La fille de la plage #2

Le moins que l’on puisse dire à la découverte de la Fille de la plage, c’est que son auteur, Inio Asano, nous gratifie d’une œuvre aussi atypique que perturbante. Le sujet de ce diptyque, la transition difficile de l’adolescence à la vie adulte, est développé de façon si profonde (voire crue) que la lecture en devient oppressante. Décryptage d’un manga dont les particularités graphiques et scénaristiques se démarquent à plusieurs niveaux.

TOME 2

214 planches serviront à clôturer ce manga si inattendu dans son contenu. Toutefois, ce dernier tome ne va pas être aussi saisissant que son prédécesseur, l’effet de surprise étant passé.

LA VIE SANS L’AUTRE

On retrouve ainsi les deux héros, Koume et Isobe (précision non donnée dans la chronique du tome 1 : Koume Sato & Kosuke Isobe se font appeler par le prénom pour l’une et le nom de famille pour l’autre), l’un en face de l’autre uniquement à compter de la planche 50. Une différence non négligeable avec le premier opus où les fragiles adolescents étaient inséparables.

Le mangaka a voulu montrer comment à cet âge, la vie pouvait reprendre son cours avec toutes les futilités et l’innocence bien légitimes que cela peut représenter. La question étant de savoir s’il était utile de détailler autant de séquences avant leurs inéluctables retrouvailles. Certes, Inio Asano en profite pour distiller quelques informations précieuses sur leur vie respective mais celle des personnages secondaires a-t-elle autant d’intérêt ?

DES PASSAGES QUI MARQUENT

Et puis ces 22 pages de complicité sexuelle. Leur véritable moyen de communication qui atteint son paroxysme en terme d’images embarrassantes. Ce n’est que du dessin, certes, seulement l’auteur va très loin dans son sens de la précision. Il est tellement pointilleux dans ses angles, plans, dialogues que chaque case est regardée avec le sentiment malsain que celle d’après sera encore plus crue. C’était entendu dans le premier tome, le sexe est un antidote à leur mal-être. Ici, durant deux ou trois scènes intenses, il s’associe à un échange physique sans aucune limite, pudeur, et dont la pression tombera avec soulagement lorsqu’ils ne pourront aller plus loin.

Enfin, il y a l’après. Celui où en fin de compte, les sentiments son bien présents. Celui où on s’aperçoit que les rapports physiques peuvent être un langage universel après tout. Mais que cela ne suffit pas. Un moyen comme un autre de s’apprivoiser ? Certainement. Mais il y a toujours une conséquence à une telle fusion charnelle. Celle-ci aura, bien évidemment, un impact aux destins respectifs de Koume et Isobe. Mais, bien entendu, leur insouciance sera un facteur non négligeable au dénouement fataliste de leur évolution.

UNE OEUVRE AUTHENTIQUE

La dernière case de ce diptyque raisonne admirablement avec les toutes premières. L’issue est donc beaucoup plus simple que ne pouvait le prédire la fin du premier épisode. Le deuxième démontrant en fin de compte, une certaine continuité, avec donc ce risque de ne pas être aussi accrocheur.

Néanmoins, La fille de la plage, est une oeuvre poignante d’authenticité. Le dessin d’Inio Asano est mis à nu au sens propre comme au figuré. Il nous démontre sa maîtrise technique tout comme il n’élude aucun détail sur le sujet sensible vécu par les protagonistes On passe ainsi par tous les sentiments. On se demandera, en revanche, si le premier tome complété de quelques pages de ce deuxième, n’aurait pas suffi à former un one shot candidat au meilleur manga de l’année 2015.

Dans tous les cas, ne serait-ce que par son originalité scénaristique et sa beauté d’exécution, il n’en n’est pas loin.

Article posté le vendredi 18 décembre 2015 par Mikey Martin

  • La fille de la plage : Tome 2
  • Auteur : Inio Asano
  • Editeur : Editions Imho
  • Prix : 14,00 €
  • Parution : février 2015

Résumé de l’éditeur : Kosuke et Koume se sont quelque peu perdus de vue mais cette dernière n’arrive pas à oublier son ancien amant.

À propos de l'auteur de cet article

Mikey Martin

Mikey Martin

Originaire de Charente-Maritime, il débarque sur Poitiers il y a 17 ans et s'installe avec sa compagne juste en face d'une librairie spécialisée en bande dessinée. Une aubaine pour s'y remettre. Sa passion sans cesse grandissante pour le Neuvième Art se doit d'être partagée par de petites chroniques.

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