Femmes en résistance

Voilà une excellente idée de la part de l’éditeur Casterman que de rééditer, en une intégrale, les quatre albums de la série « Femmes en résistance ».

À partir de l’idée d’Emmanuelle Polack, historienne spécialiste de la période de l’Occupation, les scénaristes Régis Hautière et Francis Laboutique ont retracé le destin de quatre femmes exceptionnelles.

Femme en résistance, une collection dédiée à quatre héroïnes.

Cette tétralogie « Femmes en résistance » éditée entre 2013 et 2016 s’attache à retracer le destin de quatre femmes d’exception au cours de la Seconde guerre mondiale. Amy Johnson, Sophie Scholl, Bertie Albrecht et Mila Racine ont réellement existé. Une cinquième, Anna Schaerer ou plutôt l’agent Gerda, est un personnage fictif et fait le lien entre les quatre récits.

Mais en réalité, une sixième femme, elle aussi fictive, est également présente : Claire la narratrice de ce récit. Celle-ci hérite au décès de sa tante, de petits carnets qui retracent des missions effectuées au profit du service de renseignements du IIIe Reich. Qui est donc véritablement cette tante et quel rôle a-t-elle joué pendant la guerre ?

Décidée à décrypter ces informations écrites en allemand, Claire va, en partant de ses recherches sur internet, remonter le fil de la vie de cette espionne entre 1937 et 1945. Ainsi la jeune femme va se rendre dans des lieux dédiés à la mémoire de la Résistance. Le Musée de la Résistance de Champigny sur Marne, le Mémorial du Mont Valérien ou le Mémorial de l’internement et de la déportation de Royallieu vont lui permettre de découvrir des indices et de rencontrer des personnes qui vont l’aider dans sa quête de vérité.

Amy Johnson, la reine des airs.

Septembre 1937, aéroport de Croydon dans la banlieue de Londres, se présentant comme une journaliste suisse, Anna Schaerer cherche à rencontrer Mrs Mollison. En instance de divorce, celle qui se fait maintenant appeler Amy Johnson est aux commandes de son avion. Refusant catégoriquement de répondre aux questions de la journaliste, celle-ci va devoir s’armer de patience pour pouvoir enfin faire connaissance avec cette pilote émérite.

Rien ne fait peur à Amy Johnson, pas même un vol Londres-Darwin en 1930 en solitaire effectué en 19 jours ou un Londres-Tokyo en 1931, toujours dans les mêmes conditions.
Avec son amie Pauline Gower, la pilote va créer en 1937 une compagnie aérienne féminine, la Lady Eve Airways. Mais rapidement ces femmes vont devoir quitter l’aviation civile pour participer à l’effort de guerre. Elles et leurs consœurs, au sein d’une section féminine de l’ATA ( Air Transport Auxiliary) seront chargées d’acheminer tous types d’avions depuis leur lieu de fabrication jusqu’aux zones de combat…

Une fois la mission d’Anna Schaerer terminée, celle-ci va regagner l’Allemagne pour prendre contact avec la deuxième de ces « Femmes en résistance ».

Sophie Scholl, l’étudiante prête à tout.

1942, Munich est la nouvelle destination pour l’agent Schaerer, devenue Gerda pour cette mission. Depuis sa ville natale, des tracts mettant en garde la population contre les méfaits du régime nazi y sont distribués. Les milieux syndicalistes et intellectuels étant suspectés, son enquête la mène rapidement à l’Université et vers le professeur Muth qui y enseigne.

C’est ainsi qu’elle va faire connaissance de Sophie Scholl, étudiante chrétienne qui, avec son frère Hans, fait partie de La Rose Blanche. Ce groupe d’étudiants s’est donné pour but de réveiller les consciences des Allemands. Leurs actions non-violentes frôlant l’amateurisme et dictées par l’inconscience de leur jeunesse, commencent malgré tout à résonner alors que l’armée allemande subit la terrible défaite de Stalingrad en février 1943.

Au contact de ces jeunes gens prêts à tout pour faire connaître leur cause, les idées de Gerda/Emma vont commencer à vaciller, un soupçon de doute quant aux thèses défendues par le 3e Reich commençant à s’installer dans son esprit…

À l’issue de cette deuxième mission, Emma Schaerer sera envoyée en France, pour procéder à l’interrogatoire d’une femme qui vient d’être arrêtée.

Bertie Albrecht, une figure de la Résistance française.

Mâcon mai 1943, alors qu’elle attend un de ses contacts, Bertie Albrecht est arrêtée par la Gestapo. Cette résistante de la première heure, tout en travaillant officiellement pour le gouvernement de Vichy, la couverture idéale, est à la tête du mouvement Combat, fondé avec son ancien amant Henri Frenay.

Tout opposait ces deux personnalités, quand ils se sont rencontrés à Londres en 1935. Elle la féministe, protestante, communiste, pacifiste originaire d’une famille aisée, a un coup de foudre pour ce militaire de carrière, catholique, de droite et issu d’un milieu modeste.
Dès 1940, après l’évasion d’Henri Frenay d’un camp de prisonniers, ils vont ensemble combattre leur ennemi commun, le nazisme en utilisant tous les moyens à leur disposition, notamment des journaux clandestins. Agent recruteur pour le réseau, cette femme déterminée fera appel à toute son intelligence pour échapper à la police de Vichy qui la surveille…

Ce troisième tome nous décrit le face à face entre ces deux femmes, Anna Schaerer reprenant l’interrogatoire de Bertie Albrecht commencé par la Gestapo. À la place de la torture, l’interrogatrice choisit la confiance et discussion pour essayer, en vain, d’obtenir les informations concernant le réseau Combat.

Mila Racine, la passeuse d’enfants.

Encore bouleversée par les conséquences de sa confrontation avec Bertie Albrecht, c’est à la frontière suisse que l’agent Gerda est envoyée afin de découvrir le fonctionnement d’un réseau d’exfiltration d’enfants juifs vers ce pays neutre.

Septembre 1943, Benito Mussolini, le Duce, ayant été destitué, la frontière franco-suisse précédemment surveillée par l’armée italienne est devenue plus facilement franchissable. Originaire de Russie, Mila Racine a émigré vers la France en 1922. Assistante sociale dans les camps de transit du sud de la France, elle assiste à la déportation des populations juives.

La situation s’aggrave en 1942 avec les grandes rafles et l’envoi des enfants dans les camps de concentration. Mila décide de rejoindre une organisation juive de résistance en Savoie. Dorénavant elle accompagnera jusqu’à la frontière suisse des convois de réfugiés pour les mettre en sécurité.

Malheureusement les patrouilles allemandes surveillent les frontières et Mila refusera d’abandonner les enfants qu’on lui avait confiés. Elle fera partie de ces femmes qui seront déportées au camp de Ravensbrück avec Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Simone Veil

Des femmes exceptionnelles qui se sont battues pour la liberté.

Femmes en résistance, un grand travail collaboratif.

Pour parler de ces quatre femmes d’exception, il ne fallait pas moins de l’expertise d’Emmanuelle Polack historienne, accompagnée par la journaliste Dominique Missika. Ces deux femmes ont rédigé des dossiers documentaires des plus intéressants figurant à la fin de chaque tome.

Pour écrire et décrire aussi bien la vie et le courage de ces quatre femmes, les scénaristes Régis Hautière et Francis Laboutique ont eu la magnifique idée que de leur adjoindre deux femmes fictives. L’agent Gerda, par son action contestable en faveur du régime nazi, a servi de fil conducteur entre nos héroïnes. Claire, la narratrice, a avec ses recherches fait le lien entre ces femmes et leur action en faveur de la liberté face au régime du 3e Reich.

Mais l’originalité de cette série réside dans le fait que chacune de ces quatre héroïnes ait été confiée, à un et un seul dessinateur : Pierre Wachs pour Amy Johnson, Marc Veber pour Sophie Scholl, Ullcer pour Bertie Albrecht et Olivier Frasier pour Mila Racine. Ils ont su à la fois, donner vie à ces femmes tout en gardant une unité dans le dessin et dans l’époque. Un véritable défi surtout en ce qui concerne les personnages fictifs qui traversent ces quatre albums.

La colorisation, œuvre d’une seule et même personne, Dominique Osuch, permet de garder les mêmes tonalités tout le long de cette très belle et très intéressante série.

Une réussite à la puissance quatre.

Pas besoin d’être féru.e.s d’Histoire pour aborder cette intégrale de « Femmes en résistance » dont il faut par contre lire les quatre tomes dans l’ordre chronologique.

Avant d’être une leçon d’Histoire, cet album, ou plutôt ces albums sont des histoires et des hommages à des femmes. Des femmes qui se sont battues, au péril de leur vie, pour défendre leurs idées.

Leur point commun, la résistance face à l’envahisseur et à la barbarie nazie, quelles que soient leurs origines familiales, politiques, religieuses, sociales, géographiques.

Ces « Femmes en résistance » ouvrage que j’ai véritablement beaucoup apprécié et que je ne peux qualifier que d’indispensable pour effectuer un devoir de mémoire.

Article posté le mercredi 14 juillet 2021 par Claire Karius

Femmes en résistance de Polack, Hautière, Laboutique, Wachs, Veber, Ullcer, Frasier et Osuch
  • Femmes en résistance
  • Scénaristes : Régis Hautière et Francis Laboutique sur une idée d’Emmanuelle Polack
  • Dessinateurs : Pierre Wachs, Marc Weber, Ullcer et Olivier Frasier
  • Coloriste : Dominique Osuch
  • Editeur : Casterman
  • Prix : 25 €
  • Parution : 05 mai 2021
  • ISBN : 9782203224834

Résumé de l’éditeur : Les destins exemplaires de quatre femmes engagées. Pilote, étudiante, résistante ou simple volontaire, chacune a refusé la fatalité et décidé de prendre parti – de résister – durant le conflit de 39-45. Toutes, elles paieront cet engagement de leur vie. Amy Johnson, pilote britannique dont la passion et le talent pour l’aviation ont constitué un formidable défi face aux préjugés de son époque. Sophie Scholl, jeune étudiante munichoise, qui dénonce le régime nazi au travers d’actions non violentes. La française Berty Albrecht, qui s’est toujours battue pour l’éducation, l’indépendance et le droit de vote pour tous, les hommes comme les femmes. Et enfin Mila Racine, qui à tout juste 22 ans aide des enfants juifs à fuir l’occupant nazi.

À propos de l'auteur de cet article

Claire Karius

Claire Karius

Passionnée d'Histoire, Claire affectionne tout particulièrement les bulles qui abordent ces thèmes, mais pas seulement. Elle aime les lectures humaines et intimes qui savent l'émouvoir et lui donnent espoir en la vie. Elle partage sa passion sur sa page Instagram @fillefan2bd.

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