Rencontre avec Sixtine Dano – « le sujet principal de la bd, ce sont les miettes d’amour. »

L’année 2025 avait été marquée par la première bande dessinée de Sixtine Dano, Sibylline, Chroniques d’une escort girl. Nous y suivions le personnage de Raphaëlle. La protagoniste, fraîchement arrivée à Paris pour des études d’architecture, naviguait dans son passage à l’adulte au travers du prisme de la prostitution. Nous avons rencontrée l’artiste à l’occasion de la trentième année du RDVBDAmiens pour en discuter.

Sibylline, chroniques d'une escort girl - La nouvelle BD de Sixtine ...

 

Bonjour Sixtine Dano ! Si tu as été révélée au grand public avec Sibylline, on découvre assez facilement sur Internet et ton blog que tu as eu tout une carrière avant, notamment dans l’animation. On y observe aussi que tu as commencé à travailler autour de 2018/2019. Tu es une artiste engagée, qui le revendique. Je me demandais donc comment la crise du Covid a pu contribuer à ton entrée dans le monde du travail ? 

Alors, je travaillais déjà quand le Covid est arrivé. J’ai commencé à travailler pendant mes études avec des stages et des petits boulots en free-lance. Moi, durant le Covid, j’ai eu la chance de pouvoir aller à la campagne. J’ai pu essayer de développer des projets personnels en animation, à l’époque, surtout. En même temps, je continuais au début à bosser à distance sur le film sur lequel je travaillais en animation. Donc pour moi, ça n’a pas vraiment affecté mon travail. Ça a été une année plus facile pour avoir l’intermittence. 

En 2023, dans le Podcast de Louise Guyonnet, [Des]Orientés, tu évoques tes différentes envies de métier successifs. Architecte, illustratrice jeunesse… On y a l’impression que tu as toujours été poussés dans des directions différentes à tes envies. Cela à cause de la fragilité des statuts que tu y trouverais (bien que tu aies eu une petite expérience dans l’illustration jeunesse).
Ça résonne forcément avec ton engagement, toujours, dans un monde où le marché de l’emploi, notamment pour les jeunes, est de plus en plus compliqué. Est-ce que tu es heureuse de là où tu te trouves aujourd’hui, quelle est ta relation avec le travail ?

Oui, je suis très heureuse actuellement, et étonnamment peu stressée. Je suis contente parce que j’ai pu avoir des années plus difficiles, avec plus d’anxiété. J’ai l’impression qu’en suivant toutes ces différentes envies que j’ai pu avoir, déjà très jeune, ça m’a permis d’être assez flexible.

Par conséquent, j’ai plusieurs cordes à mon arc, ce qui est vraiment, je trouve, un atout aujourd’hui. Encore plus avec l’arrivée de l’intelligence artificielle. Je trouve que c’est hyper important de pouvoir, par exemple, bosser un peu dans plusieurs secteurs et avoir plusieurs casquettes. Dans la BD, je crois que c’est que 15% des auteurs de BDs, et autrices, qui ne vivent que de la BD, qui ne font pas à côté des interventions en classe, des ateliers, etc… Je trouve que c’est une force de pouvoir avoir toutes ces activités différentes.

Moi j’ai le cinéma d’animation, j’ai fait de l’illustration jeunesse aussi, un petit peu d’illustration éditoriale très rapidement. Dans l’animation, j’ai plusieurs casquettes. J’ai pu faire du décor, de l’animation de personnage, du chara-design, de la direction artistique. Là nous partons sur une adaptation de ma BD en cinéma d’animation, où je serais potentiellement réalisatrice.

 

Il y a beaucoup de choses différentes, et puis même dans la BD, on peut faire plusieurs choses aussi. En un an et demi de promotion de la bd, j’ai pu faire beaucoup de festivals et à chaque fois on a la chance de pouvoir être rémunérés, maintenant, en dédicaces, en conférences. Tous ces revenus différents, ça apporte quand même une assez bonne stabilité. Le fait d’avoir fait ma bd en traditionnel, aussi, ça m’a permis de vendre des planches originales. Moi, j’ai de la chance parce que la mienne a bien marché. Ça me permet d’avoir un socle assez stable pour continuer. 

Je vais maintenant passer à la BD en elle-même…

Mais, pardon, je suis complètement consciente que c’est un statut privilégié et que c’est un moment très difficile. En plus pour les jeunes. Par exemple, moi, je donne des cours aussi, ça c’est encore une casquette que j’ai. Je suis professeur dans mon ancienne école, Les Gobelins, en animation et récemment en story-telling.

Je vois bien à quel point, pour les jeunes, ça va être beaucoup plus compliqué, surtout avec l’intelligence artificielle. Ça va remplacer beaucoup de postes d’entrée et peut-être même des postes seniors plus tard. Par conséquent, je garde quand même une appréhension pour l’avenir sur ces sujets là. 

Lorsque tu as commencé à proposer le dossier de l’album, tu as pris peur. Tu t’es replongée dans des interviews et de la préparation. Ça a fait peur aux maisons d’éditions. Elles craignaient que tu sois en train de signer ailleurs. Est-ce que, sur le moment ou plus tard, tu as eu une sensation plaisante d’avoir un peu de pouvoir dans notre société patriarcale ?

Disons que c’était une sensation de pouvoir que j’ai réalisée plus tard. À ce moment-là, je ne me disais pas : « je suis en train comme une folle avec des maisons d’éditions, j’ai le pouvoir ». J’étais en train de me dire : « Putain, ma BD elle est mal comprise, peut-être que ça va être horrible. Est-ce que je vais réussir, est-ce qu’on va me donner de l’argent et je vais devoir le rendre parce que je ne vais pas être capable de faire ma bd. » 

J’étais dans un dilemme. Celui de ne pas être sûre de pouvoir le faire, de me sentir illégitime, donc je n’étais pas forcément dans une sensation de pouvoir. D’ailleurs, la question de la légitimité, elle est intéressante quand tu la replaces dans le contexte de la société patriarcale, comme tu dis, parce que c’est quelque chose qui touche beaucoup les femmes.

Par exemple, hier, j’étais en discussion avec des femmes qui devaient intervenir avec moi pour une table ronde sur le sujet de ma BD. Ce sont des femmes qui travaillent dans un centre de santé dans une université. Je trouvais ça hyper pertinent de pouvoir discuter de la prostitution des étudiants, avec des personnes qui sont sur le terrain. Elles, elles étaient tétanisées, à l’idée d’aller devant un public et de parler du sujet parce qu’elles ne s’en sentaient pas à la hauteur. Je trouve ça marrant parce que c’est un truc qui nous traverse toutes.

Je suis allée à France Inter pour faire une émission où tu dessines ton personnage en étant filmée et répondre à des questions. C’est une réalisatrice qui fait cette émission là. Je lui ai demandé si je pouvais dessiner et répondre aux questions après, dans un temps différent. J’avais peur de pas réussir à faire les deux. Elle m’a répondu que c’était marrant parce que c’était à chaque fois les femmes qui disaient ça et elles y arrivaient toutes très bien à la fin. Je pense que c’est quelque chose qui est très commun et qui est intéressant à contextualiser. 

Et finalement, tu l’as fait ?

Oui, au final j’ai très bien réussi !

« La question de la légitimité, elle est intéressante quand tu la replaces dans le contexte de la société patriarcale »

Sachant que tu viens du milieu d’animation, qui en plus de demander un travail différent est aussi un art plus de groupe que la bande dessinée, à quel point tu as dû modifier ta manière de travailler en te lançant dans cet album ? 

Dans le cinéma d’animation, il y a des moments où on est à plusieurs. Il y a aussi des moments où on est seuls. Quand on travaille à distance par exemple, ou quand on fait plus de la direction artistique. À ce moment-là, on fait des recherches, du design dans son coin. J’avais déjà expérimenté quand même de bosser seule chez moi, mais c’est vrai que sur un an et demi complet, je ne l’avais pas fait aussi longtemps. Ce que j’ai fait, par contre, c’est que j’ai beaucoup travaillé dans des locaux partagés, souvent dans des cafés.

J’ai passé deux mois dans un studio de jeu vidéo où j’ai pu avoir un petit bureau de libre mais avec des collègues à côté. Ça m’a permis d’être toujours, quand même, avec des gens, de ne pas être seule pendant ces deux ans, un an et demi. Et j’ai mon chat aussi chez moi.

Mais je pense que c’est quand même nécessaire d’avoir ce temps seul parce que, moi, par exemple, j’ai besoin d’une très très grande concentration sur certaines étapes, notamment celle de l’écriture. Là, je trouve ça beaucoup plus dur de le faire avec des gens autour de soi. Je reviens de deux mois de résidence BD dans la sud de la France, à la Rocabella. Très très beau lieu, et je me suis rendue compte que je n’étais jamais à cent pour cent de ma concentration parce qu’on était tellement de personnes chouettes et intéressantes, avec qui j’avais envie de parler. Je n’étais jamais seule. Je pense que la création c’est quelque chose où on est très vulnérable et le faire devant des gens, qui passent derrière nous, c’est aussi très difficile. 

Évidemment, j’imagine que tu devais avoir à cœur de rester la plus fidèle possible aux témoignages tout en faisant en sorte qu’aucun ne soit reconnaissable. Est-ce que tu avais une certaine appréhension à l’idée d’altérer le tout ? 

Alors, évidemment, il y a eu la question de la légitimité qui s’est posée tout du long. Pour me prévenir de mauvaises analyses, aussi, ce que j’ai fait c’est que j’ai fait lire la BD à plusieurs étapes, que ça soit au story-board, au scénario, je l’ai faite lire à des gens concernés à chaque étape. Mais je n’avais pas cette envie de coller à cent pour cent aux témoignages.

Ce que je voulais vraiment, c’était comprendre le fond, l’essence des témoignages et ce qui les reliait ou alors, au contraire, ce qui les différenciait pour en ressortir une fiction qui soit universelle et qui soit intéressante à raconter. Cela parce que, parfois la vie c’est ennuyant même si, la vie ce n’est pas exactement ce qu’on a envie de lire en BD ou voir en film. Il faut alors réussir à trouver ce qui raconte le même fond mais avec une forme… plus attrayante, par exemple.

 

Sibylline 1 - Dano

 

Ou alors l’inverse, parfois la vie peut être tellement choquante que si on la racontait en scénario, on ne la croirait pas. Donc, j’ai essayé vraiment de me déconnecter de l’anecdotique et de trouver l’essence derrière les témoignages. Puis, évidemment, j’ai aussi mis beaucoup de moi dedans. Il y a aussi des souvenirs de moi, de mes études en école d’art, de ce sentiment de chercher l’indépendance financière quand on débarque dans une grande ville et que nos parents sont loin. Il y a plein de choses. Je pense que chaque auteur se nourrit de son expérience même s’il parle de quelque chose complètement différent de sa vie.

L’architecture, aussi…

Oui ! C’était une passion quand j’étais petite, j’adore les maquettes, c’est un truc que j’aime encore aujourd’hui. Oui, j’ai mis ça dedans, je me suis dit que c’était une belle arène pour raconter l’histoire. 

« Comprendre le fond, l’essence des témoignages et ce qui les reliait ou alors, au contraire, ce qui les différenciait pour en ressortir une fiction qui soit universelle »

Toujours sur la même lignée de questionnements, avec toutes ces différentes voix, il te restait encore le besoin de construire plusieurs personnages.
Raphaëlle, la protagoniste, est le personnage de ton projet artistique le plus long, en terme de durée narrative, à l’opposé de tes projets d’animations souvent plus courts. C’était donc un personnage qui devait avoir une certaine consistance. Ça t’a posé problème de devoir l’écrire ? 

Oui, ce n’était pas évident mais c’est un personnage qui a mûri sur une dizaine d’années quand même, avec beaucoup d’étapes de scénario différentes. Elle est inspirée de plein de choses, de parts de moi, de parts de témoignages, de mes sœurs. J’ai sept sœurs. Je suis entourée de femmes. J’ai beaucoup d’amies, même des amis, qui ont nourri Raphaëlle. C’est un personnage nourri de beaucoup de choses. Mes lectures, de mes visionnages de films, de la pop culture l’ont nourrie. Ce qui n’était pas évident, c’était de trouver réellement sa personnalité et comment elle allait réagir.

C’est marrant parce que là, on réécrit toute la BD pour faire le scénario de l’adaptation en film et on est encore en train de se poser énormément de questions, avec la co-scénariste, sur qui est Raphaëlle, qui est Leila aussi ! Je les ai construites en complémentarité et en contraste. Les amitiés parfois elles se font comme ça, dans des duos qui sont un peu improbables mais en même temps qui s’apportent des choses que les deux parties n’ont pas. C’était ça aussi l’idée du personnage.

« Je les ai construites en complémentarité et en contraste »

Tu expliques souvent que derrière les sites d’escorts, qui se présentent comme quelque chose de glamour, de luxe, se cache en réalité de la prostitution. Sauf erreur de ma part, tu n’as employé le mot « pute » que deux fois.
La première fois par l’intermédiaire de Raphaëlle, dans une séquence un peu rêvée à la Basic Instinct, où elle se l’approprie et ensuite par un homme violent, client de son amie Leila. Comment as-tu pensé à l’économie de ce mot dans la bande dessinée ? 

Oui, et il y est aussi une troisième fois. C’est un tag sur le rideau métallique du bar. Oui, évidemment c’est un mot qui n’est pas anodin. Il est beaucoup utilisé en insulte au quotidien, et les travailleuses du sexe se l’ont réapproprié. C’est dans ce sens là qu’elle l’utilise. Mais je n’ai pas non plus voulu trop l’utiliser, parce que pour moi, Raphaëlle elle est très jeune et elle n’est pas encore construite politiquement. C’est un mot, aussi, quand il est utilisé par les travailleuses du sexe, c’est quelque chose de militant, de politique et pas anodin. Pour moi, elle ne s’est pas encore vraiment construite politiquement cette jeune fille. Donc elle l’utilise une fois, comme ça mais il n’y a pas non plus tout un discours derrière, qui l’accompagne.

Sibylline 2 - Dano

Oui, c’est intéressant. En fait, je ne voulais pas trop parler du sujet. Je voulais le montrer et montrer aussi tout ce qu’il y a autour. Le sujet de la bd, pour moi, ce n’est pas vraiment la prostitution, le travail du sexe, c’est plutôt un coming-of-age. C’est une jeune fille qui passe de l’enfance à l’âge adulte, dans une grande ville et qui n’a pas tous les codes, qui se découvre. Pour moi, ça parle plus d’amour que de prostitution. Je trouve que le sujet principal de la bd, ce sont un peu les miettes d’amour.

Oui, à ma première lecture c’est ça qui m’a surpris. Je m’attendais à quelque chose vraiment centré sur la prostitution mais à mes yeux c’est aussi une bd sur la jeunesse.

C’est ce qui rend le sujet, la bd, universelle. C’est pour ça qu’elle touche beaucoup de publics très différents. En dédicaces, j’ai beaucoup d’hommes de cinquante ans, par exemple. C’est aussi un gros public de la bd, aussi. Néanmoins, je pense qu’en ayant fait ce pas de côté, j’ai permis une lecture qui est très ouverte. Beaucoup de personnes peuvent s’identifier au personnage, à ses soucis, même s’ils n’ont jamais eu affaire au travail du sexe, grâce à ça.

« Je trouve que le sujet principal de la bd, ce sont un peu les miettes d’amour. »

Comment s’est déroulée la contribution de Solann dans la préface, et son caméo dans l’album ? Est-ce que tu avais mis cette partie de la BD avant qu’elle écrive pour celle-ci, par exemple ?

Au début, j’étais sûre que je voulais une préface. Une préface d’une artiste femme qui ne fasse pas de la BD. Initialement, je voulais faire ça avec Pomme parce que j’adore ses chansons. Elle a fait notamment une chanson sur Nelly Arcan. C’est une autrice qui a été travailleuse du sexe, qui a fait des livres incroyables et qui s’est suicidée. Elle a fait des livres qui m’ont beaucoup inspirée pour Sibylline. Quelques jours après en avoir parlé avec une amie, celle-ci m’a fait découvrir Solann.

J’ai écoutée. Je me suis rendue compte que, elle, c’était tout son répertoire qui me semblait très en lien avec la BD et je me suis dit que ça faisait vraiment sens de la contacter. Mon amie avait la chance de connaître son copain de l’époque, j’ai pu la contacter comme ça. Solann était un peu connue à l’époque, mais pas encore complètement. Elle n’avait pas encore sorti d’album, par exemple. Elle avait la disponibilité, à ce moment-là, pour lire le story-board de la bd et elle a beaucoup apprécié donc elle a pu écrire une préface. On s’est rencontrées quelques fois et elle l’écrite.

Pour le caméo à l’intérieur, à la base c’était censé être une autre chanson mais on n’a pas eu les droits. Je ne sais plus ce que c’était comme chanson, je crois que c’était Jolene, je ne suis pas sûre. Peut-être que je l’ai changée après aussi.

En tout cas, nous n’avons pas eu les droits et donc je me suis dit qu’il y avait une chanson de Solann qui pouvait très bien fonctionner : Narcisse, qui en plus est, pour moi, une chanson qui est très proche d’une scène dans la bd. La scène du cabaret. Même quand je l’ai écoutée, j’étais : « wow, c’est presque ma scène, c’est bizarre. »  Quand elle dit « Les hommes me regardent, les femmes m’envient » , quand elle dit qu’elle est sur scène… Il y a quelque chose de très proche à la scène du cabaret. Je me suis alors dit qu’on allait lui demander si elle était d’accord et on va mettre ses paroles là, ça sera encore plus logique.

 

Dans une précédente interview, tu parles également d’un potentiel sujet plus écologique pour une prochaine œuvre à venir. Tu y réfléchis toujours, c’est toujours d’actualité ? Puisque tu nous parles aussi du film d’animation…

Oui ! Alors, il y a le film d’animation qui va surement prendre beaucoup de place. Malheureusement dans le cinéma, il y a seulement trois films sur dix qui se font. Je préfère avoir des plans de secours sur le côté. C’est pour ça que j’écris des scénarios de BD pour de potentiels nouveaux projets. Il n’y a rien qui est prêt encore mais la lutte pour le vivant c’est un sujet qui m’anime beaucoup. Moi j’ai fait beaucoup de désobéissance civile, dans beaucoup d’associations. Donc, j’aimerais bien pouvoir raconter ça d’une certaine façon. J’aime bien la fiction. Je n’ai pas envie de juste faire mon histoire quand j’étais activiste. Par contre, j’aimerais bien que ça nourrisse une fiction. On va voir, pour le moment rien n’est prêt.

« La lutte pour le vivant c’est un sujet qui m’anime beaucoup »

Aujourd’hui, le monde a beaucoup évolué en peu de temps. Il y a l’avancée de l’intelligence artificielle dont on parlait. De plus en plus, les librairies ferment ou sont en situation financière compliquée. On souffre encore une fois, cette année, du réchauffement climatique. L’affaire Pélicot a beaucoup fait parler. Tout ça pour n’évoquer que les sujets qui concernent ton activité et tes travaux directement.
Tout ça avec ton évolution depuis la sortie de Sibylline qui aborde de nombreux sujets, mais plus généralement une inquiétude profonde, de et pour la jeunesse, pourrait-elle te faire changer quelque chose à Sibylline ?  Ca tombe bien, d’ailleurs, par rapport au film d’animation.

Elle est sortie il n’y a vraiment pas longtemps donc je ne trouve pas qu’elle ait vieilli. Par contre, il y a plein de choses qui sont intéressantes à ajouter, que je n’ai pas pu mettre dans la BD par souci d’économie. Ce qui est chouette, donc, c’est qu’on va pouvoir dans le film. Cependant, je pense aussi que c’est important de savoir de quoi on parle et de ne pas s’éparpiller quand on fait un récit. J’aimerais bien mettre beaucoup de choses, mais je n’ai pas pu tout mettre évidemment.

Par exemple, le sujet de l’écologie. Bien qu’il y ait un mini article qu’elle lit à un moment, ce n’est pas du tout évoqué plus en détail. Les troubles du comportement alimentaire, ils sont un peu mis en scène. Ça c’est un sujet que j’aurais voulu traiter plus mais c’est pareil, il faut choisir son sujet à un moment.

En tout cas, ce que je ne changerai pas, même si l’actualité est toujours déprimante, c’est que je veux faire une œuvre qui soit optimiste et lumineuse. Surtout, quand on parle d’un sujet comme ça qui est aussi sombre – enfin, qui peut l’être. Je pense que c’est important d’apporter de l’espoir et de dire que l’on peut s’en sortir. On peut se sortir de VSS. Nous pouvons nous sortir du parcours prostitutionnel. On peut aussi trouver de la force dans les amitiés et dans des relations saines.

Merci Sixtine Dano.

Interview réalisée le samedi 06 juin 2026 à Amiens dans le cadre du Festival RDVBD d’Amiens.
Article posté le mercredi 24 juin 2026 par Hippolyte Girier

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Sibylline Chroniques d'une escort girl de Sixtine Dano (Glénat)

À propos de l'auteur de cet article

Hippolyte Girier

Il est né en même temps que le Printemps, il ne jure que par le Hawkeye de Matt Fraction et le Grand Vide de Léa Murawiec. Il croit dur comme fer à la prise de pouvoir artistique de Zoé Thorogood, autant qu'il renie l'existence de roman graphique. Bref, cet article vous est offert avec plaisir, mais surtout par Hippolyte Girier.

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