Jefferson

Être accusé à tord d’un assassinat que l’on a pas commis, c’est la triste réalité qui frappe Jefferson, un petit hérisson que tout le monde apprécie. Son histoire sous forme d’enquête animalière est l’adaptation du roman éponyme de Jean-Claude Mourlevat signée Antoine Ronzon. Brillant !

Passer chez le coiffeur

Jefferson se prépare pour aller chez le coiffeur. Il se brosse les dents et coiffe sa houppette. Avant d’entrer chez Défini-Tif, il salue M. Pompoir le maraîcher. Tout le monde aime Jefferson ! C’est un hérisson gentil et attachant.

Comme d’habitude, il aimerait que ce soit Carole qui lui coupe les cheveux. Il est secrètement amoureux de la nièce du propriétaire.

Monsieur Edgar assassiné !

Mais, ce n’est qu’un rêve. Tout est plus sombre dans la réalité. Pire, en arrivant chez le coiffeur, c’est l’effroi ! Monsieur Edgar, le propriétaire du salon a été assassiné, une paire de ciseaux dans le cœur !

Une cliente qui dormait sous son sèche-cheveux se réveille sous les cris de Jefferson. Le petit hérisson tient la paire de ciseaux dans sa main. Elle sort alors en courant pour alerter la population : “Il a tué M. Edgar ! Je l’ai vu frapper et frapper encore ce pauvre M. Edgar avec un grand couteau !”

Malgré ses réprobations, Jefferson doit fuir ! Il est alors poursuivi par M. Pompoir et son salarié.

Gilbert, un véritable ami

Jefferson reçoit ensuite un drôle de message de Gilbert sur son portable. Son ami le cochon lui demande de le retrouver “en ce lieu où nous avons tant de souvenirs d’enfance.” Mais le hérisson est méfiant. Gilbert, son ami, fait des fautes d’orthographe tout le temps et le ton est différent de d’habitude.

Il a bien fait. Des policiers l’attendent devant chez lui. Alors le coupable tout désigné se rend dans la forêt à l’endroit où Gilbert et lui jouaient quand ils étaient petits. La cabane est par terre mais peu importe. Ce lieu lui servira de planque tant que la police n’aura pas arrêté l’assassin.

Trouver le coupable pour s’innocenter

Gilbert écoute alors son ami lui raconter la scène. Gilbert est un ami loyal. Il croit Jefferson. Il lui apporte à manger déguisé en femme.

Les journaux font les grands titres. Jefferson a tué ! Il est coupable ! Mais Gilbert ne peut pas laisser le hérisson comme ça. Il lui propose de l’aider à retrouver le vrai assassin. Déguisés en femme, ils se rendent chez Carole…

Jefferson, une superbe adaptation

Jefferson, c’est près de 300 000 exemplaires vendus des romans de Jean-Claude Mourlevat ! Pour des titres jeunesse, c’est beaucoup. La première histoire sur 3 de ce hérisson timide et désigné coupable est publiée en 2018 chez Folio Junior. C’est d’ailleurs Antoine Ronzon qui en illustre les pages intérieurs, tandis que Lisa d’Andrea en assure les dessins de couverture.

Aujourd’hui, c’est le même illustrateur qui s’empare de l’adaptation de l’histoire de Jean-Claude Mourlevat. Le romancier ayant donné son accord facilement après avoir vu le story-board.

Et il faut souligner que le travail d’Antoine Ronzon est excellent. La déclinaison en bande dessinée est formidable ! C’est une aventure prenante, intelligente dans ses propos, drôle et pleine de rebondissements.

Un assassinat et des questions

Le pauvre Jefferson s’est ainsi trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Coupable idéal, il doit prouver lui-même son innocence. Il ne peut pas compter ni sur la chèvre-cliente qui raconte n’importe quoi, ni les policiers et ni le procureur.

“J’ai l’impression d’être dans un mauvais polar avec des enquêteurs nullissimes.”

Seul Gilbert, son ami fidèle et loyal pourra le sortir de ce mauvais cauchemar. Le duo est d’ailleurs très bien campé. Jefferson, timide et Gilbert courageux et téméraire. La dualité de leur personnalité se complète à merveille. Sans oublier que le cochon est très drôle, ainsi que le groupe de touristes.

Rumeur infondée

Jefferson est en effet un polar sympathique et drôle. S’il est de nature amusante, les thématiques abordées sont assez sombres et contemporaines.

Jean-Claude Mourlevat et Antoine Ronzon parlent ainsi de rumeur infondée. La parole d’une seule personne a de lourdes conséquences sur la vie d’un innocent. L’emballement médiatique est aussi très fort. Tout s’enchaîne. Toute la vie de Jefferson est passée au crible. Lui qui pourtant ne faisait pas de vague et qui était apprécié de tous.

Jefferson et la cause animale

Cette enquête animalière fait aussi le lien entre animaux et humains. La bande dessinée appuie ainsi sur les conditions des animaux dans les abattoirs. Ils sont ainsi rejetés et discriminés par les humains parce que différents.

En effet, le pays de Jefferson est un lieu uniquement avec des animaux anthropomorphes. Le duo devra ainsi se rendre chez les humains pour trouver qui a tué M. Edgar. Quelques animaux vont d’ailleurs de temps en temps chez les Humains, mais tout est très cadré.

Aidé aux couleurs par Karen Laborie, le dessin d’Antoine Ronzon est d’une jolie douceur. Même les méchants ne sont pas si sordides que cela. Les designs des animaux sont bien campés. L’ambiance, entre polar et humour, est très bien restituée par un trait tout en rondeur. Un album policier pour les jeunes lecteurs très très réussi !

Article posté le mercredi 23 avril 2025 par Damien Canteau

Jefferson d'Antoine Ronzon et Jean-Claude Mourlevat (éditions Gallimard bande dessinée)
  • Jefferson
  • Auteur : Antoine Ronzon, d’après le roman de Jean-Claude Mourlevat
  • Coloriste : Karen Laborie
  • Éditeur : Gallimard bande dessinée
  • Date de publication : 26 mars 2025
  • Nombre de pages : 128
  • Prix : 18,50€
  • ISBN : 9782075216074

Résumé éditeur : Une histoire d’enquête, d’humour et d’amitié adaptée du roman à succès de Jean-Claude Mourlevat! En ce radieux matin d’automne, le hérisson Jefferson décide d’aller chez son coiffeur se faire raffraîchir la houppette. Comment pourrait-il imaginer, alors qu’il arrive plein d’entrain au salon «Défini-Tif», que sa vie est sur le point de basculer? Accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis, le brave Jefferson, 72 cm de frousse et de courage, est jeté dans une aventure qui le mènera, pour le meilleur et pour le pire, au pays des êtres humains.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.

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