apparences. Et puis le frère de Louis, qui fait ressurgir un vieux traumatisme familial que tout le monde voulait oublier. Sans parler du voisin un peu buté qui, par excès d’enthousiasme, provoque une série de catastrophes… Bref, ce sera effectivement une journée mémorable pour tout le monde. Sauf pour Louis. Dans cette comédie grinçante digne d’Un Air de famille, le jeune Michael Olbrechts dépeint des personnages truculents et dramatiquement vrais, illustrant l’adage : « on ne choisit pas sa famille. »

La dernière représentation de Mademoiselle Esther

Notre avis : Dans un orphelinat du Ghetto de Varsovie, on vit, on survit et on s’instruit. On tente aussi de mettre en scène une pièce de théâtre. Adam Jaromir et Gabriela Cichowska dévoilent La dernière représentation de Mademoiselle Esther, un livre illustré fort et poignant !

Le magnifique album illustré La dernière représentation de Mademoiselle Esther est fondé sur une histoire vraie mettant en scène l’orphelinat Dom Sierot – la maison des orphelins – tenu par le formidable docteur Korczak dans le Ghetto de Varsovie. Ce lieu de paix et de savoir accueillit de nombreux enfants abandonnés ou seuls dont les parents disparurent dans cette période si dure dans la capitale polonaise. Tués ou déportés, ces Hommes et ces Femmes – parce que juifs – laissèrent derrière eux parfois leurs enfants.

Aidé par la merveilleuse Mademoiselle Esther, douce et bienveillante, le médecin tentait tant bien que mal de donner à ses enfants une vie plus calme et sereine au milieu de l’Enfer. Repas – parfois chiches – et éducation étaient au programme des longues journées où les pensionnaires ne pouvaient pas sortir dehors.

Korczak donna même l’envie aux enfants d’écrire un journal pour raconter leur passé, leur enfance, leurs envies et leurs rêves. Ainsi, la petite Genia, toute nouvelle venue, s’y plia avec délectation. Quant à Esther, elle décida de monter une pièce de théâtre de Rabindranath Tagore avec les orphelins : une conte indien pour s’évader…

Encore une fois, les éditions Des ronds dans l’o jouent leur rôle de passeur d’Histoire et de mémoire, un engagement fidèle d’éditeur engagé (notamment Jules B.). Et encore une fois, elles touchent en plein cœur leurs lecteurs. Avec La dernière représentation de Mademoiselle Esther, elles font découvrir le temps d’un album illustré, une histoire dans la grande Histoire.

Adam Jaromir nous présente cet orphelinat, lieu de protection dans un environnement si sanglant. Comme le rapporte Korczak, un garçon lui dit en adieu : « Sans ce foyer, je ne saurais pas qu’il y a des gens honnêtes dans le monde et que l’on peut dire la vérité. Je ne saurais pas qu’il y a des lois justes dans le monde ». Voilà comment on aurait pu résumer cet établissement.

Au milieu de cette jeunesse cassée par l’absence des parents et la guerre, il y a un homme Juste et formidable qui tente de donner une éducation et une vie plus sereine à ces enfants qui ont grandi plus vite que leur âge. Pour leur donner un espoir, une lueur dans ce ciel si sombre, il leur propose d’écrire un journal. Comme il le souligne avec gravité et dans une grande tristesse : « Ce n’est pas toujours facile de supporter la gravité de ces textes. Et pourtant, je sais ce qu’il me manquerait s’ils n’avaient pas noté ce qu’ils ont vu, entendu et pensé et ce dont ils se souviennent ». L’album est fondé sur ces sources historiques majeures et tellement importantes.

Pourtant l’homme sait que la fin inexorable du Diom Sierot est proche, pour lui comme pour les pensionnaires et que si la pièce de théâtre proposée par Esther a permis de fédérer et donner une cohérence au groupe – une parenthèse enchantée – cela aura atteint son but, cela semble vain. Korczak dira alors : « Peut-être avait-elle raison ? Peut-être seul un conte pouvait-il donner encore un sens à la vie et préparer les enfants au long voyage, lointain et périlleux ». Fort et glaçant ces quelques mots…

Pour mettre en image ce formidable récit, Gabriela Cichowska déploie tout son talent de graphiste. A base de dessin et de découpage-collage, elle restitue admirablement l’ambiance lourde et sombre de La dernière représentation de Mademoiselle Esther.

Pour prolonger cette thématique, vous pouvez lire la chronique de Irena (de Morvan, Tréfouël et Evrard), un album jeunesse de grande qualité.

  • La dernière représentation de Mademoiselle Esther
  • Scénariste : Adam Jaromir
  • Dessinatrice : Gabriela Cichowska
  • Éditeur : Des ronds dans l’o
  • Prix : 24€
  • Parution : 12 avril 2017

Résumé de l’éditeur : Ghetto de Varsovie, mai 1942 – Près du mur sud où se trouve aujourd’hui le théâtre de marionnettes  » Lalka « , se dressait autrefois un bâtiment gris de quatre étages : le dernier siège de l’orphelinat juif  » Dom Sierot  » (La Maison des Orphelins). Il fut un établissement pilote historique dans l’éducation des enfants, dans la bienveillance et la démocratie, ouvert à la fin de l’année 1912, dirigé par le docteur Korczak. Genia, une petite fille de 12 ans, tient son journal sur les recommandations du docteur. L’orphelinat dans lequel elle vit, avec 190 autres enfants, les accompagnants et le docteur est un modèle d’accueil où règnent le respect des enfants, la bienveillance, l’écoute, le dialogue. L’Histoire s’arrête malheureusement en 1942, quand les SS les embarquent tous en direction de Treblinka où ils seront gazés dès leur arrivée, le 6 août 1942.