Les mésaventuriers de la science

Des babouins qui volent du papier toilette, un fossile avalé ou une main collée sur un crocodile, toutes ces péripéties sont arrivées à des scientifiques sur leur terrain d’études. Jim Jourdane dévoile ces anecdotes très drôles dans Les mésaventuriers de la science, un album Makisapa-Eidola.

Il y a deux ans, un hastag #fieldworkfail fit son apparition sur twitter recensant les pires anecdotes de scientifiques pendant leurs recherches sur le terrain. En 140 signes, ces femmes et ces hommes racontent leur pire moment mais tout cela de manière drôle. Parce que oui, il n’y a ni mort d’homme ni mort d’animaux à la fin !

Jim Jourdane décide alors de contacter ces scientifiques – des spécialistes dans leur domaine, ne l’oublions pas – afin de raconter leurs malheureux exploits dans un livre illustré. L’auteur angoumoisin commence alors sa collecte de données, plus folles les unes que les autres. Afin de publier cet ouvrage, il fait appel à une participation contributive via une plateforme de crowdfunding. C’est un véritable succès de le début de la campagne et il réussit à réunir 32000€ ! Un exploit !

D’abord en langue anglaise, le livre arrive enfin chez nous en français. Il bat en brèche toutes les idées reçues sur la science et les scientifiques, dont le public à une image de vieux professeurs assis derrière un bureau à manipuler des tubes à essai ou des éprouvettes. Dans Les mésaventuriers de la science, ces femmes et ces hommes sont sur le terrain, dehors au plus près de leurs lieux de recherches. Le lecteur découvre alors qu’ils sont comme nous tous : très humains ! Enchainant les bourdes ou les erreurs, ils ont peur comme nous (et pas que du ridicule). Avec cet album, ils tombent ainsi de leur piédestal et se révèlent plus proche de nous que nous ne le pensions.

Pourquoi cela fonctionne : parce que cela est extrêmement drôle ! Sur chaque double-page, Jim Jourdane dévoile une anecdote croustillante. En tout, 25 histoires rigolotes. A gauche, l’anecdote, en face le scientifique dans son élément et comment il travaille. Il en faut du recul et une sacré dose d’autodérision pour se livrer ainsi aux railleries de ses congénères. Pourtant, à aucun moment, cela est humiliant, juste amusant ! Une raie manta avec une nouvelle balise ou des singes hurleurs qui trouvent la cachette de trafiquants de drogue, tout fait rire !

Pour les petits comme pour les grands, Les mésaventuriers de la science bénéficie d’une sublime partie graphique. De grandes illustrations pour mieux appréhender les mésaventures des scientifiques. Le dessinateur les réalise d’une très belle manière avec sa palette numérique. Son bestiaire est attachant et les expressions de visage très réussies.

Enfin on rigole en parlant de science ! A offrir aux petits amoureux de la science !

  • Les mésaventuriers de la science
  • Auteur : Jim Jourdane
  • Editeur : Makisapa – Eidola
  • Prix : 17€
  • Parution : 18 août 2017

Résumé de l’éditeur : Rester collé à un crocodile, avaler accidentellement un fossile, ou voir la lave faire fondre ses chaussures… Ce livre rassemble des anecdotes et des témoignages rapports par des scientifiques travaillant sur tous les continents, de la jungle colombienne aux glaces de l’Antarctique. Biologistes, archéologues, entomologistes, volcanologues… Chacun témoigne de son travail sur le terrain au quotidien !

Tokoyo, Le tombeau du serpent de mer

Que faire lorsque son père est banni du royaume et que l’on est qu’une toute petite fille ? Catherine Khoo et Teressa Ong dévoilent Tokoyo le tombeau du serpent, une belle fable fantastique jeunesse.

Depuis qu’elle est arrivée dans la vie de son papa, Tokoyo fait son bonheur ; leur entente est parfaite. Même s’il est un grand guerrier samouraï, il passe beaucoup de temps avec elle au bord de la mer. Mais un jour, le Seigneur est  dans une grande colère – il est gravement malade – est persuadé que c’est le père de Tokoyo qui est responsable de son état physique. Il le bannit. La petite fille est très triste parce que son père est loin d’elle. Que faire ?

Tout droit arrivé d’Asie, Tokoyo va tout de suite plaire aux plus petits (à partir de 4/5 ans). Le récit de Catherine Khoo est la transposition d’une légende japonaise en livre jeunesse. Elle met en scène cette belle quête initiatique qui aurait donnée son nom à la ville de Tokyo. Les deux autrices singapouriennes additionnent leur talent pour livrer un voyage mouvementé, fait d’obstacles et aux multiples dangers.

La partie graphique de Teressa Ong est magnifique, agréable et d’une belle lisibilité. Ses grandes illustrations très douces tranchent avec le propos parfois sombre du récit.

  • Tokoyo, le tombeau du serpent de mer
  • Scénariste : Catherine Khoo
  • Dessinatrice : Teressa Ong
  • Editeur : Des ronds dans l’o
  • Prix : 12€
  • Parution : 28 juin 2017
  • IBAN : 9782374180359

Résumé de l’éditeur : L’une des légendes les moins connues du Japon mais dont l’héroïne est largement reconnue pour sa bravoure et sa force. Tokoyo, fille d’un samouraï, a grandi dans un petit village de pêcheurs. Quand son père a été banni aux îles Oki par son seigneur de guerre, Tokoyo reste toute seule. Grâce à l’amour qu’elle a pour son père, elle renonce à tout ce qu’elle possède et décider d’aller le retrouver. Mais le voyage ne sera pas facile et la traversée des eaux est compliquée par le redoutable Yofune Nushi – un serpent de mer qui terrorise les habitants des îles Oki.

Courrier des miracles : La course de Makoto

Notre avis : Les aventures de Makoto en tant que coursier de miracles pour sauver sa vie et son questionnement autour de l’utilité de cette tâche amène une véritable réflexion sur la vie.

Makoto Murase est un lycéen tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Il fait les mêmes choses tous les jours, aller au lycée, rentrer chez lui, manger, lire, sortir avec sa copine, rêver… Seulement voilà, il s’ennuie ferme. A part peut-être cette fois où son geste héroïque a permis de sauver un pigeon de l’attaque d’un corbeau.
Un jour, sa sœur lui demande d’aller faire une course. Il pleut à torrent, mais Makoto ne se laisse pas décourager et sort avec son scooter. Le même pigeon le déstabilise durant cette course, Makoto passe un feu rouge, et se fait percuter.

On pourrait croire que c’est la fin de l’histoire. Eh bien non, ce n’est que le début. Makoto se retrouve à l’état de fantôme, et se voit offrir une chance de sortir du coma dans lequel il est plongé dans un lit d’hôpital, à condition de devenir… Coursier. Mais un coursier de miracles !
Il faut absolument que Makoto donne en mains propres la lettre contenant le miracle à son destinataire pour que son voeu le plus cher se réalise. Si Makoto réussit avant le temps imparti, il gagne de la vie pour sortir du coma. S’il échoue, il perd de l’espérance de vie.
C’est donc une course pour sa vie que Makoto doit absolument gagner, avec comme superviseur… Le fameux pigeon !

Cette série en 3 tomes de Noboru Asahi est un conte philosophique hors du commun et des plus sympathiques, publié en France par Komikku éditions (éditeur de l’enfant et le maudit, et de Tokyo therapy)

  • Courrier des miracles
  • Auteur : Noboru Asahi
  • Éditeur : Komikku éditions
  • Prix : 7,90 €
  • Parution : 8 juin 2017
  • ISBN : 9782372872096

Résumé de l’éditeur :
Makoto a une vie de lycéen ordinaire jusqu’au jour où il vole au secours d’un pigeon attaqué par un corbeau. Cet événement anodin marque le début d’une série de malchances pour lui puisque sa petite amie le quitte et qu’il a un grave accident de moto. Il se réveille dans un monde parallèle où un accord lui est proposé. Il devra livrer des “miracles” à des humains s’il veut retourner dans son corps, plongé dans le coma. Il accepte ce marché malgré lui et va devoir persuader des gens d’accepter des paquets mystérieux renfermant des miracles ! D’apparence normale dans le monde réel, il est pourtant un fantôme et cette situation extraordinaire va l’amener à réfléchir sur sa propre vie.

Burning tattoo #3

Notre avis : Ultime volume de l’excellente saga Burning tattoo de Emmanuel Nhieu. Le lecteur découvre l’affrontement final entre King Tif et les amis de Tatau. Enthousiasmant !

L’infâme King Tif détient Holo (le jeu vidéo sarcastique de Tatau) mais aussi l’encre éternelle qui permettrait à l’adolescent atteint de la maladie des os de verre de guérir. Il n’en fallait pas plus pour lui pour aller défier le chauve dictateur. Il peut compter sur l’aide de tous ses amis à l’exception de Bass qui n’est pas dans une grande forme.

Avant de partir au combat, Tatau est soudain pris de vertige. L’effet du tattoo de Buse ne fait plus vraiment effet. Après la prise de petits pigments, le jeune guerrier est de nouveau opérationnel. L’entrée de 5 amis est sonore et voyante ! Le début de l’assaut final débute enfin…

Comme nous vous l’avions déjà expliqué (ici pour le premier volume et pour le deuxième), Burning Tattoo est une série que l’on apprécie beaucoup chez Comixtrip. Ce génial shônen de Emmanuel Nhieu possède tous les ingrédients pour faire passer un excellent moment de lecture : combats, fantastique, magie, méchants idiots, bande de potes prêts à tout pour aider un ami et quête simple mais folle, le tout mâtiné d’un humour potache dans la veine des shônen japonais.

Très rythmée, l’histoire est d’une redoutable efficacité. Pour cet ultime tome, l’auteur de Nocturnes rouges (avec Christophe Arleston, Soleil) achève sa saga par des combats de titans (contre King Tif ou K-os) très bien mis en scène. Le dessin est toujours aussi plaisant, très précis et foisonnant de trames et hachures.

Après Burning tattoo, Comixtrip attend le futur projet de Emmanuel Nhieu : un manga, une bande dessinée classique ? En tout cas, le format manga lui va comme un gant !

  • Burning tattoo, tome 3/3
  • Auteur : Emmanuel Nhieu
  • Editeur : Ankama
  • Prix : 7.95€
  • Parution : 03 juillet 2017
  • ISBN : 9791033504368

Résumé de l’éditeur : Alors que l’affrontement touche à sa fin, King Tif, en déroute, détient Holo, mais surtout, à la grande surprise de Tatau, l’encre éternelle. Mis à mal pendant le combat, Tatau part bille en tête pour sauver sa console et mettre la main sur la précieuse encre qui le guérira une bonne fois pour toutes. Pendant ce temps au village coquillage, un mystérieux personnage refait surface…

Batman, new Gotham, tome 1

Notre avis : Le formidable Greg Rucka dévoile des enquêtes très polars de Gotham City, dans le très bon Batman New Gotham. Accompagné au dessin par Shawn Martinbrough, il fait le lien entre les arcs No man’s land et Gotham Central. Excellent !

Alors que le No man’s land est enfin terminé, Gotham tente de se relever et de panser ses plaies. Cela est notamment très délicat pour le commissaire Gordon qui a perdu Sarah sa femme dans les combats finaux. Rien ne va plus pour le policier, il n’a plus goût à rien et pense même au suicide.

Batman est pourtant toujours là, tapi dans l’ombre pour protéger la ville et veiller au plus près à la santé de son ami. Le no man’s land achevé, Gotham est fracturée en deux groupes : les déserteurs partis pendant les combats et les légitimistes, ceux restés malgré la terreur. C’est ce moment de tension que choisissent les anciens du milieu pour tenter de reprendre le commandement de leurs territoires voire les agrandir et plus particulièrement l’infâme Ra’s al Ghul

Disons le tout de suite Batman New Gotham démarre très bien ! C’est agréable à la lecture notamment par les récits s’entremêlant mis en place par Greg Rucka. Les enquêtes plus ou moins longues sont accrocheuses et très bien pensées. Le scénariste de Lazarus avec Michael Lark (5 volumes chez Glénat) parvient à faire le lien de manière subtil et engagée entre No man’s land et Gotham Central (avec Michael Lark et Ed Brubacker, Urban Comics). Il manquait un arc, New Gotham relie parfaitement les deux. Pour cela, il met en scène des personnages secondaires de l’univers batmanien (Renée Montoya, Ra’s Al Ghul, Murmure mais aussi étonnamment Copernic Dent imaginé par Harvey Dent). Les histoires sont de purs polars et c’est ce qui attire le lecteur, construites comme telles.

Pour la partie graphique, Shawn Martinbrough est au diapason des intrigues de son compère scénariste : trait anguleux et découpage propre. Un régal ! D’autres dessinateurs mettent aussi en image les épisodes : John Watkiss, William Rosado, Phil Hester, Steve Mannion et Brad Rader.

  • Batman, New Gotham, tome 1 : Evolution
  • Scénariste : Greg Rucka
  • Dessinateur : Shawn Martinbrough
  • Éditeur : Urban Comics, DC Classiques
  • Prix : 28€
  • Parution : 16 juin 2017
  • ISBN9791026812005

Résumé de l’éditeur : Des ruines du No Man’s Land, une nouvelle Gotham renaît mais des tensions naissent entre les nouveaux arrivants et les habitants qui sont restés durant ces terribles événements. Une situation dont les ennemis du Chevalier Noir comptent bien profiter. C’est ainsi que Ra’s al Ghul lance une nouvelle offensive contre la pègre de Gotham, aidé par deux nouveaux venus.

Tour de Force

Notre avis : Les éditions Glénat proposent de nouveau la publication de Frédéric Kinder, Tour de Force qui met en lumière les premiers coureurs du Tour de France.

Parti d’Allemagne le 1er juillet 2017, le Tour de France fascine les foules, les masses sur les bords de la route, faisant de cet événement sportif cycliste le premier au monde. Et cela fait déjà 104 éditions que cela dure et perdure !

Frédéric Kinder se penche sur les premiers Tours, ceux effectués de 1914 et jusque dans les années 1920, ceux des pionniers. Par de courts récits, il parle aux lecteurs de ces fadas de la route et de la Petite Reine. Boyaux sur les épaules, sans réelle assistance et à force de leurs jarrets, ils roulaient et gravissaient les montagnes, souvent pour la première fois. Ils étaient des sortes d’explorateurs et découvreurs. Sur leurs vélos très lourds, ils enchaînaient sans rechigner. Les départs de nuit, les kilomètres avalés (des étapes de 300 km pratiquement tous les jours), des crevaisons à réparer seul, des arrivées très tard, tout cela a fait le charme de la Grande Boucle.

Ces grands coureurs et anonymes ont forgé la légende du Tour. Certains ont même participé de nouveau à l’événement après avoir passé de longues journées dans les tranchées en 14.

Souvent décalées, les histoires font surtout beaucoup sourire le lectorat. Frédéric Kinder rend hommage à ces anti-héros, loin de Christopher Froome ou Romain Bardet, en soulignant leur abnégation et leur dépassement de soi pour rallier les arrivées. C’est léger et c’est agréable à la lecture.

  • Le tour de force
  • Auteur : Frédéric Kinder
  • Editeur : Glénat – Treize étrange
  • Prix : 13.90€
  • Parution : 21 juin 2017
  • ISBN : 9782344022573

Résumé de l’éditeur : Sur la route, le guidon est leur horizon. Guerriers de la route harnachés de boyaux et pédalant sur leurs lourdes et inconfortables machines, les « Forçats de la Route », comme les appelait Albert Londres, sont ces cyclistes des années 1920 qui ont fait du Tour de France un véritable mythe ! Mais derrière les légendes, il y avait des hommes avec leurs forces et leurs faiblesses dont le chemin s’est jalonné d’anecdotes des plus savoureuses. Des trajectoires de vie où la compétition forme le révélateur pas forcément reluisant de l’âme humaine, et que Frédéric Kinder raconte – parfois avec humour, toujours avec tendresse – telles les coulisses non officielles de l’épreuve avec un grand « E. ». Sa ligne claire stylisée et épurée et les perspectives de ses décors évoquant le Van Gogh d’Auvers-sur-Oise sont autant d’atouts qui font de ce Tour de force l’hommage infiniment graphique à un certain âge d’or du cyclisme, dont la présente réédition bénéficie de deux histoires courtes inédites !

Bianca

Notre avis : Bianca est une œuvre majeure de la bande dessinée érotique signée Guido Crepax. Les éditions Delcourt ont décidé de publier en intégrale l’ensemble des histoires du maître italien en un seul volume.

Dans la maison folle, un savant complètement fou et obsédé fait subir de multiple humiliations et sévices sexuelles à Bianca, une très belle jeune femme. Après des jeux érotique sado-masochistes, elle se réveille sans rien reconnaître. Il faut dire qu’un homme et une femme lui ont administré des doses de vaccins, les piqûres formant des nombres précis. Le mobilier est cassé et rassemblé au milieu de la pièce, le frigo laissé à l’abandon et les tableaux arrachés des murs…

La collection Erotix des éditions Delcourt accueille donc Bianca, une des œuvres majeures de Guido Crepax. Il faut souligner que ces histoires datent des années 70 et que c’est la première fois qu’elles sont compilées en intégrale. Prépubliées dans (A suivre), Charlier ou L’écho des savanes, elles sont le summum du talent du maître italien. Elles sont à la fois ancrées dans le réel mais surtout faisant la part belle aux rêves et à l’onirisme de la jeune femme.

Les récits de Bianca reflètent bien la vision de la femme des années 70, les années d’émancipation des corps après mai 68; mais aussi leur représentation dans les albums de bande dessinée de l’époque. Avec grâce et sensibilité, Guido Crepax magnifie leurs formes et leurs silhouettes. Malgré la perversion des jeux sado-maso, le sexe sans retenue, hard et sans fard, l’auteur réussit à nous envouter et nous entrainer dans ces histoires pourtant pornographiques. La tension érotique est bien restituée par un trait en noir et blanc d’une grande force graphique. Il souligne ses pages de références littéraires très poussées.

Bianca : enfin l’œuvre de Crepax en intégrale ! Pour les amateurs de bande dessinée érotique de grande valeur !

  • Bianca
  • Auteur : Guido Crepax
  • Editeur : Delcourt, collection Erotix
  • Prix : 24.95€
  • Parution : 17 mai 2017
  • ISBN : 9782756081762

Résumé de l’éditeur : Suivez Bianca dans ses voyages fantastiques, scabreux, sensuels et oniriques. De la planète Van Diemen à Brobdingnags, d’Houyhnhnm à l’île de Laputa qu’elle parcourt à la manière de Gulliver, ou encore d’Odessa en 1905 jusqu’aux pièces surréalistes d’une maison folle, vous prendrez rapidement conscience que le lieu importe peu. Vous n’aurez d’yeux que pour Bianca la brune.

Les Jumblies

Notre avis : Les éditions Le tripode dévoilent Les Jumblies, un livre illustré autour des textes de Edward Lear et mis en image par Edward Gorey.

Une dizaine de personnes décident de quitter leur pays pour la contrée des Jumblies. Dans un tamis (une passoire) et avec une voile faite dans un foulard, ils voguent malgré les mises en garde et les moqueries de leurs amis restés à terre. Familles et amis pensent qu’ils vont chavirer et se noyer.

Eux sont des aventuriers et tentent de rallier ce pays où vivent d’étranges personnages à la tête vertes et aux mains bleues. Leur voyage n’est pourtant pas de tout repos : l’eau s’invite dans leur frêle esquif mais rien ne les arrêtera dans leur but ultime…

Les Jumblies sont des petits textes écrits et publiés par Edward Lear (1812-1888). ils font œuvre de non-sense et d’onirisme. Pour l’album présenté, le poète anglais narre les aventures rocambolesques d’une bande d’amis un peu lunaires qui décident de partir à la rencontre des Jumblies. A l’époque, les contemporains « surréalistes » de Lear appréciaient au plus haut point ces mini-récits.

Attiré depuis son plus jeune âge par les Jumblies, Edward Gorey (1925-2000) avait une furieuse envie de les mettre en image comme il le confie : «J’ai découvert Les Jumblies grâce mon grand-père quand j’avais 4 ou 5 ans, et cela reste un de mes livres préférés. Quand j’ai su que Lear avait lui-même fait un petit dessin pour accompagner son poème, je me suis dit que je pourrais l’illustrer en entier.» Il réalise alors 20 dessins pour illustrer Jumblies, un album de 30 pages. Son dessin en noir et blanc multiplie les hachures et traits fins pour le plus grand bonheur des lecteurs qui pourraient voir en Nylso (Gros ours et petit lapin) son digne descendant dans la bande dessinée actuelle.

Il y a de la magie, de la folie (comme le veut le texte de Lear) et de la liberté dans les illustrations de Gorey. Un peu à l’image de sa vie romanesque. L’auteur américain a aussi mis en image des recueils de Samuel Beckett, Alphonse Allais ou Charles Cros. Ses albums ont été publiés en France par L’école des loisirs (Sucreries de quat’sous, Gargouilligouilla), Le promeneur (Le buste sans tête, Le grenier pentu…), Attila (Les Histoires de Donald) ou Alto (Total Zoo). Ils font le bonheur des amateurs d’œuvres décalées et farfelues.

  • Les Jumblies
  • Auteur : Edward Gorey d’après le texte de Edward Lear
  • Editeur : Le Tripode
  • Prix : 12€
  • Parution : 08 juin 2017
  • ISBN : 9782370551313

Résumé de l’éditeur : Un conte farfelu et illustré, pour les petits et les grands. Quand le génie d’Edward Gorey rencontre la poésie d’Edward Lear.

Le chasseur de rêves, Haro sur le Tigronimbus !

Notre avis : Le chasseur s’ennuie ferme : il a hâte de repartir à l’aventure. Après un premier très bon volume, Martin Desbat imagine Haro sur le Tigronimbus, nouvel opus de sa série jeunesse Le chasseur de rêves.

C’est la nuit dans la jungle et le Chasseur s’ennuie. Malgré la lecture de ses nombreux ouvrages, il n’arrive pas à dormir et veut partir à la chasse aux dragons. Cela ne plait guère à Sancho, son homme-de-main. Lui n’attend qu’une chose : que son maître s’endorme pour s’occuper des animaux de la cabane. En effet, les trophées du Chasseur sont des faux ! Ce sont de vrais animaux, mais lui ne le sait pas; seul Sancho connait ce secret bien gardé…

Alors que le premier opus de la série mettait en place l’intrigue et les personnages, le deuxième volume fait la part belle aux aventures. Martin Desbat compose son album de courts récits avec le Chasseur et Sancho qui vont se retrouver dans des situations rocambolesques.

Tels Don Quichotte et Sancho Panza, les deux personnages sont embarqués dans les aventures décalées et absurdes. Filiation de Tartarin de Tarascon ou du Baron de Munchaüsen, cet univers riche plaira aux plus jeunes lecteurs. La poésie et l’onirisme sont aussi au cœur de ce deuxième volume. L’on observera un très bel hommage à Pinocchio, Geppeto et Jonas dans le ventre d’un baleine.

La très grande force de Haro sur le Tigronombus réside dans le dessin de Martin Desbat. D’une belle rondeur, le trait à la palette numérique est enchanteur. Il faudra suivre de près les prochaines publications de ce jeune auteur prometteur. Bientôt une grande série ?

  • Le chasseur de rêves, tome 2 : Haro sur le Tigronimbus
  • Auteur : Martin Desbat
  • Editeur : Sarbacane
  • Prix : 12.50€
  • Parution : 07 juin 2017
  • ISBN : 9782848659411

Résumé de l’éditeur : Le chasseur et son fidèle Sancho sont à la recherche de nouveaux exploits de chasse à accomplir ce qui les mène jusqu’aux confins du monde des rêves. En bateau, en armure ou en ballon, ils traquent le kraken dans les glaces des pôles, chevauchent un tigronimbus dans le ciel et piègent des idées noires.

Dresseuses de monstres

Notre avis : Deux jeunes adolescentes vont s’occuper d’un énorme monstre qui se cache dans la forêt à côté de leur nouvelle école. Fantastique et humour sont au cœur du premier volume de Dresseuses de monstres, un manga de Mujirushi Shimazaki.

Jour important pour Ion et Sora : elles entrent en 6e dans un nouveau collège. Cet établissement n’est pourtant pas comme les autres, il accueille un club d’élevage de Kaiju, des monstres imposants !

Après avoir été présentées dans la salle des professeurs, les deux adolescentes se rendent dans la forêt qui jouxte l’école et elles y découvrent un monstre géant. Elles se renseignent sur lui grâce à un livre et tentent de remplir son abreuvoir mais tombent. Elles sont réceptionnées par le Kaiju qui les récupère sur son museau. C’est le début de leur aventure : nettoyage et ballade. Elles découvrent effarées, la vieille ville presque entièrement ravagée et qui sert de lieu de vie des monstres.

Elles prénomment leur nouvel ami : Bleu parce qu’il a des yeux de cette couleur. C’est d’ailleurs la première fois qu’il est baptisé. Grâce à lui, elles visitent aussi le cimetière de cette bêtes fabuleuses et prennent aussi soin d’un petit…

Prépublié par les éditions Hôbunsha à partir de 2015 au Japon, Dresseuses de monstres est un petit manga très réussi. Le récit imaginé par Mujirushi Shimazaki fait donc intervenir de gros lézards patauds, herbivores et complétement inoffensifs. Contrôlés par le chant de leurs soigneuses, ils vivent plutôt en bonne entente avec les humains.

Pour entrer en contact avec eux et incarner au mieux cette histoire, elle imagine deux adolescentes – Ion et Sora – sympathiques élèves, dévouées, charmantes et qui ne font pas de vague (pour l’instant). Les aventures de ses deux jeunes filles avec Bleu sont agréables sans être révolutionnaire.

Ces Kaijus sont apparus en 1999 sur Terre (on ne sait pas exactement pourquoi pour l’instant), sont rassemblés dans un quartier ravagé de la ville et surveillés par des soldats.

Le dessin et plus particulièrement les décors sont très soignés. L’on appréciera aussi les silhouettes des Kaijus (Bleu ou la pieuvre). Tout cela se lit facilement et n’a pas d’autre intention que divertir (série en deux tomes qui sont sortis en même temps).

  • Dresseuses de monstres, volume 1
  • Auteure : Mujirushi Shimazaki
  • Editeur : Komikku
  • Prix : 7.90€
  • Parution : 06 juillet 2017

Résumé de l’éditeur : Cela fait maintenant une vingtaine d’années que des monstres d’origine inconnue, baptisés « Kaiju », sont arrivés sur Terre. Depuis qu’elle a découvert que l’agressivité de ces monstres pouvait être calmée et maîtrisée grâce à la voix de certaines jeunes filles, l’espèce humaine a décidé d’essayer de cohabiter avec eux. L’école pour filles de Tatara propose ainsi comme option d’apprentissage le métier très particulier de « dresseuse » de Kaijus. Ion Hidaka, élève de sixième, a justement choisi de débuter ce cursus peu ordinaire. Élue dès la rentrée comme membre du club d’élevage , elle doit également s’occuper tous les jours du monstre gigantesque qui vit dans la forêt derrière l’établissement. Bienvenue dans une école pas comme les autres !

Lazarus #5

Notre avis : La fin du tome précédent avait laissé notre héroïne dans une bien mauvaise posture. Dans ce nouveau Lazarus, on la retrouve fort logiquement sur une table d’opération, en piteux état, mais vivante. Bien que rapide, sa capacité de régénération ne lui permettra pas d’être sur pied avant deux mois. Il en faudra peut-être moins connaissant la rage et la pugnacité dont fait preuve Eve. Mais cet épisode qu’est Génocide programmé sera surtout l’occasion pour elle de découvrir une donnée importante la concernant. Et qui devrait, vraisemblablement, l’aider à enfin prendre le contrôle, ce qui serait une première pour un Lazare…

Le personnage qui va être au centre de ces nouvelle révélations est Johanna. Désormais Chef de la Famille Carlyle par intérim, bien que l’état de santé de son père évolue favorablement, elle aura fort à faire pour assumer cette fonction. D’abord pour gérer le conflit de guerre l’opposant à la Famille Hock. Elle va montrer tout son intelligence tactique pour déjouer les plans de Jakob Hock, et devra faire face à des choix lourds de conséquences. Mais c’est surtout la régence de sa propre famille qui va lui donner un tout autre visage.

Les derniers épisodes montraient une femme prête à tout pour que son père lui donne l’affection et l’importance qu’elle recherchait auprès de lui. Ses frères ne faisant pas le poids, seul subsistait ce sentiment de jalousie auprès de Forever, laquelle obtenait toutes les louanges de leur paternel. Jusqu’à ce qu’elle sert dans ses bras cette petite fille de onze ans. Y a-t-il eu un effet madeleine de Proust ? Toujours est-il que juste après, ruisselleront quelques larmes le long de ses joues lorsqu’elle verra sa sœur affaiblie et mutilée.

Les intentions de Johanna sont très ambiguës. Le fait est que pour l’instant, elle veut démontrer à son père qu’elle est à même de lui succéder. Mais elle ira jusqu’à prendre des risques pour sa propre vie en dévoilant à sa sœur-Lazare sa véritable origine. Est-ce par stratégie ou par pure sincérité ? Certainement un peu des deux. Une choses est sûre, quelque soit l’issue de leur relation, Forever ne pourra oublier cette confidence, à moins qu’on le lui impose.

Que dire de plus que ce que nous avons déjà évoqué depuis la lecture du premier opus ? Ces épisodes 22 à 26 rassemblés par la collection Glénat Comics offrent de nouveaux rebondissements. Toutes les qualités scénaristiques de Greg Rucka relatées maintes fois par la Rédaction ne faiblissent en aucun cas. Ce cinquième tome de Lazarus, pour l’édition française, continue de nous happer tant par son intrigue que par le rendu graphique.

En effet, Michael Lark est toujours aussi généreux avec toutes ces planches illustrées. On pense notamment à ces deux scènes d’affrontements d’une grande intensité en début et fin d’histoire,  et qui s’ajoutent à celles déjà très marquantes depuis le début de la série. À noter cette évolution dans l’expression faciale des personnages ou cette impression d’avoir enfin des protagonistes montrant leurs émotions.

Lazarus étant aussi passionnant que complexe avec toutes ces Familles qui se partagent le Monde. Nous vous proposons en diaporama deux repères non négligeables. L’un qui présente quelques unes des quinze familles accompagnées de leur Lazare (que l’on peut retrouver au début de Conclave, le troisième tome), et l’autre qui recense les territoires occupés par chacune d’entre elles (et que Glénat aurait pour judicieuse idée de l’intégrer dans une prochaine publication).

  • Lazarus : Tome 5, Génocide Programmé
  • Auteur : Greg Rucka
  • Dessinateur : Michael Lark
  • Coloriste : Santi Arcas
  • Éditeur : Glénat
  • Prix : 15,95 €
  • Parution : 19 avril 2017
  • ISBN978-2-344-02018-0

Résumé de l’éditeur : Quinze familles contrôlent le monde. Ça fait quatorze de trop. Alors qu’elle a pris le contrôle de la Famille depuis la maladie de son père, Johanna Carlyle cherche à contre-attaquer Hock en Amérique du Nord. Il lui manque son arme la plus redoutable, sa s ur, le Lazare de sa famille : Forever. Mais il existe une autre Forever Carlyle. Elle a onze ans et a été fabriquée pour remplacer l ancien modèle. Elle n est pas encore prête. Pire encore, le secret sur son existence a été compromis. Le Lazare Sonja Bittner sait et compte bien remédier au problème. Un génocide est programmé…

Seule contre la loi

Notre avis : Les éditions Long Bec publient en intégrale Seule contre la loi, une histoire d’amour se transformant en polar signé Roger Seiter et Vincent Wagner.

Londres, 1875. Valeria et Eustace sont heureux, ils viennent de se marier. Le couple Woodville pourtant n’est pas très à l’aise : la famille de la mariée et celle du marié ne sont pas pour cette union. D’ailleurs, le jour de la cérémonie, seuls les témoins sont présents.

Il faut souligner que les Woodville n’approuvent pas du tout ce mariage, tandis que la famille de Valeria la met en garde sur la zone d’ombre de son mari. Peu importe les deux tourtereaux sont dans un bonheur total.

Pendant le voyage de noce, Valeria croise la mère de Eustace sur une plage. Celle-ci ne la reconnait pas et semble d’une grande douceur et amabilité. Dès qu’elle apprend qui est la jeune femme, elle change de comportement et devient désagréable. L’épouse tente de percer le mystère qui entoure son époux en lui posant des questions, ainsi qu’à Fitz-David le majordome : en vain. Il aurait utilisé un nom d’emprunt…

Fondé sur le roman de Wilkie Collins daté de 1875, Seule contre la loi est donc une adaptation. Le récit se déroule à l’époque victorienne, ce qui accentue l’ambiance de suspense de l’album. Après le merveilleux Fog avec Cyril Bonin, Roger Seiter se plongeait de nouveau dans cette ère si prestigieuse en Angleterre.

Cette histoire d’amour portant débutait mal – les deux familles des époux ne voulaient en aucun cas cette union – ce qui aurait pu mettre la puce à l’oreille de Valeria. De plus, les rumeurs se faisaient des plus pressantes autour du passé de Eustace. Héroïne d’un grande modernité pour l’époque (il n’y avait guère que des hommes détective comme Sherlock Holmes), la jeune femme sera donc un modèle pour les futures femmes policières dans les romans.

La narration très classique est extrêmement bien maîtrisée par le scénariste de l’excellent Trou de mémoire (avec Pascal Regnauld). Il met un grand soin à la décrire la psychologie des personnages et aux dialogues.

Vincent Wagner (Ogre & cie) réalise des planches sobres d’une belle efficacité. Nous préférerons ses albums pour enfants (orcières et magiciens, Le pont des pirates ou Cromalin et Cromignonne) où il excelle.

Seule contre la loi fut publié une première fois par Casterman en deux volumes à partir de 2006 .

  • Seule contre la loi, intégrale
  • Scénariste : Roger Seiter
  • Dessinateur : Vincent Wagner
  • Editeur : Long Bec
  • Prix : 25€
  • Parution : 26 mai 2017
  • IBAN : 9791092499490

Résumé de l’éditeur : Angleterre 1875. Une jeune femme du nom de Valeria Brinton épouse par amour Eustace Woodville en dépit des réticences de son entourage. Durant le voyage de noces, plusieurs indices amènent Valeria à penser que son mari porte un lourd secret en relation avec son passé et qu’il lui ment. Après avoir mené une rapide enquête, elle découvre qu’il l’a épousée sous un faux nom. Il s’appelle en réalité Eustace MacAllan. Et quand elle lui demande des explications, il refuse de répondre à ses questions et la quitte tout en lui assurant qu’il l’aime. Mais Valeria est amoureuse et est prête à tout pour connaître la vérité. Après bien des recherches, elle découvre finalement que son mari a été jugé pour l’empoisonnement de sa première épouse. Malheureusement, son procès a eu lieu en Ecosse et s’est conclu par un verdict en demi-teinte uniquement possible parce que les lois écossaises sont différentes des lois anglaises. Eustace a été relaxé faute de preuves, mais pas innocenté. Un verdict terrible pour un gentleman puisqu’il laisse planer un doute sur son innocence et entache à jamais son honneur. Valeria, qui n’est pas du genre à renoncer et à baisser les bras, se lance alors dans une véritable croisade pour prouver l’innocence d’Eustace et sauver leur mariage. Cette intégrale reprend les deux albums précédemment publiés chez Casterman sous le titre «Mysteries», augmentés d’un dossier graphique et historique inédit.