Guérillero

Maria Isabel Ospina au scénario et Jean-Emmanuel Vermot-Desroches au dessin nous racontent dans Guérillero l’expérience douloureuse du jeune Alberto, embarqué dans la guérilla colombienne menée par les FARC. Un récit autobiographique touchant qui raconte le quotidien des enfants-soldats.

Etre soldat à onze ans

Assez rarement traité dans la bande dessinée, le thème des enfants-soldats revient aujourd’hui en force avec Guérillero, un roman graphique de plus de 200 pages paru chez Dargaud en début d’année. Il s’agit ici d’une histoire vraie, celle d’Alberto, un garçon colombien de onze ans, enrôlé dans la guérilla des FARC, cette guerre révolutionnaire menée pendant des décennies contre les gouvernements colombiens.

Une guerre intense qui fit des dizaines de milliers de morts et de personnes déplacées entre 1958 et 2019. Selon les données officielles, entre 1990 et 2017, 17.000 enfants, filles et garçons, ont été recrutés par des groupes armés. Ces chiffres seraient toutefois en deçà de la réalité, le nombre d’enfants soldats étant estimé à près de 30 000. C’est ce que nous apprend la postface de cet album, signée par Julian Gonzalez Mina, journaliste et professeur à l’Université del Valle en Colombie.

Raconter de l’intérieur

Scénarisée par la documentariste colombienne María Isabel Ospina, portée par le dessin ligne claire de Jean-Emmanuel Vermot-Desroches, cette histoire vécue de l’intérieur par un gamin pauvre d’un village isolé destiné à être paysan émeut à plus d’un titre. Sans jamais toutefois verser dans la violence gratuite et le pathos, elle procède par petites touches et flashbacks, au rythme de très courts chapitres racontant chacun un souvenir du jeune Alberto.

Ce conflit armé, que Julian Gonzalez Mina qualifie de « guerre la plus cruelle du continent sud-américain », n’a pas tout à fait pris fin, fait de trêves fragiles et de dissidences au sein des guérilleros. A la lecture de ce bel album, on découvrira toute la complexité de ce pays et une géopolitique mouvementée.

Un chemin de crête au bord du chaos

Au cœur de cet hydre, le parcours d’Alberto, qui a fui les FARC au bout de quinze ans et suivi un programme de réinsertion pour devenir aujourd’hui agent immobilier fait figure d’exemple.

Il ne s’agit pas toutefois pour Alberto de rédemption mais d’un chemin de crête au bord du chaos. Avec un dessin rond, quelques touches de couleurs au milieu de tons majoritairement gris, le dessinateur de son histoire nous parle aussi d’amour, de misère, de pauvreté dans un pays blessé qui cherche encore à panser ses plaies.

Article posté le mercredi 22 avril 2026 par Jean-Michel Gouin

Guérillero de María Isabel Ospina et Jean-Emmanuel Vermot-Desroches (éditions Dargaud)
  • Guérillero
  • Scénario : María Isabel Ospina
  • Dessin : Jean-Emmanuel Vermot-Desroches
  • Editeur : Dargaud
  • Prix : 25 €
  • Parution : Janvier 2026
  • ISBN : 9782505123460

Résumé de l’éditeur. Une demi-heure pour aller chercher de l’eau potable, deux heures trente pour rejoindre l’école… Les journées ne sont pas les mêmes pour tous les enfants : Alberto, qui grandit dans un département montagneux de Colombie, le sait bien. À cela s’ajoutent pour lui la misère et la grande violence de son père. Alors quand les guérilleros des FARC s’installent sur le terrain de sa famille, les suivre semble être la meilleure perspective d’avenir. Et qu’Alberto ait onze ans ne change rien à l’affaire. Il devient donc un enfant-soldat. Quand il déserte, presque cinq ans plus tard, il entame un long processus de réintégration dans un foyer à Cali. Et à présent, il raconte tout : du temps de séchage de son uniforme aux conséquences de son départ pour sa famille en passant par ses missions d’espion ou encore par sa formation d’opérateur radio. Il montre la peur et la solitude, mais dévoile aussi les questionnements naturels d’un préado. Alberto n’est pas plus manichéen ici que là-bas : retrouver une vie normale n’a rien d’évident, mais il fera tout pour y arriver.

La documentariste colombienne María Isabel Ospina enchaîne les séquences, fragments de vie d’une à quatre pages, pour rendre compte de la richesse du parcours d’Alberto. Le tout au plus proche du regard de celui qu’il était alors. Tout comme dans Marzi ou dans Guantánamo Kid, l’enfant existe pleinement, et la ligne claire et expressive de Jean-Emmanuel Vermot-Desroches y est pour beaucoup. Un témoignage inédit au moment où l’on célèbre les dix ans de l’accord de paix signé entre les FARC et le gouvernement colombien.

À propos de l'auteur de cet article

Jean-Michel Gouin

Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.

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