Cumbe

Notre avis : Principal pays d’Amérique du Sud ayant pratiqué l’esclavagisme du 15e au 19e siècle, le Brésil a accueilli des milliers d’hommes et de femmes dans les plantations. Venus du Mozambique ou d’Angola (pays lusophones), ils exploitèrent les mines d’or et les champs de canne à sucre. Marcelo D’Salete propose Cumbe, un recueil de quatre récits mettant en scène les existences d’esclaves; un très bel album historique publié par çà et là.

Les quatre récits ont pour point commun le destin fort, bouleversant et brisé d’hommes et de femmes esclaves, humiliés par leurs maîtres, en proie à la peur et aux doutes. En proposant cet album Marcelo d’Salete rend hommage à ces anonymes, en leur faisant prendre chaire, dans leurs souffrances d’Hommes non-libres. Il fait incarner l’esclavagisme par quatre êtres humains, beaux et dignes dans leur malheur. Entre la volonté de fuir, de trouver un ailleurs meilleur; le chagrin d’une mère à la perte de son enfant qu’elle a eu après un viol; la force de se rebeller ou le désir de vengeance; ces récits fascinent et questionnent.

Par quels sentiments sont mués ces êtres humains ? Que faire face à des exactions ? Quel avenir pour ses propres enfants, pour soi-même ? Quelles sont les traces laissées par l’esclavagisme ? Quelles traces culturelles ont-ils laissé au Brésil ?

L’auteur brésilien met donc en lumière un pan entier de l’histoire de son pays encore méconnu. L’ambiance sombre et pesante est admirablement restituée par un trait en noir et blanc très affirmé.

Né en 1979 au Brésil, Marcelo d’Salete est illustrateur, auteur et enseignant. Après un diplôme en beaux-arts à Sao Paulo, il travaille pour des revues et sur des livres pour la jeunesse, au début de sa carrière. Il publie deux autres recueils d’histoires courtes Noite Luz en 2008 et Encruzilhada en 2011. Cumbe est son premier album publié en langue française.

Article posté le mardi 26 janvier 2016 par Damien Canteau

  • Cumbe
  • Auteur : Marcelo d’Salete
  • Editeur : çà et là
  • Prix : 20€
  • Parution : 25 janvier 2016

Résumé de l’éditeur : Le Brésil a été l’un des principaux pays pratiquant l’esclavage, jusqu’à son abrogation en 1888. En provenance d’Angola et du Mozambique, les esclaves étaient essentiellement affectés à l’exploitation de la canne à sucre ou des mines d’or, mais aussi pour les taches ménagères dans le cas des femmes. Certains esclaves se révoltaient, prenaient les armes et se réfugiaient dans la jungle pour créer des communautés, appelées quilombos, ou cumbe, où ils vivaient en autarcie. À travers quatre nouvelles, en partie inspirées d’événements historiques, le dessinateur brésilien Marcelo d’Salete raconte des histoires d’esclaves marrons au 17e siècle, des hommes, femmes et enfants confrontés à leurs tortionnaires et décidés à se libérer du joug de l’esclavage à tout prix,..
Dans la première histoire, intitulée Calunga, un jeune esclave tente de convaincre sa compagne de s’enfuir avec lui. Dans Sumidouro (Le Puit), une femme est prise entre deux feux ; violée par son maître et jalousée par la femme de celui-ci. Dans la nouvelle Cumbe, un groupe d’esclaves marrons fomente une rébellion. La dernière histoire, Malungo, est consacrée à des quilombolas qui reviennent dans une plantation pour se venger d’exactions.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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