Les 25 ans de L’Employé du moi

“ On pense que le boulot d’éditeur, ce n’est pas juste signer un contrat et imprimer un livre.” Pour les 25 ans de L’Employé du moi, Max de Radiguès et Sacha Goerg ont répondu à nos questions sur leurs terres bruxelloises lors de la Foire du livre. À 25 ans, la structure indépendante est-elle adulte ou se cherche-t-elle encore ? Découverte de cette bande d’amis, vraie accompagnatrice de talents notamment par des titres forts comme Les contes de la mansarde ou Astra Nova.

L'empoyé du moi à Bruxelles (crédit photo : L'employé du moi)

“Je trouve qu’on s’est professionnalisé, et qu’on est devenu une structure à part entière qui n’est plus faite de bric et de broc.”

Que de chemin parcouru par L’employé du moi depuis l’exposition des 15 ans à Angoulême en 2014. Qu’est-ce qui s’est passé d’important dans la vie de la structure ?

Max de Radiguès : Je crois que le super gros changement qu’il y a eu à l’Employé du moi depuis l’époque, c’est que pour la première fois depuis trois ans, on a un salarié qui est Matthias Rozès.

Il a d’abord travaillé pour L’Employé du moi à mi-temps et maintenant est à temps plein. Il peut vraiment se consacrer à la structure.

Je pense que ça nous a vraiment permis de passer un peu un cap au niveau de notre visibilité, de notre présence en librairie et du suivi des livres.

Matthias Rozès (L'employé du moi)

Matthias Rozès

Parce que mine de rien, nous on est avant tout tous auteurs. Sacha est auteur, il est professeur. Moi, je suis auteur, professeur et directeur de collection chez Sarbacane. Stéphane Noël est prof à temps plein.

Donc pour nous, L’Employé du moi, c’est un des trucs en plus dans nos vies professionnelles. Il y a beaucoup de choses que malheureusement on ne peut pas toujours faire dans des conditions idéales. Le fait d’avoir Mathias qui devient un peu le pilier sur lequel on se repose tous, la personne par laquelle tout transite, ça permet que cette structure passe un vrai cap.

Il y a 10 ans, tout se faisait un peu avec des bouts de ficelle. Il y a beaucoup de choses qu’on apprenait au fur et à mesure.

Je trouve qu’on s’est professionnalisé, et qu’on est devenu une structure à part entière qui n’est plus faite de bric et de broc.

Sacha Georg (Crédit : L'employé du moi)

Sacha Georg

Vous dites que L’Employé du moi, c’est une chose en plus dans votre carrière professionnelle. Est-ce à dire que vous y consacrez du temps le soir ou le week-end ?

Sacha Goerg : Ça dépend, il y a des moments où vraiment on bosse pour L’Employé du moi, parce qu’en effet on ne peut pas, avec nos grands âges, faire ça le soir à minuit, ça devient quand même compliqué.

Comme dit Max, faire des livres, ce n’est pas juste maquetter un livre et l’envoyer à l’imprimeur. ça on l’a rapidement découvert. Il y a une énorme partie du boulot autour de la relation avec les libraires, avec la presse, etc.

Étiez-vous là dès le commencement de la structure ?

Max de Radiguès : Je n’étais pas là au début.

Sacha Goerg : Je suis le dernier des fondateurs encore présent.

“Au départ, on voulait faire des livres à nous.”

Quelle était la philosophie lors de la création de L’Employé du moi ?

Sacha Goerg : On faisait du fanzine et on voulait faire autre chose que du fanzine. On voulait faire des impressions offset et des livres. Personnellement, on voulait faire des récits à nous.

Je ne me souviens plus très bien, mais je pense qu’il y avait le besoin de créer une association d’une structure qui existe vraiment. On avait créé une structure mais ce n’était pas idéal pour, par exemple, créer des factures.

Sans forcément aller beaucoup plus loin, sans se projeter dans les 10 ou 20 ans à venir.

J’ai vu d’autres éditeurs qui avaient déjà une vraie vision, une envie d’essayer d’arriver quelque part. Mais nous c’était vraiment des auteurs qui faisaient de la BD. On faisait le bouquin et puis on allait voir ce que ça allait faire.

Michel de Pierre Maurel (L'employé du moi)

Max de Radiguès : Ça s’est fait au fur et à mesure des rencontres en fait. On s’est publié nous même, et puis il y a eu quelques rencontres en festivals. Des gens comme Pierre Maurel qui sont arrivés ensuite.

“Les choses se sont faites par des rencontres.”

Moi je suis arrivé un peu par hasard, parce que j’étais étudiant, je faisais du fanzine. Ils avaient un atelier à Bruxelles et je savais qu’ils étaient passés par cette phase de fanzine super intense, donc j’étais allé les rencontrer plusieurs fois.

Les choses, en effet, se sont faites plus par rencontres. On a rencontré des auteurs américains qui font maintenant partie du catalogue. Ce catalogue s’est d’ailleurs construit au fur et à mesure des gens qu’on croisait, des gens qu’on aimait. Mais il n’y avait pas vraiment une vision.

Logo L'employé du moi

Il n’y avait pas de ligne éditoriale ?

Sacha Goerg : Une ligne éditoriale non, parce que je pense qu’on a toujours su ce qu’on ne voulait pas faire. Après, savoir exactement ce qu’on voulait, ou de dire : “Nous, on va se positionner comme ça par rapport aux autres, parce qu’on va amener ça”, on ne l’avait pas en tête.

“Raconter, peu importe les moyens.”

Est-ce qu’on peut dire qu’il y avait quand même des thématiques qui vous tenaient à cœur, des valeurs que vous aviez envie de défendre ?

Max de Radiguès : Je n’étais pas là, mais je pense que pour moi, une des différences de l’Employé du moi par rapport aux autres structures à la même époque, c’est qu’à Bruxelles, il y avait deux structures indépendantes qui existaient à l’époque comme Fréon et Amok. Elles avaient une démarche très proche de l’art plastique, d’une espèce de concept de la bande dessinée. L’Employé du moi s’est démarqué de ça en disant qu’ils avaient envie de faire de la narration.

Sans Charlot - David Libens (L'employé du moi)

À l’époque, en plus il y avait des gens comme David Libens, qui avait un dessin qui n’était pas “flatteur”, mais qui, en fait, avec ce dessin arrivait à faire des récits super touchants. C’était vraiment une des particularités de la structure. C’est ça qui m’a guidé vers L’Employé du moi, c’était ce truc de raconter peu importe les moyens.

Sacha Goerg : C’est quand même un truc qui a été assez revendiqué. Je dis qu’on n’avait pas de vision, là pour le coup on avait quand même un positionnement par rapport à Fréon et Amok.

Max de Radiguès : C’était peut-être un positionnement en opposition plus qu’un positionnement en creux.

“On essaie d’être le plus horizontal possible. Il n’y a pas de chef.”

Qui gère L’Employé du moi et l’association actuellement ?

Sacha Goerg : On essaie d’être le plus horizontal possible. Il n’y a pas de président, même si on est obligé d’en avoir un. Mais dans les faits il n’y a pas de chef. Il y a forcément des petites hiérarchies, parce que lorsqu’on a un salarié, on se rend compte qu’on rentre dans des problèmes de ressources humaines qu’on ne connaissait pas forcément.

Mais au-delà de ça, sérieusement, on essaie d’être le plus horizontal possible. Les gens amènent les projets, nous les proposent ou on va parfois les chercher nous-même. C’est discuté collectivement. On est pas nombreux donc ce n’est pas trop compliqué.

Stunt de Sacha Goerg (L'employé du moi)

C’est comme un comité de lecture. On tranche. Soit on le publie, soit on ne le publie pas.

Ce qu’on dit, c’est qu’il faut au moins être deux pour accompagner le projet. Et ce qu’on dit aussi, c’est déjà arrivé, je pense, c’est que s’il y a vraiment des gens qui ont très envie de porter un projet à un moment donné, on fait confiance, on accompagne.

Il ne faut pas obligatoirement une majorité absolue du comité.

“On fait tout de manière collective.”

Combien êtes-vous à décider dans la structure ?

Max de Radiguès : On est six. On essaie de tout faire de manière assez collective. On se fait tous super fort confiance.

Je suis à l’atelier avec Matthias tous les jours. Donc, je vais gérer plein de petits trucs au quotidien pour le soulager.

C’est important. On viendra, par exemple, pour l’exposition, et il y a forcément des personnes qui sont plus à l’aise avec ça, qui ont vraiment pris la main sur le projet. Et en fait, on a tous besoin de continuer comme ça, parce qu’on ne sait pas s’investir autrement.

Modèle réduit de Cédric Manche (L'employé du moi)

“L’Employé du moi, c’est plus d’une centaine de titres dans notre catalogue.”

Combien d’albums ont été publiés par L’Employé du moi depuis 2014 ?

Sacha Goerg : J’avais fait le compte, à un moment donné, on dépassait la centaine.

Ça veut dire que c’est à peu près une dizaine de titres par an ?

Sacha Goerg : Un peu moins, un peu moins. Il y a des années avec plus. Il y a eu la collection 24 qui a dû faire gonfler un peu les chiffres.

C’est important pour vous de ne pas avoir trop de titres pour les accompagner au mieux ?

Max de Radiguès : En fait, même humainement, on ne sait pas faire plus. Après, comme c’est l’année des 25 ans, on fait plus de titres que d’habitude. Je ne sais pas combien d’albums sortent cette année, mais je pense qu’on va être à 8 ou 9, en plus des rééditions.

“Autant faire des titres qu’on aime !”

C’était aussi important pour vous d’avoir des auteurs étrangers dans votre catalogue, pour la diversité ?

Max de Radiguès : Ça s’est fait naturellement. Je vois vraiment la structure comme un truc organique. Des choses qui arrivent par des rencontres.

J’ai habité un an aux États-Unis. J’ai fait plein de rencontres là-bas qui ont fait qu’on a pu éditer beaucoup d’Américains. Et puis, on a publié deux, trois Allemands. Et le fait de publier des Allemands fait qu’on a rencontré d’autres gens.

Sacha Goerg : On parle de salariés et tout ça. Mais on est quand même dans un truc encore fragile. Donc, autant se faire plaisir et faire ce qu’on a envie. Je me suis aussi toujours dit, peut-être que demain, ça s’arrête, donc autant faire des livres que l’on aime.

The End of the Fucking World de Charles Forsman (L'employé du moi)

Max de Radiguès : C’est vrai qu’on a le luxe de ne pas devoir faire des bouquins. Donc, on fait les bouquins qu’on a envie de faire, qu’on a envie d’inventer, qu’on a envie de vendre. Si on pense qu’il faut une fabrication super luxe ou une fabrication super cheap, on s’autorise plein de choses.

On s’autorise aussi des bouquins qu’on sait qu’on ne va pas beaucoup vendre, qui ne sont pas des bouquins qui vont se retrouver en vitrine. Mais qui sont importants pour nous. On trouve que ce sont des bouquins qui doivent exister.

Le fait qu’on soit une petite structure fait qu’on se fait plaisir. Comme on est bénévoles aussi, on fait ce que l’on a envie.

Antti de Max de Radiguès (L'employé du moi)

Dans ces 25 ans, il y a des titres qui ont été importants dans l’évolution de L’Employé du moi ?

Max de Radiguès : Mon premier livre publié, c’était Antti. C’était l’époque où il y avait Nicolas Rebel qui faisait Bulk Comics. Il avait une maquette que j’adorais. On s’est inspiré de ses choix de papier pour faire Antti. Ça a un peu changé les objets. On a commencé à faire plus attention à la fabrication.

Phase 7 d'Alec Longstreth (L'employé du moi)

Il y a Phase 7 d’Alec Longstreth, qui pour moi est vraiment un des bouquins un peu pivots dans la maison. C’était la première traduction qu’on faisait. Ça a ouvert la structure vers l’extérieur.

Dans les dernières années, il y a des livres super importants comme ceux de Lisa Blumen. Je pense qu’Astra Nova est un livre qui a vraiment changé notre statut par rapport à la presse et aux festivals. On a des autrices et des auteurs qui viennent vers nous grâce à ce bouquin.

Astra Nova de Lisa Blumen (L'employé du moi)

Sacha Goerg : C’est difficile, je trouve, de mettre des marqueurs. Je suis tout à fait d’accord avec ce que Max vient de dire. Il y a des livres qui commencent à rayonner, donc évidemment, ça nous fait exister. Mais aussi les Américains qui, à un moment donné, ont été importants.

Il y a aussi le fait d’être attentif aux autrices. Parce qu’au début, on était quand même juste une bande de mecs, donc on fait plus attention à regarder des projets d’autrices.

Après Sentimental Kiss en janvier, quels sont les titres importants qui vont arriver dans le catalogue ?

Sacha Goerg : Il y a plein de trucs. Notamment des premiers livres de jeunes auteurs et autrices.

Une Volvo blanche de Svetoft (L'employé du moi)

Il y a Une volvo blanche d’Erik Svetoft et Les sangliers de Lisa Blumen.

Du pain blanc et du chocolat de Pascal Matthey (L'employé du moi)

Mais également Du pain blanc et du chocolat de Pascal Matthey. Il ajoute du texte dans ses planches pour la première fois. Alors, graphiquement, ça monte d’un cran. Les originaux sont incroyables.

Qu’est-ce que Ping Pong, votre nouvelle collection ?

Max de Radiguès : Ce sont des livres qui sont épuisés et pour lesquels on se dit qu’ils méritent une seconde vie. On les réédite donc dans cette collection. Le label Ping-Pong nous permet en fait de remaquetter l’objet, de lui redonner une deuxième chance et une nouvelle visibilité.

Sacha Goerg : Une collection de poche, en fait.

Le soleil des mages de Mortis Ghost (L'employé du moi)

 

“On pense que le boulot d’éditeur, ce n’est pas juste signer un contrat et imprimer un livre.”

Est-ce que c’est aussi important pour vous d’accompagner des auteurs qui débutent ?

Max de Radiguès : Je pense qu’on a une particularité dans la structure, c’est qu’on suit super fort les projets. Donc, on va énormément échanger avec les auteurs et les autrices.

On va passer du temps à dialoguer sur des découpages, sur des changements de cases, du texte. Je ne sais pas si on peut dire qu’on est interventionnistes, mais en tout cas, on participe, on suit les auteurs. On essaie de tirer un peu les auteurs vers le maximum de ce qu’ils peuvent faire.

On pense que le boulot d’éditeur, ce n’est pas juste signer un contrat et imprimer un livre. Donc, on pense que c’est suivre des gens dans une carrière et les suivre dans le parcours d’un bouquin. Donc, oui, pour nous, c’est super important. Et en fait, évidemment, sur des premiers livres, c’est quelque chose qui est essentiel.

Sangliers de Lisa Blumen (L'employé du moi)

Accompagner financièrement des auteurs actuellement, c’est compliqué ?

Max de Radiguès : On a une petite structure. On donne des avantages, on paye des avantages aux auteurs, mais qui ne sont pas faramineux. On accompagne donc les auteurs pour un, deux ou trois livres.

Mais à un moment, ces auteurs et autrices, si ça marche pour eux, et qu’ils ont l’occasion d’être beaucoup mieux payés ailleurs, c’est logique qu’ils le fassent. Et on ne va pas les retenir à tout prix. Sacha et moi, par exemple, on publie chez des éditeurs plus traditionnels, parce qu’on doit aussi remplir le frigo.

Sacha Goerg : On se demande toujours qu’est-ce qu’on peut amener. On dit aussi que le façonnage chez nous est bien discuté. Et on essaie de faire, dans une certaine mesure, le livre que la personne aimerait.

“Un vrai esprit de famille”

Max de Radiguès, qu’est-ce que vous appréciez le plus chez L’Employé du moi ?

Max de Radiguès : Ce que j’apprécie le plus, je pense que je suis rentré à L’Employé du moi parce que j’étais curieux. J’ai toujours été intéressé par le fait de suivre un livre du début à la fin, de comprendre la fabrication d’un livre. J’ai été libraire. Je suis prof. Je forme des étudiants à devenir auteurs. J’ai fait des fanzines. J’ai fait de l’impression. Voilà, tout ce côté-là m’intéresse.

Max de Radiguès

Max de Radiguès

Mais je pense que le plus important dans la structure, c’est l’espèce d’esprit de famille, le fait qu’on ait une bande de gens qui s’apprécient, qui aiment passer du temps ensemble et qui aiment s’investir dans des projets ensemble. C’est le côté humain qui est évidemment le plus important. De partir en festival ensemble, de partager un atelier. Sacha n’est plus à l’atelier depuis 2-3 mois. Mais j’étais en atelier avec lui depuis 2005. On a fait 20 ans d’atelier ensemble. Pour moi, c’est ça.

L’Employé du moi, ce sont des gens qui sont proches. La compagne de Sacha, c’est la marraine de mon fils. Je suis le parrain de son fils. Mathias est le parrain de mon fils. On est super proches, en fait.

“J’aime vraiment le côté humain.”

Et pour vous, Sacha Goerg, qu’est-ce que vous appréciez le plus chez L’Employé du moi ?

Sacha Goerg : J’allais dire la même réponse. C’est vraiment le côté humain. Je me suis déjà posé la question de savoir qu’est-ce qu’on perdrait si on arrêtait. Qu’est-ce qui compte vraiment plus que faire des livres à tout prix ?

Qu’est-ce qui fait que j’ai envie de continuer aussi ? Je me pose la question dans ce sens-là. C’est vraiment le fait de faire une réunion, d’être un soir ensemble, de discuter, de parler des projets. En fait, d‘être un groupe. C’est la partie sympa du boulot et qui fait que ça continue.

Sentimental Kiss de Camille Van Hoof (éditions L'employé du moi)

Est-ce que ça veut dire que L’Employé du moi, c’est une structure incontournable de la bande dessinée belge ?

Max de Radiguès : Oui. Oui, bien sûr. Je pense que oui. J’espère. Honnêtement. De toute façon, il n’y a pas 10 000 structures belges.

Aujourd’hui, Casterman se revendique belge, mais ne l’est plus vraiment. Le Lombard se revendique belge, mais ne l’est plus vraiment. Et donc, les structures belges qui comptent et qui font un boulot essentiel, il y a le Frémok et L’Emploi du moi. C’est tout. Il n’y a rien d’autre qui existe.

Quels sont les autres temps forts qui arrivent dans cette année des 25 ans ?

Sacha Goerg : Il y a d’abord une très grosse exposition au Centre belge de la bande dessinée jusqu’au 14 septembre. Ping Pong Les 25 ans de L’Employé du moi présente des originaux de livres de la structure.

Max de Radiguès : On essaie de définir, avec le visiteur, ce qu’est une ligne éditoriale. On a fait débuter l’exposition après les 15 ans ; quand on avait fait cette grosse expo à Angoulême : “Qu’est-ce qui représente L’Employé du moi sur ces 10 années ?” En regroupant les titres, qu’est-ce qu’on peut faire comme lien dans notre travail ?

C’est important pour nous aussi de faire un événement à Bruxelles pour nos 25 ans.

En plus de ça, on fait des événements avec le Cinéma Nova. Il va y avoir des concerts, des projections. On va faire des événements à l’atelier.

Une grosse opération avec les libraires est en route. On a remis en avant une quinzaine de titres du catalogue. Les libraires reçoivent des pins pour leurs clients et pour eux des T-shirts.

“Les libraires qui nous soutiennent, nous soutiennent super bien.”

Est-ce difficile de vous démarquer chez les libraires dans ce flot important de bandes dessinées ?

Max de Radiguès : Oui, je pense que c’est compliqué. Après, on a la chance de faire peu de titres. On est visibles chez peu de libraires. Mais les libraires qui nous soutiennent, nous soutiennent super bien. On a cette chance-là d’avoir vraiment des gens fidèles, qui croient en nos projets et qui, en général, croient en la bande dessinée indépendante.

Ce n’est pas qu’ils croient uniquement en L’Emploi du moi, c’est qu’ils croient en autre chose que du “cartonné couleur classique” et qu’ils pensent que la bande dessinée, c’est autre chose que juste un outil commercial.

Bouture de Sacha Goerg (L'employé du moi)

Mais après, c’est toujours difficile et je pense qu’en Belgique francophone, bizarrement, on n’est pas très nationaliste. Il n’y a pas vraiment de mise en avant du catalogue belge-francophone dans les librairies belges.

J’ai l’impression, après je dis peut-être des bêtises, mais qu’on existe surtout en France plus qu’en Belgique.

Il y a un vrai intérêt en France pour la BD indépendante. Je pense que la bande dessinée alternative et le roman graphique ont eu un boom en France depuis L’Association. Il y a plein de choses qui sont passées et ça fait partie du discours culturel ambiant en France. Ce qui est moins le cas en Belgique.

On a un truc qui est assez chouette, c’est qu’on a un super bel héritage de la bande dessinée avec Marcinelle mais aussi bruxelloise avec Tintin. Mais, ça nous plombe un peu et ça reste difficile d’exister quand tu proposes autre chose.

Néanmoins, est-ce que cela veut dire que la bande dessinée indépendante est vivante à Bruxelles et en Belgique ?

Max de Radiguès : Oui, c’est super riche.

Sacha Goerg : Nous, on enseigne dans des écoles et nos étudiants vont être les futurs auteurs qui vont porter ces nouvelles visions. On est au cœur d’un terreau important. On a de nombreuses structures et une nouvelle scène qui s’auto-produit. En espérant qu’elles puissent passer le cap du fanzinat et aller vers l’impression d’albums.

Chroniques cliniques de John Porcellino (L'employé du moi) décrypté par Comixtrip le site BD de référence

Max de Radiguès : Il y a des galeries aussi. Il y a beaucoup d’étudiants qui viennent à Bruxelles pour les cours dans des écoles, à Saint-Luc, à La Cambre… Certains vont rester et créer des structures et des festivals.

Et en plus, on signe des auteurs qui viennent de ces écoles. Donc on se tient au courant de ces nouvelles initiatives. Chez Sarbacane, je signe souvent des auteurs qui sortent de Saint-Luc.

« C’était un collectif et 25 ans plus tard, ça fonctionne toujours en collectif. Ça c’est hyper important pour nous ! »

Est-ce que cela veut dire que vous êtes repartis pour 10 ans avec L’Employé du moi ?

Max de Radiguès : Alors, c’est super dur à dire. Ça demande tellement d’énergie que c’est pas facile. Il ne faut pas oublier qu’on vit de subsides aussi. En Belgique, comme en France, la politique vire très fort à droite. La culture n’est pas super encouragée en ce moment. On ne sait pas ce qui peut se passer dans le futur. Malheureusement, s’il n’y a plus d’aides, ça va gentiment se casser la figure.

On n’en a jamais parlé officiellement entre nous. Est-ce possible de revenir à un truc où on ne publierait plus qu’un ou deux albums par an, à plus petite échelle ?

Mais, attention, on est tous super motivés ! On a toujours plein de projets ! L’année 2026 est déjà bien complète en titres.

Exposition L'employé du moi à Angoulême en 2014 (crédit photo : Comixtrip Damien Canteau)

Exposition L’Employé du moi à Angoulême en 2014

Sacha Goerg : Mais, comme je le disais, ça reste fragile. Je me pose souvent la question de : “Combien de temps on va encore continuer ?” On peut avoir “un accident”, pour x raisons, et être obligés d’arrêter.

Max de Radiguès : Il y a trois membres fondateurs qui ont quitté la structure, à différents moments et pour différentes raisons et ça aurait très bien pu s’arrêter net. Mais le hasard fait que moi j’étais entré, puis Philippe Vanderheyden et Nelle Cernero plus récemment.

À chaque fois qu’il y a un vide, le hasard fait qu’il est comblé par des arrivées. Peut-être qu’un jour Sacha et moi, on dira stop, et que L’Employé du moi continuera sans nous. Je ne crois pas d’ailleurs que la structure doit absolument exister par nous.

Il faut dire que ça a toujours été une grande chance que ça se passe aussi bien, que ça tienne aussi longtemps, donc on est super contents.

Les contes de la mansarde - L'employé du moi

Et pour nos 25 ans, premier prix à Angoulême ! Euh non, deux pour le même album !!! Les contes de la mansarde d’Elizabeth Holleville et Iris Pouy a reçu le prix des lycéens et le prix René-Goscinny de la meilleure jeune scénariste !

Sacha Goerg : On parlait de marqueurs importants, ça c’est un marqueur ! On est en progression dans beaucoup de secteurs.

Max de Radiguès : Quand ça a commencé, c’était un collectif et 25 ans plus tard, ça fonctionne toujours en collectif. Ça c’est hyper important pour nous ! On est plus actifs que jamais !

Merci Sacha, merci Max pour ce très joli échange.

Entretien réalisé le dimanche 16 mars 2025 à la Foire du livre de Bruxelles.
Article posté le vendredi 11 juillet 2025 par Damien Canteau

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.

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