Absolute Batman tome 1 – Le Zoo

En 2024, DC Comics décide de créer une nouvelle gamme, l’ « Absolute Universe » au sein de laquelle la marque donne à lire une vision moderne des débuts de ses principaux héros. Absolute Batman, Absolute Wonder Woman et Absolute Superman voient le jour. Un même univers, une même constante, que donnent ces grands héros quand on leur enlève une de leurs dimensions fondatrices. Ici nous parlons d’Absolute Batman tome 1, de Scott Snyder et Nick Dragotta.

Absolute Batman tome 1 : Friendship is magic (laissez-nous encore l’espoir que…)

Absolute Batman tome 1Gotham City est une ville qui s’écroule. Les bêtes de soirée, un gang particulièrement violent, poussent la ville vers le chaos. Un clan poussé discrètement par le criminel Black Mask, un de ces gars qui n’a pas l’intention de respecter les usages anciens des mafias de Gotham. Mais cette violence attire deux hommes. Le premier est là pour observer, analyser et rendre des comptes sur la situation auprès d’une organisation mystérieuse. L’autre est un habitant des quartiers pauvres qui a choisi de se former toute sa vie pour lutter contre le crime. Pas comme un flic, mais sous le costume et l’identité masquée de Batman. Gotham City pourra-t-elle survivre au cycle de violence qu’annonce tous ces différents acteurs ?

Urban Comics proposant les trois séries Absolute Batman tome 1, Absolute Superman tome 1 et Absolute Wonder Woman tome 1 le même mois, retrouvez sur Comixtrip les critiques de chacun de ces albums pour vous faire une idée de la (bonne) qualité de la proposition éditoriale.

Moins seul, pas moins brutal

Si l’univers Absolute est plus sombre que l’univers « prime » de DC, Scott Snyder offre paradoxalement à Bruce Wayne moins de souffrance. Il se contente de lui enlever son statut de milliardaire, ainsi que son père. Mais ici, Bruce a donc toujours sa mère. Il a aussi une véritable bande d’amis à ses côtés. Des amis aux noms bien connus des lecteurs de Batman : Waylon, Ozzie, Ed, Jim et Selina. Killer Croc, le Pingouin, le Sphinx, Double-Face et Catwoman, sous leurs appellations habituelles. Mais ici, les personnages sont plus nuancés. Ils évoluent tous et toutes en friche du monde illégal, ils ont tous les mêmes marottes que leurs équivalents officiels, mais ils n’ont absolument rien de super-vilains ici. Et de fait, ils apportent une réelle amitié à Bruce Wayne, qui saura y faire appel avec et sans son masque de Batman.

Mais pour autant, ces relations amicales ou familiales ne semblent pas compenser le mal-être de Bruce. Comme si, pour Scott Snyder, la violence était intrinsèque à Bruce Wayne, quel que soit son environnement. Dans l’histoire officielle, il n’a personne autour de lui à part Alfred pour l’entourer. C’est censé expliquer pourquoi il tombe dans la vengeance avec un engagement carrément flippant.

Ici, on retrouve ce Bruce Wayne méthodique. Mais il en est presque plus dérangeant. Il affiche presque deux personnalités différentes. Il y a celui avec ses amis, et il y a celui qui agit dans le monde, avec ou sans cape. Snyder en a fait un ingénieur, cela donne du sens à son incroyable intelligence pratique et justifie tout l’équipement qu’il s’est constitué (même si la question de savoir comment il a financé tout ça devra encore trouver explication). Mais cette méthode devient quasi angoissante.

La violence au cœur d’Absolute Batman tome 1

Batman blesse ses adversaires. Il se bat avec une sorte de hache qu’il porte sur sa poitrine et les pointes de sa cagoule sont des lames qu’il n’hésite pas à planter dans ses adversaires. Autour de lui, un Alfred Pennyworth toujours indispensable, mais lui aussi porteur d’une grande violence. On ne sait pas pour qui il agit, mais on le comprend comme un espion autant qu’un homme de main pour une mystérieuse organisation. Black Mask, l’antagoniste de ce premier arc, déclenche des vagues de violence gratuite, par l’entremise de gangs qu’il manipule comme des pions.

Dit autrement, cet Absolute Batman tome 1 a un parfum de Frank Miller. Il y a une forme de réalisme dans la violence qui pétrifie quelque peu le lecteur. Ce qui est assez en accord avec les promesses de l’univers Absolute.

Nick Dragotta en rajoute une couche

Cette violence, elle s’exprime pleinement aussi par le dessin de Nick Dragotta. Encreur autant que dessinateur, il propose un trait acéré comme un batarang. Chaque trait qu’il pose semble destiné à porter le maximum de tension. Même les quelques courbes ne nous apportent pas de douceur. Il déploie des masses de noir écrasantes, via son encrage, qui viennent tout assombrir et nourrir cette force pesante.

Cette violence se traduit aussi dans la composition des planches et des cases. Chaque page crépite d’une énergie mauvaise. Les lignes de vitesse ou de force sont omniprésentes. Elles ensevelissent les cases comme lorsque Bruce éventre un sac de frappe qui se vide de son sable.

Quelle place pour l’espoir dans Absolute Batman tome 1 ?

Absolute Batman tome 1 extrait 2Après un tel discours, on peut s’interroger sur l’espoir qu’est censé incarner chaque héros de cet univers Absolute. En l’état, on ne peut pas dire en quoi ce Batman permettra d’offrir une rédemption à Gotham. Car finalement, ce sont plutôt les personnages secondaires, qui sont dotés de ce potentiel, sur ces premiers épisodes. Le maire Gordon, son adjointe Martha Wayne, tentent de sauver la ville par sa fonction la plus officielle. Batman sera-t-il celui qui se salit les mains dans l’ombre pour permettre à ces personnages de réussir ? La question se pose mais la noirceur du récit nous laisse plus à craindre un échec de leur part qu’un succès.

Absolute Batman tome 1 : Noir et serré

La série de Scott Snyder et Nick Dragotta (avec un épisode de flashback dessiné par Gabriel Hernandez Walta) est assurément la plus tendue et la plus révélatrice de la noirceur de l’univers Absolute. Quel sera l’héroïsme positif qu’incarnera finalement Batman, c’est sans doute le plus grand mystère posé par cette série. Mais ce mystère s’avère addictif. Voyeurisme morbide ? 

Article posté le mercredi 28 mai 2025 par Yaneck Chareyre

Absolute Batman tome 1
  • Absolute Batman tome 1 – Le Zoo
  • Scénaristes : Scott Snyder, Nick Dragotta
  • Dessinateurs : Nick Dragotta, Gabriel Hernàndez Walta
  • Coloriste : Frank Martin
  • Éditeur USA : DC Comics
  • Éditeur France : Urban Comics
  • Nombre de pages :  184
  • Prix : 20€
  • Date de publication : 30 mai 2025
  • ISBN : 9791026823384

Résumé éditeur : Bruce Wayne ne part de rien. Il n’est pas le descendant d’un riche empire de Gotham City, il est le fils d’un professeur d’école publique qui, enfant, a vécu l’horreur inimaginable d’une fusillade, changeant à jamais la trajectoire de sa vie. Sans ressources illimitées pour le financer, sans manoir ni majordome pour s’occuper de lui, Bruce est devenu un Batman d’un genre tout à fait différent, à la fois cérébral et ultra musclé, vivant dans les quartiers les plus difficiles et les plus défavorisés de Gotham, loin de la haute société. Et alors que le gang de Black Mask sème la terreur dans la ville, il n’hésitera pas à déchainer un torrent de violence contre ses adversaires pour que le message soit clair : il y a un nouveau Batman en ville.

 

À propos de l'auteur de cet article

Yaneck Chareyre

Journaliste , critique et essayiste BD depuis 2006.

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