Pour son anniversaire, Aliénor reçoit un cadeau un peu particulier : un petit frère mécanique. Son père, inventeur, semble avoir recréé Blaise, le frère décédé qu’Aliénor n’a jamais connu. Les enfants du bois, d’Andrea Casaran, nous fait voyager dans un univers sombre, où les frontières de la mort sont floues. Un one shot parut dans la collection Drakoo.
Mémoire mécanique
La jeune Aliénor a de nombreuses pertes de mémoire. Elle ne se souvient pas de tout, juste que sa mère et son frère sont décédés, qu’elle vit seule avec son père et doit composer avec ses pertes de mémoire. Isolée, c’est à l’aube de son anniversaire que son père lui fait un bien étrange cadeau : un petit frère mécanique.

Au-delà de la relation conflictuelle qui s’établit petit à petit entre les frère et sœur, Les enfants du bois nous plonge dans un récit fantastique. On y retrouve les codes du steampunk avec la marionnette mécanique douée d’âme qu’est Blaise. Mais aussi du fantastique pur avec la chasse aux fantômes qui s’opère dans la forêt. Car l’existence même d’Aliénor cache un secret qui va pousser l’adolescente à fuir, à s’enfoncer aux confins de la maison de son père.
Les apparences sont trompeuses et rapidement dévoilées. La réalité d’Aliénor n’est pas tant un secret qu’une mécanique narrative pour nous interroger sur autre chose. Comme elle le dit elle-même, le rôle des adultes est de protéger les enfants. Alors que se passe-t-il quand un adulte rompt cette promesse tacite ?

Les rouages du deuil
Les enfants du bois est un titre intéressant à bien des égards. Se tenant en un seul volume, il explore la thématique du deuil sous plusieurs points de vue. Avec Aliénor, c’est le rapport à la mémoire qui s’opère. Elle sait qu’une partie de sa famille a disparu, mais ses pertes de mémoire sont un crève-cœur pour son entourage qui doit lui rappeler certains faits.
Le père, quant à lui, incarne à la fois le déni et la nostalgie : l’envie de transcender les événements, de rétablir ce qui, à son sens, doit être réparé, sans considération pour les conséquences. Il incarne à la fois la figure de l’inventeur aux idées parfois dangereuses et révolutionnaires et celle du père absent non pas physiquement mais mentalement, coincé dans un passé qui n’existe plus.
Faire son chemin dans le monde
Les enfants du bois est un titre poignant aux personnages attachants. La relation qui se tisse entre Aliénor et son frère est touchante. Les rencontres que les deux enfants vont faire leur apprend les relations humaines, rebat les cartes de ce qu’ils connaissent déjà. Le récit nous interroge aussi sur les relations fraternelles, sur les liens familiaux et l’aveuglement d’un père pour ce qu’il pense être juste. Au détriment, parfois, de sa propre famille.

Les enfants du bois est un récit de young adult aux allures parfois sombres, mais teinté d’espoir et de lumière. Cela s’en ressent dans les différentes planches, à travers les choix de couleurs et de mise en scène. La forêt sombre prend vie sous la plume d’Andrea Casaran. Les ombres deviennent tantôt accueillantes, tantôt menaçantes, évoquant les différents états d’esprit de la jeune fille.
Le titre d’Andrea Casaran, chez Drakoo, est une vraie bonne découverte. Il aborde des thèmes difficiles, construit autour d’un modèle familial remis en question par la prise de conscience des différents personnages. En un seul tome, Les enfants du bois est à mettre entre toutes les mains, à partir de 14 ans environ.

- Les enfants du bois
- Auteur : Andrea Casaran
- Dessinateur : Andrea Casaran
- Editeur : Drakoo
- Prix : 17,90 €
- Parution : 25 février 2026
- Nombre de pages : 80 pages
- ISBN : 9782382333044
Résumé de l’éditeur : Un conte sombre où une étrange fratrie affronte différents monstres, à commencer par leur propre père… Pour son anniversaire, Aliénor reçoit un cadeau unique de la part de son père inventeur : un petit frère au corps de métal. Ce n’est pas au goût de la jeune fille, malade depuis des années, qui espérait un autre présent. D’autant plus que le jouet se nomme Blaise, comme son petit frère qu’elle n’a jamais connu, et qu’il aurait même une âme, d’après les dires de l’inventeur. Affublée du garçonnet, Aliénor continue sa vie jusqu’au jour où elle découvre avec horreur la vérité sur sa soi-disant maladie. Les deux enfants fuient alors dans les profondeurs des bois, loin de leur père, mais où les fantômes, les goules et surtout les secrets les attendent…
À propos de l'auteur de cet article
Bénédicte Coudière
Journaliste spécialisée en bande dessinée mais aussi en jeux vidéo depuis près de 15 ans, conférencière, autrice et plein d'autre chose encore ! Membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée), elle est passionnée d'art et de narration, d'exploration de papier et de pleins d'autres choses encore.
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