Comixtrip https://www.comixtrip.fr La bande dessinée du monde, le monde de la bande dessinée Thu, 13 Dec 2018 14:54:10 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9.5 The promised neverland, un conte de fées qui tourne mal https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/the-promised-neverland/ https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/the-promised-neverland/#respond Sun, 09 Dec 2018 16:38:45 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=bibliotheque&p=56032 Lauréat du prix Shōgakukan du meilleur shonen et nommé au Manga Taishō en 2017 et 2018, The Promised Neverland fait son petit bout de chemin dans l’univers du manga et finira par s’imposer comme une référence en la matière. The Promised Neverland, acte 1 La saga événement démarre dans un orphelinat, la Grace Field House. Emma, Norman et Ray […]

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Lauréat du prix Shōgakukan du meilleur shonen et nommé au Manga Taishō en 2017 et 2018, The Promised Neverland fait son petit bout de chemin dans l’univers du manga et finira par s’imposer comme une référence en la matière.

The Promised Neverland, acte 1

La saga événement démarre dans un orphelinat, la Grace Field House. Emma, Norman et Ray sont trois enfants normaux, qui vivent en communauté auprès de celle qu’ils appellent « Maman« , véritable mère pour eux. Un jour, cette vie paisible s’arrête. L’atroce vérité qui la dissimule est dangereuse, voir mortelle. La seule issue pour ces trois orphelins, c’est la fuite. Question de vie ou de mort.

The Promised Neverland, acte 2

S’échapper de cet orphelinat est loin d’être une mince affaire, mais surtout nos trois jeunes héros ne veulent pas laisser derrière eux les autres enfants, qu’ils considèrent comme des frères et sœurs, avec l’horrible destin qui les attendent. Les prenant sous leurs ailes, les trois amis les entraînent pour les aider à s’enfuir. Un plan des plus audacieux, mais constamment enrayé par l’assistante de Maman, la sœur Krone.

The Promised Neverland, acte 3

Pour les pousser à s’enfuir, Emma, Norman et Ray ont du dévoiler la vérité aux autres enfants. Mais certains d’entre eux doutent de ces faits, la sœur Krone continue de saboter leurs plans et la redoutable Isabella, découverte dans l’acte 2, passe à l’action. Une situation qui semble désespérée, mais qui ne va certainement pas décourager les trois valeureux héros.

The Promised Neverland, l’histoire continue

3 actes ce n’est pas suffisant. Sachez que la série est toujours en cours au Japon, et que dix volumes sont déjà sortis. De quoi plonger au cœur de cette saga, et vivre les aventures des trois orphelins les plus acharnés du monde. Un coffret sorti en novembre dernier permet d’obtenir les trois premiers volumes à moindre coût, et de s’engouffrer dans cette histoire, publiée aux éditions Kazé (Fire Punch, Le Garçon et la bête) !

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Aubépine, tome 2 https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/aubepine-tome-2/ https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/aubepine-tome-2/#respond Sun, 09 Dec 2018 16:32:45 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=bibliotheque&p=56217 Karensac et Thom Pico nous proposent un très beau 2ème volet des aventures de Aubépine, petite fille malicieuse dont la famille s’est installée depuis peu dans une vallée montagnarde. Une nouvelle aventure pleine d’humour et de rebondissements à l’image du premier volet. Le renard : représentant de l’automne Aubépine est de retour après ses premières […]

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Karensac et Thom Pico nous proposent un très beau 2ème volet des aventures de Aubépine, petite fille malicieuse dont la famille s’est installée depuis peu dans une vallée montagnarde. Une nouvelle aventure pleine d’humour et de rebondissements à l’image du premier volet.

Le renard : représentant de l’automne

Aubépine est de retour après ses premières aventures avec le Génie Saligaud. La vie continue dans la vallée montagnarde où ses parents ont choisi de s’installer. La mère d’Aubépine part en mission d’étude et la laisse en compagnie de son père pour quelques semaines. La rentrée des classes a eu lieu, Pelade, le chien laineux, fidèle compagnon, l’accompagne dans ses découvertes de la nature, qu’elle préfère de loin à une partie de jeux vidéos. Mais plusieurs événements insolites vont venir perturber cette fin d’été. La vieille bergère l’annonce, c’est l’arrivée de l’automne, mais le changement de saison ne semble pas se passer aussi simplement que les années précédentes… Car si vous ne le saviez pas, chaque saison a son représentant, et chacun transmet à son successeur une couronne, la Couronne des Cimes. Le représentant de l’automne, le renard, vient donc la réclamer, mais Aubépine est responsable sans le savoir d’un bug dans le système… Place à l’univers magique de la nature !

Aubépine : histoire drôle et captivante

Le duo KarensacPico nous offre une nouvelle histoire drôle et captivante, avec des dessins et des couleurs proposant de très belles ambiances.

Nous apprécions particulièrement les nouveaux personnages, le renard furax, magnifique même s’il joue les méchants, ou encore les chevaliers châtaignes, héros des contes de la vallée ….

Des thématiques actuelles sont également abordées telles que l’hyperprésence des écrans dans la vie moderne, la nostalgie des adultes vis-à-vis de leur enfance, ou encore la mise en route du changement climatique.

Merci pour ce bon moment de lecture ! Nous attendons déjà le troisième tome…

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Klaus, tome 1 https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/klaus-tome-1/ https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/klaus-tome-1/#respond Thu, 06 Dec 2018 18:00:57 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=bibliotheque&p=56134 Tout le monde connaît le père Noël, mais rares sont ceux qui connaissent son histoire… Avec Klaus, découvrons les origines du héros des petits et grands. UNE RÉÉCRITURE DU MYTHE ? A l’approche de la fête d’Yule, dans le froid de l’hiver, un homme tire un traineau d’un bras robuste. Figure sombre, barbe hirsute, c’est Klaus ; […]

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Tout le monde connaît le père Noël, mais rares sont ceux qui connaissent son histoire… Avec Klaus, découvrons les origines du héros des petits et grands.

UNE RÉÉCRITURE DU MYTHE ?

A l’approche de la fête d’Yule, dans le froid de l’hiver, un homme tire un traineau d’un bras robuste. Figure sombre, barbe hirsute, c’est Klaus ; il rejoint Grimsvig pour y vendre de la viande et des fourrures. Mais cette cité qu’il a jadis connue n’est plus que l’ombre d’elle-même. Désormais, le baron Magnus y sème la terreur, les hommes ont disparu et les enfants ne sourient plus car dans Grimsvig, les jouets sont interdits.

LE STYLE GRANT MORRISON

Grant Morrison ne s’en cache pas, avec Klaus, il souhaite dévoiler les origines du Père Noël. Mais quel peut donc être le point commun entre le héros des enfants, porteur de joie le 24 décembre et Klaus au physique de Conan le Barbare ?

Difficile à dire… Et pourtant c’est simple : ce sont des super-héros, ils volent, ils sont immortels et apportent l’espoir.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Grant Morrison aime s’attaquer aux mythes. Il l’a d’ailleurs parfaitement montré en réalisant All-Star Superman qui explorait avec brio le mythe de l’Homme d’acier.

Superman… D’accord… Mais là… Le père Noël… Santa Claus…

Alors à quoi peut-on s’attendre lorsque l’auteur écossais s’attaque au mythe de l’homme en rouge ? Un conte de Noël ? Certainement pas ! Grant Morrison en a déjà écrit un et ça a donné HAPPY ! une histoire violente et irrévérencieuse, mâtinée d’une licorne bleue. On l’aura compris, Grant Morrison aime aller là où ne l’attend pas et là où personne n’irait.

Klaus : UNE RÉUSSITE

Le projet est alléchant et c’est avec plaisir qu’on se laisse emporter dans cet univers médiéval teinté de merveilleux.

Grant Morrison connaît les règles du genre et sait jongler avec elles pour développer une histoire rythmée. Les protagonistes évoluent dans un univers où on retrouvera avec plaisir des clins d’œil discrets au mythe de Noël. Pas de doutes, cette mini-série en 7 épisodes touche au but. Klaus est un héros charismatique comme on les aimait quand on était enfant et comme on les aime encore devenu grand.

DES DESSINS A LA HAUTEUR

La partie graphique de Klaus est réalisée par un Dan Mora (Hexed, paru lui aussi chez Glénat Comics) au sommet de sa forme. Les planches sont dynamiques, adoptant une construction filmique qui sert parfaitement le rythme du récit. Les double pages sont nombreuses et permettent d’apprécier le talent du dessinateur lauréat du Eisner Award du meilleur dessin en 2017 pour son travail sur Klaus.

UNE ÉDITION SOIGNÉE

Glénat nous livre un ouvrage qui fait honneur au travail initialement paru chez BOOM ! STUDIOS. En effet, l’édition est agrémentée d’une préface de Grant Morrison et de nombreuses couvertures variantes. Il est à noter qu’une version en grand format et en noir et blanc est aussi disponible.

Enfin, la mention de tome 1 nous laisse espérer que Glénat publiera par la suite les numéros spéciaux : Klaus and the Witch of Winter, Klaus and the Crisis in Xmasville et Klaus and the Crying Snowman.

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De la nécessité d’avoir un ours chez soi https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/de-la-necessite-davoir-un-ours-chez-soi/ https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/de-la-necessite-davoir-un-ours-chez-soi/#respond Sat, 01 Dec 2018 17:33:52 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=bibliotheque&p=55942 Avoir un animal de compagnie est toujours bénéfique pour la plupart des gens. On peut parfois en avoir certains plus imposants que d’autres, mais tout de même, Jules fait très fort. Un ours chez soi ? Une si bonne idée ? Il faut croire que oui. Ernest l’ours Jules a trente-trois ans, est célibataire, écrivain […]

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Avoir un animal de compagnie est toujours bénéfique pour la plupart des gens. On peut parfois en avoir certains plus imposants que d’autres, mais tout de même, Jules fait très fort. Un ours chez soi ? Une si bonne idée ? Il faut croire que oui.

Ernest l’ours

Jules a trente-trois ans, est célibataire, écrivain et possède un ours. Enfin possède est un bien grand mot. Un matin en se réveillant, Ernest était là. Ernest, imposant ours d’un peu plus de deux mètres. Là où l’on s’inquiéterait d’avoir un animal aussi sauvage et puissant chez soi, Jules semble plutôt serein. Avoir un ours chez soi amène son lot de bons côtés, comme de mauvais. Mais la ville et un petit appartement est-il le bon environnement pour un ours ?

L’arrivée d’Alice

Alors oui, avoir un ours a de bons côtés. On se sent en sécurité, Ernest est de surcroît plutôt sympathique, mais peut-être un peu trop collant. Si collant, qu’il pose quelques problèmes à Jules. Après s’être fait renvoyer de son travail et jeté en prison, on pourrait croire que la vie de Jules est au plus mal. Mais cette série de mauvais événements en apporte un de bon, la rencontre d’Alice. Bon pour Jules, mauvais pour Ernest. Cet ours si habitué à la vie citadine, aux petits plaisirs des supermarchés et à la chaleur d’un foyer va devoir retourner à la vie sauvage. Pour son bien qu’elle disait.

La nécessité de posséder un ours chez soi

Cet album est à la fois drôle et émouvant. Se retrouver à vivre avec un ours chez soi du jour au lendemain, c’est étrange, même dans une bande dessinée. Et pourtant, Jules vit avec lui comme s’il était un simple colocataire, ou simplement un ami de passage. La proximité entre ces deux êtres se scinde lors de la venue d’Alice, mais une amitié aussi forte ne peut que s’en remettre. C’est le côté émouvant de l’histoire, l’attachement entre ces deux amis qui n’aurait pas dû se rencontrer. Un merveilleux album de Debuhme à retrouver aux éditions Le Lombard (Kivu, Le Grand banditisme).

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Entretien avec Max Cabanes https://www.comixtrip.fr/dossiers/entretien-avec-max-cabanes/ https://www.comixtrip.fr/dossiers/entretien-avec-max-cabanes/#respond Thu, 29 Nov 2018 22:09:33 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=dossiers&p=55423 Max Cabanes nous a accordé de précieuses minutes pour nous parler de Nada, sa troisième adaptation de l'écrivain Jean-Patrick Manchette (Dupuis). Entretien passionnant avec un auteur doté d'une belle sobriété.

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C’est non sans une certaine émotion que Comixtrip est allé à la rencontre du célèbre auteur de bande dessinée, Max Cabanes. Rendez-vous pris un après-midi, au bar d’un hôtel tout près du prestigieux festival Quai des Bulles. Pendant plus d’une demi-heure, le lauréat du Grand Prix d’Angoulême en 1990, nous parlera de sa dernière adaptation d’un roman de Jean-Patrick Manchette. D’une voix calme et chaleureuse, il évoque sa complicité avec Doug Headline, sa façon d’appréhender l’œuvre de Manchette, ainsi qu’un intérêt évident pour le cinéma. Grand moment avec un grand Monsieur.

Bonjour Max Cabanes. 4 ans après Fatale tu adaptes une nouvelle fois un roman de Jean-Patrick Manchette, Nada. Aux côtés de son fils, Doug Headline, comment se définit votre association dans la conception de cet excellent polar ?

À peu près de la même manière que pour Fatale. Je faisais les premières propositions de découpage. Et Doug supervisait tout du début jusqu’à la fin, page après page. Avec, de temps en temps, des discussions sur des points précis. Sur certains textes, mais aussi très souvent sur des hors textes. Devait-on en mettre beaucoup ? Pas trop ? Certains étaient-ils préférables à d’autres ? Parfois, chacun de nous deux défendait son bout de gras. C’est un exercice passionnant et ça se passe toujours très bien entre Doug et moi. On a vraiment une très bonne complémentarité.

Paru en 1972, Nada est un roman qui se distingue pour s’être fait l’écho du néo-polar. Était-ce important pour vous deux de revisiter ce titre en particulier ?

Pour situer le niveau d’exemplarité de ce roman, j’étais tombé un jour sur une une revue spécialisée, qui avait fait une enquête au terme de laquelle il était apparu que Nada était considéré comme le meilleur polar de tous les temps… Carrément ! (rires) J’avais lu cet article avant de le réaliser. Avec Doug, on s’est dit qu’il fallait vite le faire et que je me mette au boulot avant que quelqu’un d’autre ne le fasse !

Depuis La princesse du sang, vous constituez un binôme bien rôdé. Comment a t-il vu le jour ?

De façon très simple. À l’époque, j’ai eu un coup de fil de Doug puis de mon éditeur, José-Louis Bocquet. Ils me proposaient d’adapter le roman que tu évoques, La princesse du sang, dernier roman sur lequel le père de Doug avait travaillé. Et qui était inachevé puisque hélas, Jean-Patrick a été interrompu par la faucheuse. Il m’a fallu quelques semaines de réflexion. Car, comme la plupart des fans de bande dessinée le savent, jusqu’alors c’était Tardi qui adaptait Manchette. Était-ce ainsi faisable ou pas ? Je me suis posé quelques temps cette question tout en me fiant aux avis de mes amis, des gens du métier…

C’était une période où j’étais un peu en stand-by, entre deux boulots, deux événements éditoriaux. Faisant partie de l’équipe de Dupuis, j’ai assisté au départ de Claude Gendrot qui allait rejoindre la maison d’éditions Futuropolis. Si j’avais fait de même, c’était sans projet à leur proposer dans l’immédiat. Finalement, deux mois après le coup de fil de Doug et Bocquet, je disais oui.

« Un étudiant de Bordeaux m’a dit un jour : « vous êtes plus un traducteur qu’un adaptateur » et je le confirme »

Entre vos réalisations et celles de Jacques Tardi, il est évident que les intrigues de Manchette sont faites pour être revisitées en BD. Comment expliques-tu cette réussite persistante quand il s’agit de transposer l’œuvre de l’écrivain dans le monde du neuvième art ?

Ce que tu soulignes comme une évidence ne m’a pas paru comme telle au départ. En ce qui me concerne, ce qui frappe d’emblée dans la plupart des romans de Manchette, c’est ce côté monolithique. On ne peut rien ajouter ni enlever. C’est extrêmement délicat. Et en même temps, cette grosse difficulté qu’est d’adapter ses textes en dessin ne passe que par une résolution simple au final. En oubliant toute cette complexité que cela soit presque infaisable. Alors, en tant qu’adaptateur avec Doug, il ne me restait plus qu’une attitude à adopter. Celle de me mettre dans la peau d’un lecteur lambda. Avec de la simplicité, de l’émotion et du sentiment.

Donc, quand je lis le roman, je fais plusieurs lectures. Et lorsque surviennent les sentiments ou des sensations, je crayonne quelques notes. En affinant au fur & à mesure après cinq ou six filtrages et en éludant le côté professionnel, je conserve mon idée de base. Celle de privilégier ces sentiments, cette réceptivité. Ensuite, arrive la partie technique où j’essaie de coller au plus près à ces annotations là.

Là, je parle un peu comme un artisan, mais c’est vraiment comme ça que je conçois l’adaptation. Je me souviens lors d’une rencontre avec des étudiants à Bordeaux, l’un deux me dire : « Vous êtes plus un traducteur qu’un adaptateur » et je le confirme. Le plus important dans ce genre d’exercice est de ne pas être en contradiction avec l’oeuvre que l’on admire. Lorsqu’une œuvre est adaptée, et ce quelque soit le genre artistique, très souvent on se rend compte qu’il y a ce passage obligé où, pour avoir l’air d’être créateur, a été ajouté ce grain de sel. Comme s’il fallait y mettre sa propre intériorité. Je ne peux pas faire ça, c’est impossible. Encore une fois, j’essaie de prendre les choses presque au sens premier du terme. J’admire l’auteur donc je le traduis. Je traduis cette admiration. Et ensuite mon dessin fera le reste.

Manchette fournit beaucoup de descriptifs quand il s’agit de lieux, de scènes d’action ou d’ambiances. Est-ce confortable quand on est dessinateur d’avoir tous ces repères ?

Illustration de Max Cabanes pour entretien avec Comixtrip le site BD de référence

Oui et j’essaie de m’y coller le plus possible. Si je reviens sur cette admiration, lorsque je lis l’œuvre d’un auteur et que ce qu’il me décrit me comble, je ne vois pas ce que j’aurais à changer la dedans. Je n’ai plus qu’à faire l’appareil photo. Mais il peut m’arriver de déroger à tout ce que je viens de dire. C’est à dire, de temps en temps, rajouter quelque chose qui n’est pas forcément décrit. Assez souvent, dans des détails, parfois dans l’atmosphère.

Et puis, par exemple dans Fatale, il y a des moments assez abstraits dans la description. Dans tout le passage où l’héroïne va tuer les uns après les autres, les ennemis de cette ville… Finalement, dans cette atmosphère de nuit, noire, très dense, c’est difficile de coller à la description de Manchette. Un écrivain peut se permettre une certaine abstraction. Un dessinateur sera plus embarrassé.  Il faut arriver à mettre ça en images. J’avais choisi, à ce moment là, de ne jamais montrer l’héroïne. Seuls les résultats des crimes sont visibles sans qu’on ne la voit les exécuter. Sauf un, le dernier. Voilà quelque chose que j’ai, disons, extrapolé. Et c’est un fait rarissime puisque j’essaie d’être le plus fidèle possible dans mes traductions.

« Je n’ai pas du tout vu le film de Claude Chabrol »

Claude Chabrol qui avait failli adapter Fatale, donne au cinéma une adaptation réussie de Nada, avec une belle distribution. Si l’on s’attarde sur André Épaulard, on constate une ressemblance frappante entre ton personnage et Maurice Garrel, l’acteur qui l’incarne dans le film. Y as-tu trouvé une inspiration ?

Non car je n’ai pas du tout vu le film. Mais il y a forcément une logique à cela. Peut-être que je m’avance, mais soit c’est un hasard extraordinaire, soit nous avons eu un cheminement équivalent pour représenter le personnage d’Épaulard. À un moment donné du roman, Cash, l’égérie du groupe dit à ce protagoniste : « Vous ressemblez à Roger Vailland ». Un journaliste-écrivain affilié au parti communiste. Alors, évidemment, je suis allé voir qui était cet homme. J’ai même lu des livres qu’il avait écrits. Et au final, j’ai pris son portrait pour donner naissance à Épaulard. Voilà pourquoi je ne serais pas étonné que le cinéaste ait eu sensiblement la même démarche.

En parlant de Cash, la figure féminine du groupe Nada. Lors de son entrée en scène, on ne peut s’empêcher de penser à la célèbre actrice, Charlotte Rampling…

C’est exactement ça. Sans vouloir la faire trop ressemblante non plus, je voulais juste que cela soit un point de départ. Encore une fois, comme je n’ai pas vu le film de Chabrol, j’aurais tout simplement choisi Charlotte Rampling comme héroïne lorsqu’elle avait 25- 30 ans. C’est un hommage, voire une évidence, car c’est pour moi une des plus grandes actrices.

Illustration de Max Cabanes pour entretien avec Comixtrip le site BD de référence

Revenons aux héroïnes de Manchette. Que ce soit Ivory Pearl (La princesse du sang), Aimée (Fatale) ou Véronique Cash (Nada), elles ont de nombreux points communs. Mystérieuses, belles, froides, solitaires, indomptables… Est-ce chose aisée de traiter ce profil de personnage ?

Cela reviendrait presque à me demander quels sont mes goûts en matière de femme ! (rires) Ce qui me vient à l’esprit quand tu me poses cette question serait plutôt de savoir comment je ferais si on me demandait d’adapter un personnage féminin au caractère complètement opposé. Traduire la féminité d’avant m’intéresserait tout autant. Traiter un caractère plus doux, plus enveloppant avec une espèce de grâce candide et naïve. Cela ne plaira pas aux féministes mais c’est tout simplement ce qu’on appelle la fraîcheur. On va dire que je suis sexiste mais je prends le risque parce que je le ressens comme ça. Et c’est tout autant difficile à restituer que le caractère trempé d’une femme.

Au cinéma, par exemple, cette fausse candeur a été jouée par des actrices comme Brigitte Bardot dans les année 60, tout comme des actrices italiennes comme Claudia Cardinale. Mais lorsque je me remémore le film magnifique d’Antonioni qui s’appelle L’Éclipse avec Alain Delon et Monica Vitti. Cette dernière joue une femme tellement incertaine et où l’on devine la quête d’identité. On la sent véritablement perdue face à l’homme en face d’elle. Et à aucun moment Monica ne joue le rôle d’une femme forte, bien au contraire. Et je trouve ça paradoxalement très puissant et passionnant. J’aimerais beaucoup développer un personnage similaire.

« Même un personnage de troisième plan doit donner l’impression qu’on pourra démarrer l’histoire qu’avec lui »

Dans Nada, il y a beaucoup de personnages dont les membres du groupe sont assez charismatiques. Tu le fais très bien ressentir dans ton approche graphique en y mêlant leurs failles respectives. Du physique imposant d’Épaulard à celui déconfit de Treuffais, as-tu une préférence pour l’un d’entre eux ?

Vraiment, ils me plaisent tous. C’est peut-être là encore dû à mon côté artisan que j’affectionne particulièrement. Même un personnage de troisième plan doit donner l’impression qu’on pourra démarrer l’histoire qu’avec lui. C’est vraiment mon postulat de base.

C’est un peu comme dans la vie de tous les jours où beaucoup de choses m’intriguent. J’allais dire dans la vie réelle mais ce n’est pas le bon terme car tout est réel. Même l’imaginaire est réel. Parlons plutôt de la vie pratique. Là, par exemple, on est en train de se parler toi et moi, et puis du coin de l’œil, sans le vouloir, on va remarquer une personne qui va faire tel geste. Cela dure une seconde, parfois moins. Mais on va garder cette physionomie, cette information en nous, sans trop savoir pourquoi. On sent vaguement quelque chose d’important à ce qu’on vient d’enregistrer et ça me fascine. Je garde ensuite tout ça pour mon travail. Le choix des personnages et leurs attitudes se répercutent ainsi de cette façon.

Avec plus de 180 planches, Nada est un véritable roman graphique. Travailler une œuvre de Manchette sans un nombre de pages imposées est-il primordial pour la réussite de l’adaptation ?

Oui, je crois. Quand on part sur une gageure d’adapter un roman aussi dense et où normalement on ne doit rien ajouter et rien enlever ! (rires) Ce n’est pas possible autrement. À moins d’être Stanley Kubrick ou Orson Welles… non je ne peux pas faire ça. Ce genre d’œuvre ne se traite pas comme un diptyque. Tu ne peux pas la couper, elle se travaille d’un trait.

Comme pour tes précédentes réalisations, ton trait est saisissant de réalisme. Tu utilises également une colorisation très variée. En jonglant notamment entre l’aube et le crépuscule, tu aides le lecteur à s’imprégner de l’ambiance du polar noir. Était-ce une volonté réelle de ta part ou as-tu simplement respecté l’atmosphère anxiogène du récit ?

Encore une fois, j’ai voulu me coller au plus près de ce que je ressens dans le texte. Ce roman est une espèce de brouillard, de brume magnifique. Et il me fallait absolument restituer cette atmosphère. On aurait pu avoir une autre option et à un moment donné j’ai eu la tentation de la traiter à la manière d’Alphaville. Ce chef-d’oeuvre pictural dans le cinéma polar réalisé par Jean-Luc Godard, ou du début à la fin nous sommes dans une sorte de nuit très dense, très forte, quasiment opaque. Mais en y réfléchissant, je me suis dit qu’il y avait des scènes où je ne pouvais pas faire tenir cette ambiance. Il y avait des codes à respecter. Par exemple, le moment où trois membres du groupuscule vont voler des flingues aux flics, cela ne pouvait se passer que de jour. Il faut qu’on comprenne et qu’on respecte la quotidienneté du roman.

Illustration de Max Cabanes pour entretien avec Comixtrip le site BD de référence

Peux-tu nous expliquer ta technique utilisée pour ce type d’album ?  Comment se déroule par exemple la confection d’une planche ?

Je pars sur des crayonnés, puis des cadrages et de la mise en place très succincts. Limite assez mal dessiné. Et là, dessus, très vite, je me mets au dessin réel. Avec un maximum de précision et une certaine rapidité d’exécution. En revanche, ce qui me prend beaucoup de temps, c’est qu’il m’arrive de reprendre dix fois une page alors qu’elle est finie. C’est une des raisons qui ont fait que j’ai mis quatre ans à réaliser Nada. Je dessine vite, je reviens et reprends souvent. Cela peut-être des détails comme des choses importantes. Des expressions de regard, une attitude du personnage. Si à la treizième lecture je me rends compte que cela pourrait être mieux, je suis capable de refaire deux, trois vignettes en entier.

Un dernier mot sur Nada. La couverture de l’album est particulièrement bien sentie. Cash donne l’impression de fumer cette cigarette comme si c’était la dernière. De prendre son temps avant le chaos. Était-ce l’effet recherché ?Nada de Jean-Patrick Manchette et adapté par Doug Headline et Max Cabanes (Dupuis) décrypté par Comixtrip, le site BD de référence

Illustration de Max Cabanes pour entretien avec Comixtrip le site BD de référence

Cela chauffe beaucoup ! C’est presque ça ! (rires) En fait, tu es la deuxième personne à m’en parler. De l’aspect subliminal de cette image.

Comme je n’aime pas trop, dans les couvertures, faire figurer d’emblée des armes, pour que la violence ne soit pas clairement affichée, j’ai cherché, et j’ai eu vraiment du mal à trouver comment j’allais la réaliser. Jusqu’à ce que Doug m’envoie un mail avec cette vignette – parce qu’elle existe dans l’album – et me dise qu’il la trouvait complètement adéquate. Je t’avoue que j’y avais pensé mais ne m’étais pas arrêté dessus. Doug, lui, trouvait que c’était évident.

Il me dira pratiquement ce que tu évoques dans ta question. Il y a dedans ce côté symbolique qui montrait cette sorte de brouillard intellectuel de ce groupe qu’est Nada. Cette couverture exprime toute l’incertitude dans la pensée politique de ce groupuscule. Ce sont des être humains avant tout et il doit y avoir tout un cortège de valeurs qui doit passer dans leurs têtes et dans leurs cœurs. Et ce, même si certains d’entre eux semblent avoir des certitudes, ce ne sont que des faux-semblants et c’est ce qui ressort beaucoup dans le roman d’ailleurs.

Alors, nous nous sommes dit que cette cette fumée qui sort de sa bouche exprimait bien tout ça. Comme une confusion des sentiments. Cet aspect vertigineux d’être amené à la violence en politique.

« Doug et moi travaillons en ce moment sur Morgue pleine »

Doug et toi envisagez-vous l’adaptation d’un nouveau Manchette ?

On y est déjà ! On est partis sur un détective privé que Manchette avait imaginé qui s’appelle Tarpon. Il en avait fait deux titres et nous sommes en train, de faire le premier, Morgue pleine. J’ai fait une vingtaine de pages, et Doug est en train de travailler sur le découpage de la suite. Il devrait être près d’ici deux ans puisqu’il s’étalera sur une centaine de pages.

As-tu d’autres projets en parallèle ? En solo par exemple ?

J’ai toujours des projets qui trottent dans un coin de ma tête, mais je prends trop de plaisir à adapter Manchette. Mon aventure avec lui n’est pas terminée.

 

Entretien réalisé le samedi 13 octobre 2018 à Saint-Malo
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Indélébiles https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/indelebiles/ https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/indelebiles/#respond Wed, 28 Nov 2018 10:38:25 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=bibliotheque&p=55346 Après Catharsis en 2015, journal de bord sur les attentats et les mois d’après, le dessinateur Luz revient dans un album beaucoup plus léger sur ses 23 années passées à la rédaction de Charlie Hebdo, Indélébiles. Drôle, jubilatoire et puissant. Ces traces qui restent Né en 1972 à Tours, Renald Luzier, dit Luz, est aujourd’hui […]

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Après Catharsis en 2015, journal de bord sur les attentats et les mois d’après, le dessinateur Luz revient dans un album beaucoup plus léger sur ses 23 années passées à la rédaction de Charlie Hebdo, Indélébiles. Drôle, jubilatoire et puissant.

Ces traces qui restent

Né en 1972 à Tours, Renald Luzier, dit Luz, est aujourd’hui l’un des visages les plus connus du paysage BD en France.  Parce qu’il a évidemment du talent, parce qu’il a aussi, voici plus de trois ans, été placé bien malgré lui au cœur d’une tragédie, le massacre d’une partie de la rédaction de Charlie Hebdo. C’était le 7 janvier 2015. Rescapé de cette attaque terroriste islamiste, le dessinateur avait tenté d’exorciser ses cauchemars la même année dans un livre exutoire , Catharsis, sorte de journal de bord sur les attentats et les mois d’après…

En novembre 2018, il se penche sur les années qui ont précédé le drame, toutes ces années Charlie où il a dessiné chaque semaine, de 1992 à 2015. Il y égrène ses souvenirs, ses potes et ses amis, ses reportages et ses rencontres.

Avec Charb, Gébé et Cabu

Dans ce pavé de 320 pages édité par Futuropolis, Luz fait revivre toutes celles et ceux qui sont « partis ». Au premier rang, on trouve deux grands du dessin de presse de ces dernières décennies, Gébé et Cabu. Gébé le sage qui philosophe sur le pourquoi dessiner, sur ce qu’un dessin peut changer : « On dessine des idées mais parfois ce sont les idées qui nous dessinent…Et parfois en dessinant on rencontre les idées des autres… » Dès le début de ses années d’apprentissage, le jeune Tourangeau monté à Paris rencontre aussi Cabu, pour lequel on sent qu’il a une affection particulière. Luz n’a alors que 19 ans. Il se dit « liquéfié » devant celui qui fera pourtant montre d’une « grande bienveillance » et qui fait des prouesses avec un crayon, lui qui  arrivait à croquer un personnage « au fond de sa poche, à l’aveugle « . « En dessin, ajoute Luz (p.151) rien n’était impossible pour le maître! Haha!« .

Le RPR, Renaud, le FN et la mort de Johnny

Ce sont les joyeuses coulisses d’une rédaction qu’il a fréquenté pendant près d’un quart de siècle que Luz présente ici pour la première fois au lecteur. On y côtoie blagues plus ou moins potaches et beaux désordres, crises de fous rires, défis et prises de becs parfois. Luz, qui apprend vite, va tout faire : des concerts et des festivals en passant par les banlieues, les reportages en « infiltration » chez des militants RPR, une tournée avec le chanteur Renaud en Bosnie, la mort de Johnny ou encore le combat politique contre le FN avec le strip « Les Mégret gèrent la ville » le dessinateur se fait le témoin privilégié des temps forts de l’actualité.

Indélébiles : le roman vrai d’une aventure humaine

A l’origine, raconte encore Luz, le livre devait s’appeler « Mon journal » puis dit-on « Une sacrée bande de cons ». Puis le mot Indélébiles est semble-t-il devenu une évidence. Comme sont indélébiles les taches d’encre sur les doigts de celui qui dessine, comme les souvenirs laissés par ceux qui ne sont plus là, comme la page blanche qui ne demande qu’à être noircie…

Tout à la fois livre sur la mémoire et l’amitié, livre sur le métier aussi, cet « Indélébiles » se lit comme le roman d’une génération « libre et joyeuse ». Puisque les autres ne sont plus là pour le dire, Luz les a fait revivre dans ce reportage à taille humaine où fourmillent les anecdotes – celle de la table qui tremble sous les coups de gomme est un vrai moment de rigolade – et toute une galerie de personnages truculents. Un trait à nul autre pareil, des noirs et blanc parfois teintés de rose et bleus émaillent ces pages émouvantes. Plus qu’un essai politique ou un livre d’histoire, elles en disent long sur cette belle aventure humaine que fut Le Charlie d’avant 2015…

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Les travaux d’Hercule https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/les-travaux-dhercule/ https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/les-travaux-dhercule/#respond Wed, 28 Nov 2018 10:26:08 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=bibliotheque&p=55805 Immense illustrateur, Gustave Doré s’est attaqué au mythe d’Hercule en réalisant une version décalée et très drôle. Les éditions 2024 restaurent ce chef-d’œuvre patrimonial intitulé Les travaux d’Hercule. Une très jolie surprise ! Les travaux d’Hercule dessiné à 15 ans ! C’est en 1847 alors qu’il n’a que 15 ans que Gustave Doré voit ses […]

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Immense illustrateur, Gustave Doré s’est attaqué au mythe d’Hercule en réalisant une version décalée et très drôle. Les éditions 2024 restaurent ce chef-d’œuvre patrimonial intitulé Les travaux d’Hercule. Une très jolie surprise !

Les travaux d’Hercule dessiné à 15 ans !

C’est en 1847 alors qu’il n’a que 15 ans que Gustave Doré voit ses premiers dessins publiés. C’est Charles Philipon, éditeur burgien chez Aubert et Cie et directeur du Journal pour rire qui lui donne sa chance. Les travaux d’Hercule entrent alors dans la fameuse « collection des Jabots » au côté des ouvrages de Rodolphe Töpffer.

Pour présenter l’ouvrage, le patron de la maison d’édition écrira en préface (visible aussi dans cette version) : « Les Travaux d’Hercule ont été composés, dessinés et lithographiés par un artiste de quinze ans qui s’est appris le dessin sans maître et sans étude classiques […] Nous avons voulu l’inscrire ici pour bien établir le point de départ de M. Doré, que nous croyons appelé à un rang distingué dans les Arts. » Il souligne ainsi que Gustave Doré est un pur autodidacte. Il devint par la suite l’un des plus grands illustrateurs du XIXe siècle, encore admiré de nos jours.

Les travaux d’Hercule était donc le premier d’une série de trois albums publiés par Aubert et Cie : Trois artistes incompris et mécontents en 1851, Dés-agréments d’un voyage d’agrément la même année et surtout le récit fleuve et somptueux Histoire pittoresque, dramatique et caricaturale de la Sainte-Russie en 1854.

Pendant ce laps de temps de sept années, il fournit 1379 dessins. A son décès en 1883, il aura été à la tête d’une monumentale œuvre de 10 000 illustrations !

Si Töpffer est considéré comme le père de la bande dessinée moderne, l’on peut y ajouter Gustave Doré, génie pionnier ou encore G.Ri inventeur des récits de fantaisie scientifique (Dans l’infini et autres histoires, nommé en sélection patrimoine à Angoulême en 2018).

Un superbe travail d’édition

Les éditions 2024, comme à leur habitude, ont soigné la présentation de cet ouvrage. Format à l’italienne (295 x 205), reliure cousue, grande qualité du papier pour un prix raisonnable (26€). En plus, un appareil critique de Antoine Sausverd en postface éclaire le lecteur sur Gustave Doré et son œuvre. Il fallait bien ce très bel écrin pour Les travaux d’Hercule !

Ce sont les exemplaires du livre conservés à la bibliothèque des Musées de Strasbourg qui ont servi pour la présente publication. Les illustrations ont été retravaillées par 2024 pour plus de cohérence et de lisibilité.

Cette belle mise en page oblong permet de publier les dessins uniquement sur la page de droite (comme à l’origine). Deux ou trois vignettes collées comme un strip surmontent les textes. Pas de phylactère (ils n’étaient pas encore inventés) mais une magie qui s’opère sur la qualité de la prose de Gustave Doré.

Que dire de la partie graphique ? Un superbe dessin en noir et blanc d’une grande lisibilité. Des hachures pour les matières ou les ombres, des gestes amples comme au théâtre et des visages très expressifs. Très influencé par les dessins de Cham ou Töpffer, Gustave Doré construisit néanmoins une histoire solide graphiquement.

Douze travaux drôlatiques

Cette version de 46 planches (104 dessins) des douze travaux est surtout très drôle par le décalage des illustrations et des textes, par un demi-dieu ventripotent (contrairement à ses représentations athlétiques à l’époque), un Eurysthée déconfit par tant de facilité de la part d’Hercule, le lot du gagnant (une bière), un bestiaire secoué par la force herculéenne, des anachronismes, de la maladresse du héros, des habitants sur des échasses comme dans les Landes et même des erreurs d’orthographe voulues.

Gustave Doré tourne en dérision ces exploits mythologiques pour le plus grand bonheur des lecteurs. L’illustrateur parodie aussi les Aventures de Télémaque de Fénelon, un classique de la littérature enfantine de l’époque.

Les travaux d’Hercule : très belle version burlesque du mythe grec par Gustave Doré alors très jeune dessinateur. Un vrai et grand bijou patrimonial (en sélection patrimoine à Angoulême 2019) !

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New York trilogie, intégrale https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/new-york-trilogie-integrale/ https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/new-york-trilogie-integrale/#respond Wed, 28 Nov 2018 08:44:29 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=bibliotheque&p=55764 Il y a un tout petit plus de 100 ans, naissait Will Eisner, l’un des maîtres du 9e art. Les éditions Delcourt proposent une version intégrale de New York trilogie, un bijou de comicbook. Les intégrales Will Eisner Will Eisner est un des auteurs majeurs du monde de la bande dessinée. Né en 1917 (et […]

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Il y a un tout petit plus de 100 ans, naissait Will Eisner, l’un des maîtres du 9e art. Les éditions Delcourt proposent une version intégrale de New York trilogie, un bijou de comicbook.

Les intégrales Will Eisner

Will Eisner est un des auteurs majeurs du monde de la bande dessinée. Né en 1917 (et mort en 2005), il construisit une œuvre somptueuse graphiquement et narrativement. Il est surtout le père du roman graphique (Un pacte avec dieu en 1978). Auparavant, il créa The Spirit en 1940, le justicier masqué, immense série américaine.

Après Luca en 1974, l’année suivante, il fut couronné Grand prix de la ville d’Angoulême par ses pairs, premier auteur américain et succédant à André Franquin.

En plus de New York trilogie, les éditions Delcourt vont publier d’autres recueil du maître : la trilogie du Pacte avec dieu, Une vie en image & la trilogie Les clés de la bande dessinée, un excellent moyen pour ses admirateurs de retrouver une grande partie de son œuvre et aux néophytes de la découvrir. Après Osamu Tezuka (Ayako, L’histoire des trois Adolf), de nouveau, une riche idée de la part de la maison d’édition de Guy Delcourt.

New York : ogre-ville

New York trilogie, magnifique recueil, chef-d’œuvre, est de nouveau disponible. Cette intégrale regroupe ainsi : La ville, L’immeuble et Les gens.

  • La ville. Dans l’introduction de cette partie, Will Eisner explique qu’il s’est lancé dans un photographie d’une ville immense à partir de 9 éléments clefs. Avant tout, l’auteur américain brosse le portrait d’anonymes qui constituent les habitants de cette cité imaginaire, proche de New York. On la découvre par le prisme de ce que l’on pourrait qualifier d’insignifiants. Pourtant ces scènes constituent des événements majeurs dans l’existence de ces personnages lambda : grille d’aération, perrons d’immeubles, métros, poubelles, bouches et alarmes incendie.
  • L’immeuble. Will Eisner met en scène quatre personnages dont un immeuble (ressemblant au Flatiron) joue un rôle essentiel dans leur vie. Monroe Mensch, victime – sans blessure – d’une attaque à la mitrailleuse est pris de remords à la vue de la mort d’un enfant à ses côtés. Il tente alors de consacrer le reste de sa vie à défendre les plus petits. Gilda Green est très amoureuse de Benny mais décide de le quitter pour une vie meilleure avec Irving, même si elle ne l’aime pas. Antonio Tonatti se laisse mourir en voyant un nouvel immeuble se construire. Même s’il joue du violon devant les lieux, il ne peut empêcher le destin. Enfin, P.J Hammond veut absolument acheter une immeuble en ruine…
  • Les gens. Une centaine de pages pour ce dernier recueil. Will Eisner met en scène trois personnages, trois « invisibles ».

Entre sensibilité, cynisme et amour…

En plus de ce dessin en noir et blanc agrémenté de gris parfaitement exécuté et prenant des styles parfois différents, le lecteur est frappé par l’intelligence du propos. Si la vie n’épargne pas ses personnages (pauvreté, chômage, viols, morts ou larcins), Will Eisner les montre pour les magnifier. Ce merveilleux théâtre de papier prend vie devant nous, sombre, désenchanté et cruel mais toujours avec humanité, bienveillance et sensibilité.

Son œil acéré et sa vision cynique des choses pourraient nous rebuter, pourtant ils nous attirent, sans voyeurisme. Will Eisner est un grand observateur de ses contemporains, ce qui lui permet de les mettre en scène avec une infinie justesse.

New York trilogie : ode et amour à la ville, à ses habitants anonymes. Une intégrale à glisser sous le sapin pour gâter les amateurs de bande dessinée de grande qualité ! Enjoy !

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Le frère de Göring https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/le-frere-de-goring/ https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/le-frere-de-goring/#respond Tue, 27 Nov 2018 14:00:35 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=bibliotheque&p=55738 Les éditions Glénat viennent de publier Le Frère de Göring, dont le tome un s’intitule L’Ogre et le chevalier. Il s’agit d’une série de deux albums, dessinés par Steven Lejeune et scénarisée par Arnaud Le Gouëfflec. L’histoire débute dans le chaos de l’Allemagne de 1945. Un certain Albert Göring vient se constituer prisonnier auprès des Américains […]

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Les éditions Glénat viennent de publier Le Frère de Göring, dont le tome un s’intitule L’Ogre et le chevalier. Il s’agit d’une série de deux albums, dessinés par Steven Lejeune et scénarisée par Arnaud Le Gouëfflec.

L’histoire débute dans le chaos de l’Allemagne de 1945. Un certain Albert Göring vient se constituer prisonnier auprès des Américains qui n’en croient pas leurs oreilles. Commence alors un va-et-vient incessant entre scènes d’interrogatoires et flash-backs sur la vie de cet homme. Il y décrit la relation très proche qu’il avait avec son frère, Hermann, futur numéro du IIIe Reich. On découvre leur fascination pour les légendes allemandes et leurs personnages fantastiques.

Comment prouver son innocence quand on partage le nom d’un monstre ?

Comme indiqué dans l’avant-propos, cette histoire repose sur des faits réels et met en scène des personnages ayant réellement existé mais elle reste une œuvre de fiction avec une nécessaire part de liberté dans l’interprétation et la mise en scène des événements rapportés. De fait, on navigue en eaux troubles puisqu’on ne sait jamais si Albert Göring est sincère ou s’il nous raconte tout cela pour sauver sa peau. D’ailleurs, les Américains qui l’interrogent sont persuadés d’avoir affaire à un véritable nazi.

Le frère de Göring : deux auteurs au service d’une histoire méconnue

Peu à peu, la vérité va se faire jour et devrait éclater dans le tome deux. Auteur de chroniques musicales dans La Revue dessinée et scénariste de plusieurs albums chez Glénat (Soucoupes, Vince Taylor…) ou chez d’autres éditeurs (comme le western Mondo Reverso chez Fluide Glacial), Arnaud Gouëfflec nous propose un scénario habile qui ménage le suspense et ne nous en dit pas trop, trop vite.

Quant à Steven Lejeune, scénariste de la série Chroniques de Sillage chez Delcourt avec Jean-David Morvan puis dessinateur de la série Oxydes sur un scénario d’Arleston, il nous fait parfaitement vivre cette histoire avec son dessin réaliste.

Le frère de Göring : un album intéressant sur un épisode méconnu de la Seconde Guerre mondiale.

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L’homme sans talent https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/lhomme-sans-talent/ https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/lhomme-sans-talent/#respond Wed, 21 Nov 2018 09:51:17 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=bibliotheque&p=55624 Vendre des cailloux invendables, telle est la condition d’un pauvre homme, ancien mangaka. Cette lente descente dans la précarité de cet être intelligent est le cœur de L’homme sans talent, un manga majuscule de Yoshiharu Tsuge. Vendre des cailloux Sur les berges de la rivière Tama, un homme est allongé sous une tente de fortune, […]

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Vendre des cailloux invendables, telle est la condition d’un pauvre homme, ancien mangaka. Cette lente descente dans la précarité de cet être intelligent est le cœur de L’homme sans talent, un manga majuscule de Yoshiharu Tsuge.

Vendre des cailloux

Sur les berges de la rivière Tama, un homme est allongé sous une tente de fortune, un étal de pierres devant lui. Attendant des clients qui ne viennent pas, il tente de gagner sa vie en vendant ses cailloux sans valeur ramassés au fond du lit de la rivière.

Marié depuis de nombreuses années, il est le père du petit Sansuké. Sa femme distribue des prospectus dans les boîtes aux lettres, tandis que lui rêvasse tout au long de la journée.

S’enfoncer dans la misère

Il est loin le temps des premières amours avec son épouse. Malgré les difficultés à dessiner des mangas, la vie était plus douce. Il commençait à être reconnu dans ce milieu. En attendant, le vendeur de cailloux grappille çà et là de la menue monnaie qu’il garde précieusement sans le dire à sa femme.

Traité de cossard et de larve, il ne veut pourtant pas changer son existence, se laissant porter par la vie. « Mais la pauvreté rend con, c’est bien connu. Et moi, je n’ai donc jamais la moindre bonne idée » se dit-il dans une longue réflexion en revenant chez lui…

L’homme sans talent : l’introspection comme chef-d’œuvre

Quelle riche idée ont eu les éditions Atrabile de publier de nouveau L’homme sans talent, ce chef-d’œuvre de Yoshiharu Tsuge. Né en 1937, le mangaka est le précurseur de la bande dessinée autobiographique « watakushi manga » (BD de moi). Cette histoire est donc l’une des meilleures de ce genre littéraire.

Suite d’histoires publiée au Japon en 1985 et 1986 dans la revue Comic Baku des éditions Nihon Bungeisha, ce manga connaîtra sa première traduction française chez Ego comme X, cinq ans plus tard (en sélection officielle à Angoulême la même année).

Méconnu à l’étranger, l’influence de Tsuge fut pourtant primordiale dans les années 70 auprès des mangakas de la génération suivante. A l’arrêt de la revue, le maître mangaka décide de ne plus dessiner et se retire de la vie artistique. A 81 ans il reste néanmoins considéré comme « Kisai », un génie singulier.

L’homme sans talent : la fuite comme seul espoir ?

L’homme sans talent montre un homme à la marge, loin des stéréotypes de la société japonaise. Ne sachant pas où est réellement sa place, il se décale, se désaxe de la norme. D’ailleurs, il n’a pas de prénom, un schéma narratif qui permet aux lecteurs de pouvoir se retrouver en lui. Sous sa tente bricolée, il fuit les hommes, tel un misanthrope.

Sa femme le rejette et l’insulte pour bien lui faire comprendre que c’est un moins que rien. Lui-même ne souhaite plus vraiment avoir affaire avec elle. Il la fuit. Elle lui reproche sa vie misérable qui entraîne sa famille vers le fond. L’homme, pense-t-elle, doit subvenir aux besoins du foyer. Une marque sociale encore très présente à l’époque.

Lui préfère s’éloigner. Même avec son fils, il ne joue plus son rôle de père. Ainsi, L’homme sans talent est un éloge de la fuite, pour se détourner du regard des autres et ne pas faire ce que la société attentent de toi.

Désirs inassouvis, perte d’énergie et d’estime de soi sont autant de thèmes développés par Yoshiharu Tsuge. Comme une mise en abîme de sa propre vie, cette auto-fiction juste et âpre est portée par de l’humour et de l’ironie qui apportent des espaces de respiration. La lenteur de l’histoire impose d’elle-même une atmosphère de désenchantement et de drame.

L’homme sans talent : un titre majeur de la bande dessinée japonaise et du gekiga; une pièce unique !

  • A noter que les éditions Cornélius feront paraître en janvier 2019, le premier volume (sur 7) de l’anthologie de Yoshiharu Tsuge : Les fleurs pourpres (1967-1968).

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La sélection Polar Angoulême 2019 https://www.comixtrip.fr/dossiers/festival-angouleme-2019/la-selection-polar-angouleme-2019/ https://www.comixtrip.fr/dossiers/festival-angouleme-2019/la-selection-polar-angouleme-2019/#respond Tue, 20 Nov 2018 12:13:06 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=dossiers&p=55580 La sélection Polar Angoulême 2019. Le festival international de la bande dessinée d’Angoulême vient de dévoiler sa sélection polar pour sa 46e édition. Voici la liste des albums en compétition, n’hésitez pas à cliquer sur les liens pour découvrir les chroniques de Comixtrip concernant ces ouvrages. Bonnes lectures ! La sélection Polar Angoulême 2019 Gramercy park, de Timothée […]

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La sélection Polar Angoulême 2019. Le festival international de la bande dessinée d’Angoulême vient de dévoiler sa sélection polar pour sa 46e édition. Voici la liste des albums en compétition, n’hésitez pas à cliquer sur les liens pour découvrir les chroniques de Comixtrip concernant ces ouvrages. Bonnes lectures !

La sélection Polar Angoulême 2019

  • Gramercy park, de Timothée de Fombelle et Christian Cailleaux, Gallimard, lire notre chronique
  • Kill my  mother, de Jules Feiffer, Actes Sud BD
  • The fix 1, de Steve Lieber et Nick Spencer, Urban Comics
  • Villevermine 1, de Julien Lambert, Sarbacane
  • Les visés, de Thomas Gosselin et Giacomo Nanni, Cambourakis

 

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La Sélection Patrimoine Angoulême 2019 https://www.comixtrip.fr/dossiers/festival-angouleme-2019/la-selection-patrimoine-angouleme-2019/ https://www.comixtrip.fr/dossiers/festival-angouleme-2019/la-selection-patrimoine-angouleme-2019/#respond Tue, 20 Nov 2018 12:12:44 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=dossiers&p=55586 La Sélection Patrimoine Angoulême 2019. Le festival international de la bande dessinée d’Angoulême vient de dévoiler sa sélection patrimoine pour sa 46e édition. Voici la liste des albums en compétition, n’hésitez pas à cliquer sur les liens pour découvrir les chroniques de Comixtrip concernant ces ouvrages. Bonnes lectures ! La Sélection Patrimoine Angoulême 2019 Batman la légende, de […]

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La Sélection Patrimoine Angoulême 2019. Le festival international de la bande dessinée d’Angoulême vient de dévoiler sa sélection patrimoine pour sa 46e édition. Voici la liste des albums en compétition, n’hésitez pas à cliquer sur les liens pour découvrir les chroniques de Comixtrip concernant ces ouvrages. Bonnes lectures !

La Sélection Patrimoine Angoulême 2019

  • Batman la légende, de Neal Adams, Bob Haney et Dennis O’Neil, Urban Comics
  • Charivari, de Maki Sasaki, Le lézard noir
  • Le coeur révélateur, de Alberto Breccia, Rackham, lire notre chronique
  • Idées, de Franz Masereel, Martin de Halleux
  • M. Poche, de Alain Saint-Ogan, Revival
  • Oeuvres 1, de Buzzeli, Les cahiers dessinés
  • The game histoires 1968-1970, de Guy Peelaert, Prairial
  • Les travaux d’Hercule, de Gustave Doré, 2024

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La Sélection Jeunesse Angoulême 2019 https://www.comixtrip.fr/dossiers/festival-angouleme-2019/la-selection-jeunesse-angouleme-2019/ https://www.comixtrip.fr/dossiers/festival-angouleme-2019/la-selection-jeunesse-angouleme-2019/#respond Tue, 20 Nov 2018 12:12:09 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=dossiers&p=55570 La Sélection Jeunesse Angoulême 2019. Le festival international de la bande dessinée d’Angoulême vient de dévoiler sa sélection jeunesse pour sa 46e édition. Voici la liste des albums en compétition, n’hésitez pas à cliquer sur les liens pour découvrir les chroniques de Comixtrip concernant ces ouvrages. Bonnes lectures ! La Sélection Jeunesse Angoulême 2019 Anders et le volcan, […]

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La Sélection Jeunesse Angoulême 2019. Le festival international de la bande dessinée d’Angoulême vient de dévoiler sa sélection jeunesse pour sa 46e édition. Voici la liste des albums en compétition, n’hésitez pas à cliquer sur les liens pour découvrir les chroniques de Comixtrip concernant ces ouvrages. Bonnes lectures !

La Sélection Jeunesse Angoulême 2019

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La sélection Officielle du Festival BD Angoulême 2019 https://www.comixtrip.fr/dossiers/festival-angouleme-2019/la-selection-officielle-du-festival-bd-angouleme-2019/ https://www.comixtrip.fr/dossiers/festival-angouleme-2019/la-selection-officielle-du-festival-bd-angouleme-2019/#respond Tue, 20 Nov 2018 12:11:24 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=dossiers&p=55592 La sélection Officielle du Festival BD Angoulême 2019. Le festival international de la bande dessinée d’Angoulême vient de dévoiler sa sélection officielle pour sa 45e édition. Voici la liste des albums en compétition, n’hésitez pas à cliquer sur les liens pour découvrir les chroniques de Comixtrip concernant ces ouvrages. Bonnes lectures! La sélection Officielle du Festival BD […]

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La sélection Officielle du Festival BD Angoulême 2019. Le festival international de la bande dessinée d’Angoulême vient de dévoiler sa sélection officielle pour sa 45e édition. Voici la liste des albums en compétition, n’hésitez pas à cliquer sur les liens pour découvrir les chroniques de Comixtrip concernant ces ouvrages. Bonnes lectures!

La sélection Officielle du Festival BD Angoulême 2019

  • Ailefroide, de Olivier Bocquet et Jean-Marc Rochette, Casterman, lire notre chronique
  • Alice dans le Sussex, de Nicolas Malher, L’Association, lire notre chronique
  • Andy un conte de faits, de Typex, Casterman
  • L’arabe du futur 4, de Riad Sattouf, Allary, lire notre chronique
  • A travers, de Tom Haugomat, Thierry Magnier, lire notre chronique
  • Bezima, de Nina Bunjevac, Ici Même
  • Blue Giant 3, de Shinchi Ishizuka, Glénat Manga
  • Bolchoï Arena, de Boulet et Aseyn, Delcourt
  • La cantine de minuit 3, de Yarô Abe, Le lezard noir
  • Charlotte impératrice 1, de Fabien Nury et Matthieu Bonhomme, Dargaud
  • Les montagnes hallucinées, de Gou Tanabe d’après Lovecraft, Ki oon
  • Chroniques du léopard, de Appollo et Téhem, Dargaud,
  • Claudine à l’école, de Lucie Durbiano d’après Colette, Gallimard, lire notre chronique
  • Courtes distances, de Joff Winterhart, çà et là, lire notre chronique
  • Dansker, de Halfdan Pisket, Presque lune
  • Deux femmes, de Song Aram, çà et là
  • Les grands espaces, de Catherine Meurisse, Dargaud, lire notre chronique
  • Heimat, de Nora Krung, Gallimard
  • Il faut flinguer Ramirez 1, de Nicolas Pétrimaux, Glénat, lire notre chronique
  • Indélébiles, de Luz, Futuropolis
  • Istrati 2, de Golo, Actes Sud BD, lire notre chronique du tome 1
  • Kimi le vieux chien, de Nylso, Misma, lire notre chronique
  • Lune du matin, de Francesco Cattani, Atrabile, lire notre chronique
  • Malaterre, de Pierre-Henry Gomont, Dargaud, lire notre chronique
  • Moi ce que j’aime c’est les monstres 1, de Emil Ferris, Monsieur Toussaint Louverture, lire notre chronique
  • Peintures de guerre, de Angel de la Calle, Otium
  • Pittsburgh, de Frank Santoro, çà et là
  • Pline 5, de Tori Miki et Mari Yamazaki, Casterman, lire notre chronique du tome 1
  • Renaissance 1, de Fred Duval, Fred Blanchard et Emem, Dargaud, lire notre chronique
  • Les rigoles, de Brecht Evens, Actes Sud BD, lire notre chronique
  • Royal City 2, de Jeff Lemire, Urban Comics, lire notre chronique
  • Sabrina, de Nick Drnaso, Presque Lune
  • Saltiness 3, de Minoru Furuya, Akata, lire notre chronique du tome 1
  • Servir le peuple, de Alex W. Inker, Sarbacane, lire notre chronique
  • Sheriff of Babylon, de Mitch Gerads et Tom King, Urban Comics
  • Sous la maison, de Jesse Jacobs, Tanibis, lire notre chronique
  • Spirou, L’espoir malgré tout 1, de Emile Bravo, Dupuis
  • Sunny sunny Ann !, de Miki Yamamoto, Pika, lire notre chronique
  • Ted drôle de coco, de Emilie Gleason, Atrabile, lire notre chronique
  • The artist 2, de Anna Haifisch, Misma, lire notre chronique du tome 1
  • Théodore Poussin 13, de Frank Le Gall, Dupuis, lire notre chronique
  • Le vol nocturne, de Delphine Panique, Cornélius
  • Voyages en Egypte et en Nubie de Giambattista Belzoni 2, de Grégory Jarry, Nicole Augereau et Lucie Castel, Flblb, lire notre chronique
  • Wonderland 3, de Yugo Ishikawa, Panini
  • Xibalba, de Simon Roussin, 2024, lire notre chronique

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Entretien avec Hubert Chevillard https://www.comixtrip.fr/dossiers/entretien-avec-hubert-chevillard/ https://www.comixtrip.fr/dossiers/entretien-avec-hubert-chevillard/#respond Sun, 18 Nov 2018 13:01:18 +0000 http://www.comixtrip.fr/?post_type=dossiers&p=54422 Pour cette belle rencontre, Hubert Chevillard décortique avec nous son dernier album, Je vais rester (Rue de Sèvres). Il en profite pour nous parler de sa complicité avec Lewis Trondheim - aux manettes scénaristiques - de ses influences, et de son engouement pour Palavas.

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Lorsque nous nous rendons au superbe festival qu’est celui de Quai des Bulles, c’est notamment pour profiter de la présence d’auteur.ice.s dont on apprécie les créations. Hubert Chevillard a eu la gentillesse de nous accorder quelques minutes dans un emploi du temps bien fourni. Le temps, maître mot de son dernier album aux côtés de Lewis Trondheim, est passé si vite qu’une seule envie subsistait à la fin de cet entretien, nous voulions rester…

Bonjour Hubert. Quinze ans après Le pont dans la vase, très belle série avec Sylvain Chomet au scénario, nous te retrouvons avec Je vais rester. Associé à Lewis Trondheim, six ans ont été nécessaires pour confectionner ce roman graphique. N’était-ce pas trop long ?

En fait, ça n’a pas été aussi long pour le faire. Cela s’est étalé effectivement sur six ans mais la bande dessinée ne me nourrit pas donc j’ai un métier à côté. J’ai donc ce 3/4 temps consacré à mon travail et Je vais rester a été réalisé sur le quart restant. C’est important pour moi de me dégager ce moment pour ma production personnelle. Au final, il m’a fallu un an et demi pour faire le livre. Pour cent-vingt pages  en couleur avec une technique un peu complexe, ce n’est pas excessif. En résumé, j’ai passé un temps raisonnable dessus mais étalé sur une grosse période.

« Au début, je n’avais pas la moindre idée de comment j’allais appréhender l’héroïne »

Comment s’est structuré cet album de cent-vingt pages ? Quelle a été ton approche en tant que dessinateur et coloriste ?

J’ai passé à peu près neuf mois sur le dessin et les neuf autres sur la couleur. Cela m’a pris un peu de temps car c’est la première fois que je fais un tel volume de pages tout seul. De ce fait, j’ai vraiment voulu apprendre ce métier autour de la couleur et aller au fond de ce que cette expérience pouvait m’apporter. J’ai commencé par extraire une trentaine de pages sur des moments différents du livre. Elles m’ont servi de base pour chercher et trouver des approches pour mes ambiances.

Ensuite, je suis revenu à la première page et j’ai refait tout en continuité en me servant de ces références et en les fondant dans le produit général que j’obtenais au jour le jour. Ce procédé m’a permis d’assurer une nouvelle vision de l’album. Cela m’a pris beaucoup de temps mais c’était essentiel pour donner à l’ensemble une certaine homogénéité.

Pour le dessin, même si je suis plus habitué à l’exercice, je l’ai abordé de la même manière. Sachant qu’il allait évoluer au fil du temps, j’ai mis de côté la première séquence pour débuter à la page dix ou quinze. J’ai fait tout le livre et seulement après je me suis attelé à l’introduction. Mon dessin est devenu ainsi plus mature pour ce passage. Repasser ensuite sur les planches initialement réalisées m’ont permis notamment de lister tout le travail sur la physionomie des personnages.

Il y a quelques années, j’ai décidé de dessiner directement et de ne plus faire de recherches préalables et de mise en place. J’ai pris cette décision quand je me suis rendu compte que mon dessin s’abîmait lorsque je le retravaillais. Il perdait de son jus, de sa fraîcheur, de son expressivité. Le résultat d’aujourd’hui c’est qu’il est un peu moins structuré, un petit peu moins solide, avec des des perspectives qui se baladent. En revanche, je gagne en expression, en présence des personnages, etc.

Pour Je vais rester, j’ai donc décidé d’éluder les recherches préliminaires notamment sur Fabienne, le personnage principal. Le travail a émergé au fil des planches. Ainsi, au bout de vingt pages accomplies je suis revenu au début pour rattraper, en quelque sorte, cette héroïne, pour qui je n’avais pas la moindre idée de comment j’allais l’appréhender. Même si, avec Lewis, en se baladant dans Palavas, nous avions trouvé notre inspiration chez cette femme qui nous avait servi une consommation au bar. En la voyant, nous savions que ce visage serait notre notre appui pour dresser le portrait robot de la protagoniste. On a fait quelques photos à la sauvette sans qu’elle ne le sache. Et au final, la ressemblance est très éloignée.

Les traits du personnage de Paco sont-ils le fruit du même hasard ?

Sensiblement oui. Toujours en repérage là-bas, nous sommes tombés nez à nez avec John, un de mes potes. On a commencé à parler. John tient une boutique vendant des objets de la chaîne himalayenne, du Népal. Curieux de la visiter, accompagnés de nos compagnes, nous y sommes allés. C’est à ce moment là que Lewis me dit : « Tu ne crois pas que ton ami, c’est exactement le personnage secondaire que l’on cherche ? » Et effectivement, j’ai approuvé. C’était très intéressant. Dans un certain sens, cela provoquait un décalage sur ce profil, et donnait en même temps un certain relief au récit.

J’ai donc proposé à John en ces termes : « Écoute, on a besoin de camper ce personnage et finalement tu pourrais faire partie du casting comme un comédien qu’il l’interpréterait. Lewis ne te connaissant pas, Paco ne te ressemblera que physiquement ». L’idée lui a beaucoup plu. Etant en plus un lecteur assidu de bande dessinée,  il a trouvé ça génial de participer indirectement à ce livre. Mais il a dû ronger son frein pendant toute la durée de la réalisation de Je vais rester qui s’est quand même étalé sur quelques années ! (rires)

« La scène initiale représentative du drame a été beaucoup travaillée »

Dans Je vais rester, le temps prédomine tout au long de l’album. Qu’il soit figé, qu’on le prenne où qu’il soit climatiquement le déclencheur d’un drame, il est clairement l’élément moteur de l’intrigue…

Oui c’est vrai. Cela est dû à un sens du rythme incroyable de Lewis. Et le livre en bénéficie énormément. Quand il m’a fourni le séquençage de tout son récit, j’y ai vu ce rythme assez contemplatif et je pense qu’il a senti que c’est ce dont j’avais envie. Lors de la genèse, quand on a commencé à en parler, je ne m’attendais pas du tout à ce qu’il me demande ce que j’avais envie de dessiner. Une fois le sujet exposé dans ses largesses, je lui ai simplement dit que je voulais mettre en avant les gens. Dans la rue, sur la plage ou tout simplement les gens qui passent… J’ai alors été très surpris de constater combien de fois, à des moments bien précis, il me proposait de les illustrer avec pour annotation par exemple : « ici, une page de foule ».

Le découpage d’une planche pour Je vais rester se faisait par un gaufrier de six cases qu’il nous arrivait de fusionner. Mais parfois, il n’hésitait pas à me demander de remplir ces six cases en représentant la foule. C’était un espace dans lequel je pouvais faire un peu ce que je voulais. Mais il avait déjà rythmiquement installé cette ambiance et ce temps dont tu parles.

La scène initiale représentative du drame a été beaucoup travaillée. Il fallait absolument qu’elle soit brutale et en même temps, Lewis ne voulait pas qu’on en fasse un spectacle gore. Il la voulait explicite, violente, surprenante, tout en étant laconique et en montrant le moins possible. Ce rythme là était compliqué à établir et a demandé pas mal de réflexion. Car c’est celui-ci qui allait définir tout le reste du récit. Tout l’arc dramatique est bandé à partir de cet événement là.

Lewis possède cette grande habileté à jouer avec le temps. Sur tous ses récits on peut voir ça, c’est très frappant. Là par l’exemple, il peut l’étirer pour donner de la place à la contemplation du personnage. Et si tu regardes bien, même son sens du dialogue s’appuie sur ce rythme global. La temporalité de ce roman graphique est construite autour de cette tension dramatique qu’il instaure dès le début.

« Lewis est capable, à la fois d’accueillir ce que quelqu’un va amener, tout en gardant le sens des choses importantes »

Cette scène du drame reste la plus percutante car elle est parfaitement maîtrisée dans la suggestion. Pas de sang, d’expression d’effroi sur les visages (sauf peut-être en arrière-plan, avec, entre autres, le petit garçon), il suffit simplement de regarder chaque case de cette double page pour que notre imagination fasse le reste. L’équilibre a t-il été dur à trouver ?

Le petit garçon dont tu parles, c’est moi qui l’ai ajouté. Lewis ne voulait pas parler du fait divers tel quel. Il voulait qu’il soit une sorte de métaphore. Le récit parle de cette femme qui, jusque là, se laissait mener par les choses. Incarnées par un compagnon très organisé et envahissant.

Illustration d'Hubert Chevillard pour entretien avec Comixtrip le site BD de référence

Et brusquement, elle se retrouve livrée à elle-même. Comme elle, nous traversons tous dans notre vie ce genre d’événement. Celui où tu es suffisamment déstabilisé et en danger pour t’obliger à réinventer quelque chose pour rebondir. Donc, quand ce moment dramatique intervient, que peut-on lire sur les visages de cette double page ? De la sidération. Celle de ce déséquilibre qui va figer le temps quelques secondes, que la vie t’impose mais qui va aussi t’inciter  à vite repartir de l’avant. Fabienne va vivre cela. Elle qui a toujours vécu appuyé sur des choses qui, en fait, n’étaient pas elle. Elle va peu à peu comprendre qu’elle peut exister. Après cette sensation de vertige et de peur légitime que cela installe, le personnage va profiter d’un élan qui l’amènera à se rétablir et à se reconnecter aux gens.

Comme je te le disais, cette double page m’a demandé beaucoup de travail. J’ai fait jusqu’à quatre ou cinq versions de découpages, dont certaines sont même finalisées. C’est une fois que j’ai été satisfait que j’ai compris que Lewis avait des idées bien précises. Il faut savoir que ce n’est pas quelqu’un qui parle beaucoup et bien qu’il ne commente pas ses indications, elles n’en restent pas moins très claires. Tout est parfaitement dosé pour que cela fonctionne.

Pour te donner un exemple concret. Si tu regardes la case 3 de la page 27, Fabienne souriait. Et là, Lewis me dit : « non pas encore. Elle ne peut pas sourire pour le moment ». Il savait parfaitement comment devait évoluer la psychologie de ses personnages. Et ce qui me frappe chez lui, c’est que malgré cette rigueur du rythme, il arrive à rester complètement ouvert aux propositions.

Je me souviens de ce passage où intervenait la police. Le dialogue devait continuer après la page 15.  C’est là que j’ai proposé à Lewis d’arrêter net cette séquence avec cette bulle ou était inscrit « il y a un peu de vent », que j’aime beaucoup et qui a même failli être le titre du livre. Je crois que c’est la plus grosse, voire la seule, suggestion que je lui ai faite et Lewis l’a très facilement intégrée. Cela révèle la maturité d’un auteur qui a travaillé avec tant de personnes différentes. Il est capable, à la fois d’accueillir ce que quelqu’un va amener, tout en gardant le sens des choses importantes.

« Ce récit a vraiment été façonné comme un miroir »

On l’a évoqué, l’héroïne, va passer en quelques secondes d’un état dépité à une réaction quasi surhumaine. C’est au moment où le téléphone de son compagnon retentit qu’elle décide de rester alors que tant d’autres auraient légitiment fui cet événement tragique. Comment peut-on, selon toi, être animé d’une telle lucidité ?

Je ne peux pas vraiment répondre à cette question. En fait,  je pense que ce récit est à la fois très précis à certains égards, dans l’esprit de Lewis et dans le mien. Et en même temps il a vraiment été façonné comme un miroir. Pour y laisser un maximum de place au lecteur afin qu’il se raconte sa propre histoire en regardant celle de Fabienne.

Donc si je prends ta question comme celle d’un lecteur, ce que tu viens de me demander, vient de ton propre ressenti. Tu es tout simplement en train de me parler de toi. Quand j’ai des retours sur ce livre, on me raconte des visions extrêmement différentes. Il y a ceux qui, par exemple, trouvent que Fabienne se libère d’une emprise très contraignante et abusive. Et d’autres qui, au contraire, voient son geste de suivre le programme de l’agenda comme une manifestation de son amour. Et comme un accomplissement des dernières volontés de son compagnon. En fait, plusieurs lectures sont possibles et pas une seule n’est bonne. Je ne connais même pas celle de Lewis puisque nous n’en avons jamais parlé. En ce qui me concerne, je me suis coulé dans le récit très intuitivement.

 

Je vais rester de Lewis Trondheim et Hubert Chevillard (Rue de Sèvres) décrypté par Comixtrip

       

 

L’image de la couverture est construite de la même façon.  C’est un peu comme la scène d’un théâtre sur laquelle j’aurais distribué quelques ingrédients. Très peu. On peut les compter : il y a un personnage masculin, un personnage féminin, un parasol, une plage où vient évidemment l’effet de ciel, un bateau, et c’est tout. Est-ce la représentation de quelqu’un sur la serviette d’à côté qui vole la photo comme ça, entre les jambes du personnage masculin ? Là encore on peut imaginer une toute autre situation. L’homme et la femme peuvent se connaître, on ne sait pas. Ce personnage féminin a une expression de visage qui peut être aussi ressentie de diverses manières.

Justement, sur cette couverture, le visage de Fabienne semble fixer l’horizon. Comme si, au-delà de la tristesse évidente, elle n’avait pas encore ouvert toutes les fenêtres qui lui sont offertes. Je vais rester n’est-il pas tout simplement une jolie fable qui traite de la quête d’identité ?

Oui, c’est une interprétation possible. Une parmi d’autres. Pour la petite anecdote, c’est la personne en charge de la maquette chez Rue de Sèvres  qui nous a suggérée de mettre le titre en vis-à-vis du personnage féminin. Cela donne brusquement au visage de Fabienne une détermination que je n’avais pas nécessairement mise initialement. Car au début, on avait testé le titre plus haut, près de la main du visage masculin, dans le ciel. Et là, ce trait marquant changeait de camp. Tous ces jeux-là qui donnent une lecture différente sont vraiment hyper intéressants.

Et encore une fois, j’ai eu des échos très diversifiés sur cette couverture. Je l’ai montrée à pas mal de potes, notamment des femmes. J’ai eu droit à des : « je trouve superbe la présence de cet homme, au côté rassurant, qui accompagne, qui aime, etc. » et puis j’ai eu aussi des « Qu’est-ce que c’est que cette relation sado-maso ! » (rires). C’est très drôle qu’une même image puisse ouvrir des fenêtres sur des réalités si opposées. Cela me fait penser à mon fils qui, lorsqu’il était dans une école de cinéma, m’avait raconté cette expérience tentée par Koulechov, un cinéaste russe du début du XXe siècle. Il avait filmé un comédien lui demandant d’être le plus impassible possible. Ensuite, il y a intégré des images (une femme au visage préoccupée, un déjeuner, etc.), et on s’aperçoit qu’à chaque fois le visage de l’acteur se lit en fonction de ce que l’image propose. C’est un effet du cinéma que produit la juxtapositions de deux images et où en découle une troisième. La bande dessinée suit ce même procédé.

Beaucoup de choses m’ont plu dans la réalisation de Je vais rester. Notamment celle de prendre le temps de montrer les détails impalpables et indicibles de la vie. Et puis ce livre, je l’ai fait à un moment où me sont arrivés de grands bouleversements. Je trouve ça chouette d’avoir proposé cet espace au lecteur où cette fenêtre est ouverte et qu’il peut s’y engouffrer avec son histoire.

Alors qu’on pourrait croire qu’elle est dans le déni, on a ce sentiment que Fabienne a trouvé la plus belle des façons de faire son deuil. Pour l’accompagner dans cette voie vous utilisez l’agenda de Roland qui avait tout prévu pour ces vacances. Était-ce aussi un moyen de créditer la présence de ce personnage parti si brutalement ?

Oui tu as raison c’est vrai. Je n’avais pas vu ça comme ça. Cela matérialise effectivement le travail que Fabienne doit faire  pour continuer sans lui en fait. C’est à dire que c’est le temps qu’elle crée sa structure qui va lui permettre de se dégager de celle de Roland. Oui c’est intéressant comme analyse.

Revenons sur le personnage de Paco qui tient également une place essentielle dans le récit. Un homme aussi bizarre qu’attachant, il offre à Fabienne une épaule sur laquelle s’appuyer. Elle sera d’abord sur la défensive pour finalement accepter cette main tendue. Toutes proportions gardées, Fabienne n’est-elle pas en train de le substituer à Roland ?

Je ne trouve pas. Je ne vais pas la raconter la fin de l’histoire mais on ne peut pas dire que Fabienne capitalise beaucoup sur cette rencontre. Tout le long du livre, elle est dans une espèce de rapport où elle est à la fois intriguée, elle se laisse emmener, elle s’approche et puis… elle se dégage. Comme un mouvement incessant de va-et-vient. Mon interprétation personnelle est qu’elle n’a pas beaucoup de contrôle sur ce qui lui arrive. Même après la sidération subie, elle laisse encore entrer des choses dont elle ne veut pas toujours. Et puis, petit à petit, elle regagne la capacité à choisir ce qui lui plaît, ou pas.

Il y a cette présence du chien qui intervient dans des moments clés. On a l’impression qu’il est le témoin de la façon dont Fabienne va apprivoiser cette nouvelle vie ?

Illustration d'Hubert Chevillard pour entretien avec Comixtrip le site BD de référence

Je ne sais pas si Lewis pense la même chose que moi – d’ailleurs, je ne sais même pas si il en pense quelque chose ! (rires) – Mais on pourrait tout à fait envisager le chien comme une métaphore du monde, de la dure réalité, qui s’engouffre dans la vie de Fabienne. Le choc est là, et petit à petit, il est apprivoisé. Tout comme cette relation qui s’adoucit avec le chien. Et ce faisant, Fabienne modifiera également le rapport de Paco avec l’animal. Au final, et c’est très subjectif, on assiste à la réconciliation de Fabienne avec le monde et la vision de Paco, s’en verra, elle aussi, modifiée.

Un mot sur Palavas dont on sent un vrai intérêt dans cette aventure. Que ce soit les balades sur les quais, le transcanal, les fêtes locales, le restaurant panoramique… On a nous aussi l’envie de s’en imprégner…

Comme je te l’ai déjà dit, Palavas a été pour Lewis et moi notre terrain de jeu. Notamment dans des endroits qu’il connaissait moins comme le canal du Midi, le Lez ou l’endroit où habite Paco, relaté à un moment donné du récit. Je pense que Lewis a choisi ce cadre pour plusieurs raisons. D’abord, c’est un lieu qui est très prés de chez nous. Nous pouvions donc y aller régulièrement et comme tu dis, s’en imprégner pour mieux l’approfondir. Et puis je ne te cache pas que quand Lewis m’a annoncé qu’on allait faire un roman graphique de cent-vingt pages et que cela se déroulerait là-bas, j’étais soulagé ! (rires) Vu le temps que j’allais y passer.

Plus ça allait, plus j’ai apprécié cet endroit et les gens que j’y croisais. Et je pense que c’est une réalité absolue. N’importe quel lieu et n’importe quelle foule sont intéressants au bout du compte. Il suffit de les regarder avec appétit. Palavas est un littoral qui a bénéficié d’un regain touristique lors de l’évolution des congés payés. On y trouve un public populaire pour des vacances populaires. Cela offre un profil vraiment particulier et enrichissant qui se démarque de La Grande Motte, par exemple, pourtant juste à côté. Moi qui étais complètement dans cette curiosité, j’ai trouvé en ces gens un regard qui s’est imposé à moi.

Un copain palavasien m’a complimenté un jour après avoir lu la bande dessinée : « c’est bien les gens de Palavas que tu nous montres, tu les as bien compris« . Et d’ajouter : « Souvent dans la bande dessinée, quand tu regardes ce genre de public, c’est toujours un peu avec amusement, quelque fois même avec goguenardise. Avec ce désir de faire de la caricature et d’en rire. Et toi, tu les regardes comme ils sont et jamais il n’y a l’ombre d’une moquerie dedans ». Pour quelqu’un qui y a habité et qui était un vrai local, cela m’a beaucoup touché.

« Mon métier a influé dans ma manière d’aborder les couleurs »

Toi qui es directeur artistique dans les jeux vidéo, penses-tu que ce métier influe sur ta manière de dessiner ?

Non pas dans ma manière de dessiner. En revanche, il a influé sur celle d’aborder les couleurs pour cet album. Elles ont été complètement faites sur informatique. Je me suis beaucoup servi de mon expérience de la 3D mais aussi de celle des copains beaucoup plus techniques que moi, qui m’ont expliqué ce travail pour modéliser simplement la couleur, la lumière etc.

Je me suis également inspiré d’affiches touristiques du début du XXe, mais aussi d’estampes japonaises d’à peu près la même époque. Tout simplement parce que ce sont deux familles d’images dans lesquelles les artistes utilisent des méthodes de couleur en aplat ou en dégradé simple, le tout avec des palettes de couleurs restreintes. J’avais vraiment envie de m’approcher de ça. J’ai aussi un peu regardé la peinture fauve ou celle des Nabis. Je trouve qu’il y a une façon d’emmener les palettes dans des complémentaires assez spectaculaires comme les voisinages de violet et de jaune ou d’orange et de vert. Mais je n’ai pas véritablement réussi à suivre cette direction là. C’est difficile de courir des chevaux aussi différents à la fois.

Il y a également quelque chose dont je me suis aperçu au fil de mon avancée sur la couleur, c’est que j’avais intérêt à tout séparer. Je commençais donc par faire des couleurs en aplat dans mes formes, et je travaillais tous mes modelés d’ombre dans une couche à part. Tous les modelés de lumière également à part. Tout comme les différentes variations de teinte comme le rouge des joues, des genoux, etc. Une fois qu’on adopte cette technique, on s’aperçoit que c’est facile de revoir la coloration globale des ombres d’une scène. Alors que quand on fond tout dans la masse de la couleur, changer un aspect est très compliqué.

Comme j’étais en train d’apprendre, j’avais besoin de leviers assez simples pour faire mes recherches, pouvoir faire chavirer complètement une ambiance et harmoniser le tout. J’ai pu faire des tests, basculer une ombre dans les tons violets ou orangés. En résumé, j’ai beaucoup appris la couleur dans cet album. Maintenant, j’aimerais gagner à arrêter de tout séparer et plutôt aborder la couleur en m’inspirant de l’univers de Van Gogh par exemple. Je ne sais pas si je pourrais y parvenir ou si un prochain projet me le permettra mais je serais assez tenté de faire une expérience radicalement différente que celle réalisée ici. Afin d’élargir le champ de mes possibilités.

« Je suis un lecteur de Tintin depuis toujours et Hergé m’a beaucoup influencé »

Dans Je vais rester, tu ne surcharges pas tes cases, permettant ainsi au lecteur de respirer le grand air de Palavas. En revanche, tu donnes beaucoup à tes personnages qui ont des visages très expressifs. Je pense notamment à Fabienne dont les traits m’ont souvent fait penser à Tintin (billes rondes pour les yeux, sourcils hauts), est-ce un hasard ?

Non ce n’est pas du tout un hasard. Je suis un lecteur de Tintin depuis toujours et Hergé m’a beaucoup influencé. En particulier sur les ellipses – que j’utilise avec l’aide du chien – qu’Hergé maîtrise à la perfection. J’ai réalisé il n y a pas si longtemps que ma manière d’enchaîner les images, je la devais beaucoup à cet auteur. Les yeux ? C’est certain que cela vient de la bande dessinée belge en général et particulièrement de lui puisqu’il travaillait dans un champ relativement réaliste en préservant ce système d’yeux.

Donc oui dans mes bandes dessinée, il y a toujours des personnages ainsi faits. Pas tous. Par exemple, Dans Le pont dans la vase, il y avait ce grand mime, le clown, qui avait ces yeux là. Impossible pour moi de dire pourquoi j’ai fait ce choix.. D’autant que cela ne s’impose pas lorsque tu travailles sur un visage réaliste. Mais pour quelqu’un comme Fabienne, il me semble que cela donne un regard particulier qui fonctionne bien avec le fait qu’on est censés s’identifier ou au moins se projeter. Et puis elle représente l’acteur de Koulechov. Ce rôle du miroir de nos humeurs et de nos émotions. Et peut-être que le côté irréel, que ses yeux donnent au visage, contribue à dire : « c’est moi le support d’identification depuis lequel vous regardez le monde du récit qu’on vous propose ».

Ce qui est sûr c’est que ce n’est pas si facile de faire fonctionner ces yeux-là. Mais, avec le temps, j’ai compris que, et là je rentre dans un aspect très technique, ce trait un peu vertical représente l’iris de l’œil écrasé par la perspective. Ce qui est paradoxal parce que quand l’œil est de face, il ne devrait pas être écrasé. Mais en l’occurrence c’est vraiment ça et finalement, c’est son inclinaison qui donne la position du regard. Il doit toujours être orienté perpendiculairement par rapport à l’objet que l’on repère.

Mais cela ne fonctionne pas dans tous les sens. Parfois il faut savoir orienter le visage, et tracer le référent de la paupière. Par exemple, quand ton personnage regarde sur le côté, si on se contente de déplacer les points, on a juste l’impression qu’il regarde de face et que les yeux sont mal placés. Donc on est obligés de dessiner la paupière pour traduire le glissement de l’iris par rapport au relatif de l’œil. C’est ce qui aboutira au regard en coin. C’est passionnant à réaliser.

Aura-t-on la chance de te voir plus régulièrement dans le monde de la BD ou Je vais rester reste une parenthèse issue d’une belle rencontre avec Lewis Trondheim ?

Je vais rester n’est pas du tout une parenthèse. En fait, je suis régulièrement présent dans le monde de la bande dessinée. C’est juste que la fréquence de mes apparitions est très lente. Entre Le pont dans la vase et  Je vais rester,  il y a eu une série de récit courts assez importante. J’ai fait peut être 60 ou 70 pages dans Fluide Glacial et d’autres supports. Pour l’instant, pas de nouveau projet en perspective, mais j’ai bien l’intention de redémarrer quelque chose à l’avenir.

Entretien réalisé le samedi 13 octobre 2018 à Saint-Malo
Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard  Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard  Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevillard Hubert Chevilla

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