Jours de Sable

Avec Aimée de Jongh et son « Jours de Sable », découvrez le sort des fermiers de la « Dust Bowl » dans l’Amérique de la grande dépression…

Oklahoma, 1937, dans les rues de Washington

Cartons à dessin sous le bras, un jeune homme heurte un petit vendeur de journaux. Ne prenant pas la peine d’aider le malheureux, il se précipite à son rendez-vous. Il se prénomme John Clark, fils d’un célèbre photographe, et travaille actuellement comme photographe pour un journal local new-yorkais. Devant les photos des familles noires qu’il présente, le patron de FAS*, organisme gouvernemental de promotion de l’agriculture, l’engage sans délai.

Depuis le krach de 1929, l’Amérique subit une crise économique sans précédent et la FSA s’est donner pour mission de montrer aux Américains les conditions de vies de leurs agriculteurs. Il envoie John dans le Dust Bowl (bassin de poussière)où les conditions sont particulièrement difficiles…

*Farm Security Administration

Une autrice à suivre

Aimée de Jongh est un vrai coup de cœur pour moi. Je l’ai découverte (et interviewée) sur le très beau récit intimiste Le Retour de la Bondrée (scénario et dessin), puis retrouvé avec L’obsolescence programmé des sentiments (avec Zidrou au scénario). Sa marque de fabrique ? Des histoires humaines, souvent dramatiques, qu’elle met en scène en évoquant les émotions par des images sobres et évocatrices.

C’est donc avec une attente certaine que j’ai plongé dans ce nouveau one-shot (280 pages) qu’elle a mené en solo (scénario, dessin et couleurs).

Jours de sable : un documentaire…

Sur Jours de Sable, Aimé de Jongh nous fait suivre le parcours du jeune John Clark. Fils d’un un photographe célèbre et photographe lui aussi, il est missionné par l’agence gouvernementale de la FSA pour traduire en image les difficultés croissantes des agriculteurs dans la zone dite de la Dust Bowl.

Dans ce large territoire de plaine (qui couvre le Texas, le Kansas, le Nouveau-Mexique et le Colorado), la surexploitation des terres agricoles, cumulées à des années de sécheresse, ont provoqué des tempêtes de sable et de poussière.

La situation catastrophique réduit à la misère les familles d’agriculteurs sur place, les obligeant souvent à partir vers la Californie, pour y espérer un travail de saisonniers. C’est d’ailleurs le thème du fameux roman de John Steinbeck Les raisins de la colère, porté au cinéma en 1940 par John Ford.

C’est dans le cadre d’une grande campagne photographique historique lancée par la FSA, que John par en mission, armé de son seul appareil photo (en 1934, ils sont volumineux et peu mobiles),. Il se doit de traduire en images cette pauvreté extrême et faire prendre conscience aux Américains moins mal lotis de cette dure réalité.

Avec une approche quasi documentaire (des photos d’époque sont insérées en début de chapitres), Aimée de Jongh nous plonge dans cette réalité historique. Le sable qui couvre tout sans répit, pneumonie qui s’installe et tue les enfants, le désespoirs qui grignote l’âme des fermiers, elle traduit visuellement les découvertes du jeune new-yorkais avec sobriété et empathie. Lentement, doucement, elle nous fait rentrer dans le nuage de poussière de plus en plus dense, de plus en plus oppressant…

… et une œuvre de fiction avec du fond

Au-delà de cette démarche documentaire, il y a John et son rapport à l’image. En tant que photographe, as t’on le droit de mettre-en-scène ce que l’on voit pour mieux le signifier, la dramatiser ? Un crâne de bœuf prend-elle plus de sens sur une terre craquelée ? Une famille de fermiers sont-ils plus parlants si on ne montre que les enfants pour évoquer les orphelins ?

Profondément, les conflits que John doit résoudre sont encore plus complexes. Pourquoi est-il devenu photographe ? Par atavisme familial, vraiment ? Et surtout, est-ce que les photos peuvent traduire les émotions ? Comment faire comprendre le désespoir des fermiers, la chaleur insupportable de la nuit et le sentiment d’étouffement ? C’est sur cette recherche de sens qu’Aimée de Jongh nous invite à réfléchir avec son héros.

Dessin et couleurs

Sur Jours de Sable, l’auteure compose un visuel semi-réaliste à coups de grandes cases immersives. Ses personnages sont traités avec beaucoup de rondeur, un peu cartoon, tandis que les décors, eux, sont le plus réalistes possible. Les couleurs, tout en camaïeux d’ocre, permettent de s’immerger dans ce décor oppressant.

Alors, prêt pour une immersion dans un océan de sable et de poussière. Suivez la guide avec Aimée de Jongh et son superbe Jours de Sable.

Article posté le lundi 31 mai 2021 par jacques

Jours de Sable de Aimée de Jongh (Dargaud)
  • Jours de Sable
  • Autrice : Aimée de Jongh
  • Editeur : Dargaud
  • Prix : 29,99 €
  • Parution : 19 mai 2021
  • ISBN : 9782505082545

Résumé de l’éditeur : Washington, 1937. John Clarke, journaliste photoreporter de 22 ans, est engagé par la Farm Security Administration, l’organisme gouvernemental chargé d’aider les fermiers victimes de la Grande Dépression. Sa mission : témoigner de la situation dramatique des agriculteurs du Dust Bowl. Située à cheval sur l’Oklahoma, le Kansas et le Texas, cette région est frappée par la sécheresse et les tempêtes de sable plongent les habitants dans la misère. En Oklahoma, John tente de se faire accepter par la population. Au cours de son séjour, qui prend la forme d’un voyage initiatique, il devient ami avec une jeune femme, Betty. Grâce à elle, il prend conscience du drame humain provoqué par la crise économique. Mais il remet en question son rôle social et son travail de photographe…

À propos de l'auteur de cet article

jacques

jacques

Designer Digital, je lis et collectionne les BD depuis belle lurette. Ex Rédacteur en chef d’Un Amour de BD, j’aime partager ma passion pour ce média, et faire découvrir les pépites que je croise. Passionné par la narration sous toutes ses formes, je suis persuadé qu’une bonne BD a autant de qualités qu’un autre produit culturel (film, livre, disque…) et me fais fort de vous l’expliquer.

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