Comixtrip https://www.comixtrip.fr La bande dessinée du monde, le monde de la bande dessinée Fri, 25 May 2018 07:57:27 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9.5 Fruits Basket : nouvelle édition perfect https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/fruits-basket/ https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/fruits-basket/#respond Thu, 24 May 2018 09:05:49 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=bibliotheque&p=49569 Fruits Basket est une série apparue en 1998. A l’origine, ce manga est sorti par chapitre dans la revue japonaise Hana to yume et fut ensuite compilé en 23 volumes. En France, c’est Akata/Delcourt qui a publié l’intégralité de la série. Au Japon, ce manga a connu un franc succès, raflant plusieurs prix et fut […]

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Fruits Basket est une série apparue en 1998. A l’origine, ce manga est sorti par chapitre dans la revue japonaise Hana to yume et fut ensuite compilé en 23 volumes. En France, c’est Akata/Delcourt qui a publié l’intégralité de la série. Au Japon, ce manga a connu un franc succès, raflant plusieurs prix et fut adapté en anime. 20 ans après la sortie initiale, Delcourt/Tonkam (Hikari-Man, Rumic World 1 or W) décide de ressortir une nouvelle édition de Fruits Basket à travers 12 doubles volumes.

Fruits Basket : une histoire de légende

Le manga se base sur une ancienne légende chinoise. La légende des douze animaux est souvent remaniée. Il est question soit d’un dieu soit d’un empereur. Dans les deux cas, les animaux doivent venir se présenter devant lui et devenir ainsi l’un des signes astrologiques. En devenant un signe astrologique, l’animal en question ne sera plus persécuté par l’Homme. Mais l’un d’eux, le rat, rusa pour arriver le premier, et éliminer de l’équation le chat. Il ne réveilla pas le chat à temps, et celui-ci ne fut jamais parmi les douze animaux du zodiaque. Le rat, lui, s’est caché sur le bœuf, et descendit au dernier moment, devenant le premier à arriver.

Fruits Basket : une histoire d’âmes maudites

Sur fond de cette légende, nous retrouvons Tohru, orpheline de seize ans qui a décidé, après la mort tragique de sa mère, de vivre seule. Elle loge sous une tente au milieu d’un terrain qu’elle croit abandonné. En fait, ce terrain appartient à la famille Sôma, une famille maudite. 13 membres de cette famille se transforment en l’un des douze animaux du zodiaque, ainsi qu’en ce malheureux chat, chaque fois qu’ils sont approchés de trop près par une personne du sexe opposé, ou qu’ils sont trop fatigués. Tohru va être amenée a vivre avec deux de ses membres, et va très vite découvrir ce secret, et le vivre (ou plutôt le supporter) quotidiennement…

Fruits Basket est une sympathique série de Natsuki Takaya pour se détendre, s’évader et lire les déboires d’une famille maudite ainsi que les espoirs d’une jeune fille en quête d’indépendance. Cette édition Perfect est non seulement en double volumes, mais contient également des illustrations et des bonus inédits.

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Canetor : Brico queen https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/canetor-brico-queen/ https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/canetor-brico-queen/#respond Thu, 24 May 2018 08:42:04 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=bibliotheque&p=49587 Créé par Charlie Schlingo et Michel Pirus, Canetor est de retour dans de nouvelles aventures. Edité par Glénat, Brico Queen met en scène le gentil canard, sa sœur, sa fiancée et son nouvel amour. Un album décalé à l’humour absurde : une petite pépite. Accident Comme à son habitude, Canetor bricole. Il aime ça et […]

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Créé par Charlie Schlingo et Michel Pirus, Canetor est de retour dans de nouvelles aventures. Edité par Glénat, Brico Queen met en scène le gentil canard, sa sœur, sa fiancée et son nouvel amour. Un album décalé à l’humour absurde : une petite pépite.

Accident

Comme à son habitude, Canetor bricole. Il aime ça et passe sa vie des outils en main. Il doit réparer une grande brèche dans le toit de sa maison. Il vit dans un petit pavillon avec Canetorrette, sa fiancée et Canetorine sa sœur pas très agréable.

Canetorette met un vase sur la margelle où travaille Canetor. La planche cède sous le poids et l’ensemble des outils tombe sur la tête de la jolie canne. Elle est alors transportée à l’hôpital.

Son cœur fait boum

Entre sa sœur que se goinfre de chocolats et Canetorrette qui n’est pas au mieux, Canetor se sent très mal. Un jour, il croise Carlotta dans les couloirs de l’hôpital. Il faut souligner que la jeune femme aime le bricolage. Il n’en fallait pas plus au caneton pour succomber à son charme.

Quelques jours plus tard, Carlotta vient aider Canetor pour bricoler chez lui. Les deux se rapprochent irrémédiablement.

Sur les conseils de son psychologue, Canetorrette tente de rendre jaloux son fiancé en se rapprochant de Lil’Egg, un œuf pas très beau, mal rasé et souvent aviné…

Canetor : absurde et drôle

C’est en 2004 que Charlie Schlingo et Michel Pirus créent Canetor dans les pages de Coin-Coin, un supplément de Picsou Magazine. Les planches seront ensuite reprises en album aux Requins Marteaux. Petit caneton serviable et amateur éclairé de bricolage, il est en couple avec Canetorrette, un peu nigaude. Tous deux habitent un pavillon avec Canetorine, sa sœur un peu mégère.

A travers ces épisodes, le duo donne sa pleine mesure. Des saynètes drôles absurdes parfois faites de non-sense mais surtout bourrés de second degré. Si Canetor peut être lu par les plus jeunes (une histoire d’amour), les plus âgés se régaleront de sous-entendus.

Brico Queen : la jalousie comme arme

Disparu en 2005, Charlie Schlingo (auteur dans différentes revues : Hara-Kiri, Charlie Hebdo, Psikopat, L’écho des savanes, La mouise, Zoo ou Ferraille, ainsi que d’une vingtaine d’albums), les aventures de Canetor se sont alors arrêtées. Michel Pirus a tenté un retour avec quelques pages dans Pandora, la revue Casterman. Un retour réussi !

Dans ce nouvel album de Canetor, Michel Pirus (Rose profond avec Jean-Pierre Dionnet), seul aux manettes, imagine une histoire sur le thème universel de l’amour. Le duo Canetor/Canetorrette est rejoint par Carlotta. Exact opposé de la fiancé du canard, elle a avait tout pour le charmer, notamment par son goût pour le bricolage. Le thème de l’usure dans le couple est aussi sous-entendu dans l’album.

Essayant de récupérer son amoureux, Canetorrette tentera de le rendre jaloux. L’auteur du merveilleux Le roi des mouches (avec Mezzo) fustige au passage, le rôle des pseudo-psychologues qui donnent de mauvais conseils.

Composé de chapitres, eux-même composés de scènes en deux planches, cela forme néanmoins une longue histoire portée par une superbe partie graphique. Le dessin est très stylisé pour les personnages principaux (un bec rectangulaire, une grosse tête et des yeux ronds aux pupilles elles aussi rectangulaires) et des décors qui fourmillent de détails. A noter que Lil’Egg ressemble comme deux gouttes d’eau à Humpty Dumpty, l’œuf de Alice au pays des merveilles.

Canetor : on est charmé par cette nouvelle histoire du canard bricoleur. Une suite, vite !

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Lune du matin https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/lune-du-matin/ https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/lune-du-matin/#respond Tue, 22 May 2018 08:46:01 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=bibliotheque&p=49513 Dans une Italie sous une chaleur étouffante, le lecteur suit 24h de la vie de Tommi, un jeune adolescent qui ne sait plus trop où il en est. Francesco Cattani nous emporte dans ce tourbillon urbain et désenchanté avec Lune du matin, un superbe roman graphique édité par Atrabile. Chaleur étouffante Un hiver en Italie. […]

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Dans une Italie sous une chaleur étouffante, le lecteur suit 24h de la vie de Tommi, un jeune adolescent qui ne sait plus trop où il en est. Francesco Cattani nous emporte dans ce tourbillon urbain et désenchanté avec Lune du matin, un superbe roman graphique édité par Atrabile.

Chaleur étouffante

Un hiver en Italie. Tommi et son frère – un peu voyou et tire-au-flanc – doivent échapper à leur propriétaire qui leur réclame des loyers impayés.

Après une course-poursuite dans la maison, ils montent dans leur voiture. Ils ont chaud, très chaud. Surprenant en pleine hiver, les ouvriers de la ville installent les décorations de Noël, en short !

Pendant le trajet, c’est le plus petit – Tommi – qui fait la morale à l’aîné : il lui demande s’il est allé au bureau du chômage et souligne que leur mère se saigne pour qu’ils ne manquent de rien. Lui n’en a que faire, il tente de soustraire de l’argent à son petit frère.

Lycée

A peine arrivé au lycée , Tommi est interpellé par sa camarade qui vient d’être surprise avec sa petite amie dans les toilettes. Elles ont peur que la proviseur prévienne leurs parents.

De son côté, le grand frère fait du charme à Terri, la belle professeur des écoles. Le reste de la journée, il la passe dans sa voiture décapotable et tente de refourguer ses vieux DVD porno dans un sex-shop.

Lune du matin : tourbillon de vie(s)

Après Baracazza en 2011, Francesco Cattani revient avec Lune du matin, un superbe roman graphique sur l’Italie contemporaine, celles des années 2010. A travers le personnage de Tommi, il dépeint cette Italie à la dérive, pauvre et qui survit comme elle peut. Les petites arnaques s’entremêlent à l’école et au travail.

Tout va très vite dans Lune du matin. L’auteur italien emporte son lecteur dans un tourbillon de vies qui vont et viennent pour se rapprocher à la fin de l’album, une fin inexorable. Des professeurs, des ouvriers, des lycéen.n.e.s, des clients de sexe shop et un serveur chinois, tout se bouscule dans cette histoire âpre et forte.

Cette folie est aussi visible dans le rapport aux corps : Tommi – adolescent – qui aimerait lui aussi toucher des filles, ses deux amies qui s’aiment ou son grand frère qui drague tout ce qui bouge. Cette période charnière mais délicate perturbe le jeune héros qui pourtant semble plus mature que son aîné qui a passé la vingtaine.

Climat et grève

Lune du matin bénéficie d’une toile de fond sociale et sociétale intelligente. Francesco Cattani sous-entend les rapports au travail : les ouvriers de l’usine qui se mettent en grève par peur d’être remplacés par des robots, ainsi qu’un management pyramidal avec un classement noté des employés. Cette entreprise est en cela d’une grande violence envers les hommes qu’elle emploie.

La violence est aussi perceptible dans les rapports entre Tommi et ses camarades de lycée, qui n’hésitent pas à le frapper, devenant ainsi leur souffre-douleur. Sans oublier, un professeur qui publie sur les réseaux sociaux la danse du jeune adolescent habillé alors en fille. Cette soudaine viralité n’est pas pour arranger les tensions avec ses harceleurs.

Le lieu où habitent ces femmes et ces hommes est aussi important pour la tension narrative. Cette ville est sans âme et laissée à l’abandon.

Lune du matin se déroule aussi sous un canicule étonnante pour un hiver en Italie. Elle joue un rôle important dans les rapprochements des corps. Une sorte de printemps en hiver qui fait frétiller les hormones des garçons. Francesco Cattani parlerait-il aussi du réchauffement climatique ? Cette tension due à la chaleur était déjà visible dans son précédent ouvrage, Barcazza.

L’album est porté par une partie graphique graphique simple mais d’une redoutable efficacité. Le gris mêlé au noir apporte de la chaleur (la canicule) mais aussi de la tension.

Lune du matin : Après Cosmo de Marino Neri, les éditions Atrabile dévoilent un récit dans la même veine réaliste. Une histoire forte et intelligent, un tourbillon moderne qui marque le lecteur !

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Paul à Montréal https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/paul-a-montreal/ https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/paul-a-montreal/#respond Mon, 21 May 2018 08:54:28 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=bibliotheque&p=49484 La société des célébrations du 375e anniversaire de Montréal a retenu le projet de la maison d’édition La Pastèque : un parcours pédestre tout en bande dessinée pour découvrir la ville. L’auteur des « Paul », Michel Rabagliati a planché sur ce très beau projet et propose Paul à Montréal, un très beau livre qui reprend les […]

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La société des célébrations du 375e anniversaire de Montréal a retenu le projet de la maison d’édition La Pastèque : un parcours pédestre tout en bande dessinée pour découvrir la ville. L’auteur des « Paul », Michel Rabagliati a planché sur ce très beau projet et propose Paul à Montréal, un très beau livre qui reprend les 12 illustrations dispersées dans la cité canadienne en 2017.

De Ville-Marie à Montréal

Pendant 4000 ans, entre 2400 avant notre ère et 1642, l’île de Montréal est peuplée de tribus amérindiennes mais c’est à cette date qu’une cinquantaine de Français dont Jeanne Mance et Paul de Chomedey de Maisonneuve débarquent sur les lieux et fondent Ville-Marie qui prendra par la suite le nom de Montréal.

Du séisme de 1732 au Bixi – la bicyclette en libre service – en 2008, Paul à Montréal revient sur les moments importants et les personnalités qui ont fait de la ville, une des villes principale du Canada.

Le lecteur découvre ainsi que l’horloge du Vieux Séminaire serait un cadeau de Louis XIV à la ville, que le plus vieil arbre aurait 370 ans, que Marcellus Gilmore Edson aurait inventé le beurre d’arachide en 1884, que la série de matchs de hockey de la Coupe Stanley entre Montréal et Seattle en 1919 n’a jamais été achevé à cause de la grippe espagnole, que les cimetières de la ville comptent de nombreuses victimes du naufrage du Titanic, que le Montréalais Jacob Schick inventa le premier rasoir électrique ou que l’hiver le plus froid fut celui de 1957 avec -38°C !

Tablier rouge

Pour Paul à Montréal, Michel Rabagliati a donc compilé des anecdotes souvent très drôles sur la ville. Sur fond rouge, l’auteur québécois les mets en scène par trois (un dessin en noir et blanc, un dialogue et un court texte explicatif). C’est avant tout une démarche fantaisiste et humoristique plus qu’historique qu’a voulu l’auteur dans son approche du projet. Ces planches alternent dans l’artbook avec les 12 illustrations au format panoramique qui ont été agrandies pour le parcours pédestre.

Alors que Frédéric Gauthier – cofondateur des éditions La Pastèque – lui avait dit que ce projet lui prendrait seulement une grosse semaine, Michel Rabagliati l’a terminé sept mois plus tard ! Il faut dire que la taille des dessins agrandit a exigé de la minutie.

Pour chaque panneau, l’auteur de Paul à Québec et Paul dans le Nord met en scène son personnage fétiche à travers les périodes historiques et dans diverses situations. Pour le premier, se déroulant au XVIIe siècle, Paul court après une jeune femme ayant fait tomber son tablier rouge à pois blancs pour lui rendre. Ainsi, chaque illustration va reprendre cette course-poursuite entre la femme et le jeune homme.

En noir et blanc rehaussé de teintes de gris, les dessins du Montréalais sont magnifiques de douceur et fourmillent de détails en arrière-plan concernant la ville. Ainsi, le tablier est en couleur pour être immédiatement repérable par le lecteur.

Paul à Montréal : un site, une carte, une exposition

Pour l’occasion, Michel Rabagliati avait mis en ligne un site Paul à Montréal (plus disponible) afin de donner toutes les indications aux futurs visiteurs du parcours. Ainsi, ils étaient plus de 10 000 à l’emprunter avec à la main, une carte publiée pour l’occasion pour une déambulation qui durait une quarantaine de minutes.

Une exposition reprenant les illustrations de Paul à Montréal fut présentée en France pendant le Festival BD Lyon et On a marché sur la bulle à Amiens l’an dernier.

A noter que Michel Rabagliati travaille actuellement sur un neuvième opus de Paul à… qui se déroulera quinze ans après Paul à Québec.

Paul à Montréal : un superbe artbook, à lire pour le plaisir ! Avec ce recueil, il donne envie de découvrir la ville : mission accomplie !

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Bédélys Québec : les lauréats de la 19e édition https://www.comixtrip.fr/actualites/bedelys-les-laureats-de-la-19e-edition/ https://www.comixtrip.fr/actualites/bedelys-les-laureats-de-la-19e-edition/#respond Sun, 20 May 2018 08:03:22 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=actualites&p=49466 Hier soir, samedi 19 mai, fut dévoilée la liste des lauréats de la 19e éditions des Prix Bédélys, qui récompensent les meilleures bandes dessinées publiées ou diffusées au Québec en 2017. Cette soirée était organisée par Promo 9e art à l’espace ECTO. Siris, Julie Delporte, Isabelle Greenberg, Jonathan Garnier & Rony Hotin furent distingués. Chaque […]

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Hier soir, samedi 19 mai, fut dévoilée la liste des lauréats de la 19e éditions des Prix Bédélys, qui récompensent les meilleures bandes dessinées publiées ou diffusées au Québec en 2017. Cette soirée était organisée par Promo 9e art à l’espace ECTO. Siris, Julie Delporte, Isabelle Greenberg, Jonathan Garnier & Rony Hotin furent distingués. Chaque lauréat est reparti avec une sculpture inédite signée Karl Dupéré-Richer.

Bédélys : la liste des lauréats 2018

Après le prix Bédéis Causa du Festival BD de Québec, la superbe autobiographie de Siris rafle une nouvelle récompense avec le prix le plus important Bédélys, celui d’un auteur du cru publié à Québec. Comme il l’avait confié à Damien Canteau dans une très belle interview : « Mon album, c’est comme une catharsis, une libération ». Un prix qui en appel d’autres : Angoulême ?

  • Prix spécial du jury : Moi aussi je voulais l’emporter de Julie Delporte (Pow Pow)

Partie à la recherche de modèles féminins comme Tove Jansson – créatrice des Moomin – l’autrice a réalisé une superbe bande dessinée mettant aussi en lumière la place des femmes dans nos sociétés contemporaines.

De nouveau le jury a voulu récompensé une œuvre féministe portée par une autrice de talent. Comme le soulignait Damien Canteau dans sa chronique de l’album : « Construit comme une fable par Isabel Greenberg, le récit mélange avec une extrême habileté l’Histoire, le fantastique et la poésie. Malgré le propos sombre, l’autrice britannique apporte une infinie douceur à son album ».

  • Bédélys Jeunesse : Momo tome 1 de Jonathan Garnier et Rony Hotin (Casterman), lire notre chronique

Un nouveau prix pour Momo ! Ce diptyque cumule les récompenses et c’est amplement mérité. La plus belle bande dessinée Jeunesse 2017 selon Comixtrip est une œuvre rare, intelligente, douce et tendre. Comme le soulignait Damien dans sa chronique : « Enormément de tendresse, de douceur et de chaleur transpirent dans ce premier opus. Momo possède un charme à la fois désuet, mélancolique et nostalgique et cela fait du bien fou ! »

  • Bédélys indépendant : Contacts de Mélanie Leclerc

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Sous un ciel nouveau https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/sous-un-ciel-nouveau/ https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/sous-un-ciel-nouveau/#respond Sat, 19 May 2018 16:40:05 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=bibliotheque&p=49443 Les éditions Ki oon proposent Sous un ciel nouveau, un superbe recueil de quatre histoires signées Kei Fujii et Cocoro Hirai. Plongée dans un Japon fait d’anonymes dont l’existence bascule pour un petit rien. Sous un ciel nouveau (récit en 3 chapitres) Un couple âgé, Tomé et Genjiro, possède un joli mais désuet restaurant au […]

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Les éditions Ki oon proposent Sous un ciel nouveau, un superbe recueil de quatre histoires signées Kei Fujii et Cocoro Hirai. Plongée dans un Japon fait d’anonymes dont l’existence bascule pour un petit rien.

Sous un ciel nouveau (récit en 3 chapitres)

Un couple âgé, Tomé et Genjiro, possède un joli mais désuet restaurant au bord de la mer. Ils sont les heureux parents de Ruyta, leur fils marié à Atsuko et père de Takashi et Yuriko.

Un  jour, la vieille femme décroche le téléphone et une voix au bout annonce l’impensable : son fils a eu un accident de voiture. La belle-fille est morte sur le coup, tandis que Ryuta a tout juste le temps d’ouvrir les yeux pour faire promettre à ses parents de s’occuper de ses enfants.

Quelques jours plus tard, le couple reçoit la clef du restaurant de leur fils. Le Café Crab Creek était très apprécié des Tokyoïtes. Avec l’aide de Hiroyuki, ils décident de rouvrir le restaurant…

Le gant de base-ball de maman

Naoto vit avec son père depuis que son père a disparu. Alors qu’il feuillette l’album de ce dernier, il s’arrête sur un cliché de son géniteur habillé en base-balleur. Il est heureux parce que lui même pratique ce sport adoré des Japonais. Sa mère achète alors un gant pour elle afin de l’entrainer…

Un bel enfant

Yayoi sort d’une agence matrimoniale. Sawada la repère, la suit jusqu’à la librairie où il lui offre un exemplaire du livre Le rouge et le noir.

Juste après il l’invite à boire un verre et la demande directement en mariage ! Pourquoi si soudainement et si rapidement ?

La dernière leçon

Stade de base-ball. Deux équipes professionnelles s’affrontent : les Giants et les Tigers. Dans la première équipe se trouve Abe et dans la seconde Date. Tous les deux vont prendre leur retraite à la fin du match; mieux, ils se connaissent depuis l’enfance, ils sont amis. Reviennent alors en mémoire des souvenirs d’enfance et ils se rappellent notamment de ce professeur en fin de vie…

Sous un ciel nouveau : superbe recueil d’histoires

Sous un ciel nouveau est un très beau recueil de quatre histoires où des petits instants magiques font basculer des destins. Pour chaque récit – au début – il y a un drame (un fils qui meurt, un père absent, un homme mystérieux ou une professeur qui se sait condamné), un nœud fort dans la vie de simples anonymes qui se transforme en moments positifs (la réouverture du restaurant, un mariage, une mère qui joue avec son fils ou le passé joyeux qui resurgit). La grande justesse de ton et le réalisme des récits plaisent tout de suite dans ce manga.

Entrepreneur et informaticien, Kei Fujii imagine de très belles histoires qu’il a proposé à Cocoro Hirau de mettre en image dans un premier temps sur une plateforme de création de mangas en 2007. Sous un ciel nouveau est un succès immédiat (1 million de lecteurs en 4 jours !) et reçoit une recommandation lors du Japan media art festival.

Comme le souligne le scénariste dans la postface pour la première histoire : « La transmission s’effectue dans un ordre inhabituel : de la deuxième génération à la première puis à la troisième. J’ai donc imaginé un quotidien teinté de tristesse et ponctué par des moments de tendresse […] ».

Quant à Cocoro Hirai, elle dira du deuxième récit : « Je pense que tout le monde a un endroit gravé dans le cœur, et j’ai voulu partager ce sentiment avec le lecteur ».

Pour Un bel enfant, Kei Fujii confie : « Quand on aime quelqu’un, on a tendance à se voiler la face, même si on a le sentiment que quelque chose ne tourne pas rond ». C’est le cas de Yayoi envers Sawada. Elle sent que cet homme cache un lourd secret.

« J’ai trouvé le personnage du professeur qui, sachant ses jours comptés, fait part de son désarroi à ses élèves avec la plus grande honnêteté, à la fois beau et profondément humain » souligne la dessinatrice pour parler de La dernière leçon.

Après Coffee time, Underwater ou Souvenirs d’Emanon, la collection Latitudes des éditions Ki oon s’enrichit d’un nouveau très beau manga !

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Sunny Sunny Ann ! https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/sunny-sunny-ann/ https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/sunny-sunny-ann/#respond Sat, 19 May 2018 09:28:19 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=bibliotheque&p=49406 Ann vit dans sa voiture et parcourt les routes sans but précis. Cette liberté, elle la chérit comme un bien précieux. Miki Yamamoto imagine ce surprenant road-trip dans Sunny sunny Ann ! un seinen tendre et fort. « Elle a un toit, des fenêtres et des portes. Mais ce n’est pas une maison. » Dans la trentaine, […]

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Ann vit dans sa voiture et parcourt les routes sans but précis. Cette liberté, elle la chérit comme un bien précieux. Miki Yamamoto imagine ce surprenant road-trip dans Sunny sunny Ann ! un seinen tendre et fort.

« Elle a un toit, des fenêtres et des portes. Mais ce n’est pas une maison. »

Dans la trentaine, Ann est un femme gironde et callipyge qui vit dans sa voiture. Toute sa vie est à l’intérieur de cette carrosserie qui commence à prendre de l’âge. Elle parcourt les routes au gré de ses envies même si elle a de petites habitudes comme d’aller dans une station service.

Après avoir donné « à boire » à sa fidèle compagne, elle n’hésite pas à se déshabiller pour se laver à jet d’eau. Non loin de là, le propriétaire ne perd pas une miette de la scène. Il faut souligner qu’ils ont l’habitude de faire des corps à corps sensuels sans que la femme du pompiste ne le sache. En contrepartie, elle reçoit de l’argent; l’argent de la liberté, qui lui permet de vivre comme elle l’entend.

Fuir

Après avoir dépensé sans compter l’argent de sa nouvelle passe, elle partage un peu de temps avec deux enfants qu’elle connait. La musique à fond, le trio se dandine sur le capot de la voiture.

Dans la ville voisine endormie, elle est prise à partie par un jeune. Elle lui casse une bouteille sur la tête. Cela ne semble que partie remise. En effet, la nuit suivante, il revient avec un ami. Ils forcent la vitre et viole la pauvre Ann. C’était mal la connaître, elle met le feu à sa voiture, les deux gars à l’intérieur. Elle doit alors fuir…

Sunny sunny Ann : un très bel hymne à la liberté

Publié au Japon en 2012 dans la revue Morning des éditions Kodansha, Sunny Sunny Ann ! est un formidable hymne à la liberté. Miki Yamamoto dévoile une superbe histoire tendre, forte et emplie d’émotions. Ann, son héroïne, ne s’embarrasse pas des conventions. Ce qu’elle préfère, c’est d’engranger des kilomètres à bord de sa voiture. Pas pudique, elle aime le bon vin et la bonne chair. Rien ne l’arrête, ni les villes, ni les limites.

Nous aimons ce style de femme : désinvolte, généreuse avec les autres (avec les deux enfants notamment), forte et qui assume son corps. D’ailleurs, elle n’hésite pas à le vendre pour toujours être libre. Mais cette autonomie est mise à mal après le meurtre des deux hommes. Ann doit fuir pour ne pas être rattrapée, enchaine ainsi d’autres bourdes mais aussi des rencontres surprenantes (une jeune femme mariée à un vieillard riche). Le lecteur ne sait pas grand chose de cette femme, de son passé et du pourquoi elle mène cette vie. Peu importe, il suit cette tranche de vie et cela lui suffit.

Ann, femme moderne

Cette modernité dans le ton est très appréciable à toutes les pages. Miki Yamamoto fait de Sunny sunny Ann ! un très beau portrait de femme. Née en 1986, l’autrice japonaise a suivi des cours au département des Beaux-Arts de l’université de Tsukuba. Après son travail de fin d’études, Bakudan ni ribon en 2011, elle publie Sunny sunny Ann ! qui recevra le prestigieux Prix culturel Osamu Tezuka dans la catégorie Jeune auteur en 2013.

Le dessin de Miki Yamamoto est comme Ann, virevoltant et généreux. Son trait épais en noir et blanc se rapproche plus des standards européens que japonais, voire parfois des comics américains.

La collection Pika Graphic nous a réserve encore une belle surprise avec Sunny sunny Ann !, comme ce fut déjà le cas avec Atomic (s)trip, Une douce odeur de café, Le pacte de la mer, L’homme de la mer ou encore Nos yeux fermés.

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Angola Janga : royaume africain au coeur du Brésil https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/angola-janga/ https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/angola-janga/#respond Fri, 18 May 2018 17:41:47 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=bibliotheque&p=49355 Angola Janga est à la fois un rêve et une bataille permanente. Au XVIIe siècle, les Hollandais puis les Portugais règnent sur le Brésil et gèrent leurs plantations de canne à sucre grâce aux esclaves venus d’Afrique. Seul espoir pour ces exilés de force : rejoindre Angola Janga, la « petite Angola ». Le pays aux 5 millions d’esclaves […]

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Angola Janga est à la fois un rêve et une bataille permanente. Au XVIIe siècle, les Hollandais puis les Portugais règnent sur le Brésil et gèrent leurs plantations de canne à sucre grâce aux esclaves venus d’Afrique. Seul espoir pour ces exilés de force : rejoindre Angola Janga, la « petite Angola ».

Le pays aux 5 millions d’esclaves

Sur 12 millions de personnes déportées d’Afrique, selon les chiffres officiels, le Brésil a reçu plus de 5 millions d’esclaves. Le pays se débat encore aujourd’hui avec la reconnaissance de cette partie de son histoire, dont les conséquences se font toujours sentir dans la société. Et si les Brésiliens sont bien au fait de l’importance qu’a eue Angola Janga dans la formation de leur nation, c’est un épisode méconnu des européens.

Mais retournons au XVIIe siècle. Capturés en nombre dans la région angolaise, les esclaves son appelés les « pièces » par les maîtres blancs. Ils travaillent à en mourir dans les plantations de canne à sucre du Brésil. Risquant à chaque minute la colère du maître, le fouet du contremaître, l’accident avec le moulin à sucre, mais aussi le viol pour les femmes et les fillettes, la main d’œuvre noire souffre. Pour Soares, l’humiliation de trop a lieu lorsque l’affranchissement qui lui avait été promis est remis en cause. Sa colère éclate alors et il n’a d’autre choix que de fuir pour rejoindre Angola Janga, aussi appelée Palmares.

De la fuite À la rébellion

Palmares est la promesse d’un avenir meilleur, une enclave africaine au cœur de la jungle, farouchement protégée par ses habitants autant que par une nature dangereuse et impénétrable. Durant un siècle, ce véritable royaume indépendant abritera jusqu’à 30 000 personnes se battant pour leur liberté. Un refuge pour les esclaves en fuite, contre lequel les colons mènent une guerre sans merci.

Une guerre dont Soares sera partie prenante après sa fuite, aux côtés d’Andala, de Zona, et de Zumbi. Malgré une longévité record, Angola Janga finira par succomber aux attaques portugaises en 1695. On vous laisse découvrir comment.

Chaque chapitre s’ouvre sur un extrait de document d’époque. Mais les documents historiques sont tous signés de la main des colons, or c’est le point de vue des esclaves que l’auteur Brésilien Marcelo D’Salete a choisi d’adopter. Il a dû pour cela faire une place à la fiction, afin de combler les trous, mais aussi de rendre son récit captivant et compréhensible aux néophytes. Pas d’inquiétude donc si vous n’êtes pas un féru d’Histoire avec un grand H, Angola Janga est avant tout un roman graphique passionnant sur la résistance à l’esclavage.

Angola Janga : onze ans de préparation

Marcelo D’Salete a préparé son œuvre pendant plus d’une dizaine d’années. Recherches dans les documents historiques, conversations et voyages sur place ont étoffé son impressionnant roman graphique. L’excellent Cumbe, déjà publié par les éditions çà et là en 2016 et sélectionné cette année pour les Eisner Awards, était le premier fruit de ces recherches. Mais Angola Janga en est le résultat abouti : 400 pages de plongée dans un moment décisif de l’histoire du Brésil.

C’est une lecture qui nécessite de prendre son temps. Le dialogue est rare et l’attention doit être éveillée pour naviguer dans le dessin dense de Marcelo D’Salete. Mais le jeu en vaut la chandelle : l’incroyable résistance de ses hommes et de ses femmes force le respect, y compris parfois celui des colons eux-mêmes, et l’on en ressort grandi et plus conscient de ces batailles qui ont pesé sur l’avenir de tout un pays. Un grand merci aux éditions çà et là de publier des auteurs brésiliens talentueux, que nous ne connaîtrions pas sans eux.

Marcelo D’Salete sera de passage en France à l’occasion du Festival de films documentaires Brésil en mouvement, à Paris, du 20 au 23 septembre 2018, pendant lequel une exposition d’originaux d’Angola Janga sera proposée. Nous ne connaissons pas encore les détails précis de lieu et de date.

Et si vous souhaitez en savoir plus sur l’histoire de l’esclavage, Arte propose en libre-accès jusqu’au 29 juin 2018 les quatres épisodes de son documentaire Les routes de l’esclavage. Les épisodes deux et trois évoquent les évènements liés à Angola Janga.

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Entretien avec Stéphane Duval, fondateur des éditions Le Lézard noir https://www.comixtrip.fr/dossiers/stephane-duval-le-lezard-noir/ https://www.comixtrip.fr/dossiers/stephane-duval-le-lezard-noir/#respond Fri, 18 May 2018 14:20:56 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=dossiers&p=49223 En 2004, Stéphane Duval éditait son premier album Mutant Hanako de Makoto Aida. Avec ce livre tout droit venu du Japon, le pictavien débutait son aventure éditoriale et donnait naissance au Lézard noir. Viendront ensuite les récits notamment de Maruo, Mochizuki, Takashi, Akiyama, Abe ou Jansson, ainsi que les prestigieux prix Asie ACBD, celui du […]

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En 2004, Stéphane Duval éditait son premier album Mutant Hanako de Makoto Aida. Avec ce livre tout droit venu du Japon, le pictavien débutait son aventure éditoriale et donnait naissance au Lézard noir. Viendront ensuite les récits notamment de Maruo, Mochizuki, Takashi, Akiyama, Abe ou Jansson, ainsi que les prestigieux prix Asie ACBD, celui du patrimoine ou de la série à Angoulême venant récompenser une ligne éditoriale singulière et exigeante. Damien et Mikey sont allés à la rencontre du fondateur de la maison d’édition pour lui poser des questions sur la naissance, les stratégies du Lézard noir ou les différents auteurs avec lesquels il travaille.

1/ Damien : Bonjour Stéphane Duval. Dans un premier temps, peux-tu nous dire pourquoi avoir voulu créer le Lézard Noir ? Est-ce parce qu’il n’existait pas dans le monde du 9e Art  ce style éditorial que tu as fondé ta structure ?

Lorsque j’ai crée le Lézard Noir, j’étais à l’époque disquaire à Poitiers. Je m’occupais d’un petit rayon de musique expérimental, industriel, pop et autres. J’ai flashé sur des pochettes de disques illustrées par Maruo. Mais aussi celles de Trevor Brown qui est un artiste anglais qui a depuis pris la nationalité japonaise. Sans oublier Romain Slocombe. Tout vient de cet univers-là. Et en partant de ces pochettes de disques, je me suis plus intéressé à l’underground ou aux choses expérimentales, graphiques, musicales et cinéma autour du Japon.

Donc, je suis allé une fois au Japon en 2002, puis une deuxième fois en 2003. C’est à cette occasion que Maruo m’a été présenté. J’avais à l’époque vu une ou deux de ses BD en japonais ou en anglais. Et je me suis dit qu’il fallait l’éditer.

En rentrant en France, je me suis dit qu’il fallait monter une maison d’éditions. Le nom m’est venu spontanément. Le Lézard Noir est un roman d’Edogawa Ranpo qui, pour faire court, raconte l’histoire d’une sorte d’Arsène Lupin au féminin. Et il y avait dans ce nom, une vision un peu romantisme noir et décadent. D’où le premier slogan du Lézard Noir qui a été Japonisme noir et décadent. En fait, j’avais pas du tout cette envie d’être éditeur de mangas. Je voulais éditer du Maruo, Akino Kondoh ou Makoto Aida. Des artistes que je rencontrais en somme. C’était d’ailleurs assez compliqué, notamment quand j’ai rencontré l’éditeur d’Aida qui était un grand galeriste japonais. C’est là que j’ai choisi d’éditer le manga car Aida avait sorti un titre qui s’appelle Mutant Hanako (qui est en fait une œuvre d’art installée sur un panneau de 17m de long). La BD doit faire à peu près 80 pages. Il y avait peu de chance que quelqu’un s’y intéresse en France. J’ai fait la proposition de l’éditer et de lui adjoindre une partie plus didactique. Avec des textes sur lui ou des tableaux. C’est comme ça que les premiers livres comme celui d’Aida ou ceux d’Akino Kondoh, on en fait deux entrées. La partie manga et la partie texte exégétique, tableaux, extraits de vidéos.

« Mon idée de départ était d’éditer des livres que je voulais voir en français »

2/ Mikey : Interviens-tu dans cette partie traduction texte ?

Non pas du tout. Je ne sais pas écrire, ce n’est pas ma spécialité. Mon idée de départ était d’éditer des livres que je voulais voir en français. J’ai eu d’abord cette entrée avec l’art contemporain et le Mutant Hanako d’Aida mais aussi Les Insectes en moi et Eiko d’Akino Kondoh. Des artistes contemporains qui avaient fait du manga dans leur carrière. Et puis Maruo. Il a bien fallu six mois pour le recontacter et faire un livre avec lui. Il se trouve qu’on a ensuite signé un contrat très vite pour La Jeune fille aux Camélias. Mais nous n’étions pas tout seuls sur le coup et le livre était chez deux éditeurs au Japon, donc on est partis sur autre chose à ce moment-là. Finalement, tout est parti de cette volonté d’explorer les avant-gardes japonaises à travers le médium du livre.

3/ Mikey : le but n’était pas de créer une maison d’éditions de bande dessinée ?

Non car je ne lisais déjà plus de BD depuis la sortie d’Akira en France. J’étais collectionneur de BD quand j’étais gamin. A 14-15 ans, j’allais au festival d’Angoulême et j’arpentais les boutiques avec le BDM sous le bras ! Mais à l’adolescence je me suis intéressé à la musique et c’est devenu exclusif. Ce qui a expliqué ce poste dans le monde du disque où je suis resté treize ans. Je gardais un pied dans le livre mais sans vraiment m’intéresser à la BD. Alors même si Akira a été ma dernière BD lue, j’ai bien évidemment été attiré par le franco-belge quand j’étais gamin. Même si je suis né avant le Club Dorothée et que j’ai pu voir très tôt des animations comme Goldorak, je n’ai jamais été vraiment fasciné par elles. Et concernant les mangas, encore une fois, à part Akira, je n’étais pas très attiré par les personnages aux très gros yeux et tout ce qui faisait les clichés, entre guillemets, de la bande dessinée japonaise.

« je pense que le Lézard Noir fait partie des maisons d’éditions qui contribuent à donner une image différente du Japon, un peu éloigné de la carte postale »

4/ Mikey : voilà bientôt 15 ans que tu as fondé Lézard Noir, C’est ainsi que tu mettras en avant le Japon d’avant-garde comme tu viens de nous l’expliquer. Te considères-tu aujourd’hui comme une sorte d’ambassadeur de ce Japon méconnu dans l’hexagone ?

Tu parles du Japon d’avant-garde. Le Lézard Noir c’était effectivement ça au début. Mais ça a un peu évolué. C’est beaucoup moins underground que ça l’a été. D’abord parce que moi-même j’évolue. Alors oui à l’époque c’était méconnu, mais il faut dire que je n’ai pas eu de plan promo au moment de la fondation en 2004. J’ai vraiment appris le métier d’éditeur sur le tas.

J’ai gardé mon boulot pendant des années et j’en ai pris un autre : celui de directeur de la Maison d’architecture où je suis resté treize ans. Pour me donner la possibilité d’avoir un parachute à côté et de m’y retrouver financièrement. Je pouvais ainsi me donner le luxe de pouvoir faire ce que je voulais. Le Lézard Noir a ainsi évolué au fur et à mesure de mes rencontres et de ma connaissance du Japon puisque je m’y rends régulièrement depuis presque 20 ans. Pour naturellement plus m’intéresser à l’humain.

Alors ambassadeur, oui je pense que le Lézard Noir fait partie des maisons d’éditions qui contribuent à donner une image différente du Japon, un peu éloigné de la carte postale. C’est pour ça que j’ai plus tendance à parler de bande dessinée japonaise que de manga. Aujourd’hui, on peut dire qu’il y a moins ce côté péjoratif de parler de BD japonaise qu’il y a encore 5 ans. Le Lézard Noir y a certainement contribué, mais au même titre que Cornélius ou des tas d’autres maisons, comme IMHO. Mon lectorat premier me ressemble un peu. Les trente/quarante ans qui connaissent un peu le Japon et y sont déjà allés. On ne s’inscrit pas du tout dans le milieu d’une Japan Expo, par exemple. Même si je n’ai rien du tout contre les fans de manga, bien au contraire. Je trouve ça bien qu’on puisse ouvrir les yeux du public sur un Japon moins rêvé, moins fantasmé

5/ Damien : Est-ce que le lectorat est perméable entre les 2 ? Est-ce que ceux qui lisent du manga classique vont venir vers Lézard Noir ?

Oui bien sûr. On le voit même de plus en plus. Je le constate depuis que je suis présent sur les trois réseaux sociaux (Instagram, Facebook et Twitter). Sur twitter par exemple, on tend plus vers un lectorat de « l’après Club-Dorothée », donc des personnes plus jeunes.

Alors, évidemment mes livres sont plus chers qu’un manga à 5 ou 6,95 €. Quand quelqu’un vient prendre un livre chez moi, il va quasiment payer le prix de deux mangas classiques. Mais, pas toujours ! (rires) Si on prend, par exemple, La Cantine de Minuit. Je regroupe deux volumes en un pour 18 euros. Cela fait 9 euros le volume, ce qui reste un prix correct pour le format proposé.

Mais pour en revenir à la porosité du milieu, oui je le constate de plus en plus. Il y a aussi la Presse qui a fait beaucoup d’efforts. Comme, entre autres, Libération qui fait des papiers et qui va interpeller le lecteur. Sans oublier la reconnaissance du Festival d’Angoulême.

6/ Mikey : Pour en revenir à Maruo, je crois que son œuvre favorite est L’Ile Panorama. Tu as toi-même édité nombreux de ses titres. Y aura-t-il d’autres collaborations avec lui ?

Oui, L’Ile Panorama n’est d’ailleurs pas édité chez moi ! (Rires) J’ai encore vu Maruo l’année dernière où je suis allé voir le feu d’artifice chez lui. On pourrait éditer certains de ses titres un peu plus vieux. Les prochains sont visiblement réservés chez Casterman. Là on parle de stratégies d’éditeurs japonais avec ceux en France.

« Je travaille beaucoup dans la marge »

7/ Damien : Même si maintenant tu as, personnellement, plus l’habitude de traiter avec eux, est-ce malgré tout, toujours compliqué de négocier avec les éditeurs japonais ?

Oui c’est toujours compliqué. Il y a des éditeurs au Japon, qui sont peut-être moins frileux comme c’est le cas aujourd’hui avec Shôgakukan qui est un éditeur chez qui j’ai acheté plusieurs titres, et qui regarde aussi la qualité d’un travail éditorial qui va être fait autour d’un auteur. C’est d’ailleurs avec Shôgakukan que j’ai eu plusieurs prix (La Cantine de Minuit, Chiizakobe, les collections avec Kazuo Umezu, etc…).

J’ai invité deux fois des auteurs de cette maison, les managers sont venus deux fois également chez nous à Angoulême. Ils ont vu comment on travaillait. Alors effectivement, peut être qu’il y a avec eux un capital sympathie qui me permet d’avoir un titre que d’autres n’auraient pas forcément eu. Mais je travaille beaucoup dans la marge. Si aujourd’hui j’éditais les choses que je voulais, je pourrais vous citer des bouquins qui se trouvent chez d’autres éditeurs français. Je ne peux pas faire beaucoup de titres à l’année en fait. D’abord parce que j’ai une micro structure et puis parce que si on veut bien les faire et les défendre, il ne faut pas en sortir trop. Je suis partisan du «Less is more», travailler moins mais mieux et faire monter le buzz sur le bouquin plutôt que de dire « on va faire 5-6 livres/mois, et il va forcément en sortir un de bien ». C’est le même principe que dans le monde du disque en fait. J’ai du mal à me dire qu’on va mettre toute notre énergie sur un bouquin qu’on aura pas le temps de défendre.

C’est d’autant plus difficile qu’il faut que je choisisse parcimonieusement les titres dans ceux qui n’auraient pas été repérés bien en amont par les grosses maisons ou pour lesquels les auteurs n’auraient pas fait des livres allant chez l’un ou l’autre. Parce qu’il y a quand même une sorte de clause qui stipule que si vous avez sorti un livre d’un auteur, vous avez une priorité à l’achat sur sa future parution. Donc il y a des tas de livres que j’ai demandé depuis 3-4 ans et qui vont sortir chez d’autres éditeurs au final pour diverses raisons. Il faut savoir que même si on connaît quelques auteurs japonais, ils n’ont que très peu leur mot à dire sur le choix de l’éditeur français qui va les publier.

J’ai beau avoir des contacts avec eux, c’est contractuellement interdit. Avec Maruo c’est différent puisque je l’ai connu en tant que fan et collectionneur. Donc le lien est fort. Il arrive qu’on se contacte avec Minetaro Mochizuki. Mais si j’ai quelque chose de particulier à lui demander, je vais prendre la voie officielle qui consiste à joindre l’agent/avocat qui lui-même va contacter le directeur du service international etc, etc. D’où la lenteur administrative qu’il peut y avoir pour une quelconque demande. C’est très japonais mais je l’ai compris. C’est une protection, à la fois de leurs auteurs, du fait que cela ne parte pas dans tous les sens mais surtout de les protéger de la concurrence. De ce fait, les éditeurs évitent aux auteurs d’être perturbés dans leur travail colossal au vu du nombre incroyable de rendus de planches.

8/ Damien : S’il ne fallait garder que trois titres pour faire découvrir les éditions Le Lézard Noir, ce serait lesquels ?

Tout dépend de l’attirance du lecteur. S’il est branché romantisme noir, du Lézard très noir ! (Rires). Un de mes livres préférés est Mutant Hanako de Makoto Aida qu’est un anti-manga où il y a tous les poncifs du manga dedans. On y voit une blague et une œuvre d’art à part entière.

Mais j’ai aussi un faible pour Yume no Q-Saku de Maruo, fortement inspiré par Georges Bataille, Sade… la recette de la soupe au caca… j’adore ce livre. Un des premiers que j’ai pu éditer de l’auteur.

Et puis Le Vagabond de Tokyo de Fukutani Takashi. Qui fait le lien entre le  « black Lézard » et le reste du catalogue. Quand j’ai découvert cette série je suis sorti de ma ligne de conduite. A ce moment là, les fans du Lézard Noir se sont demandés ce que j’allais faire. Le Vagabond de Tokyo c’est une chronique sociale du Japon des années 80-90. Il y a eu une bonne quarantaine de volumes au Japon et qui a duré pendant une vingtaine d’années. Après avoir repris le premier volume qui était déjà une anthologie faite par Seirinkôgeisha, nous avons fait un tri pour les suivants, vu que ce livre avait plutôt bien marché. Et même les gens qui étaient sceptiques quant au fait que je me lance dans une série qui avait tous les attributs de la grande série japonaise, qui dure sur vingt ans, axée sur un même personnage, y ont découvert finalement un Japon à la marge. Moi c’est celui-ci aussi qui m’intéresse. Celui des quartiers périphériques, de ces gens un peu exclus. Ce côté-là de l’humain m’attire.

9/ Mikey : Tu découvres par hasard au Japon les couvertures du Vagabond de Tokyo. Que se passe-t-il à ce moment-là ? De façon générale, est-ce essentiellement une accroche visuelle qui va te persuader de faire connaitre l’œuvre en France ?

Clairement, Le Vagabond de Tokyo est un pivot au sein du catalogue. A un moment, je me dis, si on enlève la partie jeunesse (le Petit Lézard), que je n’ai pas envie d’être uniquement l’éditeur de livres improbables qui fait ses bouquins le soir dans sa cuisine à Poitiers. J’ai aussi envie de participer à autre chose et aller un peu vers la lumière.

Effectivement, j’ai découvert ces quatre mecs sur les couvertures du Vagabond de Tokyo et je suis sûr qu’ils se passe quelque chose. Je ne parle pas japonais, bien que cela fasse un tas d’années que j’y vais. Donc je me concentre sur le ressenti. Je feuillette un peu le bouquin et me dis là il se passe quelque chose. Je sens si l’histoire va être bonne d’abord par cet aspect visuel. Il y a des gimmicks qui me plaisent dans le Japon. Comme des plans de rue, des découpages un peu cinématographiques. Ou alors quand on est à la campagne ou ces plans de trains avec par exemple, ce livre que j’ai sorti qui s’appelle Anjin-San de George Akiyama. Il y a donc forcément des choses issues de mes obsessions, de ce que je connais, de ce que j’ai envie de retrouver et encore une fois de ce côté cinématographique.

Après, au début où je faisais peu de livres, il était peut-être plus facile de tomber sur le bouquin qui sur le ressenti allait marcher. Aujourd’hui, je suis obligé de le montrer à ma femme et à ma traductrice. A un moment donné on en voit tellement, qu’elles sont là pour me dire si je me trompe ou pas. Mais la même histoire de Maruo dessiné par quelqu’un d’autre, s’il n’y a pas ce côté léché, ça ne me plaira pas. Plusieurs personnes m’ont proposé des projets de type ero guro mais ce n’est pas le sujet en tant que tel qui m’emballe. C’est ce certain détachement par rapport à l’image, le scénario, ce côté raffiné et troublant à la fois.

« Donc cette idée d’éditer un roman graphique [Chiisakobe], moi qui me considère d’abord comme un éditeur littéraire, me plaisait aussi »

10/ Mikey : Lorsque tu édites le premier volume de la série Chiisakobé de Mochizuki Minetarô en 2015, le public adhère très vite aux aventures de Shigeji, ce jeune charpentier. Récompensée par le prix de la série 2017 à Angoulême, te dis-tu à ce moment-là que tu vas sortir de la sélection du Patrimoine, pour laquelle Lézard noir est régulièrement sélectionné ?

Sortir de la sélection était effectivement un des objectifs. C’est vrai que depuis pas mal de temps j’avais grosso modo une, voire deux sélections dans cette catégorie à Angoulême, et j’en suis très content. Il ne faut pas oublier que le prix Patrimoine, en plus du contenu du livre, récompense le travail de l’éditeur par rapport à son travail sur l’objet (choix du papier, pelliculage etc.) Mais de la même façon que je n’ai pas envie en tant qu’éditeur d’avoir une seule « étiquette », je n’avais pas envie d’être reconnu seulement comme l’éditeur habituel sélectionné pour le Patrimoine. Je ne renie pas pour autant les prix et sélections reçus, bien au contraire. Mais après, en tant qu’éditeur, je voulais prouver que j’étais capable de trouver des titres différents. Pourquoi je n’y suis pas allé plus tôt ? Je me demandais vraiment si j’étais capable de le faire au sein du Lézard Noir. L’image de cette maison était tellement forte et connotée que je me demandais de quelle manière j’allais pouvoir en sortir. J’avais déjà réussi à proposer quelque chose de différent avec Le Vagabond de Tokyo, mais il se trouve que Chiisakobe est arrivé à point nommé. A la fois, c’est un livre qui me plaisait graphiquement, tout comme sa représentation architecturale – y étant très sensible de par mon ancien métier – et puis cette histoire était une adaptation d’un roman. Donc cette idée d’éditer un roman graphique, moi qui me considère d’abord comme un éditeur littéraire, me plaisait aussi. Maintenant que l’objectif de sortir du Patrimoine est atteint, mon second objectif est de me lancer dans la création. Il y a encore deux ans je ne pouvais pas m’investir là-dedans. Maintenant, c’est possible. Une fois ce but atteint, je pourrai me considérer comme un éditeur complet.

« Shingo, je le mets au même niveau que des œuvres emblématiques de la science-fiction ou d’anticipation japonaise, comme Dragon Head ou Akira »

11/ Mikey : Cette année encore, le prix du patrimoine fait honneur à ta Maison en récompensant Je Suis Shingo de l’incontournable Kazuo Umezu. Finalement, Lézard Noir/Angoulême/Patrimoine parait tout de même indissociable, non ?

C’est vrai. Mais c’est aussi parce que je continue à explorer cette bande dessinée qui a été super importante dans les années 60-70, avec de vraies pépites. Au final, je trouve un peu dommage, même si je le comprends, que beaucoup d’éditeurs aient lâché cette recherche qui permet d’avoir des chaînons manquants dans l’histoire de la bande dessinée.

Si on prend Shingo, je le mets au même niveau que des œuvres emblématiques de la science-fiction ou d’anticipation japonaise, comme Dragon Head ou Akira. S’il y avait trois grandes séries, dans les vingt dernières années, ça serait celles-ci. J’y vais peut-être un peu fort mais Shingo est tellement puissant que ça ne m’étonne pas qu’il ait eu des prix. C’est une série que je découvre au fur et à mesure. Après les trois volumes, je ne lirai le quatrième que deux mois avant qu’il ne sorte en librairie, quand on fera les finalisations du texte et autres. Et pour le moment, je ne suis pas déçu des surprises et du déroulement de l’intrigue. Alors oui, je suis un peu inféodé à ce patrimoine mais c’est légitime puisque je n’ai sorti que très peu de choses récentes. Jusqu’à présent je n’avais pas ces accès. Maintenant, comme je l’ai dit, je veux faire des productions récentes mais je ne veux pas me planter. Il est hors de question que je passe à côté d’un livre qui me plaît. Je connais des éditeurs littérature ou BD qui disent « je n’aurais pas acheté tel ou tel bouquin ». Je veux garder ce choix qui est le mien. Aujourd’hui, la surproduction n’est pas un leurre et, encore une fois, il vaut essayer d’en faire moins et mieux

12/ Damien : Comment as-tu reçu ces nominations et même ces différents prix ? Ceux d’Angoulême bien sûr mais aussi celui remporté pour le Prix Asie ACBD 2016 avec La Cantine de Minuit ?

Les sélections à Angoulême, c’est un peu comme apparaître dans le guide gastronomique tous les ans. Je crois que si je ne suis pas sélectionné l’année prochaine, je tirerais vraiment la tronche ! (rires) J’aurais descendu d’un cran et il faudra que je me dise : «qu’est-ce qui explique qu’aujourd’hui j’ai pas été capable d’être au niveau atteint les dernières années ?» Je considère devoir être à minima en sélection. C’est ainsi que je verrai mon travail comme régulier et non pas comme un passage. Que ce que j’ai vécu n’est pas juste un coup de bol.

Comme quand j’ai eu le prix 2008 avec Moomin et après cela n’a été que des sélections sans remporter de distinction. Depuis à peu près trois ans, nous sommes beaucoup sur l’évolution stratégique personnelle et de développement de l’entreprise. Le fait d’aller vers du contemporain, attire le Grand Public. Modifier la marque du Lézard Noir en fin de compte pour qu’in fine le lectorat s’élargisse et qu’il ne soit plus exclusif à l’underground.

Après la réussite de Chiisakobe, je ne devais pas m’arrêter là. Et c’est là que je suis allé trouver La Cantine de Minuit que j’avais dans mes tablettes depuis huit ans. Il a fallu trouver le bon moment pour le faire. Sans prétention aucune, il est évident que ces divers prix légitiment mon travail. En fait, j’aurais beaucoup aimé être chassé par des gros éditeurs et aller expérimenter le travail chez l’un d’entre eux. Mais en étant sur Poitiers et en ayant mon boulot, c’était difficile. C’est à ce moment que je me suis dit que j’allais le faire moi-même. C’est là que tu construis ton catalogue et ton identité à partir de son contenu. C’est très important pour moi. Que tu ailles chez Lézard Noir ou Cornélius, tu dois savoir ce que tu vas chercher. Cette ligne claire est primordiale.

13/ Mikey : Dans tes nouveautés vient de paraître le troisième volume de La Cantine de Minuit de Yarô Abe. As-tu eu l’occasion de regarder la série TV ?

Alors, je l’avais déjà vue passer au Japon. Je l’ai un peu regardé sur Youtube mais je ne suis pas un fan. En fait, ce n’est ni plus ni moins la même chose que la BD. Mais il y a ce côté peut-être un peu surjoué. Mais je comprends que ça plaise. Le lien n’a pas été fait dès le départ avec Netflix quand on a sorti la BD puisque cela a été quasiment en même temps. Depuis on a ajouté un bandeau pour les nouvelles sorties. Mais c’est aussi intéressant d’attirer un lectorat potentiel qui aura d’abord vu la série TV et qui serait curieux de découvrir la BD.

14/ Damien : Pourquoi avoir créé la collection Petit Lézard ?

Toujours pour ne pas rester enfermé dans ce côté uniquement « Dark ». Un jour, j’ai découvert les Moomins au Japon en étant persuadé que c’était japonais… Et puis il y avait cet auteur jeunesse qui s’appelle Tomonori Taniguchi que j’aimais beaucoup. Je ne pouvais pas intégrer cet univers dans le Lézard Noir. C’est pour ça que si j’avais réfléchi au début, le Lézard Noir aurait peut-être été une collection ai sein d’une autre maison d’édition. C’est pour ça que j’ai ressenti durant six ou sept ans une espèce d’enfermement dans le Lézard Noir. Je me sentais bloqué. Je pense notamment à nos livres d’architecture qui font parties intégrantes de notre catalogue. Et pourtant cela a été compliqué de les intégrer de la sorte. Mais aujourd’hui Le Lézard Noir représente plutôt le miroir d’un Japon avec un décryptage urbain, social en BD, livre ou un autre support. C’est vrai que d’avoir un livre d’architecture contemporain japonais avec le logo Lézard Noir, pouvait paraître un peu saugrenue. On en a fait quelques-uns depuis qui sont assez reconnus dans le domaine.

« Développer ce label m’a notamment permis au Japon, d’avoir l’image de l’éditeur officiel des Moomins qui sont très célèbres là-bas »

15/ Damien : Pour en revenir aux Moomins, comment l’idée est venue de publier son autrice, Tove Jansson ?

A l’époque, ce n’était pas encore sorti chez Drawn & Quaterly. J’avais vu une expo au Japon mais je n’avais pas vu les dessins-animés qui datait des années 90, ni les romans jeunesse. En rentrant en France, j’ai regardé sur le net. Il y avait une BD de prévue comme les romans étaient publiés chez Nathan. Quand je suis allé à Angoulême, cela devait être en 2007, je suis allé dans les stands pour trouver le livre, mais il n’y était pas. Il n’était pas encore sorti. Donc j’y suis allé au culot, j’ai fait une offre dessus et c’est passé. Je ne sais toujours pas pourquoi d’ailleurs. Peut-être parce que personne ne faisait rien sur les Moomins depuis des années. Cela m’a permis de développer le label jeunesse avec des publications japonaises puis plus tard Laurent Audoin qui est venue me proposer sa série avec Amélie Sarn qui mettait en scène le personnage Sacré-Cœur. Développer ce label m’a notamment permis au Japon, d’avoir l’image de l’éditeur officiel des Moomins qui sont très célèbres là-bas.

16/ Damien : Comment s’est passée la rencontre avec l’auteur poitevin Laurent Audoin ?

Alors, ce n’est pas parce qu’il est poitevin que je l’ai rencontré et édité ! (rires) Quand il est venu me voir, je n’aurais jamais imaginé que Laurent, qui était chez des gros éditeurs, avait une quelconque envie de travailler pour Lézard Noir. Mais Les aventures fantastiques de Sacré Cœur est une série que j’aurais vraiment aimé lire quand j’avais six ou sept ans. On a une nouvelle série de prévue ensemble. C’est visiblement qu’il finit par se sentir bien chez moi parce que je lui laisse aussi une certaine marge de liberté. C’est une relation simple entre nous. D’ailleurs, ce soir il vient à la maison pour qu’on regarde ses couvertures et dessins ensemble.

« C’est l’histoire d’un garçon qui, après le décès de sa mère, est recueilli par un oncle Yakuza. Celui-ci à plusieurs filles, dont l’une d’entre elles… est un garçon… »

17/ Mikey : Peux-tu nous parler de Stop !! Hibari-Kun ! de Hisachi Eguchi, l’un de tes nouveaux titres ?

Comme souvent, l’intérêt pour cette série s’est d’abord porté pour le trait de son auteur, Hisachi Eguchi, dont le style est assez proche de la vague des années 1990-2000, avec des auteurs comme Mochizuki. Même si Eguchi est, je crois, un peu plus âgé. On sort un peu de l’image du Lézard Noir avec cette nouvelle publication.

Stop !! Hibari-Kun est connu au Japon grâce à Jump, l’une des plus grandes revues de Manga/Blockbuster. J’ai trouvé le thème complètement délirant. C’est l’histoire d’un garçon qui, après le décès de sa mère, est recueilli par un oncle Yakuza. Celui-ci à plusieurs filles, dont l’une d’entre elles… est un garçon… C’est assez amusant. Avec les scènes thématiques comme le transgenre au Japon. Cela m’intéressait d’explorer cet univers, celui du Gag/Manga, un peu comme le Vagabond de Tokyo. Dans le même genre, j’espère publier prochainement une série d’Umezu qui raconte les aventures du petit garçon Makoto-Chan. Pour en revenir à Umezu et rebondir à ce qu’on disait au sujet des négociations avec les éditeurs, c’est un auteur que j’avais dans mes tablettes depuis 2005. Il a fallu dix ans avant que l’éditeur accepte mes offres. Etant inconnu à l’époque, il a fallu que je me batte pour prouver ma crédibilité. Quand j’ai signé pour Umezu, je leur ai dit qu’il figurerait en sélection à Angoulême, et c’est ce qu’il s’est produit…

18/ Damien : Est-ce difficile de maintenir à flots une petite structure éditoriale comme Lézard noir ?

C’est difficile car, jusqu’à encore la semaine dernière j’avais un autre travail à côté. Et puis tu fais ça tout le temps : soir, weekend, pendant les pauses méridiennes… Je ne fais pas de distinction entre vie professionnelle et vie privée. C’est un tout. Mon bureau c’est à la maison, avec un ordinateur que j’emmène partout avec moi quand je pars en voyage. On vient d’investir dans un nouveau local pour pouvoir stocker les livres car ça commence à prendre beaucoup de place ici ! (Rires) Par exemple, dernièrement, j’ai eu une salve de huit ou neuf livres en réédition, et là tu réceptionnes dix-sept palettes qui arrivent par un 38 tonnes ! (Rires) c’est légèrement contraignant à stocker !

Oui c’est difficile, et je reviens à ce que je disais tout à l’heure, cela m’incite à être très sélectif dans mes choix éditoriaux. Ma femme m’aide beaucoup et j’ai aussi un apprenti, étudiant aux Métiers du Livre de Bordeaux, qui travaille avec moi sur les maquettes, et sur les salons. Par manque de place, il travaille de chez lui, et c’est aussi pour ça que je veux des bureaux. Je veux favoriser ce travail d’équipe. Je n’ai plus la même énergie qu’il y a quinze ans et avoir cette vraie dynamique proche de moi est très important.

19/ Mikey : Dans ton équipe s’ajoute également Miyako Slocombe, quel est son rôle au sein du Lézard Noir ?

Miyako a été ma première traductrice. Je connaissais son père, Romain, que j’exposais à la Maison de l’Architecture bien avant d’y travailler. C’est à ce moment-là que je l’ai rencontrée, elle devait avoir seize ou dix-sept ans. Quand j’ai lancé Lézard Noir, je lui ai proposé de traduire Maruo. Il me semble qu’à cette époque, elle était étudiante aux beaux-arts.

Que cela soit en tant que traductrice (où elle a reçu différents prix) ou interprète, Miyako est effectivement très précieuse. C’est aussi avec elle que les choix des volumes se font pour certaines longues séries comme Le Vagabond de Tokyo. Même si c’est moi qui valide au final, on regarde les planches, les histoires ensemble, et me donne son avis. Elle apporte une sensibilité différente de la mienne qui devient très complémentaire en fin de compte. Quand je signe pour des séries, je suis obligé de le faire en amont. Sans savoir combien de tomes elles comporteront. Comme j’ai pu le faire pour Chiisakobe ou Tokyo Alien Bros où je me lance sans vraiment savoir si cela sera bien ou pas. Et c’est ce qui va se passer avec notre dernière nouveauté de l’auteure Akiko Higashimura qui s’appelle Yukibana No Tora. Une série qui parle d’une femme qui était Samouraï, assez populaire au Japon. Là encore, l’idée est de faire évoluer le Lézard Noir vers un autre type de lectorat, de faire cette jonction avec les différentes tranches d’âge.

Entretien réalisé le mardi 17 avril 2018.

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Dept H : meurtre en grande profondeur https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/dept-h/ https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/dept-h/#respond Thu, 17 May 2018 09:43:46 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=bibliotheque&p=48964 Dept H, le tout nouveau thriller de Matt Kindt est incroyable et passionnant. En plus d’avoir choisi un terrain de jeu déjà très troublant, l’auteur nous livre un récit captivant, renversant, enivrant tout en étant terrifiant. Déconseillé aux phobiques des fonds-marins ! Dept H Tout commence dans la Dept H, une station sous-marine à 9000 […]

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Dept H, le tout nouveau thriller de Matt Kindt est incroyable et passionnant. En plus d’avoir choisi un terrain de jeu déjà très troublant, l’auteur nous livre un récit captivant, renversant, enivrant tout en étant terrifiant. Déconseillé aux phobiques des fonds-marins !

Dept H

Tout commence dans la Dept H, une station sous-marine à 9000 mètres de profondeur. Là tout au fond de cette immensité bleue, le professeur Hari Hardy a tout prévu. Grand ponte de l’espace et des fonds marins, cette station est synonyme de progrès. C’est aussi une zone ultra sécurisé pour les quelques spécialistes qui y travaillent. Mais a priori, pas suffisamment. La capsule du professeur Hardy s’est effondrée. La question est de savoir si c’est un accident ou un meurtre… Et c’est la propre fille du professeur qui va mener l’enquête !

Mia Hardy

Mia Hardy est déterminée. Quelle que soit la raison de la mort de son père, elle va le découvrir. Seulement elle va devoir faire vite. La base a été sabotée, et sera entièrement inondée dans 24 heures. L’enquête peut s’avérer plutôt facile puisque la base n’est pas très grande, et qu’il s’agit surement d’un collaborateur. Car Mia sent au plus profond d’elle-même que son père a été assassiné. Mais elle va devoir être sur ses gardes. Entre un milieu déjà hostile, et un ennemi qui pourrait s’avérer particulièrement redoutable, cette enquête s’annonce très dangereuse.

Dept H est une série sortie aux Etats-Unis en 24 comics. Ce premier tome édité par Futuropolis contient les 4 premiers, 4 volumes sont prévus pour compléter ce récit finement mené par un maître du genre. Cet album est particulièrement spécial car il est le fruit de la première collaboration entre Matt Kindt (X-O Manowar, Ninjak) et sa femme Sharlene, illustratrice depuis 20 ans. Dept H est à conseiller à tous les amateurs d’excellent thriller et d’enquête périlleuse.

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Beauté noire & le groupe Prospero https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/beaute-noire-le-groupe-prospero/ https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/beaute-noire-le-groupe-prospero/#respond Tue, 15 May 2018 13:46:03 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=bibliotheque&p=49128 Sur fond d’affaire Dreyfus, de complotisme et d’antisémitisme qui agita la France pendant de nombreuses années, Beauté noire & le groupe Prospero est la nouvelle série Glénat signée Noël Simsolo et Olivier Balez. Suivez ce mystérieux groupe humaniste qui décida de protéger Zola ou Clémenceau; de la belle aventure. Le groupe Prospero lutte contre antisémitisme […]

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Sur fond d’affaire Dreyfus, de complotisme et d’antisémitisme qui agita la France pendant de nombreuses années, Beauté noire & le groupe Prospero est la nouvelle série Glénat signée Noël Simsolo et Olivier Balez. Suivez ce mystérieux groupe humaniste qui décida de protéger Zola ou Clémenceau; de la belle aventure.

Le groupe Prospero lutte contre antisémitisme

Fin XIXe siècle, une organisation antisémite réveillonne dans un château au fin fond de la forêt bavaroise. C’est alors qu’une belle rouquine masquée et toute vêtue de noir s’introduit dans le château. Aidée par une beauté noire, déguisée en servante pour les circonstances, elles arrivent à mettre la main sur des documents compromettants visant à anéantir le mouvement sioniste. Elles se font surprendre mais arrivent à s’échapper grâce à l’aide de leurs complices d’une troupe de cirque et de leurs fauves.

C’est le premier fait d’armes de Lou, jeune femme noire, orpheline recueillie par un peintre parisien et ayant rejoint le groupe Prospero après avoir assassiné le meurtrier de son mari.

Ce n’est pour elle qu’un début car ce mystérieux groupe humaniste a fort à faire avec les fascistes et les antisémites, sans compter qu’elle a encore une vengeance à assouvir….

Beauté noire & le groupe Prospero : un très beau feuilleton politique

Ce premier tome de la diptyque nous entraîne au cœur de l’affaire Dreyfus et de l’ambiance délétère qui régnait à l’époque. En effet, les auteurs nous plongent dans les rues parisiennes où les actes antisémites, les bagarres, les complots et les tentatives d’assassinats sont légions. La France est alors coupée en deux : les anti-dreyfusards font face aux partisans du lieutenant-colonel, accusé à tord d’avoir falsifié un bordereau de l’armée – donc traitre à la nation – juste parce qu’il est juif (procès en 1894).

Avec des références aux faits historiques tels que le texte « J’accuse … » d’Emile Zola, Noël Simsolo, auteur entre autres de la série Napoléon pour la collection « Ils ont fait l’histoire » mais aussi de Mémoires de Marie-Antoinette (avec Isa Python), nous présente un scénario bien ficelé où le lecteur est tenu en haleine dans ce duel à distance que se livrent les deux clans : dreyfusards et antidreyfusards.

Ce suspens est renforcé par la vivacité du dessin d’Olivier Balez, dessinateur de Robert Moses (avec Pierre Christin) ou de L’homme qui ne disait jamais non (avec Didier Tronchet), qui donne du rythme aux scènes d’action et de l’épaisseur aux expressions de visage. Les ambiances de lieux sont particulièrement réussies avec une parfaite maîtrise des couleurs et des jeux d’ombre et de lumière.

Le ton des répliques est juste et les personnages se montrent charismatiques et attachants à l’image de Lou ou encore de ce mercenaire loyal qui n’a qu’une parole.

Beauté noire & le groupe Prospero : un très bon début pour ce diptyque historique, accrocheur et élégamment mis en image. A suivre !

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Entretien avec William Vance, dessinateur de XIII https://www.comixtrip.fr/dossiers/entretien-avec-william-vance-xiii/ https://www.comixtrip.fr/dossiers/entretien-avec-william-vance-xiii/#respond Tue, 15 May 2018 10:48:03 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=dossiers&p=49139 Pour XIII, 20 ans sans mémoire écrit avec Pascal Roman, Nicolas Albert était allé à la rencontre de William Vance pour lui poser des questions sur la série phénomène du plus célèbre amnésique du 9e art. Comixtrip vous propose l’interview complète qui a  servi de base au superbe petit ouvrage paru en 2004 et édité […]

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Pour XIII, 20 ans sans mémoire écrit avec Pascal Roman, Nicolas Albert était allé à la rencontre de William Vance pour lui poser des questions sur la série phénomène du plus célèbre amnésique du 9e art. Comixtrip vous propose l’interview complète qui a  servi de base au superbe petit ouvrage paru en 2004 et édité par Horizon BD.

William Vance, cela fait 20 ans que le premier album a été publié. Quel regard portez vous sur toutes ces années passées en compagnie de ce personnage ?

Au départ, cela a commencé tout doucement, et au fur et à mesure le personnage a pris de plus en plus d’ampleur.

« Je n’aurai jamais cru qu’avec un personnage réaliste on serait arrivé à un tel succès »

Avez-vous été surpris de la notoriété rencontrée par XIII ?

Quand même, oui. C’est certain, j’ai été très surpris. Je n’aurai jamais cru qu’avec un personnage réaliste on serait arrivé à un tel succès.

Comment expliquez vous ce succès ?

C’est difficile à expliquer. C’est le public en général, puisque c’est quand même lui qui achète l’album. C’est aussi un peu l’intrigue américaine…

Comment est né XIII ?

A l’époque, j’étais bloqué avec Bruno Brazil, donc j’ai décidé de faire appel à Jean et de faire un personnage un peu dans le style de Brazil, mais ce personnage a bien plus évolué que Brazil.

Pourquoi l’action se situe-t-elle aux Etats-Unis ?

Au départ, on pensait faire une fiction aux Etats-Unis. Pour le tout premier, on sent déjà que c’était très fortement influencé par des états comme le Maine, surtout le bord de mer et la ville, disons un peu influencée par Chicago… Dès le début, on pensait faire un peu «fiction Etats-Unis» et puis au deuxième album, j’ai dit : «Flûte ! On fait les Etats-Unis tels qu’ils sont». C’est apparu avec l’arrivée de Carrington, avec l’hélico, quand il vient voir XIII qui est enfermé dans la base. A partir de ce moment-là, j’ai tout doucement basculé vers les Etats-Unis tels qu’ils sont vraiment.

A ce moment, est-ce que vous avez amassé davantage de documentation sur les Etats-Unis ?

Oui. J’avais déjà pas mal de documents et ma documentation s’est agrandie progressivement. Au fur à mesure que je trouvais quelque chose sur les Etats-Unis, je les mettais dans mes documents.

Quelles sont vos principales sources documentaires ?

Actuellement, les plus grosses sources sont les livres spécialisés, concernant des villes, un peu de tout en somme ! Mais pour les trouver, il faut vraiment se débrouiller. Pour l’achat de certains livres, il y a un bon éventail sur internet.

Puisez-vous beaucoup de documentation sur internet ?

Non, je me base surtout sur des documents que je trouve sur des livres car j’aime avoir les choses en main. Mais si quelque chose dont on a besoin absolument manque, que l’on ne trouve pas dans un livre, il y a toujours un dernier recours, c’est internet.

Avez-vous une grosse documentation sur l’univers militaire ?

Pour l’univers militaire il n’y a pas de problème, je n’ai qu’à suivre toutes les photos publiées dans les journaux et cela offre une documentation parfaite. Mais naturellement, il faut la mettre régulièrement à jour car le monde militaire change constamment.

Est-ce un univers qui vous passionne ?

Pas trop, mais bon. Dans ce que je dois dessiner, tout ne me passionne pas toujours.

Vous aimez dessiner les grands espaces. Est-ce vous qui désiriez que l’action se passe en bord de mer ?

Oui parce que je préfère la nature à la ville.

La série était-elle initialement prévue en un nombre d’albums précis ?

Non. On a fait cela au fur et à mesure. On pensait au départ que cela allait être une saga de cinq albums, puis de huit albums, après on a dit 13 albums, et malgré tout cela on continue.

Pourquoi avoir choisi de nommer le personnage avec le chiffre XIII ? Est-ce que vous recherchiez une symbolique précise ?

Il faut demander à Jean ! Il m’a dit : «il s’appelle XIII», et j’ai dit d’accord.

Le tirage du premier album a-t-il été vraiment tiré à 13.000 exemplaires ?

Peut-être que c’était moins. Et c’était moins car au départ, j’avais le chiffre de 12.000.

Le 13 est pour la légende ?

C’est une allusion au personnage.

« c’est une brutalité de boulot »

Comment organisez-vous vos journées de travail ?

Cela fait 20 ans que l’on est dessus et dans les 15 premières années, je travaillais comme un cinglé. Cela veut dire constamment, même la nuit, c’est une brutalité de boulot.

Avez-vous une idée du nombre d’heures que vous passiez chaque jour cette série ?

Je n’ose pas le penser. A un moment, cela a été un peu trop.

Les couleurs sont réalisées par Petra, votre femme. Cela vous apporte-t-il un confort supplémentaire ?

Bien sûr car si une autre personne fait le coloriage, cela devient une chose en moins à penser. On lui donne quelques instructions, en lui indiquant certaines couleurs. Je donne quelques indications mais comme la personne est assise à côté de moi, il n’y a pas de problème.

Vous êtes éloigné géographiquement avec Jean Van Hamme. Comment travaillez-vous ?

Avant l’histoire, on se voit ou on se téléphone. Je suis quand même un vieux routier, je ne suis pas un petit jeune dessinateur qui va travailler avec un grand scénariste. Il fait son histoire puis il m’envoie le scénario complet, les 46 pages. Je le lis alors, toujours curieux comme un premier lecteur. Mais une fois qu’il a terminé son texte, je m’occupe de mes pages et c’est fini.

Intervenez-vous dans l’élaboration du scénario ?

Je le laisse faire pleinement et lui me laisse faire sur les dessins. Quand je dessine, Van Hamme n’est plus là. Il reçoit les pages au fur et à mesure que l’éditeur lui envoie des copies de ce que je lui ai envoyé. Après on en parle un peu.

Vous a-t-il quelquefois demandé d’effectuer certaines modifications ?

Non, il n’y a jamais eu de changement. On est deux professionnels, nous ne sommes pas des débutants. En plus, il ne faut pas commencer à gratter sur les pages. A ce moment là, il vaut mieux arrêter de travailler ensemble.

« [Van Hamme] laisse une grande liberté pour l’emplacement des personnages dans l’image, il décrit simplement les actions »

Les directives du scénariste sont-elles très poussées, ou au contraire, vous laisse-t-il de grandes libertés ?

C’est un peu comme il fait avec Rosinski. Il n’est pas très long dans ses descriptions, il laisse une grande liberté pour l’emplacement des personnages dans l’image, il décrit simplement les actions. A moi de choisir la meilleure séquence possible.

Dans « Pour Maria » et « El Cascador », vous avez donné au PDG de la Minerco les traits de Jean Van Hamme. Ce dernier souhait-il figurer dans la série où est-ce vous qui avez décidé, sans l’en informer, de réaliser un clin d’œil ?

Je lui ai fait la surprise. C’est un clin d’œil. Il y a pas mal de clins d’œils aux auteurs dans certains dessins. Dans certaines cases, sur des casquettes, on voit un « JVH », un « WV ». Cela dépend, quand je suis à ma planche et que je ne sais pas quoi mettre, je prends les initiales des auteurs.

XIII est votre personnage le plus populaire, mais est-il celui que vous préférez parmi tous ceux que vous avez dessiné (Howard Flynn, Bruce J. Hawker, Ringo, Bruno Brazil, Bob Morane, Ramiro) ?

Je ne sais pas. Il y a toujours le chouchou Hawker, mais malgré tout, il y a presque 10 ans qu’il n’apparaît plus. Mais pour le moment, il y a XIII.

« J’aime dessiner les scènes de mouvements, ça me libère un peu »

Quels aspects du personnage de XIII appréciez-vous particulièrement ?

C’est un peu difficile à dire. C’est un type qui réagit quand il doit réagir mais il a une tendance à être très calme aussi. Il est plutôt observateur. Moi, je préfère quand le personnage est en action. J’aime dessiner les scènes de mouvements, ça me libère un peu.

Vous n’aimez pas dessiner une scène de dialogue dans un bureau…

Avant de commencer j’en ai déjà marre ! C’est à ce point. N’importe quel bureau, même un restaurant ou quoi que ce soit. Ce problème là, je ne l’avais pas avec Bruce J. Hawker qui était dans la nature, sur la mer.

Avez-vous été amené à déplacer un décor qui se trouvait dans le bureau, à l’extérieur ?

Je n’ai pas trop la possibilité. Comme Jean précise ce qu’il veut dans son scénario, il faut s’y adapter. Je n’aime pas trop les scènes de dialogues, mais elles sont nécessaires pour le déroulement de l’histoire.

Parmi les personnages de la série, quels sont ceux pour lesquels vous avez une affection particulière ? Pourquoi ?

Toutes les femmes de la série. Ce ne sont pas des petites dames de rien du tout. Elles sont un peu spéciales. Je les aime bien. Ce sont des femmes d’action et elles ont de la poigne.

Jones ?

J’aime sa personnalité.

Les tueuses. Irina, Félicity ?

Elles ont une certaine ampleur. Les mauvaises, on les regarde aussi avec curiosité !

Le général Carrington ?

Je l’aime bien. C’est un peu le bon papa de XIII, il l’a pris sous sa protection.

Dans les derniers albums, La Mangouste et Amos ont trouvé la mort. Comment avez-vous vécu ces rebondissements lorsque vous avez pris connaissance pour la première fois du scénario ?

J’ai pris cela tout à fait normalement car j’ai déjà eu ce cas avec Greg dans la série Brazil, quand on a liquidé tout le commando Caïman. Ça c’était pire ! A cette époque on s’était fait insulter, traiter d’assassins ! Au départ, je disais qu’il y avait un peu trop de personnages. Je l’avais dis à Greg, et on a décidé d’en mettre un de côté et je lui ai proposé Bronco il me semble, le cow-boy. Alors il me dit : «On va liquider, mais ce ne sera pas Bronco, on va prendre le plus sympathique». Et c’est le petit rouquin qui est tombé le premier. Cela avait de l’impact. Et après, dans l’histoire suivante, il liquide la moitié du reste. Cela a été un coup terrible, mais on sentait déjà que la série Brazil touchait à sa fin.

Pour en revenir à Amos et La Mangouste, qu’est ce que cela fait de savoir que vous n’aurez plus l’occasion de les dessiner dans la série ?

Si on rassemble toutes les pages sur lesquelles ont été La Mangouste, ou Amos, cela ne fait pas beaucoup de pages.

Y étiez-vous attaché ?

Pas trop puisque La Mangouste était le grand tueur mais on ne le voyait pas trop. Quand on le voyait, il s’agissait d’un passage ou soit il se faisait aider par ses acolytes.

Y a-t-il des scènes que vous avez refusées de dessiner ?

En général, j’ai tout accepté. Dans ce que Jean fait, il n’y a rien à dire. Par exemple, dans l’album «Trois montres d’argent», j’ai décidé de rallonger l’histoire pour la simple raison qu’il y avait trop de texte alors j’ai dis à Jean, «désolé mais je vais rallonger et je vais le faire de cette façon…» Il a été d’accord et du coup, l’album a eu plus de pages.

Dessiner les paysages du Mexique, l’Amérique du début de siècle, était une sorte de récréation dans la série ?

C’était amusant à faire. C’est un peu du western du début 1900. C’était une histoire complète mais historique.

« Lorsque l’on est devant la page blanche, on se dit que cela va être difficile »

Quelles ont été les planches les plus difficiles à dessiner ?

Lorsque l’on est devant la page blanche, on se dit que cela va être difficile. Mais après, en regardant le résultat final, on est content mais on fait moins attention à tout ce que l’on a sué sur la page. Une fois qu’elle est publiée, on la classe et c’est fini. On y pense plus.

Certaines d’entre-elles vous ont-elles donné plus de difficultés ?

Pas trop… Mais quelquefois, avant de commencer à dessiner, je tourne en rond. Juste avant de commencer, mais une fois que la planche est commencée, il n’y a plus de problèmes.

Devez-vous réfléchir très longtemps avant de vous mettre à dessiner ?

Les premiers temps, beaucoup. Je réfléchis peut-être un peu trop… Je pense à plusieurs possibilités de cadrages et il faut ensuite choisir.

« Je préfère les choses très enlevées : la pluie, le mauvais temps, l’orage… »

Quelles ont été les planches que vous avez appréciées particulièrement dessiner ?

Je préfère les choses très enlevées : la pluie, le mauvais temps, l’orage… Il s’agit pourtant d’ambiances difficiles à mettre en scène, mais pour moi c’est très facile.

Vous attachez une grande importance aux décors de la série. D’où cela vient-il ?

Les décors sont fouillés mais je me limite quand même. Je ne vais pas faire des décors avec plein de trucs à tout casser où cela prend deux jours pour faire une case ! Là pas question, je me limite. On peut mettre autant de temps que l’on veux pour faire une case. Si l’on n’a pas de place on agrandit. On peut mettre le double de détails dans le décor, mais à ce moment-là on n’en finit pas. C’est dangereux, c’est un piège puisqu’il faut quand même tenir sur un format. Il faut voir sur la planche ce que ça donne. Je ne suis pas un remplisseur de papier. L’important, c’est que le dessin soit concret et qu’on le voit en premier lieu, quitte à supprimer certaines choses qui auraient dû être là. Mais dans le fond, quand la lecture est bien claire et que les personnages ont leurs rôles et qu’ils tournent en rond comme il faut, je ne vois pas pourquoi il faut aller à l’extrême de mettre des décors. C’est du superflu… Quand on regarde le cinéma, les présentations sont beaucoup plus axées sur le personnage que sur le décor. Le décor est un fond derrière, quelque chose qui supporte. C’est au départ d’une séquence qu’il faut le mettre en vedette, mais après il faut laisser tomber. C’est quand même le personnage qui prime pour le lecteur.

Etes-vous déjà allé aux Etats-Unis ?

Jamais. Au Canada mais pas aux Etats-Unis…

Cela ne vous a jamais tenté ?

Aujourd’hui plus du tout.

Dans XIII, vous créez en quelque sorte votre propre Amérique…

Par exemple, pour une station d’essence un peu spéciale, ou une maison un peu spéciale ; je prends une photo n’importe où, je transforme l’ensemble avec l’aide de ma documentation, et c’est fini ! Si le lecteur veut savoir exactement où se trouve cette pompe à essence aux Etats-Unis, il peut aller la chercher pendant 10 ans aux Etats-Unis puisqu’elle n’existe pas. Pourtant, elle est dessinée tout à fait comme c’est aux Etats-Unis.

Etes-vous allé en Amérique du Sud ?

Oui, dans le cadre d’un concours avec XIII. Nous sommes parti avec Jean Van Hamme, deux gagnants et une équipe de télévision en Argentine. C’était court, le voyage était plus long que le séjour en fin de compte.

Comment avez-vous vécu ce contact avec des fans de la série ?

C’était bien. Ils s’intéressaient également à l’Argentine, au paysage. On ne parlait pas constamment de XIII. Mais ce concours, autour de XIII, qui avait eu lieu à Paris m’a beaucoup touché. C’est incroyable l’enthousiasme de ces gens sur le personnage et les auteurs. Ils savaient tout, ils savaient même plus de choses que moi-même sur mes dessins ! C’est une belle expérience et j’en suis ressorti très content.

Quel regard portez-vous sur le merchandising découlant de XIII ?

Avant tout, on aime bien les albums, puisque s’il n’y avait pas les albums, il n’y aurait pas d’objets. J’aime bien ces choses là, comme par exemple les petites silhouettes réalisées par Fariboles. C’est amusant. Il y a eu des Pixi, Aroutcheff… Il y a beaucoup de choses qui existent, puisqu’il y a également des vêtements, des jeux, et notamment le jeu vidéo.

Justement, parlez-nous de ce jeu. Avez-vous participé à sa conception ?

J’ai eu un droit de regard. On a vu le personnage. Justement, dans ce jeu là, pour des détails techniques, il a fallu changer la chevelure de Jones. Il y avait un problème et ils ont du changer et nous avons donné notre accord. XIII n’était pas trop éloigné de ce qu’il est.

Comment avez-vous vécu cette expérience ?

C’est bien, parce que comme on était là, ils ne pouvaient pas louper leur coup dans le fond. Ils s’en sont bien sortis. Ce n’est pas comme le dernier fracas qu’il y a eu au cinéma avec d’autres personnages. C’était un peu une hécatombe. Pour le moment, comme on n’a encore rien fait de côté-là avec le personnage, on s’en réchappe un peu. Autrement, on subit peut-être les conséquences à cause de ce que les autres ont raté.

Cela ne vous semble donc pas envisageable de voir XIII adapté au cinéma…

Si. Je suis tout à fait d’accord. Plus au cinéma que pour la télévision. Il faut voir ce qu’il va se passer. Pour le moment, on est bouche bée, on ne sait pas quoi.

Dans la série, le XIII Mistery est un album un peu particulier…

C’est celui qui m’a le plus amusé, parce que ce sont des idées comme je voulais. J’ai tout fait : mise en page, dessin… Sauf les textes qui sont de Jean.

Pourquoi avez-vous décidé de faire vous-même la mise en page ?

Parce qu’il n’y en avait pas d’autre de capable. Ce n’était pas possible. Je savais depuis le départ ce que je voulais. Cela m’a pris du temps, mais le résultat est là; y compris sur les ventes. Qui l’aurait cru ?

Pourquoi avez-vous réalisé cet album atypique, et non un récit de 46 planches, comme les autres titres de la série ?

Au départ, on s’est dit : «On fait un album de 90 pages, on récupère des petites têtes par ci, par là… et hop !» Cela aurait fait un livre qui ce serait vendu peut-être à 40.000 ou 50.000 exemplaires. Mais cela n’aurait pas été joli. Comme j’ai le souci que les choses soient présentables, je me suis dit : «pas question, je vais le faire comme je le sens». Voilà le résultat. Maintenant tout le monde est content.

Etait-ce pour créer un évènement, puisqu’il s’agit du treizième album de la série ?

Oui. Comme beaucoup de gens ont prétendu que cela s’arrêterait au treizième album… On l’a mis en treizième place, et la série continue de 12, 14, 15…

« [Je préfère] Rouge Total, Le Dossier Jason Fly et La Nuit du 3 août »

Parmi les 16 albums aujourd’hui parus, quel est celui que vous préférez ?

C’est difficile. «Rouge Total», «Le Dossier Jason Fly» et «La Nuit du 3 août». Et les derniers sont bien aussi ! Mais le dernier, comme il est récent, je n’y pense pas trop. Disons dans les 10 premiers…

Vous citiez « Rouge Total ». Qu’appréciez-vous particulièrement dans cet album ?

C’est l’intrigue avec le coup d’état. C’est un album assez spécial.

Et pour «Le Dossier Jason Fly» et «La Nuit du 3 août»…

J’aime beaucoup les ambiances, dans la neige… Il y a aussi l’intrigue avec La Mangouste, le sherif, le chef du patelin un peu corrompu, ancien du Ku Klux Klan. Cela me plaisait beaucoup.

Depuis 20 ans, vous vous êtes pratiquement consacré qu’à XIII ?

Il m’a pompé tout mon temps. J’ai fait les deux Blueberry et c’est tout…

« Je vais doucement vers 70 ans, c’est le moment de profiter un peu de sa vie aussi »

N’avez-vous pas eu envie parfois de dessiner également une autre série ?

Je voudrais bien. C’est très gentil de me le dire, mais ce n’est pas possible. Par exemple, pour le moment j’ai une dizaine de pages au crayon à moitié entamé et je suis bloqué. XIII me prend beaucoup de temps. Je ne travaille plus autant qu’avant non plus. Je prends aussi mes petits week-ends comme tout le monde. Je travaille le temps qu’il faut mais pas trop. Je vais doucement vers 70 ans, c’est le moment de profiter un peu de sa vie aussi.

Qu’appréciez-vous le plus en dessinant cette série ?

Il y a des tas de gens qui attendent. Et je me dis que je suis encore là. Il y a des gens qui croient en moi, qui s’inquiètent, qui se demandent si je vais être dans les temps… On existe toujours.

Il y a un vrai plaisir de savoir que vous allez répondre à l’attente des nombreux lecteurs…

Si je fais un effort à tout casser, ils auront bien leur album à temps. Ce sera pour l’année prochaine. Je fais tout mon possible.

Depuis le début de la série, il y a eu énormément de rebondissements. Vous est-il arrivé d’être vous-même un peu perdu ?

Pas trop. Maintenant, il y a certaines choses que Jean a dévoilé où je me dis que je ne m’étais pas trompé. Par exemple, dans la fameuse énigme des trois montres, j’avais déjà découvert quelque chose avant qu’il ne l’indique. J’avais découvert ça mais je ne peux pas le dire car ce sera dans le prochain. Le lecteur pourrait également découvrir cette énigme, mais il faut un peu être dedans. Stop, je n’en dis pas plus !

Sans dévoiler le contenu du prochain album, on peut dire que le lecteur aura déjà la clé de plusieurs énigmes…

Vous saurez cela en lisant l’album. Notamment sur les trois montres.

Dans des interviews, Jean Van Hamme a déclaré que le 18e album serait le dernier qu’il scénariserait. Vous l’avez appris comment ?

Dans un article où il le disait à un journaliste. J’avais quand même un peu senti qu’il allait laisser tomber un jour. J’ai pris cela, il faut prendre les choses comme une grande personne. Mais j’ai dit «non, je suis désolé mais je continue.»

« Il faut penser au lecteur, il ne faut pas penser à soi »

Qu’est-ce qui vous pousse à continuer ?

Je n’avais pas envie de boucler un personnage comme celui-là à la façon d’Hergé ou quoi que ce soit. Il faut penser au lecteur, il ne faut pas penser à soi. Parce que le lecteur nous a acheté des albums pendant x années et du jour au lendemain, on lui dit «flûte». C’est pas beau envers le lecteur, envers celui qui nous a soutenu.

Cela vous semblerait donc logique que vous passiez un jour la main pour le dessin…

Certainement. Il faut donner une chance à la nouvelle génération, aux nouveaux qui viennent. J’ai eu le même cas avec «Bob Morane», avec «Blueberry». Pourquoi je devrais casser mon personnage et ne pas donner l’occasion à des jeunes qui pourraient en avoir besoin ? C’est un peu dégueulasse, je ne veux pas.

Quand Jean Van Hamme aura tourné la page, savez-vous si vous ferez vous-même le scénario ou si vous ferez appel à un autre scénariste ?

Non. On tâchera de trouver un nouveau scénariste.

Ce 18e album marquera la fin d’un cycle…

C’est la fin d’un cycle. Mais j’ai déjà parlé avec Jean de cela. Lui-même a déjà donné quelques pistes. On est tout à fait d’accord. Il s’arrête, d’accord, c’est son opinion et je respecte ce qu’il dit. Je dis que je ne pourrai pas faire cela. Je lui ai expliqué exactement pour les mêmes raisons que je viens de dire, j’ai fait moi aussi des reprises, c’est quelque chose de tout à fait logique.

Avez-vous déjà des idées pour la suite ?

Même Jean a déjà donné une vague idée. Il n’y a pas de problèmes.

William Vance, XIII est encore parti pour au moins 20 ans ?

Et oui ! Mais ce ne sera pas moi tout seul. De toute façon, Jean m’a dit que dans le 18e, il y aura une ouverture pour la suite de la série.

Il ne retrouvera donc jamais son identité…

Ah si. On le saura dans le 18e. Mais simplement, un type qui trouve son identité n’a pas fini de vivre non plus. La vie continue.

Interview réalisée en 2004

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Anthologie Doggybags https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/anthologie-doggybags/ https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/anthologie-doggybags/#respond Mon, 14 May 2018 09:47:29 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=bibliotheque&p=49065 Avec cette Anthologie de Doggybags (Ankama), Run et ses acolytes donnent la main à celles et ceux qui leur ont été fidèles durant treize numéros. Leur confier le choix des histoires à intégrer, est une belle forme de gratitude. A posséder et à (re)lire de toute urgence !

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En février 2017, sortait le treizième et dernier tome de Doggybags. Fondée par le label 619 et orchestrée par Run depuis le premier numéro en 2011, il était dit que la série adulée par de nombreux lecteurs, ne pouvait s’arrêter là. Même si elle est officiellement terminée, l’auteur de Mutafukaz, entouré de tant d’autres artistes, entend le déchirement des fans. Fort de ses deux hors-séries (Doggybags présente) et récemment du one shot issu de cette même collection, Run offre cette Anthologie dont les histoires ont été choisies par les aficionados de ces aventures noires à souhait. Forcément subjectif, ce recueil horrifique et sans concession rassemble ainsi dix aventures créées par des auteurs survoltés.

 

  • Mort ou Vif de Run : Présente dans le premier tome de Doggybags, cette histoire annonce la couleur de l’Anthologie. Deux policiers en patrouille dans le désert de l’Arizona, s’apprêtent à faire une pause cheese-cake dans une station service. L’un ne descendra jamais de sa  moto, l’autre se verra faire un joli vol plané. Percutés par une voiture conduite par un braqueur, Curtis sera le seul à comprendre pourquoi l’homme leur a délibérément foncé dessus. S’en découlera une chasse à l’homme au climat étouffant. Dans cette ambiance à la U-Turn, Run ne nous épargne aucun détail, et l’imprègne d’un final foudroyant !

 

  • Samurai de Run et Singelin : Dans un Japon plongé dans une longue guerre civile, les deux auteurs mettent en exergue le destin de Goshi Mononofu, qui, sous les conseils d’un renard (!), aura l’opportunité d’être couvert d’honneur devant son Seigneur. Mais cela ne se passera pas véritablement comme prévu… Guillaume Singelin illustre à merveille cette nouvelle histoire de Run apparue dans le douzième tome de Doggybags.

CE DOGGYBAGS OFFRE DE BEAUX RESTES

  • Wintekowa, la dernière traque de Tom Longley de Hasteda et Bablet : retour sur un lieu sinistre pour Tom. Cinq ans après l’agression de sa femme et la disparition de son fils, il revient à la maison de vacances familiale. Avec un seul objectif, traquer, trouver et tuer  le monstre qui a enlevé et probablement tué Jonah. C’est un homme habité par la vengeance que développe Hasteda dans cette mystérieuse poursuite au Wendigo. Servie par l’excellent dessin de Mathieu Bablet, l’auteur de Shangri-la s’emploie à respecter brillamment l’atmosphère anxiogène du scénario. La chasse est ouverte…

 

  • Lupus de Hasteda et Mëgaboy : Envie de passer une nuit dans un relais routier en Roumanie ?  Lars sera votre guide. Pas sûr que cela soit celle qu’il imaginait montrer. À cause d’un camion renversée sur la chaussée, Lars va devoir se replier en compagnie d’autres collègues routiers, dans un endroit qui va vite devenir un enfer… Des dizaines de loups devenus de véritables monstres assoiffés de chair, ne laissent aucune chance à quiconque s’aventurera dehors. Avant que Lars ne comprenne l’explication rationnelle, il ne pourra rien faire devant l’hécatombe de cette attaque sanguinaire. Hasteda met beaucoup d’intensité dans cette histoire où on a vraiment l’impression d’être dans une voie sans issue. Au dessin, Mëgaboy a l’air de s’éclater et en oublie parfois de détailler un peu plus les visages des personnages. La question est : qui arrivera à survivre ?

 

  • Dia de Muertos de Gasparutto et Giugiaro : Comme dans toutes les villes mexicaines, c’est le jour de fêter les morts à Ciudad Juàrez. Les familles commémorent leurs disparus tandis qu’un groupe de « justiciers » s’attelle à montrer la mort de façon concrète aux narcotrafiquants. Appelés les Mata Zetas (Tueurs de Zetas), ils s’autoproclament voix et défenseurs du peuple. Sans pitié, les méthodes expéditives de ce groupe effraient à juste titre les narcos qui ne trouvent pas de moyens pour les contre attaquer. Lorsque Jéremie Gasparutto et Francesco Giugiaro se rencontreront, ce sera pour, artistiquement, s’apercevoir qu’ils étaient faits l’un pour l’autre. Avec son dessin explosif et d’une grande intensité, Jérémie donne à son compère toute la violence et la peur qui devaient émerger de ces authentiques affrontements. Avec une telle complémentarité, il n’est pas anodin de les revoir sous le même label pour la sortie du premier tome de la nouvelle collection.

RUN, RUN, RUN, RUN, RUN…

  • The Border de Run et Singelin : Trois américains se considérant comme de « vrais » Minutemen, font le ménage en ne laissant passer aucun clandestin mexicain. Il ne faudrait pas que l’un d’entre eux passe la frontière avec « le cul bourré de sac d’héroïne » voire en ramenant des maladies telles « le hache-un haine-un »… Enfants, femmes enceintes, deux de ces miliciens, arborent fièrement les photos de leurs victimes avec ce sentiment du devoir accompli. Nous les suivons ainsi dans cette chasse à l’homme qui ne va pas se dérouler comme prévu. On retrouve le duo Run/Singelin pour une histoire qui fait vraiment froid dans le dos, tant elle pointe du doigt la réalité. À noter, une nouvelle fois, l’excellente prestation graphique de Guillaume Singelin.

 

  • Welcome Home Johnny de Run et Amoretti : L’Américain Johnny Hiscox revient chez lui, à Crane. Accueilli en héros par les habitants de la ville, le Caporal entame son discours par les raisons qui l’ont motivé à partir au front pour sa patrie après l’effondrement des deux tours. Quand Johnny conclut son monologue en affirmant que son pays l’avait, en fin de compte, lui-même rendu terroriste,  la cérémonie en son éloge tournera au vinaigre. Les conséquences de ces paroles aussi sincères que malheureuses provoqueront un courroux seulement apaisé par des actes insoutenables. Run l’indique en préambule, ce scénario s’inspire de faits similaires dont il s’était ému. Comme pour s’en délivrer, il imagine cette intrigue oppressante et malsaine. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que François Amoretti montre toute l’étendue de son talent. Son dessin accompagne magistralement les moult émotions  ressenties par le lecteur. Assurément, l’un des épisodes les plus captivants de Doggybags.

 

  • Times Scare de Run : New York abrite l’une des places les plus convoitées et visitées dans le monde. Ainsi, Times Square accueille plus de vingt-cinq millions de curieux chaque année. Aujourd’hui, il est fréquent d’y voir des personnes déguisées en personnage célèbre de dessin-animé. Moyennant un pourboire, les touristes peuvent profiter d’une photo-souvenir. Un effet de mode de plus en plus insupportable pour l’officier de police Henry Wilcox. Démis de ses fonctions pour avoir agressé et humilié un artiste de rue grimé en Spiderman, Henry entend faire comprendre qu’il est dans le vrai et veut prouver de manière radicale que sous n’importe quel déguisement, peut se cacher un terroriste prêt à se faire sauter. Run, dans son terrain de prédilection, le paysage américain, n’y va pas de main morte. Le plus effroyable étant que cette histoire pourrait tout à fait être confrontée à la réalité. Et ce, jusqu’à l’aberrante réflexion finale du Président des États-Unis…

… AMERICAN DEATH AND YOU

  • Death of a Nation de Run, Ducoudray et Kartinka : C’est en mai 2014, au Mexique, qu’est constaté le premier cas de Fasciola Cerebella Zombi (CFZ). Un parasite dont l’infection est dévastatrice pour l’homme. Quand celui-ci l’a contractée, il devient un véritable zombie… Il aura fallu un an pour maitriser le virus non sans une quantité de morts effarante… En août 2017, imaginé préalablement par le puissant Rupoch Murder, naît Patriot Park. Ce parc d’attractions rassemble tous les survivants infectés et permettent aux citoyens américains de venir se soigner de cette période traumatisante, en éliminant sans scrupule les cadavres ambulants. Run et Aurélien Ducoudray se réunissent pour imaginer l’une des histoires les plus déjantées de Doggybags ! Accompagnés par Kartinka au dessin, le trio revisite certains événements traumatisants qui se sont déroulés aux États-Unis. Les zombies sont à l’honneur et, finalement, ce ne sont peut-être pas eux les plus atteints…

 

  • The Last President de Run et Ducoudray : Le CFZ (voir histoire précédente) fait toujours rage dans les contrées américaines. Mais ce n’est certainement pas le souci majeur de Montgomery, le nouveau et dernier Président des États-Unis d’Amérique. Car pour lui le fléau dont il faut s’occuper prioritairement est l’arrivée massive et incessante des clandestins mexicains. Il s’apercevra vite qu’il s’est trompé de cible… Confiné de toute urgence dans un bunker souterrain durant quatre-vingt dix jours, le Président prend sont mal en patience. Isolé de tout, il ne se doute aucunement de ce qui se trame en haut… Décidément, quand il s’agit de zombies mêlés à une potentielle fin de civilisation, Run et Ducoudray sont diablement inspirés ! Pour clore cette Anthologie de Doggybags, les rôles s’inversent et le pouvoir change de main !

 

En y ajoutant un riche making-of, ce recueil hommage de Doggybags porte bien son nom. Bien évidemment, certains autres épisodes figurant dans les treize numéros parus, auraient tout autant mérité leur place dans cette Anthologie. Mais les lecteurs ont fait leurs choix ! Et il serait malvenu de dire qu’ils ne sont pas bons !

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Sous les bouclettes https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/sous-les-bouclettes/ https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/sous-les-bouclettes/#respond Mon, 14 May 2018 09:42:58 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=bibliotheque&p=49095 Grande romancière, Gudule choppe cette sale maladie que l’on appelle cancer. Elle décédera en 2015. Sa fille, Mélaka l’accompagne dans son combat quotidien et décide de le raconter dans Sous les bouclettes, un album émouvant et drôle aux éditions Delcourt. Le clan Carali Quelque part dans le Tarn, janvier 2013. Mélaka pleure son « presque » père […]

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Grande romancière, Gudule choppe cette sale maladie que l’on appelle cancer. Elle décédera en 2015. Sa fille, Mélaka l’accompagne dans son combat quotidien et décide de le raconter dans Sous les bouclettes, un album émouvant et drôle aux éditions Delcourt.

Le clan Carali

Quelque part dans le Tarn, janvier 2013. Mélaka pleure son « presque » père – Sylvain – celui qui l’a élevée depuis ses 6 ans. Il est le compagnon de vie de Gudule depuis le début des années 80.

Mélaka et Gudule ne sont pas de simples anonymes, elles appartiennent au clan Carali, du nom du premier mari de cette dernière. Paul est le fondateur avec son épouse de la revue Psikopat. C’est lors de l’expatriation de la future romancière au Liban avec son fils Frédéric qu’elle rencontre son mari. Là-bas, le couple donne naissance à Oliver K (scénariste de Pourquoi j’ai tué Pierre, Pieter et le Lokken, Capitaine Fripouille).

La petite famille revient en France en 1971. Paul et Gudule commencent leur carrière d’artistes dans divers journaux : Hara-Kiri, Charlie-Hebdo, Fluide Glacial ou encore L’écho des savanes, jusqu’à la création de Psikopat en 1982. C’est à cette période, en 1977, que la petite Mélaka nait (future autrice de L’ange ordinaire, Dans ma tête).

Gudule : artiste multiple

Née le 1er aout 1945 à Ixelles en Belgique, Anne Ligier-Belair publie donc de nombreux textes, chroniques et romans (plus de 250 !) sous divers pseudonymes : Duguël, Guduël, Gudule, Anne Gudule ou encore Anne Karali. Son premier livre Prince charmant poil aux dents parait en 1987 chez Syros. Il sera le point de départ d’une œuvre importante à destination des plus jeunes où elle aborde des thématiques délicates : l’enfance maltraitée ou la séropositivité en milieu scolaire. Elle écrira aussi des romans pour les adultes.

Après sa séparation d’avec Paul, elle rencontre Sylvain avec lequel elle reste plus de 20 ans : un bonheur ! En 2002, le couple s’installe dans un village du Tarn.

Gudule : gaffeuse hors pair

Sous les bouclettes débute donc à la disparition de Sylvain d’un cancer de l’estomac. L’album de Mélaka est donc une autobiographie forte qu’elle a écrit et dessiné, qu’elle fait alterner avec des moments de la vie de Gudule que la romancière a relaté dans différents ouvrages (notamment Le bel été). Ainsi lorsque la maladie la ronge, elle prend le temps – même si cela devient de plus en plus dur avec son bras défaillant – de raconter des anecdotes drôles et croustillantes de son passé. Sa fille les met en image (dans les tons sépia-marron) faisant de Sous les bouclettes un album écrit à quatre mains !

Dans ces petits moments de respiration, le lecteur découvre une femme attachante, intelligente, sincère jusqu’à faire gaffe sur gaffe. D’un passé récent jusqu’à un plus ancien (avant la naissance des enfants), elle raconte ces petites hontes qu’elle assume par une autodérision salvatrice. Parce que oui, l’album est dur, poignant et bouleversant mais aussi léger, empli d’amour et de vie. Une vie bien remplie par un clan, une famille et un métier prenant mais ô combien passionnant d’écrivaine.

Castor, Bonjour et la vie qui s’éteint

Mélaka s’est aussi installée dans le même village que Gudule, il y a quelques années avec Reno, dessinateur de bande dessinée (Womoks, Valamon, Aquablue). Le couple a donné naissance à Maya et Alix.

Ainsi après le décès de Sylvain, Mélaka peut veiller sur sa mère. Si les débuts sont délicats à cause du grand chagrin, la vie reprend le dessus jusqu’au jour où la fille découvre que Gudule a mal mis ses chaussures et noué ses lacets, pire, elle n’arrive pas à fermer son pantalon après être allée aux toilettes. Pensant tout d’abord à un AVC, le diagnostique est sans appel : un cancer…

Autour d’elle on s’active pour l’aider au mieux et notamment Castor, son nouveau compagnon, plus jeune qu’elle. Le jeune homme est une véritable crème, optimiste, joyeux et un aidant magistral malgré la maladie. Il aide Gudule sans jamais se plaindre, toujours avec le bon mot pour faire sourire et préparant les Bonjour (café) comme personne. Il deviendra sa canne et ses jambes jusqu’au funeste jour…

Sous les bouclettes : hymne à la vie, hymne à l’amour

Il en faut du courage à une femme pour raconter le déclin inexorable de sa mère adorée ! Avec Sous les bouclettes, Mélaka réussit son pari : parler de sa mère autrice attachante, de la maladie qui frappe par deux fois et de la mort, le tout en évitant le pathos; pas simple.

Cette bande dessinée est avant tout le portrait d’une femme libre, romancière et écrivaine de talent mais aussi un véritable hymne à la vie et à l’amour comme le fit auparavant Anders Nielsen dans son album Fin qui racontait la vie après la mort de sa compagne atteinte d’un cancer.

Sans filtre, racontant tout (chimio, radiologie, les membres qui ne répondent plus, les toilettes, les WC) y compris la déchéance physique et les moments de lucidité Gudule sur sa maladie, Sous les bouclettes bouleverse par sa justesse de ton.

Sous les bouclettes poussent la vie et l’amour !

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Irons : Ingénieur-conseil https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/irons-ingenieur-conseil/ https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/irons-ingenieur-conseil/#respond Mon, 14 May 2018 02:43:21 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=bibliotheque&p=48871 La personnalité un tant soit peu déroutante du personnage principal, et l’enquête qu’il est amené à mener suite à l’écroulement d’une partie d’un pont font de Irons : Ingénieur-conseil un sympathique album, et les prémices d’une série à suivre ! Jack Irons : Génie, misanthrope, sarcastique. Jack Irons est le personnage éponyme de cette nouvelle […]

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La personnalité un tant soit peu déroutante du personnage principal, et l’enquête qu’il est amené à mener suite à l’écroulement d’une partie d’un pont font de Irons : Ingénieur-conseil un sympathique album, et les prémices d’une série à suivre !

Jack Irons : Génie, misanthrope, sarcastique.

Jack Irons est le personnage éponyme de cette nouvelle série. Ingénieur-conseil spécialiste des ponts et des infrastructures, il est en plus de cela ancien militaire et ex-agent de services secrets. Un air de baroudeur, un esprit torturé, une carrure d’athlète, il est aussi brillant qu’il est asocial. Mais c’est le meilleur dans sa profession, et beaucoup de ses collaborateurs font avec. Même si, au fond, ce premier tome nous apporte des éléments de réponse sur la raison d’un tel caractère…

Ingénieur-conseil

Car ce n’est pas anodin si Jack Irons a choisi un tel métier. Un drame qui remonte à son enfance l’a poussé dans cette voie. Mais cela, vous le découvrirez en lisant les sublimes planches de cet album. Ce que vous découvrirez aussi, c’est comment ce drôle de bonhomme se retrouve embarqué dans une enquête malgré lui. Alors qu’il est sur le point de quitter l’île du Prince Edouard pour rejoindre le continent canadien, un morceau de la chaussée du gigantesque pont s’est effondré. Cet incident est bien fâcheux pour lui car ce pont est un des seuls moyens de quitter l’île en cette période. Quitte à être bloqué sur une île sans histoires, autant s’intéresser à celle-ci…

C’est un héros qui est difficile à aimer, mais cependant, on a comme une certaine envie de le retrouver. Une personnalité brillante, certes qui paraît misanthrope mais qui, au fond, à juste besoin d’être compris. C’est une sympathique aventure proposée par Luc Brahy (13/11 reconstitution d’un attentat, Les fantômes du passé) et Tristan Roulot (Hedge Fund, Le testament du Capitaine Crown) aux éditions Le Lombard.

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