Top 10 des œuvres de Jirō Taniguchi

C’est en 1995 avec L’homme qui marche, que le mangaka touche le cœur du lectorat français. Celui qui a permis une vision inédite du manga a toujours été surpris par la ferveur qu’il dégageait dans l’hexagone. Sa disparition suscitera ainsi beaucoup d’émotion tant ses productions faisaient l’unanimité. C’est une œuvre remplie de délicatesse, de poésie et de rêverie que laisse en héritage cet auteur passionné par la bande dessinée européenne. Parmi ces quelques titres, Comixtrip vous propose un voyage apaisant dans le monde graphique et scénaristique qu’est celui de Jirō Taniguchi.

1.

Quartier lointain

de Jirō Taniguchi (Casterman)

S’il fallait faire connaître l’œuvre de J. Taniguchi, nous ne prendrions pas de risques en conseillant de commencer par Quartier lointain. Ces deux tomes judicieusement réunis relatent l’existence d’un salaryman (terme désignant au Japon un homme dont l’intérêt essentiel se résume autour du travail et de ses collègues). À travers lui, l’auteur explore le japonais typique d’après-guerre. Avec ce côté intimiste et nostalgique, il rend le manga très européen et permet une meilleure accessibilité pour les lecteurs d’autres contrées. Une très belle histoire qui permet d’entrer dans le vrai univers de Taniguchi.

  • À noter la première adaptation d’une oeuvre de Taniguchi. Quartier Lointain a été adapté au cinéma par le réalisateur Sam Garbarski en 2010. Avec cette différence quelque peu déroutante puisque l’histoire se déroule en France. Le film vaut son coup d’œil par la prestation impeccable du personnage principal interprété par Pascal Greggory ajoutée à cette volonté de respecter l’esthétique du manga.

2.

Le journal de mon père

de Jirō Taniguchi (Casterman)

Certainement l’œuvre la plus touchante si on se définit père de famille. Même si le personnage principal est inévitablement japonais et de surcroît, n’adopte pas la même culture (notamment du travail) qu’un européen, on ne peut s’empêcher de s’identifier à Yoichi. Ce designer à Tokyo qui assume le délaissement de sa famille au profit de sa carrière professionnelle. C’est en apprenant la mort de son père au téléphone qu’il va inconsciemment retourner dans son passé, source d’explications sur le déni familial. Aidé par un retour aux sources dans le village natal, Yoichi va comprendre d’où vient ce comportement égoïste si dévastateur. Dans Le journal de mon père, J. Taniguchi, avec beaucoup de pudeur, apporte une certaine morale et avertit de l’importance cruciale de ne pas négliger les siens.

3.

Un zoo en hiver

de Jirō Taniguchi (Casterman)

Dans ce one shot autobiographique, J. Taniguchi dévoile la période qui l’a incitée à devenir mangaka, avec toutes les difficiles étapes que cela implique. On suit ainsi la vie d’Hamaguchi, jeune homme employé dans une société de textile dans les années 1960. Une opportunité lui permet de rejoindre Tokyo et ainsi devenir l’assistant de Kondō, mangaka affirmé. Même si le travail qui lui est octroyé n’est pas des plus intéressants, il lui permet d’évoluer au plus près de sa passion. Des journées harassantes combinées à des soirées nocturnes festives permettent à Hamaguchi de se découvrir et façonnent sa personnalité. Dans Un zoo en hiver, J. Taniguchi nous fait entrer dans les coulisses de création de la bande dessinée nippone. Avec toute la fluidité qu’on lui connaît, l’auteur a certainement dû piocher dans ses propres souvenirs pour réaliser ce roman graphique attachant.

 

4.

Un ciel radieux

de Jirō Taniguchi (Casterman)

Une nuit d’été, un terrible accident a lieu dans une rue de la banlieue de Tokyo, entre un motard et une fourgonnette. Dix jours plus tard, le conducteur de la fourgonnette, Kazuhiro Kubota, 42 ans, meurt sans avoir repris connaissance. Au même instant, l’encéphalogramme du motard, Takuya Onodera, 17 ans, en état de mort cérébrale, montre à nouveau des signes d’activité. En une vingtaine de jours, il a repris connaissance et semble en voie de guérison totale : un vrai miracle. Mais celui qui se réveille dans le corps de Takuya, c’est Kazuhiro. Après un instant de surprise, il admet ce qui lui arrive et comprend qu’une deuxième chance lui a été donnée. Mais cette chance est temporaire : en effet, la mémoire du vrai Takuya lui revient petit à petit.  Dans Un ciel radieuxJ. Taniguchi explore avec l’émotion et la délicatesse qu’on lui connait, les thèmes de la famille et de l’amour.

  • En octobre 2017, Nicolas Boukhrief nous fait découvrir sa version filmée d’Un ciel radieux. Les acteurs français incarnent avec une très belle réussite les personnages du mangaka. Certainement l’adaptation la plus fidèle dans ce que J. Taniguchi peut faire ressentir quand il s’agit d’émotion graphique et scénaristique de ses publications.

5.

La forêt millénaire

de Jirō Taniguchi (Rue de Sèvres)

Dernière création de Jirō Taniguchi, cette bande dessinée en couleurs occupe une place à part dans l’œuvre du maître. Suite au divorce de ses parents et à la maladie de sa mère, Wataru est accueilli par ses grands-parents. Pour le jeune garçon tokyoïte, cette nouvelle vie à la campagne est un bouleversement. Il découvre sa nouvelle école, son nouvel environnement. La forêt en particulier l’impressionne et semble lui communiquer une force presque surnaturelle, venue du fonds des âges.

6.

Elle s’appelait Tomoji

de Jirō Taniguchi (Rue de Sèvres)

Taniguchi s’inspire ici de la vie de Tomoji Uchida, célèbre pour avoir créé un temple bouddhiste (Tokyo). L’auteur, en narrant la jeunesse de Tomoji, en profite pour dépeindre un Japon moins connu, car pauvre, et met l’accent sur les conditions de vie précaires. C’est là tout l’intérêt de l’histoire : découvrir cette période appelée l’ère Taishō (1913-1926), où la population se cantonnait à une vie rudimentaire. L’auteur distille quelques indices qui expliqueraient la raison pour laquelle Tomoji se serait dirigée vers le bouddhisme (notamment par de dures épreuves à traverser). Le trait épuré de Taniguchi accompagne harmonieusement ce portrait. Tout en délicatesse, il donne à ses personnages cette humilité qu’il affectionne tant. Avec cette particularité qu’il utilise pour la première fois, un personnage féminin au centre de l’histoire. Comme souvent, une fois l’œuvre terminée, on a cette agréable sensation d’avoir été transportés.

 

7.

Le sommet des Dieux

de Jirō Taniguchi & Baku Yumemakura (Kana)

Adapté du roman original de Baku Yumemakura, il aura fallu cinq tomes à Jirō Taniguchi pour faire du Sommet des Dieux une oeuvre inédite et immersive. Une aventure froide, enneigée, rude, grandiose et palpitante. Voilà ce à quoi doivent être sûrement confrontés les alpinistes aguerris. Taniguchi retranscrit à merveille les émotions qu’offre l’ascension des plus hauts sommets. En l’occurrence, ici, l’Everest. En partant d’un fait réel avec George Mallory, alpiniste chevronné mort sans que l’on sache s’il aura été le premier à atteindre le « Toit du Monde ». L’auteur évoque l’hypothèse qu’un photographe aurait retrouvé son appareil photo. La chasse à ce trésor historique est ouverte. Il faut désormais aller le chercher. Le mangaka met de côté son trait calme et rassurant pour montrer la beauté de la montagne, mais aussi ses dangers, son atmosphère anxiogène et les conditions physiques dantesques qu’il faut affronter dans ce milieu hostile. Une des plus belles réussites graphiques de l’auteur.

8.

Sky Hawk

de Jirō Taniguchi (Casterman)

 Quand on fusionne deux genres tels que le manga et le western, cela donne Sky HawkJ. Taniguchi décrit l’épopée de deux samouraïs exilés qui se sont intégrés chez les Sioux et se feront appeler Sky Hawk et Winds Wolf. Ce qui devait être un choc des cultures devient un rapprochement naturel sous les traits du mangaka. Voilà toute l’originalité de cette aventure. On savait l’auteur grand amateur de Blueberry ou Comanche, on imagine donc que ce nouveau titre devait lui tenir à cœur. Comme une marque de fabrique au début de ses histoires, l’auteur part d’un véritable fait historique. Celui où des bushi (guerriers gentilshommes en japonais) gagnèrent les États-Unis en y cherchant la richesse (Ère Meiji, 1868-1912). Ensuite, il utilise ses deux héros qui, au travers de leur périple, vont lui servir pour faire surgir quelques grands personnages et batailles de la Conquête de l’Ouest américain. Dans un exercice de style moins connu mais tout aussi efficace, on sent chez Taniguchi beaucoup de respect pour cette période. Ce qui facilite grandement la plongée dans cet implacable Far West.

9.

Les gardiens du Louvre

de Jirō Taniguchi (Futuropolis)

Au terme d’un voyage collectif en Europe, un dessinateur japonais fait étape en solitaire à Paris, dans l’idée de visiter les musées de la capitale. Mais, cloué au lit de sa chambre d’hôtel par une fièvre insidieuse, il se trouve confronté avant tout à une forme de solitude absolue, celle des souffrants en terre étrangère, privés de tout recours immédiat au cœur de l’inconnu. Alors que le mal lui laisse quelque répit, il met son projet à exécution, et se perd dans les allées bondées du Louvre. Très vite, il va découvrir bien des facettes insoupçonnées de ce musée-monde, à la rencontre d’œuvres et d’artistes de diverses époques, au cours d’un périple oscillant entre rêve et réalité, qui le mènera pour finir à la croisée des chemins entre tragédie collective et histoire personnelle.

10.

Les Rêveries d’un gourmet solitaire

de Jirō Taniguchi & Kusumi (Casterman)

C’est un manga extraordinaire, sur la vie ordinaire d’un homme ordinaire et qui aime les petits plaisirs de la vie. Au fil de ces instants de quotidien, on se laisse emporter dans un voyage à travers la cuisine japonaise ; on a hâte de découvrir le prochain mets avec le narrateur. Le talent de J. Taniguchi nous enivre et on se laisse perdre avec plaisir dans ces petits riens. Cette fois-ci, on découvre un peu plus du Japon : Tokyo, bien sûr, mais également les départements de Shizuoka ou Tottori. Et on finit en beauté avec Paris, où notre gourmet solitaire savoure une cuisine algérienne, pour notre plus grand plaisir.

Article posté le dimanche 11 février 2018 par Mikey Martin

À propos de l'auteur de cet article

Mikey Martin

Mikey Martin

Originaire de Charente-Maritime, il débarque sur Poitiers il y a 17 ans et s'installe avec sa compagne juste en face d'une librairie spécialisée en bande dessinée. Une aubaine pour s'y remettre. Sa passion sans cesse grandissante pour le Neuvième Art se doit d'être partagée par de petites chroniques.

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