New York : Five Pointz

Considérée pendant 20 ans comme la Mecque du street art, Five Pointz, la mythique usine abandonnée du Queens a accueilli les plus grands graffeurs du monde entier sur ses 20.000 mètres carrés de murs, contribuant au rayonnement de la culture hip hop dans le monde. 

C’était un endroit magique. Incontournable. Le passage obligé pour tous les amateurs de street art lors de leur visite à New York. Durant vingt ans, Five Pointz fut considéré comme la Mecque du graffiti et a influencé d’autres lieux mythiques du graff dans le monde entier.

Normal, finalement, que cet endroit pas comme les autres ait été créé à Big Apple, « la ville qui ne dort jamais » étant le berceau de la culture hip-hop. Si Five Pointz ne se trouvait pas dans le Bronx, où ce courant artistique a vu le jour, il était juste dans le quartier voisin.

Pat DeLillo le fondateur

L’histoire de ce lieu de Long Island City, dans le Queens, est étonnante. Tout commence au début des années 90 lorsque cette ancienne usine de compteurs d’eau est rachetée par Jerry Wolkoff. Le propriétaire loue alors les lieux à des artistes et les autorise même à exprimer leurs talents sur les murs, à condition de ne pas tenir de message pornographique, politique ou religieux. C’est le programme « Graffiti Terminators », créé par Pat DeLillo, dont la vision est fédératrice: aider les graffeurs à peindre sur des murs légaux afin qu’ils soient mieux reconnus et acceptés par la société.

L’usine abandonnée de Jerry Wolkoff est à l’époque couverte de tags sauvages, visibles depuis le métro aérien de la ligne 7, entre les stations Hunter’s Point Ave et Court Square. L’image renvoyée n’est pas terrible et le propriétaire se laisse séduire par Pat DeLillo puisque son projet permet de remplacer ces tags par des œuvres d’artistes de rue, rendant le bâtiment plus présentable aux yeux du public et offrant également quelques débouchées aux jeunes du quartier. Le lieu est alors baptisé « Phun Phactory » à son ouverture en 1993.

Carrefour artistique majeur

Il va accueillir des artistes du monde entier, aider le graff à être mieux reconnu et petit à petit élargir son champ d’action, devenant un site de rayonnement du hip hop. A l’origine spot de street art avec 20.000 m² de murs servant de champ d’expression, l’ancienne usine de compteurs d’eau devient un carrefour artistique majeur, proposant également des résidences d’artistes (les studios de 40 m² se louent aux alentours de 600$ par mois), des concerts…

En 2002, Pat DeLillo jette l’éponge et Meres One lui succède. De son vrai nom Jonathan Cohen, ce New-Yorkais né dans le sud du Bronx en 1975 et ayant grandi dans le Queens pratique le graff depuis l’âge de 13 ans. Après des études d’art au Fashion Institute of Technology, il a peint des œuvres dans de nombreux états: Floride, Connecticut, Ohio, New Jersey, Caroline du Nord…

De la Phun Phactory à 5Pointz

Lorsqu’il reprend la Phun Phactory, le lieu est rebaptisé Five Pointz en référence aux cinq arrondissements (borough) de New York (Bronx, Brooklyn, Manhattan, Queens, Staten Island). Tout est très structuré: avant de se voir attribuer un mur, les artistes doivent lui envoyer leurs candidatures. Les emplacements et la durée de visibilité des œuvres sont alors désignés selon la notoriété de leurs auteurs et la qualité de leur travail. Le délai d’attente est variable, allant de quelques semaines à parfois un ou deux ans. Five Pointz est un spot mondialement connu, et donc très demandé.

Et puis la belle histoire prend un tournant décisif il y a quelques années avec la gentrification du Queens. Le propriétaire fait alors savoir en 2010 qu’il projette de raser la vieille usine pour construire deux tours résidentielles accueillant près d’un millier d’appartements. Coût total du projet: 400 millions de dollars!

Five pointz détruit en une nuit

Les artistes se mobilisent pour tenter de sauver les lieux. Comités de soutien, pétitions, recours juridiques avec le Visual Artist Rights Act, procédure pour tenter de faire classer le site monument historique, tentative de rachat par le collectif avec l’aide de fonds privés… Mais rien n’y fait et dans la nuit du 18 au 19 novembre 2013, Jerry Wolkoff fait repeindre en blanc les bâtiments sous protection policière, annihilant ainsi tous les espoirs de préservation pour lesquels les artistes se démenaient.

Sur Twitter, le collectif annonce le matin même la disparition du lieu:

Considéré pendant 20 ans comme la Mecque du street art, Five Pointz a accueilli à New York les plus grands graffeurs du monde sur ses 20.000 m2 de murs. Un reportage du site spécialisé en bande dessinée, Comixtrip.

5 Pointz a disparu, peint en blanc durant la nuit par le propriétaire… Avec la protection de la police.

Considéré pendant 20 ans comme la Mecque du street art, Five Pointz a accueilli à New York les plus grands graffeurs du monde sur ses 20.000 m2 de murs. Un reportage du site spécialisé en bande dessinée, Comixtrip.

Le plus grand crime artistique a été commis aujourd’hui par Jerry Wolkoff. Génocide de 5Pointz.

« J’imaginais la torture que ce serait pour tout le monde de détruire les œuvres pièce par pièce. Je me suis donc dit faisons-le en une fois et mettons un terme à cette torture une fois pour toute », se justifie le propriétaire sur la chaîne NBC New York.

« La plus grande insulte faite à l’histoire du graffiti »

« C’est la plus grande insulte faite à l’histoire du graffiti. Il a peint sur le travail d’au moins 1 500 artistes », déclare, en larmes, la Française Marie Flageul, l’une des portes-paroles de 5 Pointz, dans le New York Times. Des panneaux sont alors installés sur place, permettant aux visiteurs de rendre hommage au site ou de témoigner leur indignation. Mais les graffeurs ne pourront jamais plus s’approprier les lieux. Les nouveaux tags qui apparaissent sur la peinture blanche sont vite nettoyés, et le site placé sous surveillance avant que sa démolition ne débute en septembre 2014. Le site internet est toujours là, témoignant combien cet endroit était créatif.

Considéré pendant 20 ans comme la Mecque du street art, Five Pointz a accueilli à New York les plus grands graffeurs du monde sur ses 20.000 m2 de murs. Un reportage du site spécialisé en bande dessinée, Comixtrip.

Ironie de l’histoire, Five Pointz se trouvait juste en face du MoMA PS 1, l’annexe de l’emblématique musée d’art moderne de New York ouverte dès 1971 dans une école publique désaffectée et accueillant des jeunes artistes de tous horizons. Devenu l’un des centres d’art contemporain les plus renommés du monde, PS1 a également contribué à la réhabilitation de cette partie du Queens. A quelques pas, l’un des plus merveilleux spot de la planète du street art semblait lui faire écho… Jusqu’à ce que l’attrait des dollars décide de la fin d’une aventure unique et extraordinaire.

Article posté le mercredi 25 mars 2015 par Nicolas Albert

Le site où se trouvait Five Pointz

  • Five Pointz (1995-2003)
  • Metro: Court House Sq et Hunterspoint Avenue.
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À propos de l'auteur de cet article

Nicolas Albert

Nicolas Albert

Nicolas Albert est journaliste à la Nouvelle République – Centre Presse à Poitiers. Auteur de plusieurs livres sur la bande dessinée (Atelier Sanzot, XIII 20 ans sans mémoire…) ou de documentaires video, il assure également différentes missions pour le festival international de la bande dessinée d’Angoulême : commissaire d’expositions (Atelier Sanzot, Capsule Cosmique, Boule et Bill, le Théâtre des merveilles, Les Légendaires…), metteur en scène des concerts de dessins, rédacteur en chef de la WebTV et membre du comité de sélection.

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