Pour fêter leurs trente ans, les Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens s’étaient offert deux têtes d’affiche internationales. Emil Ferris présidente, l’autre grand nom était celui d’Hiro Mashima, auteur la série shonen culte Fairy Tail. Du haut de ses 17 millions d’exemplaires vendus en France, le mangaka a constitué un événement dans la capitale Picarde.
Hiro Mashima : tout Amiens veut entrer dans sa Guilde !

Hiro Mashima en rencontre publique, photo par RDV BD d’Amiens
Un événement d’abord pour la presse, puisque nous avons été conviés à une conférence de presse exceptionnelle dès le vendredi 05 juin. Un temps pour lequel les questions avaient été soumises à validation préalable, comme dans la plupart des conférences de presse manga. Mais il est à souligner qu’Hiro Mashima a ouvert la place à des questions improvisées, signe d’une certaine sérénité de sa part au sein du festival.
Enfant singe et détective chat ?
L’artiste a bien entendu été interrogé sur ses différentes influences. Le nom d’Akira Toriyama et de la saga Dragon Ball a très vite été prononcé, comme une forme d’évidence. Mais de manière plus inattendue, il a cité aussi Blacksad, qui lui a récemment inspiré un personnage de manière très évidente.
« J’ai pu rencontrer l’auteur de Blacksad, je lui ai présenté mes excuses pour cet emprunt. »
Mais de manière générale, Mashima a surtout montré un intérêt pour toutes sortes de récits de fiction, pour nourrir sa propre créativité.
Hiro Mashima, raconteur de nombreuses histoires
Il a donc été interrogé sur cette créativité. À savoir, ce qui pouvait venir en premier pour créer une nouvelle histoire.
« Ça dépend de l’œuvre. Pour Rave, c’étaient les personnages qui me sont venus d’abord. Pour Fairy tail, c’est l’idée de l’univers qui m’est venue en premier, puis les personnages et les guildes. Mais cela peut aussi venir du genre, comme quand j’ai eu envie d’écrire une histoire de science-fiction. Mes premières sources d’inspiration peuvent être très différentes. »
Quant à sa créativité graphique, Mashima s’est livré à une auto-critique en qualifiant de « gribouillages » les dessins de Rave et en louant la possibilité de progresser au fil des pages produites.
Mais comment réussir à produire autant de séries qu’il ne l’a fait, quand il sortait plus de 10 productions en près de 10 ans de travail ? Mashima a été catégorique :
« Je vous déconseille de travailler sur plus de deux œuvres. On mélange les personnages après. Mais je suis obligé de travailler ainsi, puisqu’on me le demande. Alors je m’organise selon les jours. Du mardi au vendredi, je travaille sur mes propres planches. Les samedi et dimanche, je storyboard les autres œuvres. Et le lundi, c’est le jour des réunions. Mais c’est ce qu’il ne faut vraiment pas faire. »
Quelle place pour les fans dans le travail d’Hiro Mashima ?
C’est une carrière qui s’étend sur plus de vingt ans, à un rythme élevé. Mais a-t-il vu les fans et leurs demandes évoluer ?
« Oui, elles changent selon les époques. Mais il n’y a pas nécessairement de bonne réponse à apporter à ces nouvelles demandes. Je tâtonne parfois, mais j’essaie d’apporter les miennes, de réponses. »
Quant à répondre précisément à des attentes de fans autour des relations de couples dans ses œuvres, sa réponse a été catégorique :
« Tout le monde s’intéresse beaucoup à ça. Mais je ne change jamais la narration selon les demandes des lecteurs. Je suis ravi que les lecteurs parlent de ça, mais c’est l’auteur qui crée la narration. Je ne les écoute pas mais je les regarde. Cette demande est propre à la culture japonaise. Ce que nous aimons, c’est ce qui se passe avant qu’un couple ne se forme. »
C’est justement à propos des relations entre personnages que l’auteur s’est montré le plus émouvant. S’il écrit des œuvres basées sur la solidarité et l’amitié, c’est parce qu’il n’a pas la chance de connaître ce type de liens. Ses mangas sont donc une bonne occasion pour lui d’imaginer ce que pourrait être sa vie dans un tel environnement.
La France, l’autre pays du (fromage) manga
Enfin, Hiro Mashima a bien évidemment été interrogé sur son rapport à la France. Vendre le tome 1 à plus d’un million d’exemplaires, cela ne passe pas inaperçu.
« Ça m’a donné confiance en moi, ce succès à l’étranger. J’ai pris conscience de l’international et j’ai travaillé en conséquence. Par exemple, j’essaie d’éviter les jeux de mots en japonais, pour éviter la perte à la traduction. »
Il a aussi livré son regard sur la production de manga par les auteurs et autrices français. Mashima a par exemple conseillé Tony Valente dans sa gestion de l’adaptation en animation de son manga Radiant.
« Il y a de grandes différences entre la bande dessinée franco-belge et le manga japonais. Mais le manga français, lui, est au même niveau que le manga japonais. Le marché est encore petit mais j’espère que ces œuvres vont se vendre mieux au Japon et être reconnues davantage. »
Hiro Mashima, un artiste qui sait donner
Dernier moment de sincérité, soumis à un portrait chinois par un journaliste du Courrier Picard, l’artiste a expliqué le choix de son animal : le cochon.
« À l’école maternelle j’étais très gros. On devait faire un spectacle de théâtre, les 3 petits cochons. Je devais jouer le rôle du loup, mais à un moment, ma maîtresse m’a appelé le petit cochon, alors que j’avais le masque du loup. Et je ne l’ai jamais oublié. »
De l’humour, de l’introspection et de jolies déclarations d’amour à la France, la conférence de presse ne manqua pas de satisfaire les journalistes.
Cette rencontre se reproduisit cette fois en public à l’occasion de la Master Class exclusive offerte aux visiteurs amiénois.
Hiro Mashima et Fairy Tail secouent le monde de la BD franco-belge
D’autres occasions de réjouir un public plus nombreux furent offertes. Le samedi matin, une session de dessin en live très participative vint apporter de nombreux éclats de voix de fans qui voulaient voir leurs personnages préférés dessinés par l’artiste.
De nouveaux éclats de voix retentirent aussi le dimanche quand se tint le concours de cosplay spécial Fairy Tail, qui avait été demandé spécifiquement par le mangaka.
Une énergie dingue qui traversa la halle Freyssinet, plus habituée à une ambiance plus sage spécifique aux séances de dédicaces de la BD franco-belge. À mélanger les univers, ce sont les visiteurs dans leur ensemble, qui bénéficient d’un événement plus festif.
Une belle exposition pour découvrir une Fairy Tail

Entrée de l’exposition Fairy Tail
Enfin, ce week-end, comme les deux prochains week-ends de juin, les amoureux de Fairy Tail pourront profiter d’une très belle exposition immersive pilotée par Anthony Pardi, responsable de la programmation manga au sein du festival. Entre nature, monde obscur et chambre de guilde, les visiteurs pouvaient évoluer dans leur monde préféré tout en découvrant de très réalistes reprographies du travail de Hiro Mashima. Une exposition, pour laquelle il y avait exceptionnellement de l’attente sur ce premier week-end des Rendez-Vous de la BD d’Amiens, signe de la pertinence éditoriale du choix de l’œuvre et de l’artiste, pour fêter les 30 ans du festival.
Encore deux week-ends donc, pour profiter de l’œuvre de Hiro Mashima aux Rendez-Vous de la Bande Dessinée d’Amiens. Aucun doute que les fans qui avaient fait le déplacement au week-end d’ouverture y ont trouvé leur compte.
