La forêt des renards pendus

Rafael Juntunen, un petit malfrat, vient déterrer le butin qu’il avait laissé dans le jardin du foyer familial. Afin de ne pas être inquiété, il se cache dans une cabane dans les bois. Il est alors rejoint par Remes, un militaire et une lapone nonagénaire. Nicolas Dumontheuil adapte merveilleusement La forêt des renards pendus, le roman éponyme de Arto Paasalinna.

DÉTERRER SON BUTIN

Finlande, 1981. Rafael Juntunen revient dans la ferme familiale de son enfance. Ce petit gangster d’une trentaine d’années avait pris le soin d’enterrer trois lingots d’or qu’il avait volé avant d’être emprisonné pendant cinq ans. Lors de son incarcération, Siira son complice avait juré qu’il le retrouverait à sa sortie pour récupérer sa partie de butin

Afin de lui échapper, Juntunen décide de rouler jusqu’à Pulju, non loin du village du Père Noël en Laponie, d’y laisser sa Buick, de marcher dans la forêt et d’y installer sa toile de tente.

REMES REJOINT JUNTUNEN

A Rovaniemi,  Gabriel Remes, major dans l’armée noie son chagrin dans l’alcool. Marié mais malheureux en couple, il n’attend qu’une chose, se suicider. Violent, il est fréquemment repris par son supérieur. Lors d’un ultime entretien avec lui, il lui annonce vouloir prendre un an de congé sans solde afin de se perfectionner dans les nouvelles techniques militaires. Son année sabbatique prendra acte après les dernières manœuvres de l’année.

L’officier se rend dans le Nord de la Finlande pour vivre dans une cabane de bûcheron. Après avoir entendu parler de Rafael, il décide d’aller le voir à son campement. Le malfrat ment et lui explique qu’il se nomme Asikainen, qu’il est conservateur à la bibliothèque d’Helsinki et qu’il est venu observer les lichens, les oiseaux et les mammifères de la région, car c’est sa grande passion. De son côté, Remes lui dit qu’il est ici pour trouver de l’or. Une chance pour Rafael qui voit en lui un homme pour le protéger et un homme qui va l’aider.

RAFAEL ET REMES S’INSTALLENT DANS LA CABANE DE BUCHERON

Paresseux comme on n’en fait plus, Rafael sait qu’il va pouvoir se servir de Remes pour les taches du quotidien. Les deux hommes vont s’installer dans la cabane de bûcheron. Le gangster donne de l’argent au militaire pour aménager au mieux les lieux. Après avoir beaucoup bu en ville, il a acheté des objets de grande valeur : une baignoire, un télévision grand écran et tout ce qui permet de rendre la cabane confortable.

Il faut dire que le trentenaire s’est joué du militaire bourru. Il l’a fait tamisé l’eau de la rivière mais il n’a rien trouvé, alors que lui a mis dans son tamis un morceau de lingot. Cette mascarade ayant duré quelques jours, Remes a découvert le pot-aux-roses. Rafael lui dit alors toute la vérité. Il lui fait construire une prison dans laquelle il doit attendre lorsque le malfrat va chercher des morceaux d’or qu’il a caché.

NASKA : LAPONE EN FUITE

Plus à l’Est, Naska Mosnikoff – une vieille lapone de la tribu Skolte de 90 ans – vit depuis toujours dans sa maison avec Jermakki son chat. Très croyante, elle continue de vivre avec l’esprit de Kiureli son mari défunt.

Des hommes de la ville viennent alors lui rendre visite afin de l’emmener dans un hospice. Contre son gré, ils la mettent dans leur voiture mais la vieille femme rusée réussit à s’enfuir. Elle marche très longtemps et frappe alors à la porte d’une cabane. Remes lui ouvre…

LA FORET DES RENARDS PENDUS : HISTOIRE LOUFOQUE TRÈS RÉUSSIE

Nicolas Dumontheuil a décidé d’adapter le roman de Arto Paasilinnaa, grand écrivain contemporain. L’auteur finlandais a connu de nombreux succès grâce notamment au Lièvre de Vatanen (adapté en long métrage), Petits suicides entre amis, Un homme heureux ou La forêt des renards pendus paru chez Gallimard en 1994. Fort de son succès et de la traduction en 27 langues de ses ouvrages, son prochain livre Moi, Surunen, libérateur des peuples opprimés sera publié en octobre 2016 en France chez le même éditeur.

Le récit emprunte tout les codes du polar (butin, malfrats, fuite, complice à la recherche du cerveau de l’équipe) mais celui-ci se mue en une histoire loufoque et très drôle. Il faut souligner que trois personnages principaux sont savoureux : Rafael est oisif, intelligent et qui se sert de Remes, un militaire à la dérive, ainsi que Naska, une grand-mère joyeuse et amusante. Ajouter à cela 500 balles, le renard et l’on obtient une belle brochette de personnages.

Les situations du quotidien deviennent alors cocasses et burlesques pour le plus grand bonheur des lecteurs. Les surprises et les rebondissements s’enchaînent mettant les protagonistes en face de situations folles. De plus, les dialogues sont savoureux et tombent pile pour faire rire. L’aventure est au rendez-vous comme ce huis-clos hors du temps dans la cabane très réussi. L’histoire est donc jubilatoire et très amusante.

UN TRÈS BEAU DESSIN RETRO

Pour mettre en scène ce récit trépidant, Nicolas Dumontheuil utilise des couleurs sépia qui apporte un côté rétro à l’histoire. L’auteur des belles séries Le landais volant ou La colonne (avec Christophe Dabitch) dévoile des planches équilibrées au trait humoristique efficace.

Article posté le lundi 22 août 2016 par Damien Canteau

Très belle histoire loufoque La forêt des renards pendus signée Nicolas Dumontheuil d'après Arto Paasalinna (Futuropolis) décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • La forêt des renards pendus
  • Auteur : Nicolas Dumontheuil, d’après le roman de Arto Paasilinna
  • Éditeur : Futuropolis
  • Prix : 21€
  • Parution : 25 août 2016

Résumé de l’éditeur : Rafael Juntunen a peur. À la suite d’un braquage qui avait mal tourné, il avait pu s’échapper avec le butin, un magot important en lingots d’or, alors que son complice avait été arrêté. Mais le temps a passé et ce dernier va bientôt sortir de prison et se mettre à réclamer sa part. Seulement voilà, Rafael ne veut plus partager. Il ne lui reste plus qu’une seule solution : la fuite. Il se réfugie au fin fond de la Laponie avec ses lingots. Il est bientôt rejoint par un ex-major de l’armée, Remes, viré pour alcoolisme, Naska, la plus ancienne skolte du monde, qui s’est enfuie de sa ferme pour ne pas être enfermée dans un asile de vieillards et un renardeau, baptisé Cinq-cent-balles. Dans la forêt des renards pendus, les trois compères vont résister à tout, au complice du gangster bien décidé à se venger et mettre la main sur le magot, autant qu’aux représentants de ce qu’il est convenu d’appeler «la civilisation » …

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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