La Venin #1 – Déluge de Feu –

Comment l’année 2019 pourrait-elle bien commencer dans le monde de la bande dessinée ? A n’en pas douter, en se régalant devant la nouvelle série imaginée par Laurent Astier, La Venin. Après Face au Mur, diptyque aussi touchant qu’anxiogène sur la cavale d’un malfrat, Astier a besoin d’air, de grand air. Quoi de mieux qu’un western pour pour s’évader et profiter de ces immenses contrées américaines ? Avec Déluge de feu, il  prouve encore, s’il en était besoin, qu’il est doté d’une maîtrise graphique et scénaristique faisant de lui un auteur attendu à chacune de ses sorties. La Venin comportera cinq tomes, mais avant d’en connaître l’issue, faisons connaissance avec Emily…

EMILY, PETITE GAMINE…

Louisiane, 1885. Alors que la célèbre et triste affaire Minnie Wallace défraie la chronique, c’est dans une ambiance aussi immorale que nous retrouvons la petite Emily. Vivant avec sa mère prostituée dans une sorte de maison close, Emily assiste au triste spectacle de celles qu’on appelait les Jézabels. Au vu de son âge, nul doute que ses yeux d’enfant vont déterminer des conclusions hâtives concernant le monde adulte et plus particulièrement des hommes. Dans tous les cas, deux informations importantes se dégagent : les relations entre Emily et sa mère paraissent difficiles. Mais surtout, la fillette est dotée d’un caractère bien trempé.

… QUI DEVIENDRA LA VENIN

Quinze ans plus tard, c’est dans le Colorado que nous retrouvons Emily. Devenue une jolie femme, elle justifie de façon étonnante son arrivée dans l’Ouest américain au chef de gare. Elle doit se marier ! Mais certains éléments nous font déjà penser qu’elle n’est pas réellement venue pour partager la vie d’un homme…

Sans un sou, elle offrira à son tour ses charmes. Et c’est lorsqu’elle s’isolera dans la chambre du saloon, que vont se révéler les prémices de ses intentions. Au moment de la découverte du contenu de sa valise, l’histoire n’offrira aucun répit jusqu’à la fin de ce premier tome. Entre ce passage à Silver Creek, sa rencontre avec les comanches, ou sa retraite express à Fort Sill, la passionnée de livres ne cessera de fuir deux impitoyables détectives qui ne la lâcheront pas d’une semelle.

UNE RELATION MÈRE/FILLE EXPLOSIVE

La mise en lumière d’une femme dans cette atmosphère si masculine imprégnée par le western. Voilà comment Laurent Astier s’accapare un univers qu’on ne lui connaissait pas. Mais au vu, notamment, de son clin d’œil (trouvez-le !) à Ralph Mayer et son Undertaker, il ne fait aucun doute qu’il l’affectionne particulièrement.

Du point de vue de l’intrigue, cette première partie est menée tambour battant ! L’auteur nous avait (déjà) « baladé » dans le temps pour Face au Mur avec de multiples flashbacks, et il reprend le même procédé dans La Venin. Là encore, il justifie parfaitement ces retours dans ce passé relativement proche. Pour développer cette relation assez puissante avec la mère de l’héroïne. Et cela permet de reprendre son souffle tant le présent d’Emily est vécue à toute vitesse.

AU REVOIR LA PRISON, BONJOUR DEHORS

Quant au dessin, Laurent Astier fait une nouvelle fois état de tout son talent. Si l’on s’est délecté au préalable de la vie de Jean-Claude Pautot, on a ce sentiment que cette fois, il a envie de grands espaces, de larges cases, de lumière, de profiter de l’extérieur !  Et il s’en donne à cœur joie ! On s’évade volontiers avec lui (ne s’est-il pas lui-même représenté ?) et Emily dans ces contrées sauvages où se mêlent tension, poussière, whisky, winchesters et chevaux. D’ailleurs, en parlant de l’animal à sabot, la base d’un western réussi en bande dessinée, résulte au minimum d’une bonne restitution graphique de cet allié indispensable à l’époque. Et c’est réussi !

Ce premier album de La Venin dégage une incroyable énergie. Comme si son créateur avait donné beaucoup de la sienne pour qu’on puisse s’engouffrer dans cette aventure. Sans rien laisser au hasard, et en gratifiant le lecteur de documents véritables sur lesquels il s’est appuyé, Laurent Astier donne cette agréable sensation qu’il vit son histoire pleinement afin de nous la faire partager. Cela paraît évident, mais cela n’est pas facile pour autant.

La Venin est une série qui fait débuter l’année de la bande dessinée sous les meilleurs auspices. Vivement la suite, on sera là et on attendra… le temps qu’il faut !

 

 

Article posté le lundi 07 janvier 2019 par Mikey Martin

La Venin de Laurent Astier (Rue de Sèvres) décryptée par Comixtrip, le site BD de référence
  • La Venin, Tome 1 : Déluge de feu
  • Scénariste : Laurent Astier
  • Dessinateur : Laurent Astier
  • Coloriste : Laurent Astier
  • Éditeur : Rue de Sèvres
  • Prix : 15,00 €
  • Parution : 09 janvier 2019
  • ISBN : 978-2369815839

Résumé de l’éditeur : Dans le train qui la mène à Silver Creek, petite ville perdue aux confins du Colorado. Emily se souvient du destin tout tracé qu’elle a fui. Elle ne voulait pas devenir comme sa mère, et vendre ses charmes à des hommes de passage dans le quartier chaud de La Nouvelle-Orléans. Mais lorsque celui qui devait vous épouser ne se présente pas à la gare et que vous êtes une jolie jeune femme seule et sans le sou dans une ville minière des Rocheuses. Que vous reste-il comme option ? Le patron du saloon aura bien une petite idée en tête … A moins qu’Emily ne coure après autre chose et que la venue prochaine du gouverneur favori aux élections sénatoriales ne soit pas qu’une simple coïncidence. Car, en cette année 1900 dans l’Ouest encore sauvage, les règlements de comptes sont légion, les fuites et les cavalcades infinies. Sans compter les détectives de I ’agence Pinkerton qui vous traquent sans relâche pour pouvoir toucher la prime mise sur votre tête. Survivre dans les montagnes, les déserts ou traverser les territoires indiens semble alors peu de chose, face aux autres dangers qui guettent.

À propos de l'auteur de cet article

Mikey Martin

Mikey Martin

Mikey, dont les géniteurs ont tout de suite compris qu'il était sensé (!) a toujours été bercé par la bande dessinée. Passionné par le talent de ces scénaristes, dessinateur.ice.s ou coloristes, il n'a qu'une envie, vous parler de leurs créations. Et quand il a la chance de les rencontrer, il vous dit tout !

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