Entretien avec Ludovic Monnier, Galeriste

Au sein de la galerie d’art et de bande dessinées « Achetez de l’Art », partez à la découverte du métier de galeriste avec le portrait de Ludovic Monnier.

Pour les murs de Comixtrip et faire ainsi les présentations, pourrais-tu nous exposer ton portrait, ton parcours et la galerie « Achetez de l’Art » ?

Ça fait 9 ans que je travaille dans la galerie et l’événementiel autour de la bande dessinée et de l’illustration. J’ai commencé dans une galerie parisienne classique, puis j’ai créé, développé et présidé une association de promotion des Arts Visuels (L’Oeil de Jack). Dans ce milieu très concurrentiel, je me suis aperçu que je ne pouvais pas travailler avec les auteurs les plus en vue.

En ouvrant mon activité de galeriste, par exemple avec des liens sur certains libraires (BD Net, Bulles de Salon), j’ai commencé à approcher des jeunes auteurs de BD émergents, innovants (Mathieu Bablet, Julie Rocheleau…). Je me suis aussi intéressé à ceux qui faisaient de l’auto-édition, comme José Roosevelt (Ce).

Plus tard, je me suis connecté aux éditeurs, pour connaître les plannings prévisionnels de sortie, car je n’attends pas qu’un album trouve le succès en librairie pour organiser une exposition.

Au-delà des originaux, tu proposes des éditions (tirages d’arts…) éditées par la galerie. Pourquoi ce choix ?

L’idée du fondateur de Achetez de l’Art était de démocratiser l’Art et d’aller vers un public qui n’osait pas pousser les portes d’une galerie. En parallèle des planches originales, on propose un, deux, trois Print afin de sensibiliser le public qui ne peut pas s’acheter un original, avec de très courts tirages.
Ça fonctionne bien et ça renforce notre modèle économique, puisque nous assurons l’intégralité de la prestation.

Selon toi, quelles sont les qualités et compétences essentielles pour être galeriste ? Ces savoirs être et faire sont-ils transposables pour tous les arts ou est-ce que exposer le 9e art nécessite des compétences singulières ?

La qualité essentielle à avoir est d’être un passionné. On ne s’improvise pas galeriste si on n’est pas passionné par le sujet que l’on va proposer, et en ce qui me concerne c’est notamment la bande dessinée et sa lecture depuis que je suis gamin.

La compétence principale est l’empathie c’est-à-dire la capacité à se mettre à la place de l’autre. Une attitude et une relation que j’ai tant avec les artistes avec lesquels je collabore et que je représente qu’avec mes clients.

Je me considère comme un intermédiaire du plaisir, j’ai beaucoup d’affection avec les artistes et je vais servir de médiateur pour que les clients puissent à leur tour ressentir un élan du cœur car c’est ici un achat passion et non vital donc on est sous le vecteur de la transmission de la passion.

De base, je suis sensible à tous types d’arts visuels (peinture, photographie, sculpture…) mais la particularité du milieu de la bande dessinée c’est que c’est lié également à un ouvrage, à un scénario, une histoire donc la spécificité du 9ème art c’est qu’il y a derrière aussi l’amour du livre, de l’écrit.

Comment choisis-tu les artistes (BD) qui exposent chez toi ?

Une collaboration est choisie sur un coup de foudre graphique. Ça part du visuel, mais ce n’est pas que ça.

Est-ce que la bande dessinée a une place particulière aujourd’hui dans le marché de l’Art ?

Tout à fait. Il faut une bonne fois pour toute arrêter de se poser cette question que j’entends depuis dix ans. Bienheureux sont ceux qui ne se sont pas posés cette question à l’époque et qui ont pu acquérir des planches d’auteurs emblématiques.

Il y a longtemps qu’un petit groupe d’amateurs d’Art ont compris que l’Art de la bande dessinée avait parfaitement sa place dans ce marché. En ce qui me concerne, j’ai toujours considéré que c’est de l’expression artistique, donc de l’Art.

Ludovic Monnier, quelles sont les grandes étapes à identifier dans la planification d’une exposition ?

La phase 1 est d’identifier si l’artiste est engagé avec une autre galerie concurrente. Il faut aussi se tenir perpétuellement au courant des actualités des artistes, connaître les projets en cours et avoir une longueur d’avance sur le sujet. Il faut également déterminer si la création sera traditionnelle ou numérique, ce qui peut varier d’un titre à l’autre. Cette première phase est nécessaire pour savoir si on enclenche un projet potentiel d’exposition

La phase 2 c’est de faire une proposition concrète à l’artiste et sélectionner les planches qui seront exposées.

Puis la phase 3, c’est la fixation des prix de vente. C’est la résultante d’un apprentissage, un exercice à acquérir pendant son expérience. Il faut savoir si l’artiste a peu ou beaucoup vendu, s’il y a beaucoup d’œuvres sur le marché et connaître la cote de l’artiste (si une création ou un développement de cote).

Dans le cadre de l’offre et la demande, j’essaye de canaliser l’engouement des acquéreurs pour faire en sorte que chacun des passionnés puissent, selon leurs revenus, pouvoir potentiellement acquérir une planche.

Au sein d’une exposition, comment sont sélectionnés les planches et/ou illustrations exposées ?

On peut considérer que les planches les plus intéressantes dans une bande dessinée sont les planches clefs de l’histoire.

Sur l’exposition de Mathieu Bablet, l’auteur a décidé que l’exposition se limiterait à 30 pages sur plus de 300 pages. Je ne pouvais pas prendre mes 30 planches préférées. C’est un exercice difficile. Dans un premier temps, je n’arrivais pas à descendre sous 55 planches sélectionnées. Je vais sélectionner des planches que je trouve esthétiquement belles, qui respectent le contenu de l’album et peuvent s’envisager isolées et encadrées sur un mur.

En complément, je laisse toujours aux artistes le choix de leurs deux planches préférées.

Dans le cas de Laurent Bonneau, je me suis fié à mon intuition. Surtout dans le cas d’auteurs qu’on a déjà exposé, on capte ce que le public affectionne particulièrement.

Profitons de cette belle exposition. Pourrais-tu nous partager les deux planches qui te procurent le plus d’émotion et nous exprimer ton regard ?

J’ai énormément d’admiration pour Laurent Bonneau avec qui j’ai une relation de confiance depuis plusieurs années, il m’a offert sa confiance sur les choix des planches.

Mes deux planches préférées seraient :

Cette planche, en elle-même, c’est l’étreinte. C’est l’histoire du personnage et de son histoire d’amour, la disparition de l’être cher, de sa perte. J’aime beaucoup sa composition car elle dégage une profonde douceur. Le personnage est torturé à plusieurs moments du livre et là on est dans l’apaisement. J’aime aussi le choix de la disposition du couple en plein centre de cette pleine page et le choix du traitement graphique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Celle-ci est esthétiquement très parlante. J’aime beaucoup le traitement que Laurent Bonneau a fait de cette planche originale avant la colorisation numérique et le fait qu’il ait utilisé du crayon rouge. C’est une planche exceptionnelle car elle est très cinématographique, on part de la case du haut, on fait un traveling arrière et on prend conscience que le protagoniste, qui est sculpteur, se retrouve dans une situation qui l’a totalement emprisonné et tout le propos de l’étreinte est là : comment va-t-il sortir de cette tragédie qui met des barreaux autour de lui ?

En quelques mots, cette exposition est vraiment représentative de ma raison d’être, c’est une exposition d’un artiste libre et affranchi qui constamment dans sa création se remet en question, un trait de caractère qui m’anime dans ce que je fais.

C’est un réel plaisir de dévoiler cette exposition émotionnelle au public.

 

 

 

 

 

 

 

 

Entretien réalisé le samedi 3 juillet 2021 par Gwenaëlle Favrais & Jacques Viel
Article posté le mercredi 07 juillet 2021 par jacques

À propos de l'auteur de cet article

jacques

jacques

Designer Digital, je lis et collectionne les BD depuis belle lurette. Ex Rédacteur en chef d’Un Amour de BD, j’aime partager ma passion pour ce média, et faire découvrir les pépites que je croise. Passionné par la narration sous toutes ses formes, je suis persuadé qu’une bonne BD a autant de qualités qu’un autre produit culturel (film, livre, disque…) et me fais fort de vous l’expliquer.

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