Avec une magistrale adaptation du Horla, la nouvelle fantastique de Guy de Maupassant, les frères Brizzi font une nouvelle fois la preuve de leur sens du scénario, doublé d’une grande maîtrise graphique.

Par une belle journée de mai
« – Quelle journée admirable ! J’ai passé toute la matinée étendu sur l’herbe, devant ma maison, sous l’énorme platane qui la couvre, l’abrite et l’ombrage tout entière. J’aime ce pays, et j’aime y vivre parce que j’y ai mes racines, ces profondes et délicates racines, qui attachent un homme à la terre où sont nés et morts ses aïeux, qui l’attachent à ce qu’on pense et à ce qu’on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l’air lui-même ».
C’est par cette longue phrase que débute Le Horla, l’une des plus célèbres nouvelles de Guy de Maupassant, l’un des auteurs majeurs de la littérature du dix-neuvième siècle. Publié en 1887, ce récit fantastique est encore étudié et commenté, tant sa puissance d’évocation et son style, fluide et élégant, reste moderne.
Bref, c’est ce texte, maintes fois repris et adapté (cinéma, bd, télévision) que les frères Brizzi, Paul et Gaëtan, reprennent aujourd’hui à leur compte dans un album au titre éponyme de 74 pages, publié en ce printemps 2026 chez Futuropolis.

Aux frontières de la folie
L’histoire est simple. Son narrateur est un bourgeois rouennais qui va peu à peu verser dans une sorte de paranoïa et de folie destructrice. Persuadé en effet qu’un être surnaturel hante sa maison et ses nuits, il va en l’espace de quelques semaines se renfermer en lui-même, dépérir et commettre l’irréparable…
Cette créature existe-t-elle ? Est-elle le fruit d’une imagination malade ? Sommes-nous tous et toutes sujets à de telles peurs ? C’est la question que pose ce texte ciselé, où l’auteur a semble-t-il mis beaucoup de lui-même. En 1893, soit cinq ans après la parution du Horla, Maupassant mourra des suites d’une neurosyphilis, en proie lui aussi à de multiples hallucinations…

Vers une bibliothèque fantastique
Avec leur trait charbonneux à souhait, leur usage ultra maîtrisé du crayon à papier, leur sens du découpage, les frères Brizzi réussissent en peu de pages au final un joli tour de force.
Usant tour à tour de gros plans sur le visage horrifié du narrateur, suggérant à travers des jeux d’ombre la silhouette d’une créature de cauchemar, multipliant les points de vue en vignettes serrées ou en pleine page, ils parviennent à créer sinon l’effroi, du moins un certain malaise chez le lecteur, et ce jusqu’à l’issue fatale…
Amoureux de la littérature en général et du genre fantastique, les auteurs inaugurent ici avec Le Horla le premier volume de leur « bibliothèque fantastique ». A raison d’un titre par an, ils ambitionnent d’illustrer ainsi quelques-unes des grands œuvres du patrimoine littéraire.

Un second titre est déjà en préparation. Il s’agira d’une adaptation d’un récit d’Alexandre Dumas, « La femme au collier de velours ».
Après nous avoir régalé avec des récits dessinés tels que La cavale du docteur Destouches, le Fantôme de l’Opéra, un Don Quichotte ou encore le splendide Macbeth, les deux frères venus du cinéma d’animation prouvent une nouvelle fois que littérature et bande dessinée font souvent la paire…
- Le Horla
- Scénario et dessin : Paul et Gaëtan Brizzi
- Editeur : Futuropolis
- Prix : 19 €
- Parution : mai 2026
- Nombre de pages : 80
- ISBN : 9782754848480
Résumé de l’éditeur : Dans un journal intime, le narrateur rapporte ses angoisses et ses troubles. Il sent progressivement, autour de lui, la présence d’un être invisible qui semble se nommer le Horla. Il sombre peu à peu dans une forme de folie en cherchant à se délivrer de cet être surnaturel qui, chaque nuit, le terrasse et boit sa vie. Même si on connait ou croit connaître la nouvelle de Guy de Maupassant, la peur s’installe. Porté par le dessin charbonneux et expressif de Paul et Gaëtan Brizzi, le récit se dévoile sous une nouvelle forme. Les auteurs suggèrent des formes spectrales, un monstre indéfinissable. Frisson garanti.
Publié en 1887, Le Horla est un modèle de la nouvelle fantastique, régulièrement étudié au collège. C’est aussi une description du dédoublement de personnalité qui menace toute conscience…
« La bibliothèque fantastique » de Paul et Gaëtan Brizzi. C’est une nouvelle collection chez Futuropolis. À raison d’un titre par an, les frères Brizzi adapteront nouvelles ou courts romans de littérature fantastique. Après Guy de Maupassant, rejoindront la collection : Alexandre Dumas, Gaston Leroux…
À propos de l'auteur de cet article
Jean-Michel Gouin
Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.
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