Adivasis meurtris

Notre avis : Au cœur de l’Inde, vivent en autarcie les Adivasis, un peuple autochtone primitif. Comme dans de nombreux pays, ces Hommes pacifistes sont pourchassés. Accompagné par Matthieu Berthod au dessin, Eddy Simon dévoile cette chasse tragique dans Adivasis Meurtris à La Boîte à Bulles.

Juin 2012, dans l’état du Chhattisgarh. Au cœur de l’Inde, des Hommes et des Femmes Adivasis de plusieurs villages se réunissent afin de prendre des décisions importantes sur les fêtes des semences, sur le bétail ou les familles modestes. Mais des tirs de fusil arrêtent les discussions. Des policiers abattent quelques membres de la réunion; ils sont ici pour démasquer les terroristes naxalistes-maoïstes.

Pacifistes, les Adivasis ne sont en aucun cas des naxalistes (mouvement classé terroriste par l’Etat Indien, qui se bat contre l’installation des entreprises étrangères sur les terres mais aussi contre les fonctionnaires corrompus). Après avoir rendu un dernier hommage à leurs congénères tombés, ils protestent devant le poste de police pour demander la libération des prisonniers. En une scène de terreur, voilà résumé le sort de ce peuple pourchassé par les autres qui veulent exploiter le riche sous-sol sur lequel ils vivent. Ils sont donc coincés entre les intérêts du gouvernement et les Naxalistes-maoïstes.

Soutenu par Amnesty International, le récit de Eddy Simon est construit chronologiquement afin de bien appréhender leur histoire. Notamment la création de l’Etat de Chhattisgarh en 2000 avec ces 25 millions d’habitants souvent très pauvres dont les Adivasis, faisant partis à une des sous-castes indiennes. L’auteur de Rouge Karma (avec Pierre-Henry Gomont, Sarbacane) connait très bien l’Inde pour y avoir vécu plusieurs années. Comme pour son précédent ouvrage, il nous plonge au cœur de ce vaste pays très peuplé et nous en parle à travers des anonymes. Avec Adivasis meurtris, il dépeint la pauvreté, une gouvernance politique complexe et une envie folle de liberté. Vivre simplement comme ils le souhaitent, sans entrave.

L’album donne tour à tour la parole aux différents protagonistes (habitants, politiciens, médecin, insurgés) afin d’avoir une belle vue d’ensemble.

Ne voulant pas prendre parti pour les naxalistes, ils se retrouvent seuls (alors qu’ils seraient 100 millions), sans aide ni protection. Cette faiblesse ne leur permet pas de se défendre contre l’exploitation de leurs terres par les grands groupes industriels indiens ou étrangers.

Pour mettre en image cette tragédie, Eddy Simon a fait appel à Matthieu Berthod, auteur suisse qui a notamment publié Cette beauté s’en va & L’homme perdu dans le brouillard (les deux aux éditions Les impressions nouvelles). Son trait en noir et blanc, agrémenté de touches de sépia-marron, est proche de carnet de voyage. Simple et lisible, son dessin est d’une belle efficacité.

Article posté le samedi 03 septembre 2016 par Damien Canteau

Adivasis meurtris de Eddy Simon et Matthieu Berthod (La boite à bulles), décrypté par Comixtrip le site Bd de référence
  • Adivasis meurtris
  • Scénariste : Eddy Simon
  • Dessinateur : Matthieu Berthod
  • Editeur : La Boîte à Bulles, collection Contre-coeur
  • Prix : 16€
  • Parution : 24 août 2016

Résumé de l’éditeur : Peuple indigène pacifique et quasi-autarcique, les Adivasis seraient, selon un recensement en 2010, au nombre de 100 millions. Un chiffre aléatoire et décroissant car le sort de cette population reste mal connu. En effet ses conditions de vie deviennent de plus en plus catastrophique et son avenir, alarmant. Spoliés par l’Etat qui exploite et pille les richesses naturelles de leurs terres, menacés d’expulsion par la déforestation intensive et les industries de minerais, massacrés par l’armée indienne car amalgamés aux révolutionnaires « naxalistes », les Adivasis se retrouvent dans une situation désespérée qui n’émeut pourtant ni leurs compatriotes, ni l’opinion publique mondiale. Considéré comme une « sous-caste », le peuple des Adivasis, n’a pas voix au chapitre et disparaît en silence, oublié des médias et écrasé par les vagues de la mondialisation d’un pays en plein essor. Eddy Simon (qui a enquêté sur place) et Matthieu Berthod dévoilent ici leur calvaire et analysent avec recul et minutie la descente aux enfers d’une population abusée.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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