L’heure des lames

Notre avis : Que donnerait un monde où l’on connaîtrait la date et l’heure de notre propre mort ? Scarper le sait, il ne lui reste que trois semaines avant le passage vers l’au-delà. Après l’excellentisme Don Quichotte, les éditions Warum dévoilent le nouvel album de Rob Davis, L’heure des lames, une étrange fable fantastique.

Tout d’abord, une drôle de gageure que de résumer cet album, tant il est surprenant, déroutant et qu’il part dans de nombreuses directions. Même si à sa lecture, on le sent, c’est un ouvrage singulier mais de grande qualité. On s’y essaie quand même.

Scarper Lee est un adolescent timide, quasi asocial et qui connait son Death Day (la date de sa mort) ! A savoir dans pile trois semaine. Dans ce monde parallèle, les parents de ces enfants sont des machines. Ainsi le père de Scarper est une machine à voile, gardée dans la grange de la maison et sa mère est un sèche-cheveux. Adoratrice de dieux sous forme d’objets de la cuisine, elle dort rarement avec son mari dans la dépendance. La mère de Peter, ami du jeune adolescent, est quant à elle une machine cantinière du lycée, échouée au milieu de la cour, en attente d’être remise à la déchetterie.

Alors que des couteaux tombent en masse, comme la pluie, la sonnette retentit. Scarper ouvre la porte et découvre Véra, la nouvelle lycéenne. Curieuse de tout, entreprenante comme il ne faut pas; elle va bousculer la fin de vie du jeune garçon.

L’ancien dessinateur de Daredevil et de Judge Dredd (bientôt en réédition chez Delirium !!!) propose une histoire intrigante, une œuvre exigeante d’un point de vue narratif, folle mais fabuleuse. Créateur d’un univers singulier mais très recherché, Rob Davis peut perdre rapidement son lecteur. Des machines à tout va, un vase qui parle et réfléchit pour le héros, ce n’est sûrement pas commun. Son évocation du temps qui passe (vers l’âge adulte) mais aussi le rapport que l’on devrait avoir avec la mort (l’accepter comme un passage) est d’une grande intelligence. Loin de son trait dans le formidable Don Quichotte, son dessin en noir et blanc, agrémenté de teintes de gris, convient parfaitement avec l’ambiance sombre et étrange de son récit.

A découvrir si on s’y sent prêt. Exigeant mais pas à la portée de tous les lecteurs !

  • L’heure des lames
  • Auteur : Rob Davis
  • Editeur : Warum
  • Prix : 20€
  • Parution : 10 février 2016

Résumé de l’éditeur :

Dans le monde de l’Heure des lames, les parents ne font pas d’enfants, ce sont les enfants qui fabriquent leurs parents.

Dans cet univers étonnant, il pleut des couteaux et les appareils électroménagers ont des âmes. Il n’y a pas de date d’anniversaire, mais on y connaît le jour de sa propre mort.

Scarper Lee, jeune ado asocial, n’a plus que trois semaines à vivre.

C’est alors que l’énigmatique Véra Pike, l’étrange nouvelle venue de l’école. arrive pour tenter de l’aider à changer son destin.

Animal lecteur #6

Notre avis : Le lecteur est un animal, une sorte de prédateur comme un monstre de la jungle. Avide de nouveautés, de promotions et de scoops en tout genre, il est la bête noire des libraires. Voici le sixième tome des aventures du célèbre libraire de la série Animal lecteur. Intitulé Un best-seller sinon rien, ce nouvel opus est scénarisé par Sergio Salma et mis en images par Libon.

Bernard Dolcevita, le libraire de BD Boutik doit toujours garder son self-control en toutes circonstances : entre les clients un peu bizarres, les distributeurs qui déboulent tous en même temps à la fin de l’été avec des stocks impressionnants de bandes dessinées pour la rentrée littéraire;  le libraire en voit de verte et de pas mûr. Mais il l’aime son métier formidable !

C’est avec un grand plaisir que l’on retrouve les aventures ou les mésaventures du Libraire de BD Boutik. Savoureux, les gags de Sergio Salma tombent souvent à pic. L’auteur de Nathalie met son talent de conteur humoristique au service de ce bon Bernard Dolcevita. Il se régale aussi avec les travers et les mauvaises manies des amateurs du 9e art et des clients. Les travers de cet univers sont décryptés avec un bel humour et de l’ironie. A noter qu’il use aussi d’une belle forme d’auto-dérision lorsqu’il parle des auteurs. Le trait de Libon est à la fois cruel et amusant, piquant et tout en rondeur. L’auteur de la bonne série Jacques le petit lézard géant offre ici de très belles planches (96 pages, c’est énorme !)

  • Animal lecteur, tome 6 : Un best-seller sinon rien !
  • Scénariste : Sergio Salma
  • Dessinateur : Libon
  • Editeur : Dupuis
  • Prix : 14.50€
  • Parution : 29 janvier 2016

Résumé de l’éditeur : Il y a le client qui arrive tout excité chez son libraire et lui réclame le nouveau Largo Winch mais qui, incapable d’attendre deux minutes que son libraire aille le chercher dans son arrière-boutique, se rue pour le commander sur Amazon ; il y a le client qui n’achète pas le tome 1 d’une nouvelle série car il attend la sortie du tome 2 qu’il n’achète pas car il attend l’intégrale du premier cycle… et qui s’étonne que la série ne trouve pas son public ; il y a le client, touriste asiatique de passage, qui veut absolument se procurer Béki Matimeuh Makjo (Blake et Mortimer, La Marque jaune…) ; il y a l’oreillette devenue indispensable pour conseiller le client vu les 5 000 nouveautés par an (« On ne peut pas tout lire… ») ; il y a l’employé à virer pour raisons économiques qui vous annonce que sa copine est enceinte et qui vous demande d’être le parrain… « Libraire de bande dessinée, c’est pas un métier, c’est une vocation, un sacerdoce ! » répètent Libon et Salma à travers 92 strips verticaux hilarants pour ceux qui ne l’avaient pas encore compris en lisant les cinq précédents tomes. Un ouvrage à conseiller à tous ceux qui veulent en savoir plus sur le métier de libraire spécialisé en bande dessinée… ou à tous ceux qui aiment juste rigoler en lisant une bonne BD !

Enola et les animaux extraordinaires #2

Notre avis : Enola est une jeune fille exceptionnelle. Elle exerce un drôle de métier : vétérinaire pour les animaux de contes et légendes. Après une première aventure, La gargouille qui partait en vadrouille, où elle venait en aide à une statue malicieuse placée en haut de l’église d’un petit village, pour ce deuxième volet La licorne qui dépassait les bornes, elle doit affronter cet animal magique qui devient agressif. Cette série jeunesse proposée par les éditions La gouttière est scénarisée par Joris Chamblain et mise en image par Lucile Thibaudier.

Piotr, Sven et Sylvia se prélassent dans la rivière à côté de chez eux, mais les trois amis sont surpris par une licorne furieuse. En effet, après une petite chamaillerie, Piotr bouscule la jeune adolescente qui dépasse les limites du royaumes des créatures fantastiques.

De retour le soir au village, le père de la jeune fille est en colère : il veut se venger de la licorne et décide d’aller se frotter à elle. C’est à ce moment-là, que Sylvia part chercher de l’aide auprès de Enola, la célèbre vétérinaire pour animaux extraordinaires. Une mission délicate pour la fille aux cheveux violets…

Après l’excellent série Les carnets de Cerise (avec Aurélie Neyret, quatre tomes chez Soleil), Joris Chamblain imagine un univers merveilleux et fantastique pour les enfants Enola et les animaux extraordinaires. Pour ce deuxième tome, le jeune lecteur entre rapidement dans le vif du sujet.  Teinté d’un bel humour, le récit est rythmé et le jeune lectorat (dès 8 ans) passera un agréable moment de lecture-plaisir. Nous décelons tout le potentiel de ce monde imaginaire et de son héroïne ; la série devrait plaire et avancer dans des directions originales.

Pour accompagner son scénario, Joris Chamblain a fait appel à Lucile Thibaudier, auteur de Sorcières Sorcières (Kennes éditions, 2014). Son trait tout en rondeur est d’une grande douceur et ses couleurs apportent beaucoup de chaleur au récit. Ses planches composées de grandes cases sans cadre (jusqu’à 5 vignettes maximum) permettent d’observer tout son talent. Une jeune auteure à suivre !

  • Enola et les animaux extraordinaires, tome 2 : La licorne qui dépassait les bornes
  • Scénariste : Joris Chamblain
  • Dessinatrice : Lucile Thibaudier
  • Editeur : La Gouttière
  • Prix : 10.70€
  • Parution : 05 février 2016

Résumé de l’éditeur : Une licorne, animal réputé doux et timide, attaque des enfants qui se baignaient. Les parents des enfants envisagent d’attaquer les animaux et d’entrer sur leur territoire, protégé par un pacte ancien. Enola, avertie par un des enfants, se rend immédiatement avec Maneki sur les lieux et décide de partir à la recherche du troupeau de licornes, avant que le pire n’arrive…

Clifton #22

Notre avis : Après huit ans de sommeil, le Colonel Clifton est de retour dans une nouvelle aventure éditée par Le Lombard. Clifton et les gauchers contrariés, le vingt-deuxième volume est signé Zidrou et Turk dont c’est le grand retour sur la série.

Série créée en 1959 dans le Journal Tintin par Raymond Macherot (Trois volumes : Les enquêtes de Clifton, Clifton à New York et Clifton et les espions, édités entre 1961 et 1965), d’une merveilleuse manière (réédités chez Nifle en 2003); c’est Turk et De Groot qui font accélérer les publications (après un intermède de Jo-El Azara) de 1973 à 1984. C’est ensuite une passation qui s’opère entre De Groot et Bédu après l’arrêt du dessinateur de Robin Dubois (6 volumes dont 2 albums crédités seul pour Bédu). Par la suite, Michel Rodrigue reprend le dessin sur des scénario de De Groot de retour aux manettes mais la série s’essouffle et les histoires sont très en deçà de celles citées ci-dessus.

Pour ce nouvelle album, Zidrou retrouve le dessinateur Turk et le lecteur sent alors que cela fonctionne plutôt bien. Malgré une ambiance légèrement surannée, on prend beaucoup de plaisir à la lecture. C’est fou, un brin décalé, amusant et mâtiné d’un peu de suspens. Tout ce qu’on aime !

Harold Wilberforce Clifton, retraité du MI-5 et fin limier, n’est pas dans un bon jour. Négligé, sa maison en désordre, il déprime ! Il faut dire que Miss Partridge, sa femme de ménage, est partie pour servir le lord-maire de Londres. Surtout que dans le même temps, un phénomène étrange se déroule dans la capitale britannique : les voitures se déportent vers la droite sans réelle cause…

By Jove ! C’est très bon, c’est réussi ! Quant à la partie graphique, le dessinateur né en 1947, Turk (Philippe Liégeois) nous fait plaisir. Nous avons l’impression de ne pas l’avoir quitté. Il y a de l’humour dans son trait (les mimiques de Clifton, un régal) et l’on retrouve les nombreux chats cabots dans le coin des cases. Un autre album, vite !

  • Clifton, tome 22 : Les gauchers contrariés
  • Scénariste : Zidrou
  • Dessinateur : Turk
  • Editeur : Le Lombard
  • Prix : 10.60€
  • Parution : 05 février 2016

Résumé de l’éditeur : Scandale au Royaume-Uni : des conducteurs mystérieusement déboussolés conduisent de plus en plus souvent à droite, comme de vulgaires Français, et multiplient les accidents de la route. Un complot est à l’oeuvre, et seul le Colonel Clifton semble être en mesure de le dévoiler. Le grand retour du plus british des détectives de la bande dessinée !

Moi, je – intégrale

Notre avis : Pour leurs 11 ans les éditions Warum-Vraoum rééditent Moi, je de Aude Picault sous la forme d’une intégrale reprenant les dessins des ses deux carnets : Moi, je et Moi, je et caetera.

Dans cette intégrale, Aude Picault met en scène son double (est-ce que toutes les situations lui sont arrivées ?) : une étudiante dans son quotidien. Sa vie estudiantine, ses doutes concernant son travail d’illustratrice, son ennui, sa vie parfois trop calme, son physique, son rapport aux hommes, sa vie sentimentale au plus bas mais aussi ses joies, ses peines et ses amis. D’ailleurs, le seul lieu où elle se sente en phase, en paix et protégée, c’est son appartement; ce cocon lorsque rien ne va.

A travers ses 360 pages, l’auteure de la série Famille Pirate (avec Fabrice Parme, Dargaud) ou encore de Parenthèse Patagone (Dargaud) réussit à nous faire rire de situations bénignes de la vie quotidienne, mais pas à chaque fois. Parfois, son trait simple et lisible nous fait toucher le moment si délicat du passage de l’étudiante à la femme adulte.

  • Moi, je – intégrale
  • Auteure : Aude Picault
  • Editeur : Warum
  • Prix : 15€
  • Parution : 20 janvier 2016

Résumé de l’éditeur :  « Moi je » raconte le quotidien d’une jeune étudiante un peu délurée, un peu torturée, parfois avinée, qui retrace les années d’études de l’auteur, portrait d’une époque où toutes peuvent se reconnaître. « Moi je et caetera » raconte la plongée dans la vraie vie d’adulte : trouver du travail, choisir sa voix, se lancer dans une grande histoire… Bref, se lancer dans la vie quand on ne peut plus tergiverser.

 

Les Godillots #4

Notre avis : Les éditions Bamboo publient la quatrième aventure des Godillots, de Olier et Marko, intitulée Le tourniquet de l’enfer. Dans ce nouvel opus, Palette, Bourru et Serpolet pataugent dans la gadoue du Tourniquet lors de la Première Guerre Mondiale.

Parmi les nombreuses publications commémorant le Centenaire du début de la Première Guerre Mondiale, Les Godillots ont pour cœur de cible le jeune lectorat. Cette très bonne série jeunesse repose sur un bon scénario d’Olier qui mise avant tout sur l’action et l’aventure. Alors que dans le premier tome, l’intrigue se déroulait dans les tranchées, que le deuxième volet mettait en scène les trois héros sur les chemins du Nord de la France à la recherche d’eau potable et que la troisième aventure se déroule dans les airs, le nouvel opus lui a pour cadre le fameux Tourniquet, un lieu proche de Verdun en 1916.

Le jeune lecteur retrouve Palette, le Bourru et Serpolet sur le chemin du retour de Paris. Essayant d’entrer dans une grange pour dormir, ils croisent le chemin du Capitaine Doumenc, responsable de l’organisation automobile. Le propriétaire mécontent menace les trois soldats et tire même sur le dernier nommé. Pourtant, étrangement, aucun signe de blessure ! Quelques jours plus tard, sur le fameux théâtre des opérations, le jeune soldat saute sur une mine mais cette fois-ci, il est vraiment blessé…

Le trait humoristique de Marko est d’une belle lisibilité et rend parfaitement l’ambiance parfois cocasse du récit. Une belle réussite pour cette série familiale autour de la Grande Guerre.

  • Les Godillots, tome 4 : Le tourniquet de l’enfer
  • Scénariste : Olier
  • Dessinateur : Marko
  • Editeur : Bamboo
  • Prix : 13.50€
  • Parution : 03 février 2016

Résumé de l’éditeur : Février 1916. Les Godillots pataugent dans la gadoue du «tourniquet» qui mène à la bataille. Chacun gère au mieux sa peur. Sauf un, celui qu’on appelle «Serpolet», qui garde un calme étonnant. Avec Palette et le Bourru, il est chargé de porter un message en début de colonne. Mais un accident chamboule la mission : Serpolet est blessé. Perdu, prenant conscience des dangers qui l’entourent, Serpolet s’enfuit droit devant lui. Il entraîne Palette et le Bourru dans une poursuite délirante vers la tête du Tourniquet où ronronne le grondement de l’Enfer.

Le masque de Fudo #1

Notre avis : Dans l’univers La légende des nuées écarlates, les éditions Les Humanoïdes Associés ont publié Izunas (deux tomes depuis 2014) et aujourd’hui Le masque de Fudo, qui conte le destin du célèbre samouraï. Cet album fantastique est signé Saverio Tenuta.

L’an 283, Japon. Shinnosuke est un petit garçon qui découvre un étrange masque dans un village a été entièrement détruit. Grâce à cet objet, il voit sa puissance décuplée et il se sent alors invincible. Timide et n’étant pourtant pas une montagne de muscles, il va devenir l’un des samouraïs les plus redoutables. Il commence alors son nouveau travail de justicier et défend alors les plus faibles face aux injustices des plus forts, comme sa sœur harcelée et quasi violée par des hommes sur le bord de la plage…

Il faut souligner que Shinnoske avant de devenir le fameux Fudo fait partie de la tribu des Hinnins, peuple fier mais très pauvre et qui vit en comme des esclaves entre montagne et mer. Le récit de Saverio Tenuta est surtout d’un très (trop ?) grand classicisme dans ce premier volume (sur 4) de mise en place. Cet air de « déjà vu » (un jeune garçon pauvre et frêle, qui devient un immense guerrier et qui combat les injustices) manque vraiment de piquant pour accrocher le lecteur. Alors que Izunas et même la série-mère La légende des nuées écarlates nous avait surpris agréablement, ce nouvel arc narratif nous convainc moins. Même s’il est fondé sur les mêmes recettes originales (le Japon médiéval, teinté de fantastique), l’histoire manque de punch.

Restent alors cette ambivalence entre le Bien et le Mal pour le porteur du masque mais aussi la partie graphique, d’une réelle beauté. Les planches de l’auteur italien sont sublimes, empruntant ses ambiances aux toiles japonaises mais aussi au cinéma d’action (le découpage est très rythmé). Les décors et les vêtements sont d’une grande précision et les couleurs pastel très variées. On attendra la suite pour se faire une vraie idée…

  • Les nuées écarlates, Le masque de Fudo, tome 1/4 : Brume
  • Auteur : Saverio Tenuto
  • Editeur : Les Humanoïdes Associés
  • Prix : 13.95€
  • Parution : 20 janvier 2016

Résumé de l’éditeur : Le jeune Shinnosuke, issu de la classe la plus basse de la société japonaise médiévale, grandit entre une mère qui le rejette et une petite soeur qu’il essaie de protéger. C’est derrière un masque en bois, découvert dans un temple abandonné, qu’il trouve le courage de lutter contre sa condition. Mais ce masque semble exercer un pouvoir de fascination de plus en plus grand… Avec ce premier volet d’une nouvelle série, Saverio Tenuta nous dévoile le passé de Fudo, personnage central de La Légende des nuées écarlates.

L’île

Notre avis : Les éditions Sarbacane dévoile L’île, un surprenant et intriguant album de Lorenzo Palloni.

Alors que la guerre fait rage, un groupe d’hommes et de femmes fuient et se réfugient sur une île. Après d’âpres combats, ils instaurent un nouveau mode de vie fondée sur l’autarcie et la prise de décision en groupe. Alors que le calme est revenu, un village se développe. Les hommes pêchent et les femmes s’occupent des foyers.

Quelques années plus tard et même s’il n’y a pas de chef, Antol semble tenir ce rôle. Marié à Meyra, il est le père de Danel et Elias. La quiétude du village et de l’île quasi déserte est bousculée avec l’arrivée de Kabé, un soldat déserteur…

Œuvre antimilitariste, proche de l’écologie, prônant le retour aux sources sans contraintes et n’ayant pas de système politique rigide (ou plutôt se rapprochant des coopératives) L’île surprant et dérange. Il faut souligner que son auteur Lorenzo Palloni  installe un climat d’angoisse, de peur empli de questions dans son histoire : le passé des premiers arrivants, les doutes de la génération suivante et l’arrivée non inopinée de Kabé, qui déstabilisent le lecteur. Ce huis-clos dans ce lieu paradisiaque, auquel il ajoute des personnalités complexes, renforce ce côté un peu gênant.

Les planches de l’auteur italien de The corner (avec Andrea Settimo, Sarbacane) sont quant à elles tranchées par rapport à son propos : lumineux et au dessin semi-réaliste avenant. Sans conteste, un album qui ne laisse pas indifférent mais clivant. On ne peut pas dire que l’on a détesté mais sûrement pas que l’on a aimé. Sentiment ambivalent, bizarre…

  • L’île
  • Auteur : Lorenzo Palloni
  • Editeur : Sarbacane
  • Prix : 21.50€
  • Parution : 03 février 2016

Résumé de l’éditeur : Dans un futur proche, des régimes totalitaires s’affrontent au cours d’un conflit mondial sans fin… Lors d’un transfert, le fourgon qui transporte un groupe de prisonniers, constitué de femmes, d’hommes et d’enfants, a un accident. Après avoir tué leurs geôliers, les prisonniers s’évadent, et s’enfoncent dans la forêt….

À la tête de la révolte, Antoll prend peu à peu le contrôle total de l’île sur laquelle ils étaient retenus. La vie s’organise sur cette île qui semble désormais oubliée de la guerre. Une démocratie naît, avec des règles identiques pour tous. Jusqu’au jour où, vingt ans plus tard, un étrange soldat échoue sur la plage…

 

Journal d’Anne Frank

Notre avis : Tout le monde connait l’histoire tragique d’Anne Frank, cette jeune adolescente juive qui s’est cachée avec le reste de sa famille dans un appartement clandestin des Pays-Bas pour échapper aux rafles des nazis et qui termina sa courte vie dans un camp de concentration. Son fameux Journal, tombé dans le domaine public en 2016 – ce qui fait quelques polémiques depuis – est adapté fidèlement en bande dessinée par Antoine Ozanam et Nadji, aux éditions Soleil.

Ce formidable et poignant album est la déclinaison de L’annexe : notes du Journal du 14 juin 1942 au 1er oût 1944 que son père fit édité avec beaucoup de difficultés en 1947 (éditions Contact).

Antoine Ozanam réalise un numéro d’équilibriste pour pouvoir présenter devant son lectorat cette histoire maintes fois racontée et maintes fois adapté au cinéma ou à la télévision. A travers ces 144 pages, il décline l’existence de la famille Frank dans la fameuse Annexe, refuge des 4 membres de la famille mais aussi d’amis ou d’inconnus. Lieu à la fois mystérieux, oppressant mais protecteur, il permet un huis-clos fort et bouleversant.

Le scénariste de Gueule Noire (avec Lelis, Casterman), s’en sort avec plutôt avec les honneurs. Il faut souligner qu’il s’est associé à Nadji qui permet à son récit de trouver un écho positif à l’histoire poignante d’Anne. D’un trait simple, fluide et d’une grande lisibilité l’auteur dont c’est le premier album propose des planches qui tranchent avec le propos. Il les agrémente de couleurs d’une belle variété. On déplorera juste le peu de décors dans ses vignettes.

Journal d’Anne Frank : un bon complément au livre, très intéressant pour les collégiens ou les lycéens qui l’étudient.

  • Journal d’Anne Frank
  • Scénariste : Antoine Ozanam
  • Dessinateur : Nadji
  • Editeur : Soleil
  • Prix : 17.95€
  • Parution : 27 janvier 2016

Résumé de l’éditeur : Le jour de ses 13 ans, Anne reçoit en cadeau un cahier dont elle fait aussitôt son journal intime. Jeune juive allemande exilée au Pays-Bas, la jeune fille va raconter son quotidien, ses émois d’adolescente, la fuite, la cache, la peur…
Publié par son père Otto deux ans après la fin de la guerre, Le Journal d’Anne Frank sera traduit en plus de 70 langues et vendu à plus de 30 millions d’exemplaires.

 

Le rendez-vous d’onze heures

Notre avis : La vie des grands peintres se déclinent depuis quelques mois dans une collection chez Glénat (Toulouse-Lautrec, Jean Van Eyck ou encore Goya), les éditions Long Bec proposent elles aussi la déclinaison de l’existence d’un artiste, Gustave Courbet, dans l’album Le rendez-vous d’onze heures signé André Houot.

Café de la Tour de Peilz, Suisse, 1877. Gustave Courbet ivre rencontre un jeune homme qui lui demande de raconter sa vie. Il débute alors son récit par son enfance dans le Doub. Fils de riches agriculteurs, il finit au pensionnat à Besançon à cause de son insolence envers son maître d’école. Bègue, il sera exempté de son service militaire. Plus tard, alors qu’il peint, il est repéré par un jury de spécialiste et commence à exposer se premières toiles…

Le récit de André Houot est ambitieux; il a d’ailleurs consacré 3 ans à sa confection. Il faut souligner que la vie de l’exigeant Courbet est multiple et riche et que c’est une gageure de la faire tenir dans un seul album. Pourtant tout y est : l’enfance, l’entrée en peinture, ses idées proches de celles de Proudhon, de la Commune et ou du radicalisme, qui lui vaudra quelques soucis en fin de vie. Très documentée, l’histoire est très fidèle à la réalité de celui qui fit scandale avec son fameux tableau : L’origine du monde.

Côté graphisme, le trait réaliste de l’auteur de Chroniques de la nuit des temps (Fleurus, Lombard, Glénat), de Septentryon (Glenat) ou encore Le mal (avec Py, Glénat) est plutôt abouti même si le tout manque de rythme. Les postures et les visages des protagonistes sont quant à elles un brin figées.

  • Le rendez-vous d’onze heures
  • Auteur : André Houot
  • Editeur : Long Bec
  • Prix : 16.50€
  • Parution : 22 janvier 2016

Résumé de l’éditeur : Suisse, fin décembre 1877.  Au crépuscule de sa vie, le peintre Gustave Courbet rencontre un mystérieux visiteur… Les deux hommes entament une conversation dans laquelle le peintre va revivre tous les épisodes de sa vie mouvementée, depuis les bords de la Loue près d’Ornans jusqu’à son séjour en Suisse, en passant par le Paris de la Commune.

Sous le trait unique d’André Houot, Courbet prend vie, nous entraîne tout au long de ses engagements artistiques et politiques et nous fait partager son intimité.

Anatole Latuile #9

Notre avis : Anatole Latuile est un gentil garçon. Inventeur obstiné, c’est un gaffeur né. Ça déménage ! est le neuvième tome de ses amusantes aventures. Ce recueil de mini-récits pour jeunes lecteurs est l’œuvre de Anne Didier et Olivier Muller pour le scénario et Clément Devaux pour le dessin.

Anatole Latuile vit avec ses parents et sa petite sœur dans un beau petit pavillon. Ce qu’il apprécie le plus c’est de n’en faire qu’à sa tête, ce qui apporte son lot de catastrophes et de gaffes en tout genre. Mais la plupart de ses gentils méfaits, il les réalise à l’école. Dans la classe de Madame Goulominoff, il y retrouve ses amis Jason Bombix, Henriette Bichon, Olympe Fayoli et Noémie Crumble, avec qui il partages ses nouvelles inventions farfelues.

Au sommaire de ce neuvième tome, 10 histoires courtes dont :

  • Jason a des ennuis. Le meilleur ami d’Anatole subit le chantage de sa grande sœur Mylène depuis qu’elle l’a pris en photo avec son doudou. La vengeance est en marche…
  • La fête des mères pères. Anatole a une merveilleuse idée pour la fête des mères : il tond un paillasson avec une belle inscription; mais la tondeuse grille…
  • Ce n’est qu’un au-revoir. La directrice de l’école d’Anatole part à la retraite. L’espiègle garçon décide de lui faire une surprise, entre dans son bureau pendant la cérémonie d’adieu…

Série BD Kids éditée par Bayard, Anatole Latuile s’est déjà vendue à plus de 20 000 exemplaires. Prépubliée dans le magazine J’aime Lire, c’est une belle série jeunesse dans la même veine que Tom-Tom et Nana ou Kiki et Aliène. Les mini-récits de Anne Didier et Olivier Muller sont agréables, fluides à la lecture et très inventifs. Le duo de gaffeurs Anatole et Jason, s’ils n’en font qu’à leur tête, sont de gentils malfaiteurs. Leurs inventions et mensonges gentillets sont plus amusants que méchants. Rigolos et foufous à souhait, ils plairont forcément aux jeunes lecteurs qui pourront facilement s’identifier à eux. La joyeuse équipe autour d’eux et les adultes forment une belle galerie de personnages attachants. Pour sa première série, le dessinateur Clément Devaux s’en sort merveilleusement, mettant en scène de beaux personnages, tout en rondeur. Misant sur des planches de 2 à 5 cases, il permet une grande fluidité de lecture. De plus, les couleurs pastel adoucissent les pages.

Anotole Latuile : petite série agréable et amusante, pour passer un bon moment de lecture-plaisir, à partir de 7 ans.

  • Anatole Latuile, tome 9 : ça déménage !
  • Scénaristes : Anne Didier et Olivier Muller
  • Dessinateur : Clément Devaux
  • Editeur : BD Kids, Bayard
  • Prix : 9.95€
  • Parution : 03 février 2016

Résumé de l’éditeur : Des idées farfelues, Anatole Latuile en trouve à la pelle… Pas besoin de se forcer ! Alors quand en plus son copain Jason est dans le coup, le challenge vaut le détour : décolorer totalement la fourrure de la chienne Princesse, chercher à effacer coûte que coûte une photo compromettante sur le portable de la soeur de Jason, customiser un paillasson pour la fête des pères… Ce n’est plus à démontrer : Anatole est un poète. Bien plus, un artiste de la catastrophe ! Retrouvez avec délice le Gaston Lagaffe de l’école… mais n’oubliez pas votre casque !

Le trou de la zone

Notre avis : Très belle fable animalière écologiste, Le trou de la zone est un très bon récit signé Julie M et édité par Akileos.

Les animaux sont en panique, leur environnement a changé : il fait plus chaud, il n’y a plus d’eau et les barils de déchets nucléaires sont à même le sol. En cause, le fameux trou dans la couche d’ozone. Argos, le cochon punk essaie de comprendre le pourquoi du comment. Pour cela, il demande à ses deux amis, Bella la vache et Doville l’étalon. Afin de se rafraîchir, les trois partent vers l’étang, lieu connu… Mais patatras, plus d’eau ! Il faut alors sauver les poissons…

Drôle, originale et très étonnante, l’histoire de Julie M intrigue. Pour délivrer son propos écolo, elle choisit des animaux zoomorphes. Cela lui permet de fustiger plus facilement les méfaits provoqués par l’Homme sur l’environnement. Cette satyre plutôt intelligente parle pêle-mêle des déchets nucléaires, de la hausse des températures, des mutations génétiques mais aussi des bouleversements qui en découlent comme le dérèglement de la chaîne alimentaire. Pour pimenter son récit, elle glisse quelques références à la religion bien senties.

Le trait humoristique de Julie M fonctionne à merveille pour ce récit amusant mais basés sur des propos sensés. Les couleurs en trichromie (gris, bleu et ocre) et les tramages pour les décors permettent à la jeune auteure de centrer ses vignettes sur les protagonistes.

  • Le trou de la zone
  • Auteure : Julie M
  • Editeur : Akileos
  • Prix : 15€
  • Parution : 04 février 2016

Résumé de l’éditeur : Alors qu’il chemine pour rejoindre ses camarades, Argos, le cochon casse-cou (et casse-c…) croise Rocco le cochon d’Inde, qui contemple la fouine dressée sur une pierre, la truffe en l’air, sous un soleil de plomb. Au bout d’un moment, cette dernière leur fait une révélation… la fin est proche ! Et peut-être n’a-t-elle pas tort après tout, car l’eau se fait rare. Le lit de la rivière est à sec et les gorges commencent à se déshydrater. Récit à la fois humoristique, poétique et actuel, « Le Trou de la zone » est une aventure animalière qui ravira toute la famille .