Après une première sélection de BD jeunesse pour les vacances, voici la deuxième partie. De Jefferson fait de son mieux au Nuage, en passant par Les enfants de la résistance tome 10, Les Marsupilamis ou Brioche et Tartine, trouvez votre bonheur dans cette liste de 11 très jolis titres de livres illustrés et de bandes dessinées.

Jefferson fait de son mieux, d’Antoine Ronzon d’après l’œuvre de Jean-Claude Mourlevat (Gallimard BD)
Après sa mise en cause dans une affaire de meurtre pour lequel il a été innocenté, Jefferson reprend enfin une vie normale.
Gilbert, son ami, lui téléphone pour lui demander de venir rapidement chez Simone, la lapine qui faisait partie du voyage Ballardeau (voir tome précédent).
Simone a laissé une lettre à Gilbert, lui expliquant qu’elle se sentait de plus en plus seule, sans amis ni famille. Elle est partie sans dire où et demande au petit cochon de s’occuper de sa maison. Pour lui, c’est incompréhensible. Et si elle avait été happée dans une secte ? Il décide de partir à sa recherche accompagné de Jefferson…

Après une première adaptation enthousiasmante du roman de Jean-Claude Mourlevat, Antoine Ronzon poursuit son chemin dans l’œuvre de l’auteur de Jefferson. Il met en image Jefferson fait de son mieux. Ce polar animalier donnera, de nouveau, des frissons aux jeunes lecteurices. Entre les êtres humains et les animaux, ce n’est pas toujours simple.
Ici, l’intrigue se base sur la disparition volontaire de Simone, mal dans sa peau. On y parle donc d’isolement, de solitude, d’emprise psychologique et de secte. Le tout mâtiné d’humour grâce à Jefferson et Gilbert. Leur amitié et leur entraide les embarquent dans une drôle d’aventure entre mensonges et mystères.
Comme pour le précédent album, l’écriture est intelligente et fine. Le dessin d’Antoine Ronzon est toujours aussi beau et avenant. Comme les deux BD sont de très bonne qualité, le travail d’adaptation de l’illustrateur risque de ne pas s’arrêter en si bon chemin. Et on a hâte de découvrir les tomes suivants.

Les enfants de la résistance tome 10 : La guerre n’est pas finie, de Vincent Dugomier et Benoît Ers (Le Lombard)
La guerre prend une nouveau tournant dans ce tome 10 de la merveilleuse série Les enfants de la résistance. Nous sommes le 6 juin 1944 et les alliés vont bientôt débarquer sur les plages normandes.
Le réseau Lynx (Lisa, Eusèbe et François) se tient prêt à aider au maximum les alliés. Les transmissions secrètes et les destructions stratégiques de la résistance se multiplient.
Mais si le temps est à l’optimisme, il ne faut pas tomber dans une euphorie qui pourrait faire échouer bon nombre d’actions résistantes. La prudence est de mise pour les trois adolescents.
En attendant, Eusèbe, Lisa et François décident de fabriquer des brassards tricolores avec la croix de Lorraine pour les maquisards. Mais, le tissu manque cruellement. Alors, la mère d’Eusèbe monte dans un train pour la grande ville afin d’en trouver…

Déjà le dixième volume de LA série jeunesse historique de ces dernières années ! Avec toujours une égale qualité scénaristique et graphique, Vincent Dugomier et Benoît Ers poursuivent cette sublime œuvre fictionnelle fondée sur des faits historiques solidement documentés. Si le Débarquement en Normandie est mis en lumière dans ce nouvel opus, comme son titre l’indique, La guerre n’est pas finie. Les tensions sont bien présentes, les héros sont mis à rude épreuve et les jeunes lecteurs ont aussi peur pour eux.
On redoute de bientôt voir Les enfants de la résistance se terminer et être tristes, mais on connaît déjà la fin : la libération de la France et la fin d’une guerre meurtrière de 6 ans.

Le nuage, d’Efra Pérez (Les Humanoïdes Associés)
“Fuosh”. Voilà le terrible nuage qui déferle sur le petit village d’Estela et de sa maman. Ingénieure, cette dernière tente de comprendre ce phénomène climatique qui balaye tout sur son passage, tous les 8 ans.
Ce jour-là, elle part, bien décidée à trouver une solution pour parer à ce déferlement. Elle confie alors Estela à monsieur Kadhoul, fleuriste et bienveillant.
Mais la mère d’Estela ne reviendra jamais de sa sortie. Elle a été emportée par le nuage. Alors, la petite fille se fait la promesse de devenir elle aussi ingénieure afin d’arrêter cette tornade.
Il est temps pour Estela de monter à la capitale pour intégrer l’école d’ingénieur, la même que celle que sa maman avait fréquenté. Elle se présente auprès de monsieur Sen, ancien professeur de sa mère. Le vieux hibou accepte de la former avec Mojo, une hérissonne douée en mécanique…

Entre secrets de famille et gros mensonges, Le nuage est une excellente BD jeunesse fantastique. Efra Pérez imagine un récit sous forme de quête initiatique où la jeune Estela part sur les traces du passé de sa maman. Tout de suite, les lecteurices sont conquis par la jolie personnalité de l’héroïne. Entre enthousiasme pour devenir ingénieure et désillusions, on navigue entre toutes les émotions.
L’auteur espagnol déploie une belle galerie de personnages secondaires (Mojo, Monsieur Kadhoul, le chef des gardes de la bibliothèque, la maman…, sans compter les multiples robots). Il aborde en sous-texte des thématiques contemporaines : les réfugiés climatiques et leur rejet ou la technologie comme pouvoir de domination. On peut y ajouter l’amitié, la construction de sa personnalité et combattre l’injustice. Ainsi, on comprend vite que Le nuage est une dystopie froide mais qui fonctionne bien sur le jeune lectorat.
L’humour est aussi présent malgré le côté parfois sombre de l’intrigue. Le nuage bénéficie d’une très très belle partie graphique. Les personnages anthropomorphes, dans les pas de Lewis Trondheim qu’Efra Pérez prend en référence, sont très bien campés.

Les Marsupilamis tome 1, d’Amanda Deibert et Goum (Dupuis)
On le sait, le Marsupilami est un animal incroyable ! Depuis sa création par André Franquin, cette créature nous fascine par ses grandes qualités (force, loyauté, amitié). Avec sa compagne, ils donnent naissance à des petits Marsus. Mais, leurs vies sont menacées par des braconniers avides d’argent.
Loin de la forêt de Palombie, Jade et Mica déroulent leur exposé sur le Marsupilami à leurs camarades de classe. Mais leur enseignante n’est pas très enthousiaste par leurs paroles sur cet animal mystérieux.
De retour chez eux, les jumeaux sont ravis : leurs parents leur ont confié la mission de veiller sur trois œufs de Marsupilamis pendant leur nouveau séjour en Palombie…

Ce résumé augure une folle aventure ! Cette série pour les jeunes lecteurices nous a conquis tout de suite. Humour, enthousiasme et dynamisme sont au cœur du très bon scénario d’Amanda Deibert. L’autrice américaine, qui a déjà travaillé sur des BD issues de grandes licences (Star Wars, Teen Titan, Les gardiens de la galaxie) réussit son pari de raconter en image le préquel à la série animée Les marsupilamis. Le tout bénéficie du talent graphique de Goum. L’auteur de La fabrique des rêves est à la hauteur de ce premier tome. Son dessin moderne, tout en rondeur et dynamique participe à la belle qualité de La légende du Marsupilami.

Suzie et Morue, tome 1 de Lewis Trondheim et Obion (Bayard Jeunesse)
Dans l’univers de Chihuahua, la série collective éditée par Bayard Jeunesse, il y a Suzie et Morue, personnages secondaires. Lewis Trondheim et Obion décident de leur donner vie dans un spin-off hyper réussi et très drôle.
Morue est une petite sirène, qui n’a pas vraiment tous les dons de son espèce. Il chante faux et n’a pas de queue de sirène lorsqu’elle se met à l’eau.
Suzie est une petite cyclope, un brin complexée par son oeil unique. C’est pour cela qu’elle le cache derrière sa mèche de cheveux.
Suzie et Morue ne se connaissent pas. Pourtant, elles vont vivre ensemble des vacances au bord du lac. La maman cyclope et le papa sphinx de Morue sont amoureux. Ils ont donc décidé de tous ensemble passer la saison estivale au camping…

Alors que la série Chihuahua ne m’avait pas entièrement convaincu, la faute à des histoires parfois inégales, Suzie et Morue est d’une meilleure qualité. Avec son ambiance fantasy et son joli humour, ce tome 1 enchante le jeune lectorat. Les personnalités de deux héroïnes sont très bien campées, ce qui permet aux auteurs de développer des gags en une planche où des thématiques contemporaines viennent s’immiscer. Le dessin est avenant et idéal pour les lecteurices à partir de 7 ans.

Super Punk, de Guilherme Petreca et Mirtes Santana (Ankama)
Violetta est une adolescente punk de 13 ans. Elle est devenue punk après le décès de son grand-père, en écoutant ses cassettes audio où il a compilé des titres punk.
Depuis qu’elle met ses écouteurs, Violetta a acquis un étrange don surnaturel : elle peut voir les monstres qui menacent la ville. Pour protéger la ville, elle peut compter sur son ami Alan…

Super Punk, c’est une très belle aventure fantastique jeunesse. Une héroïne badass qui n’a peur de rien, très positive et à laquelle on s’attache très vite. On apprécie le rythme soutenu et haletant de cette histoire rétro qui pourra aussi plaire aux plus âgés. L’album est truffé de références aux films, séries et aux arts, et une playlist de titres est intégrée au récit.
Cet album moderne et plein de vie bénéficie du très joli travail graphique de Guilherme Petreca. Loin de son dessin japonisant de Shamisen et Kabuki, le dessinateur mélange avec intelligence le manga et le comics dans ses planches.

Brioche et Tartine – Pâté, présent, futur, de Violette Vaïsse (La joie de lire)
Voici le quatrième recueil des aventures farfelues de Brioche et Tartine, les deux toutous tout fous imaginés par Violette Vaïsse.
Comme dans les précédents volumes, les deux amies naviguent dans un quotidien toujours plus drôle. Ils ne travaillent pas mais s’amusent des petits riens de la vie. De leur recherche de trésor sur la plage qui se solde par un échec à un moment où ils tentent de se raconter des blagues, en passant par la tenue d’un journal de bord qui dérape ou une remontrance sur des montagnes russes, tout en bon pour faire rire les enfants.

Entre leur envie de monter des spectacles ou la commande d’une pizza, Brioche et Tartine se retrouvent toujours dans des situations cocasses, souvent à leurs dépens. Elles réagissent de la manière la plus naturelle et cela se transforme en un moment de gag sympathique. En plus, elles n’hésitent jamais à raconter les potins de leurs voisins à la radio.
Leurs aventures du quotidien sont mises en scène sous la forme de petites saynètes où les chutes sont drôles mais peuvent parfois déstabiliser les lecteurices par une forme de non-sense.

Red, tome 3 : Le secret d’Atouvent, de Falzar et Antonello Dalena (La Gouttière)
Red en est persuadé : Régine est sa mère ! Le jeune héritier du trône de Terrelande est parti depuis un an pour vivre comme tous les autres enfants en Pilanésie. Et ce n’est pas par hasard que Réginald-Edouard, dit Red, se retrouve sur un bateau en compagnie de Dina. Le duo a retrouvé la trace de l’appartement de Régine. Mais son voisin leur explique qu’elle est partie pour plusieurs semaines. Voilà une piste qui se referme.
Le soir, Red retrouve Barnum, son majordome, le seul dans la confidence de sa lignée. Il lui raconte son investigation concernant Régine. En cachette, le majordome en informe Coriandre, le souverain…

Voici donc la conclusion de Red, la série co-créée par Falzar et Dalena. Si la fin est un peu trop rapide, l’intrigue de ce troisième volet est accrocheur. En partant pour un an en Pilanésie, Red veut enfin être comme tous les enfants.
Cette immersion se transforme en quête d’identité lorsqu’une femme croise sa route. Une femme qui serait sa maman, disparue depuis longtemps. Ce troisième tome parle donc de famille, de filiation, d’absence mais également d’amitié, de curiosité et d’intégration. Le dessin d’Antonello Dalena est toujours aussi solide et avenant (Lila et l’usine des sales gosses).
Une jolie fin, pour une jolie série, tout en délicatesse.

Détective Prout, tome 6 : L’énigme de l’étrange détective, de Troll (Nathan) – Traduction : Vanessa Saccardo-Nakamura
Phénomène éditorial international avec plus de 20 millions d’exemplaires vendus, Détective Prout (oshiro tantei – おしろ たんてい) fait rire les enfants du monde entier par des enquêtes drôles et farfelues. Ce détective à face de fesses est l’œuvre de Troll, le duo (Anaka Yōko et Fukusawa Masahide) qui se cache sous ce pseudo.
Comme dans les précédents volumes, le Détective Prout doit résoudre deux énigmes, aussi décalées que farfelues.

Aujourd’hui, c’est la panique ! Clochette débarque en furie dans l’agence du Détective Prout. Une autre agence de détectives ouvre ses portes en ville. Elle est l’œuvre de Sherotte Galomes, assisté de Cojohn Watporc.
Alors, Brownie, l’assistante Prout se précipite dehors, direction l’agence concurrente. Le détective part à sa recherche…
Ce livre d’énigmes est idéal pour les plus jeunes. Détails dans les pages et humour plaisent aux lecteurices. Sans oublier, une partie graphique très colorée et kawaï.

Le tigre de Val-Morin, d’Agathe Bray-Bourret (Les 400 coups)
Clara est en vacances chez sa grand-mère. Ce que la petite fille adore, c’est de se maquiller. Aujourd’hui, elle sort son nouveau maquillage. Elle s’arrête sur la page du tigre. Elle enfile un chandail tigré et commence à poser les couleurs sur son visage. C’est très beau !
A peine la voiture de sa mamie partie, Clara se rend chez Annie, son amie. Mais en chemin, elle découvre qu’elle fait peur à tout le monde. Pire, des hommes armés la pourchassent…

Tout de suite, les lecteurices sont subjugués par les superbes aquarelles d’Agathe Bray-Bourret. L’autrice montréalaise déploie son talent de peinture sur les pages de ce très joli livre illustré. Le maquillage de Clara est si réel qu’on s’y laisse prendre. Les grands yeux des personnages sont très expressifs.
Quant à l’histoire, elle met en lumière le pouvoir de l’imaginaire, le cheminement de la personnalité de Clara, sa timidité, le rejet des personnes différentes, la peur des animaux sauvages et la nature comme aventure. Le contraste est fort entre les êtres humains qui chassent Clara et ses nouveaux amis, les animaux.

Ruby et Flamküche, la grotte mystérieuse, d’Eric Lathière et Bastien Quignon (Splash)
De Bastien Quignon, nous connaissons Sacha et Tomcrouz, une superbe série jeunesse, scénarisée par Anaïs Halard. L’auteur se glisse également dans l’univers du livre illustré. Ce premier volume de Ruby et Flamküche est scénarisé par Eric Lathière.
Ruby adore les dragons. La petite fille de 5 ans les collectionne sous toutes les formes : peluches et figurines. Sa chambre ressemble ainsi à un vrai nid à dragons. Mais parmi ses jouets, celui qu’elle préfère depuis sa tendre enfance, c’est Flamküche.
Un soir, Ruby compte les dragons pour s’endormir. A peine les yeux fermés, la petite fille se retrouve dans une grotte. A ses côtés, Flamküche ! C’est génial…

Tout de suite, les jeunes lecteurs (à partir de 5 ans) tombent en amour pour Ruby et Flamküche. Les deux personnages imaginés par Eric Lathière sont positifs.L’auteur les propulsent même dans une préhistoire fantasmée. L’histoire où ils apparaissent est douce et bienveillante, notamment par le travail graphique de Bastien Quignon.
À propos de l'auteur de cet article
Damien Canteau
Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.
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