Suivez la pensée d’une personne souffrant de TDAH et bon courage pour vous y retrouver. Le plus terrifiant étant probablement que celles et ceux qui en souffrent ne verront pas le problème à suivre les pérégrinations mentales de l’auteur, Olivier Laude, aux éditions Hachette.

Plongée en cerveau profond
Ceci n’est pas une bande dessinée documentaire. Olivier Laude le dit bien à plusieurs reprises, le hurlant le temps d’une double page on ne peut plus claire. En réalité, TDAAAAAAH est un cri qui vient de l’intérieur, de ces pages qui ne savent même plus dans quel sens se laisser lire. C’est le cri d’un cerveau branché un peu différemment, habitué au chaos des pensées parasites et de l’attention qui fluctue trop facilement. Difficile de résumer cet album autrement qu’ainsi : une plongée dans les pensées d’une personne TDAH, avec ce que ça implique de chaos, d’hyperactivité et d’interruption non voulue du fil des pensées.

Et cet album est particulièrement évocateur. Parfaitement à l’image de la psyché de son auteur. Et de beaucoup de personnes qui vivent aussi avec le TDAH. Mais qu’est-ce que c’est ? TDAH est l’abréviation de Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité. Un trouble qui touche un grand nombre de personnes et qui se manifeste souvent par… et bien par tout ce qu’Olivier Laude met en scène dans cette tranche de vie un peu particulière.
De situations en pensées parasites
Les couleurs explosent à chaque page, notamment les roses et les jaunes fluo de la couverture (que l’écran d’un ordinateur ne saurait rendre réellement hommage). TDAAAAAAH pourrait se lire comme une succession de strips qui s’auto-référencent et qui prennent naissance dans d’autres œuvres. Et il y a beaucoup à raconter.
Les “super-héros” que sont Ultra Focus ou Super-Change-tout-le-temps-de-sujet-man, par exemple. Les situations du quotidien, pourtant simples, mais qui se complexifient à mesure que l’on prend la pleine mesure de ce que le TDAH implique. Les complications non nécessaires comme ce strip très évocateur mettant en scène Olivier Laude cherchant à percer un mur pour passer alors qu’il y a une porte à côté…

Le style est très visuel, jouant sur les codes de la bande dessinée pour exprimer l’incompréhension, les méandres de la pensée ou simplement le fait de tourner en rond. L’humour omniprésent est ici essentiel : cela permet de dédramatiser certaines situations, d’ajouter une touche de légèreté à l’ensemble. La multiplicité des styles graphiques s’accorde parfaitement au sujet. Il est en adéquation avec la multitude de situations évoquées, le côté caméléon des pensées de l’auteur et de leur chaos.

En vrac et en images
L’ouvrage peut paraître un peu hermétique, surtout si vous n’avez aucune idée de ce qu’il se passe chez les personnes TDAH. Mais il a un double avantage : d’abord celui de dédramatiser les choses pour les personnes qui le sont. Ensuite, cela pourrait permettre aux proches des concernés de cerner un peu plus leur mode de fonctionnement (s’il existe). Car certes, il s’agit d’un témoignage et non d’un ouvrage documentaire. Mais cette plongée dans le cerveau d’Olivier Laude est une forme de reconnaissance, d’exposition et de concentré d’humour sur le sujet.


- TDAAAAAAH
- Auteur : Olivier Laud
- Dessinateur : Olivier Laud
- Editeur : Hachette
- Prix : 19,95 €
- Parution : 20 mai 2026
- Nombre de pages : 96 pages
- ISBN : 9782017251187
Résumé de l’éditeur : Le TDAH (Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité) est souvent réduit à des clichés : agitation, manque de volonté, désorganisation. Pourtant, il concerne environ 5 % des enfants et 2,5 à 4 % des adultes dans le monde, soit des millions de personnes – souvent sous-diagnostiquées, surtout chez les femmes. Cette bande dessinée propose de changer le regard sur le TDAH en utilisant l’humour, la couleur et l’absurde pour raconter une réalité quotidienne intense, fatigante, parfois drôle… et trop souvent invisible. À travers des scènes courtes et visuelles, le lecteur entre dans la tête du personnage principal, qui est aussi l’auteur désopilant, atteint de TDAH. Un cerveau qui parle trop fort, des pensées qui courent plus vite que les pages, des émotions amplifiées, une créativité débordante… et un monde extérieur qui va rarement au même rythme. La narration nous entraine de l’enfance, aux implications quotidiennes de la maladie jusqu’au diagnostic et aux relations avec le psy et les proches. Le décalage graphique (couleurs vives, mise en page éclatée, personnages exagérés) devient un outil narratif : la forme reflète le fonctionnement du cerveau TDAH.
À propos de l'auteur de cet article
Bénédicte Coudière
Journaliste spécialisée en bande dessinée mais aussi en jeux vidéo depuis près de 15 ans, conférencière, autrice et plein d'autre chose encore ! Membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée), elle est passionnée d'art et de narration, d'exploration de papier et de pleins d'autres choses encore.
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