Alors que la maison de ses grands-parents va être vendue, Loulou y passe un dernier été. Ces vacances sont avant tout comme une retraite sentimentale pour la jeune femme. Louise Janet imagine cette tranche de vie dans Donne moi ton cœur, un très joli portrait de femme édité par L’employé du moi.

Donne moi ton cœur : le non-événement comme intrigue
Finalement, la langueur n’est pas si monotone que ça. D’un été caniculaire chez des grands-parents en attente de mort, Louise Janet en fait une réflexion toute en nuance sur la fameuse fougue de la jeunesse qui se révèle avant tout être une période de deuil.
Pour sa première bande dessinée, la jeune autrice opte pour le choix pas banal du non-évènement comme moteur de son récit. C’est précisément parce qu’il ne s’y passe rien d’extraordinaire, que les journées y semblent infinies et que la roue n’en finit plus de tourner en boucle qu’on peut prendre le temps de se poser des questions existentielles dont les réponses nous intéressent moins que la façon dont elles peuvent advenir.

L’amitié-amour pour oublier un ex
Ainsi, nous accompagnons Loulou, à peu près vingtenaire, en vacances d’été chez pépé et mémé dans un village perdu du Bugey. La maison va bientôt être vendue, ses aïeuls sont persuadés de leur décès proche et la jeune femme aimerait pouvoir enterrer une histoire d’amour qu’elle sait toxique avec l’insupportable Timtim.
Dans cette période de sa vie, le mot « fin » semble être partout présent. Mais comme la jeunesse doit être porteuse d’espoir, elle tente bon gré mal gré de s’en offrir, avec Gros Guy, un ancien camarade de collège croisé par hasard ou avec l’ami de ce dernier, le très beau Léo. À force de forcer, elle risque surtout de s’affaiblir.

Donne moi ton cœur : un récit d’une belle sincérité
Menée par un monologue intérieur, Donne moi ton cœur de Louise Janet n’hésite pas à s’embourber dans les pensées de son autrice.
Le décor champêtre et sans spectacle qu’elle offre à son héroïne lui permet de mieux trifouiller les réseaux synaptiques de Loulou. Celle-ci pense avoir raison parfois, est sûre de se tromper souvent et on voit se construire peu à peu, d’erreurs en erreurs, une conception nouvelle de la vie. De la lenteur naît alors l’essentiel, la décision.
Accompagnés par de très beaux dessins aux crayons de couleurs, dont chaque trait nous ramène eux aussi au long labeur de la création, le récit de Louise Janet parvient au but qu’il s’était donné : prouver que, vraiment, rien ne sert de courir, il fait trop chaud.
Une chronique de Maxime Gueugneau
- Donne moi ton coeur
- Autrice : Louise Janet
- Éditeur : L’employé du moi
- Prix : 26€
- Parution : 19 juin 2026
- Nombre de pages : 152 pages
- ISBN : 9782390041603
Résumé de l’éditeur : Loulou passe ses vacances dans la maison familiale à Crapéou, dans le Bugey. Un petit village tout aussi enclavé que déserté par les jeunes. C’est la dernière fois qu’elle y séjourne, car le bien est sur le point d’être vendu. Ses grands-parents vieillissants souhaitent s’installer en ville proche de toutes les commodités. Ce sera donc un été tout particulier. Comme il faut bien dire qu’on s’ennuie ferme dans ce bled, Loulou passe ses journées à lire. Ce mois à la campagne, elle l’envisage d’abord comme une retraite sentimentale. La solution pour oublier Timtim, son idylle à sens unique rencontrée sur les bancs de la fac. Pourtant, il se pourrait bien que la jeune femme reporte son béguin sur Guy et Léo, mais ces deux-là n’ont d’yeux que pour Joanna. Elle va devoir sortir de sa zone de confort et remettre en question la vision idéalisée de l’amour qu’elle a construite au fil de ses lectures. C’est le récit d’un passage, celui qui mène des fragilités de l’adolescence à la maturité, le moment où il faut faire le deuil de certaines choses qui sont arrivées ou qui pourraient encore advenir. Donne-moi ton coeur dépeint une réalité familière qui rencontre un romantisme lumineux. Avec ses couleurs franches au crayon, Louise Janet installe sa première bande dessinée dans une ruralité douceâtre et trace le portrait de personnages en léger décalage émotionnel avec le monde qui les entoure.
