À l’occasion de l’exposition Le buveur d’encre qui s’est tenue aux Rendez-vous de la BD d’Amiens, nous avons rencontré Steve Baker, son auteur. Une jolie occasion de faire un bilan de ses dix dernières années professionnelles, de parler de l’exposition et de la manière dont il a adapté le roman à succès d’Éric Sanvoisin. Un moment toujours aussi sympathique avec un artiste que Comixtrip apprécie beaucoup.

Steve Baker, nous nous étions vus en 2018 pour parler ensemble du tome 1 de la série Bots. Que s’est-il passé pour vous depuis cette date ?
Je me souviens qu’on avait plein d’espoir pour BOTS. Ça a démarré hyper bien. On en a vendu plein du tome 1. C’était cool. Le tome 2 est bien sorti aussi. Ça a prolongé l’histoire. Et puis, en fait, on a bouclé avec un tome 3 qui, malheureusement, est sorti juste au moment du confinement. C’est-à-dire qu’on le sortait le mercredi. Le mardi d’après, confinement, blocage total de toutes les librairies.
Le tome 3 est passé totalement à la trappe. Et même après la réouverture des librairies, il n’était plus chez eux.

Puis, deux ans après, l’éditeur s’est dit : “Tiens, ce serait peut-être l’occasion de sortir une intégrale. Parce qu’on y croit, ça avait été vraiment bien pris au début.”
Les critiques étaient plutôt bonnes. Là, ce n’est pas moi qui le dis. C’est vraiment le retour des critiques en règle générale.
On a fait une belle intégrale, comme sait les faire Ankama. Ils savent vraiment bien faire de beaux livres. Pas trop cher. Parce que là, on avait l’équivalent de 300 pages pour moins de 20 euros.
“Théa aborde des thèmes un peu durs parfois. Elle parle de couple, de séparation, de contexte familial ou de pédophilie. En fait, elle en parle librement, facilement.”
Entre BOTS et Le buveur d’encre, il y a quand même eu d’autres albums. Lesquels ?
J’ai réalisé Billie Bang Bang avec Théa Rojzman. Un jour, Théa est venue me voir. Elle avait vu que je faisais des bandes dessinées Jeunesse. Elle avait un projet “presque signé avec un éditeur”.
Théa m’a dit qu’elle aimait mon dessin et qu’il irait bien avec l’énergie du projet. J’ai lu ses scénarios. Et en fait, ce qui était vraiment chouette, c’est que moi, je n’aurais jamais écrit ce genre d’histoire.
Théa, elle est sur des terrains délicats… Elle aborde des thèmes un peu durs parfois. Elle parle de couple, de séparation, de contexte familial ou de pédophilie. En fait, elle en parle librement, facilement.

J’ai dit : “ok” et on a réalisé un dossier que l’on a envoyé chez plusieurs éditeurs. Et c’est au Lombard qu’il s’est concrétisé. Ils ont expliqué qu’il fallait du temps pour installer une série jeunesse. Donc, ils ont signé pour 3 tomes.
Il y a aussi La vie en slip, qui fonctionne très bien. Où en êtes-vous de cette série ?
Je suis en train de terminer le tome 4. Ça avance bien. J’ai réalisé le scénario avec le directeur d’écriture de la série animée, qui est passée sur Canal+.
Quels étaient vos sentiments par rapport à cette série animée ?
C’était sympa. Ça fait vraiment plaisir. Surtout que l’équipe qui était derrière, c’était vraiment des gros fans. Ils n’ont pas hésité à y aller et à y mettre du leur pour rajouter des choses à droite, à gauche. Ce sont eux qui ont écrit tous les gags, tous les épisodes de la série, parce que moi, je ne voulais pas trop m’impliquer. J’étais en train de faire mes albums à côté, et surtout, je ne sais pas faire ça.

Quand on regarde le contenu des épisodes, chacun dure 11 min, il leur fallait du matériel pour 52 épisodes. C’est énorme. Ils m’ont alors demandé de créer tous les nouveaux personnages. On a imaginé les familles de chaque enfant.
Pour les décors, ils ont créé une petite ville de province avec une maîtresse ou avec celui qui tient le cinéma.
Et en plus, les gags sont vraiment drôles !
“Le festival, pour ses 30 ans, me fait l’honneur d’une exposition sur Le buveur d’encre.”
Vous êtes présent aujourd’hui à Amiens pour les RDV BD. À quelle occasion ?
Je suis à Amiens pour dédicacer Le buveur d’encre, qui est sorti il y a à peine trois mois. Et surtout parce que le festival, pour ses 30 ans, me fait l’honneur d’une exposition.
Cela faisait un petit moment qu’on projetait une exposition ici, ensemble. L’organisation a donc monté une exposition jeunesse autour du Buveur d’encre.

J’aime beaucoup ce festival. Je m’y suis fait des amis. Les Rendez-vous BD d’Amiens sont vraiment très, très respectueux vis-à-vis des auteurs. Ils sont attentifs à leurs conditions d’accueil, de dédicaces…
Quel a été votre rôle dans la réalisation de cette exposition ?
Alors, on m’a demandé mon avis pour certaines choses, que je voulais ou pas. Est-ce que je voulais être tenu au courant ? Je dois avouer que je voulais garder quand même une part de surprise.
Mais, j’ai été impliqué pour pas mal de choses. Il y a eu des jeux et un “Dessine Odilon« , par exemple, auxquels j’ai participé.

Il y a toute une partie qui m’est consacrée, où on parle de mes influences. C’est drôle, parce qu’il y a une bibliothèque qui est un peu vide, qui a été bue. Et les seules pages qui restent écrites, en fait, ce sont des choses qui me concernent et pour apprendre des choses sur moi. Notamment, comment je fais de la bande dessinée depuis maintenant 20 ans.
“Je suis hyper content, hyper flatté, parce que là, c’est une mise en avant incroyable.”
Qu’est-ce qui vous impressionne le plus dans cette mise en valeur de votre travail ?
Mon sentiment est assez partagé. Je suis hyper content, hyper flatté, parce que là, c’est une mise en avant incroyable.
Je suis hyper content qu’on ait cette mise en lumière sur ce projet là, parce qu’en plus, Le buveur d’encre, c’est un projet qui me tient vraiment à cœur. C’est une histoire qui va vraiment dans le sens des valeurs que je veux véhiculer autour de la lecture et autour de la transmission.
Et puis, d’un autre côté, j’ai quand même mon syndrome de l’imposteur qui tape au carreau dès qu’il y a un truc qui se présente dans ce genre là. Je passe mon temps à m’excuser en disant : « Oui, mais voilà, vous savez, je ne le mérite pas tant que ça, en vérité. Surtout que je fais des petites BD, mais est-ce que ça mérite tant d’attention ? Je ne pense pas. »
En tout cas, la mise en scène de l’exposition, c’est sûr, est vraiment chouette. Et donc les visiteurs vont pouvoir apprendre plein de choses sur la bande dessinée.

On entre dans cette exposition par l’immense bouche du Buveur d’encre. Comment est née cette idée ?
J’avais justement, au début, parlé avec l’équipe – Toinou Ledoux-Marck, Gilles Hautière et Tayrone Lacroix – de la bouche d’entrée. Parce que ça rappelle un peu les scènes de foire, parce qu’il y a une grande tête du Buveur d’encre qui mange les spectateurs qui entrent dans l’exposition. Je me suis dit que, mine de rien, ça faisait une belle mise en scène spectaculaire pour l’entrée de l’exposition.
“Un jour, un client un peu particulier entre dans la librairie.”
Steve Baker, entrons dans votre bande dessinée. Qui est Odilon ?
Odilon, c’est un petit garçon qui s’ennuie parce qu’en fait, il doit passer les vacances d’été dans la librairie de son père, et lui, il déteste le lire.
Pour lui, c’est vraiment le pire truc qui pourrait lui arriver : c’est de rester enfermé avec des livres. Vraiment, il se tourne les pouces.
Odilon s’est inventé un petit jeu. Il s’est fait une cabane dans la librairie. Une cabane en livres. De là, il observe le manège des clients, qu’il connaît par cœur. Il les espionne, caché dans sa cabane, puis il finit par s’endormir.

Un jour, un client un peu particulier entre dans la librairie. Tout de suite, Odilon le remarque parce qu’il ne le connaît pas. Cet homme a l’air de plus ou moins flotter au-dessus du sol, il frôle les livres. Puis, les yeux fermés, il en choisit un au hasard, il sort une paille de sa poche, il la plante dans le livre, et on a l’impression qu’il le boit. Il a bu le contenu du livre !
D’un seul coup, il y a du fantastique qui arrive dans la vie d’Odilon. Il n’a plus la vie complètement plate qu’il avait avant, ennuyeuse. Il plonge alors dans l’aventure. Le petit héros se dit qu’il ne peut pas louper sa chance, et qu’il faut absolument qu’il sache qui est ce mystérieux Buveur d’encre.
“C’est un heureux hasard qui m’a fait dire oui. Ce hasard, c’est ma fille Camille.”
Comment vous est-il venu l’idée d’adapter le roman d’Éric Sanvoisin ? Est-ce que vous l’aviez lu ?
Non, je ne connaissais pas le roman, qui a 30 ans cette année ! Les équipes de Nathan sont venues me le proposer. Mais, il m’a fallu du temps pour accepter. Et c’est un heureux hasard qui m’a fait dire oui. Ce hasard, c’est ma fille Camille.
Elle découvre que l’on me le propose. Et elle me dit : “Mais attends, papa, il faut absolument que tu jettes un coup d’œil à ce roman. Il est incroyable !” Et là, elle le sort de son cartable. Elle était en train de l’étudier à l’école !
À table, Camille poursuit : “Il faut que tu lises, c’est trop bien. On te propose Le buveur d’encre, mais alors… Mais vas-y.”
Évidemment, elle a piqué ma curiosité. Je me suis empressé de lire le roman, qui fait,
je crois, une vingtaine de pages, donc il est assez concis.
“Ça a été le coup de foudre directement !”

Qu’est-ce qui vous a attiré dans le roman d’Éric Sanvoisin ?
Je dois avouer que ça a été le coup de foudre directement, parce que je trouve que la force de ce roman, c’est de se mettre à hauteur d’Odilon.
On se met à sa hauteur, et avec lui, d’un seul coup, on découvre cette immersion du fantastique dans la vie du quotidien par la lecture. On a envie de savoir ce qui se passe, clairement.
J’ai retrouvé mon œil de lecteur. Ça a attisé ma curiosité de dessinateur, et je voulais retranscrire des émotions que j’avais lues en lisant ce roman.
Je dois avouer que, évidemment, si je n’avais pas eu le coup de foudre, quand j’étais petit, pour la bande dessinée, je n’en aurais pas fait. Dans ma famille, on ne lisait pas du tout de bande dessinée. Je suis tombé sur de la BD un peu par hasard, et là, je me suis dit : “Mais c’est fou la BD !“ Je veux faire ça plus tard, je veux en faire mon métier.
Puis, je dois avouer que toute ma vie de lecteur et puis d’auteur a été ponctuée, justement, de lectures qui m’ont bouleversé. Je m’attelais au travail de transmettre. En fait, j’aime bien aussi cette idée de transmission de la lecture et des émotions qu’on peut éprouver en tant que lecteur.
“Je savais que je m’adressais à tout le monde”
Comment avez-vous procédé pour cette adaptation ?
Alors, il a fallu que je bosse beaucoup, parce qu’en fait, la nouvelle n’est pas écrite de manière linéaire. Il y a des allées et venues. Donc, j’ai essayé de fluidifier tout ça en changeant des moments, en en rajoutant d’autres. Parfois, j’ai inventé des choses, mais ce n’était pas du tout dans l’idée de trahir le roman. C’était pour offrir vraiment au lecteur quelque chose de fluide.
Je savais que je m’adressais à tout le monde, aux plus jeunes lecteurs comme aux plus vieux, peut-être des gens qui ne lisent pas spécialement de la BD non plus.

Comment avez-vous travaillé avec Éric Sanvoisin ?
J’ai toujours tout soumis au regard de l’auteur, qui était toujours en copie de mes mails. Je cherchais vraiment son aval dès les crayonnés de recherche. Éric n’a jamais fait de bande dessinée. Il a été étonné, d’ailleurs, qu’on fasse une adaptation. Mais, il ne se sentait pas non plus d’accompagner entièrement sa réalisation. Il m’a fait confiance.
Il dit d’ailleurs que c’est “formidable”. Dans les remerciements de l’album, il le dédie à “un petit garçon qui préfère déguster les livres en images.”
Comme pour moi, ça a du sens justement de transmettre de cette manière là. J’espère qu’il y a des petits lecteurs qui vont se mettre à la lecture par l’intermédiaire de mon album, et qui vont peut-être s’ouvrir à d’autres lectures par la suite.
“On fait connaissance avec ce petit personnage qu’on comprend, et logiquement, on s’attache à lui petit à petit.”
Adapter, c’est donc trahir ?
Oui, il ne faut pas hésiter à trahir un peu pour pouvoir se l’approprier. Surtout, il faut en faire quelque chose d’autre. Je voulais en faire surtout un bon album de bande dessinée.
J’ai eu de la chance parce que l’histoire est formidable. Le matériel, tout était là. J’ai juste essayé de transmettre le meilleur.
Je n’ai pas hésité à imaginer plein de moments où Odilon est tout seul, où Odilon ne parle pas, où on fait connaissance avec Odilon et où on s’ennuie avec lui. On fait connaissance avec ce petit personnage qu’on comprend, et logiquement, on s’attache à lui petit à petit.

Qu’éprouve-t-il lorsqu’il observe les clients dans sa cachette ?
Je dirais qu’il essaie de s’occuper. Il essaie de voir la vie autour de lui. Il trouve que le manège est assez drôle, parce que chaque type de client a sa façon de consommer ou pas les livres. Ça l’amuse, parce que les livres, ça ne l’intéresse pas du tout.
Je voulais que, quand même, il y ait une petite dimension un peu horrifique, ce qui n’est pas du tout présent dans le roman.

Est-ce que dans le roman, il y a des illustrations ?
Oui. De sympathiques illustrations de Martin Matje. C’est très, très beau. En l’occurrence, je suis vraiment très, très fan de son travail.
Pour revenir à la dimension horrifique. Je voulais que ce soit peut-être un peu ambigu, c’est-à-dire qu’il y ait un peu de mystère. Ça me ramenait à mes lectures de jeunesse, où j’aimais bien un peu me faire peur.
Alors, c’est très vite désamorcé, parce que, évidemment, il ne se passe rien de grave. Mais je trouvais ça bien qu’il y ait de l’aventure, un peu de suspense, parce que, pour moi, ce sont quand même des ingrédients qui sont importants. Comme dans mes premières lectures de BD d’aventure.
“Je me suis fait plaisir”
Est-ce que l’on peut qualifier votre album comme une aventure de quartier ?
Oui, mais par contre, c’est ce qui pousse, quand même, Odilon à franchir, non pas l’interdit parental, mais presque. Parce que, d’un seul coup, il quitte la librairie, il invente un boniment, et il se lance à l’aventure.
Il n’écoute que son courage. Il va faire des trucs que, moi, je n’aurais personnellement jamais fait. Je me suis amusé, justement, à le faire se balader. Il perd la trace du Buveur d’encre, la retrouve, la perd et ainsi de suite.
D’ailleurs, j’ai fait un clin d’œil à Éric Sanvoisin, l’auteur. Je l’ai dessiné. C’est lui, le faux Buveur d’encre avec l’écharpe. Je me suis dit que ce serait marrant de le placer dans l’album.
Tout ça, j’ai essayé de le rythmer. Je me suis fait plaisir. J’ai été faire aussi des repérages au cimetière du Père Lachaise. Parce que, franchement, ça me paraissait un cadre tout à fait idéal.

Surtout que le contraste, c’est plutôt chouette. J’aimais bien le côté un peu rangé et surtout douillet de la librairie, qui est assez chaleureuse et très éclairée. J’ai essayé justement de faire une lumière de plein été.
Et puis, petit à petit, il s’engage dans les rues de la ville. Là, on a des décors citadins. Et puis, on pénètre dans le cimetière. Et là, le soleil commence à se coucher. On ne s’en rend pas spécialement compte, mais j’ai fait une transition dans la couleur. Ça donne cette atmosphère aussi de « qu’est-ce qui peut se passer dans ce cimetière ? »
Je voulais accentuer le fait que, petit à petit, les ombres s’allongent. Le temps s’écoule. Et que, mine de rien, Odilon est un petit peu imprudent.
Et puis, au fur et à mesure qu’il va avancer, la lumière va petit à petit disparaître. Parce que c’est quand même une histoire de vampire. Et je trouve que la lumière et les vampires, c’est quand même la base.
En fait, je crois que ça réunissait aussi tous mes centres d’intérêt. Et puis surtout les choses que j’adore dessiner.
On sent que vous avez pris du plaisir à dessiner cet album. Est-ce vraiment le cas ?
Oui. J’ai pu le faire de manière assez libérée. Je l’ai fait d’un trait de plume assez libre, assez vibrant. Je trouvais justement que ça rajoutait de la vie. L’aquarelle, ça ajoutait aussi de la texture.
C’est bien qu’il y ait des tâches d’encre quand même dans cet album. Parce que ça a du sens. Et puis la couleur a aussi beaucoup de sens.
Au début, je ne savais pas comment j’allais mettre en couleur cet album. Finalement, la réponse s’est imposée d’elle-même.

C’est la maison d’édition qui m’a suggéré la couleur en bichromie. Cela n’était pas simple pour moi parce que c’est un exercice auquel je ne m’étais jamais frotté.
La réponse s’est fait d’elle-même. J’ai justement regardé les illustrations de Martin Matje pour ses couvertures. Il utilisait très peu de couleurs. Donc, j’ai repris son rouge, j’ai repris son bleu, j’ai repris son jaune. J’ai décliné ça en trois teintes différentes, clair, moyen, foncé.
Et puis, j’ai mis tout l’album en couleurs, avec juste les trois couleurs, avec en plus de mon noir et les petits lavis d’aquarelle. Et mine de rien, avec ça, j’ai fait des gammes, des variantes. Je me suis vraiment éclaté à créer des ambiances très différentes, des ambiances très lumineuses, des ambiances clair-obscur filmées à la bougie dans le caveau.
Je guide le lecteur grâce à cette couleur, avec des éléments très simples.
“Cette ligne rouge sur son t-shirt va commencer à battre un peu, comme un électrocardiogramme.”
En effet, les couleurs de votre album sont très belles.
Il y a un truc aussi, qu’on n’aperçoit pas forcément, mais je voulais qu’on ne loupe jamais le personnage principal.
Pour ça, j’ai utilisé un élément graphique très, très simple : je lui ai fait une ligne rouge sur son T-shirt en permanence. On ne peut pas le perdre dans le décor. C’est un point de repère visuel auquel le lecteur va s’accrocher.

Alors, elle est plus ou moins rouge cette ligne, ça dépend des moments. Sauf que j’ai amené une petite astuce là-dedans, c’est que la ligne est très plate dès le départ. Et puis à partir du moment où Odilon croise le trajet du Buveur d’encre, cette ligne-là va être cassée. Elle va commencer à battre un peu, comme un électrocardiogramme.
Vous avez donc utilisé une plume ?
Oui, c’est de la plume. C’est de l’encre carbone, c’est une encre japonaise.
Est-ce important pour vous qu’il y ait des originaux dans l’exposition ?
En tant qu’auteur de bande dessinée, évidemment, je suis très, très préoccupé par les histoires d’IA qui m’effraient, qui me font poser des questions. Pour l’instant, ça ne me touche pas particulièrement, parce que je ne suis pas assez connu, mais clairement, je pense qu’un jour, on va se dire peut-être : “tiens, fais-moi des illustrations à la manière de Steve Baker”, et puis on n’aura plus besoin de moi.
Je pense qu’on peut clairement tirer notre épingle du jeu par le côté artisanal des choses. Je n’ai rien contre le numérique, je l’utilise tout le temps. Toutes mes étapes de recherche, de mise en page, j’utilise le numérique et c’est très pratique.
En revanche, je suis très content de faire ça à la main, dans mes carnets, avec de la texture.
Les originaux dans les expositions, ça donne l’occasion de mettre en avant le côté artisanal du métier, qui est quand même un peu historique. Le lien, le rapport avec les originaux en bande dessinée, il a toujours existé.

Vous aimez travailler pour le secteur de la bande dessinée jeunesse. Qu’est-ce qui vous plaît dans ce genre qui est assez singulier ?
J’aime bien rigoler, déjà. C’est vrai que c’est un milieu où il y a souvent du gag et il y a souvent de l’aventure. Clairement, je crois que depuis tout petit, je voulais faire de la BD. Et je crois que j’essaie de faire la BD que je pouvais lire, quand j’étais plus jeune, de la BD bien faite.
J’essaie, si je peux, d’y mettre des trucs plus ou moins intelligents, pour qu’il y ait quand même une lecture en filigrane.
Même avec Aurélien Ducoudray, quand je travaille sur BOTS, il y glisse plein d’idées. Il parle de choses très sociales, il parle d’humanité, il parle de filiation, de paternité. Je trouve que c’est vraiment fort, parce que, mine de rien, c’est juste un divertissement. Mais on apporte des choses qui sont assez fortes.
Je fais des albums tout public. Évidemment, il y a des trucs un peu durs parfois. Alors, je ne pourrais pas conseiller BOTS aux plus jeunes, parce qu’en plus, il y a des allers-retours dans le passé, dans le futur. Donc, il faut quand même être un lecteur un peu averti, c’est-à-dire au moins une dizaine d’années. Mais, je tiens vraiment à ce que mes albums restent des albums tout public.
En plus, Ankama avait fait, il me semble, un travail sur le prix du premier tome ?
Oui, à 10€. Je tiens à ce qu’aussi mes albums soient assez abordables. Pour Le buveur d’encre, il est à 13€. C’est raisonnable pour un album jeunesse de 80 pages.
“Je trouve que l’humanité n’est jamais si belle que quand elle rit d’elle-même et qu’elle fait preuve d’autodérision.”

Dernière question, Steve Baker. Pourquoi est-ce important de s’adresser aux enfants ?
Je pense qu’on peut leur faire passer un bon moment en apprenant des choses aussi, sans le forcer en plus, sans forcer quoi que ce soit. Je trouve que les gags, le fait d’être drôle, c’est vraiment une intelligence à part entière.
C’est-à-dire que le gag, le second degré, pour moi, quand ils sont bien fait – je ne parle pas de moi mais des autres auteurs – c’est vraiment du génie.
Je trouve que l’humanité n’est jamais si belle que quand elle rit d’elle-même et qu’elle fait preuve d’autodérision. On peut faire passer vachement de choses en rigolant.
Merci Steve Baker pour le temps que vous m’avez accordé pour répondre à mes questions.
- Pour prolonger l’interview, vous pouvez lire l’article sur l’exposition Le buveur d’encre qui était visible à Amiens au mois de juin.
Entretien réalisé le vendredi 5 juin 2026 lors des Rendez-vous BD d’Amiens.
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À propos de l'auteur de cet article
Damien Canteau
Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.
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